CHAPITRE IV
fiMidées, il en exisUil une beaucoup plus importante que l'on ne aenlail pas ou que du moins on ne pouvait pas faire valoir alors , parce que le principe du mal était dans la constitution même. Cette nouvelle organisation eût pu paraître salis* faisante, si les conseils de préfecture et les conseils généraux eussent été composés par l'élection libre des citoyens, soit par une élection à un seul degré, selon la très-raisonnable méthode de la t^harle de 1814, soit par une élection i deux degrés, selon la constitution de l’an III ; mais la constitution de l'an VIII ayant réduit l'exercicc des droits polili* ques des Français à ta formation des listes d'éligi* blés, la seule obligation imposée en cette circonstance au gouvernement était de prendre, dans les listes départementales ) les membres de ces conseils. Le cercle était tracé; pour être irréprochable, il suflisail au premier consul de n'en point sortir; et c'était en se renfermant dans les limilcs constitutionnelles qu'il s'attribuait, non-seulement, ce qui était juste, la nomination du préfet, son agent responsable, mais la nomination même des membres des conseils généraux appelés à surveiller l’agent spécial du pouvoir. Il est à croire que la volouté impérieuse du général Bonaparte aurait toujours, quelle qu'eut été la constitution, trouvé jour à s'clendrc et à dominer les lois. La justice doit ce|>endaiit reconnaître ici, qu'à l'égard des préfectures et des sous-préfectures, rinconvénietit principal ne lui appartenait pas. Jamais prol>ablcincut il n'eût imaginé la combinaison des notabilités, suivant laquelle le }>cuple, réputé nommer à toutes les fonctions, ne nommait effectivement à aucune. Pour inventer ce système fatal où la souveraineté du peuple était mise cii œuvre de manière à s'anéantir cllc-inéiiie. il avait fallu toute la métaphysique de rhoinine qui avait le mieux établi la doctrine de celte souveraineté en 1780.
L'ordre judiciaire réclamait et reçut «l'essentiel* les améliorations. Au lieu de quatre conl dix-sept tribunaux eorret'tionnels et de quatre-vingt dix-huit tribunaux civils, il fut établi un tribunal de première instance, connaissant aussi des matières de poUcecorreclionnelle,danschaquc arrondissement communal, ce qui avait l'avantage de rendre l'accès à la justice plus facile pour tous les citoyens. Audessus de ces tribunaux de première instance, s'élevaient vingt-neuf tribunaux d'appel, dont le ressort était réglé de la manière la plus conforme aux besoins de la population. Chaque département avait un tribunal criminel, l^e tribunal de cassation fut doté de quelques attributions nouvelles. L'article 86 de la loi lui imposa particulièrement
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l'honorable devoir d'envoyer, chaque année, au gouvernement une députation pour lui indiquer les points sur lesquels l’expérience lui aurait fait ‘ connaître les vices ou l'insuHisance de la législation. D'après la constitution de l'an VIII, les juges de cassation étant nommés par le sénat, les juges civilset criminels par le premier consul, l'attention sévère que le gouvernement porta dans ces nominations rendit en grande partie aux tribunaux la con.sidéralion dont ils avaient joui autrefois. I/C premier consul se montrait jaloux d'y appeler des hommes qui avaient siégé ou dont les aïeux avaient siégé dans les parlements, et l'ordre judiciaire nouveau s'enrichissait avec orgueil de noms illustrés dans l'ancienne magistrature.
Les lois relatives aux émigrés, dont tes coups d'État, antérieurs au 18 brumaire, n’avaient fait qu'aggraver la rigueur, non-seulement pesaient de toute leur barbarie sur les hommes déjà caractérisés comme tels, mais semblaient être un glaive suspendu sur la tête d’une foule de personnes qui craignaient chaque jour de se voir enregistrées sur cette liste fatale. Ordonner la clôture de cette liste, c'était clore, non pas la révolution, dont les principes étaient conservés, mais le régime révolutionnaire dans celle de ses lois qui avait été la plus cruelle. En plaçant l'application de cette salutaire mesure au jour même * où l'acte conslilutionnci avait été mis en activité, on imprimait, à ce jour mémorable, un caractère qui devait le rendre sacré pour beaucoup d'iiiforluncs.
Supérieur à son temps, plus clairvoyant sur l'avenir que tous les hommes dont il était entouré, habile à mesurer l'espace qu'il fallait laisser aux préventions populaires pour s'user et se détruire, le premier consul, tout en prévoyant les |>os$ibilités futures, se bornait à la réalisation des possibilités actuelles. Ne pouvant pas, dans le moment même, ouvrir encore au grand nombre des émigrés les portes de la France, il se hâta du moins de leur en montrer l'espoir en autorisant avec quelques restrictions plus apparentes que réelles, le retour des membres de l’assernblce constituante.
Un acte privé de justice et de reconnaissance nationale, une pension accordée à la veuve de l'homme qui, le premier, présida l’assemblée constituante, l'infortuné Bailly , fut tout à la fuis un hommage rendu à celte assemblée et une éclatante I réprobation des lois barbares qui avaient proscrit, comme ennemis de la liberté, scs premiers et ses plus purs apûtres.
Les arretés qui avaient permi.s aux déportés du 18 fructidor et à d'autres proscrits de rentrer cii
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INTEHIELR.
France, les avaient placés sous la sorveillance de la haute police. Sùr de sa force, et pour ne pas laisser des hommes estimables sous le poids d'une défiance injurieuse, le premier consul compléta le bienfait en faisant cesser la plupart de ces sur* veil lances.
Les réparations du gouvernement ne s'attachaient pas à une nature exclusive de malheurs, et même de malheurs quelquefois mérités. L'abus des principes démocratiques avait eu ses victimes comme celui des principes contraires. Des individus condamnés à la déportation en l'an VII, par la haute cour nationale, étaient détenus à Cherbourg. Une decision humaine ^ et juste les ûl transférer dans nie d'OIéron.
Une classe de Français dépossédés de leurs propriétés par un concours d'événements irrésistibles, les colons de Saint-Domingue, languissaient dans une affreuse misère. Le gouvernement regarda comme un devoir de leur accorder des secours.
Tous les âges, toutes les générations occupaient les pensées du premier consul. L'école polytechnique, dont (a fondation appartenait au directoire, recul, sous le gouvernement consulaire, un développement qui en a fait une pépinière féconde, non-seulementde braves cl habiles guerriers, mais d'hommes éclairés, industrieux et utiles dans toutes les conditions de l'ordre social.
Il en fut de même du Rrylanée français, qu'une meilleure organisation distribua en quatre colleges. dont l'un fut conservé à Paris, et les trois autres transportés à Fontainebleau, Saint-Germain et Versailles. Dans chacun de ces collèges, cent places gratuites étaient destinées aux enfants des hommes qui avaient bien mérité de la patrie, soit dans la carrière des armes, soit dans les fouctions civiles.
D'honorables encouragements étaient donnés aux artistes. De grands travaux se préparaient. Déjà quelques-uns étaient commencés. Enfin dans cette France , où naguère tout était confusion et désordre, on apercevait, de quelque côté qu'on jelit les yeux, ou une réparation, ou une création nouvelle, ou un perfectionnement.
Du ntoment que l'administration intérieure eut pris une marche régulière; que, juste et impartiale, elle offrit à tous les Français une égale protection, les divergences commencèrent à disparaître, les haines i s’amortir, les esprits à se rapprocher, et tous les partis sc confondirent dans un parti unique, le parti du bien commun et de l'intérêt générai. Celle fusion fut surtout déterminée par la puissance de l'exemple. Partout où le pre-
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mier consul voyait du mérite et du talent, il s'informait peu des opinions antérieures. Aussi des républicains ardents, des hommes modérés, des royalistes même , appelés à des fonctions qui les plaçaient les uns auprès des autres, s'étonnèrentils souvent de se trouver sans antipathie entre eux, et de ne rivaliser que de dévouement et de zèle pour l'homme qui avait su les réconcilier.
Une autre réforme s'exccnlait d'une manière presque insensible, et n'en était pas moins précieuse, c'était la recomposition de la société, la réorganisation, pour ainsi dire, de la vie publique et privée.
L'austérité des principes républicains professés par la convention, sous prétexte de mettre en honneur la simplicité antique, avait introduit une sorte de cynisme dans les habitudes, dans le costume et le langage. Tous les usages, tous les ornements de luxe, destinés à multiplier les jouissances de la vie dans les grandes villes, avaient été proscrits comme des crimes monarchiques. Les mœurs, pour être plus grossières , n'en étaient pas plus pures. Seulement elles avaient perdu les formes officieuses qui servaient à en voiler le dérèglement. A la suite du 9 thermidor et sous le régime directorial, une réaction violente avait ramené quelques-uns des plaisirs brillants de la haute société; et la génération qui en avait été privée, s'y était livrée avec une sorte de fureur. Une partie de ces femmes, dont les sentiments les plus purs avaient fait naguère des héroïnes, semblaient avides de s'enivrer à la coupe des bacchantes. Leurs vertus s’étaient évanouiesavec nos dangers. Les Éponines de la veille, qui bravaient l'exil, les fers, les échafauds, étaient devenues des Corinnes et des Aspasies. JjC goût de la toilette, uni à celui des beauxarts, avait poussé l'imitation du vêtement grec jusqu'à l'expression rigoureuse des formes, et presque jusqu'à la nudité. La révolution du 18 brumaire, salutaire sous tant d'antres rapports, ne le fut pas moins en ramenant le règne de la décence publique et le respect des bonnes mœurs. Le luxe ne fut pas interdit; il fut an contraire encouragé, commandé même; mais ce luxe était solennel et sévère. La parure des femmes put conserver de l’élégance , de la richesse. Seulement la mode dut s’interdire les écarts dont une pudeur ombrageuse eût pu être blessée. Le premier consul, en plaçant aux Tuileries le siège du gouvernement, s'était entouré de l'éclat et de la pompe que réclame l'état de l'industrie et des arts dans les grandes capitales de l'Europe. I.a modestie et la simplicité du président des Etats-Unis, si bien placées snr le sol américain, ne conviendraient pas plus dans le chef du gouvernementà Paris, que le brouet de Lacédémone