‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 200 sur 298 · CHAPITRE Ll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ll

Gl'ERRE.

F.1I1X .irimisiirc ilc llolInhriitiD. — Aff.iirc tic Otinicrstlorf. — Posiiion des divers corps de l’urniée. — Occupmion <(e llriinn.— Conlribiiliun de ccnl millions imposée aux provinces conquises. — Envoi du coinie de .Slsdion auprès lie .>'npoléon. — Arrivée du comie d IIau|;iviz au qii.-irlier j'énér.il île llernadmte. — Envoi du /jcnéral S.tvnry .viiprès de l’eni|>ereur Alcxantire. — llcronnniss.inre du lerrain d'Aiislerlilz. — Position de IV.vpoléon. — Conférence de Napoléon avec le prince Dolijoriiki. — Proclamalion de N'apoliVtn .A l’armée. — Dispositions pour la bataille. — Bataille il’Austerlitz. — Napoléon après la bataille. — Résultats de la victoire. — Envoi d’un parlementaire autricliien. — François Ij au bivar de Napoliion. — Accord sur le principe d’un armistice. — Envoi dit l’énéral Savary auprès tl’Alexandrc. — Reproche fait a Napoléon. — Billet de l’empereur Alexandre au maréchal Davoust. — Remereimenls et réconipciises de Napoléon h l’armée. — Reproche fait 11 l’empereur François 11. — FilTeis de la bataille d’.Vusterlitz. — Opérations militaires dans le nord de l’Alleniagnc.

Tandis qu’à Schœnbruun L'cmpcrcur Napoléon, ! lier des succès d'L'ltn , désolé dit grand revers tle j Trafalgar, livré à des Iransporls de dépil cl d'orgueil , contre rAngIcterre, la Russie cl rAutriclic, consacrait quelques jours à l'organisation d'un gou- . vernemcnl civil et militaire pour les provinces 1 conquises, ses divers corps d’armée poursuivaient rennemi dans les directions qu'il avait assignées à chacun tl'cux. Le 11 novembre, le priucc Murat et le maréchal Lamies atteignirent les Russes à IIollabrunn. Ceux-ci céilcrcnt à la première charge de cavalerie, abandonnant aux Français une pcntaiuc de voilurosatlelées. Le lendemain, au momenloù ils j allaient être attaqués, ils demandèrent à se séparer | de l’armée autrichienne. Ce même général Winzin- | gerode, que nous avons vu négocier la guerre à | Berlin et à Vienne, se présenta coininc autorisé par j l'empereur son maître à signer un armistice avec l'armée française. La confiance téméraire de Mural craignit de suspecter la bonne foi d'un aide de camp de l'empereur Alexandre qui parlait au nom de ce prince. Par un armistice arrêté le 19 novembre et i dans lequel il fut formellement articulé que Icgé- ! Itérai Winzingerode agissait d’après l'aulorisatton de son souverain, il fut convenu «que l'armée russe '• quitterait l’Allemagne cl se mettrait de suite en » marche par la roule qu’elle avait prise pour s’y » rciiilrc, cl par journée d’étape. » Le prince Murat consentait à suspendre sa marcisc sur la .Moravie,

et, en attendant la ratification de S. .M. l’cmpcrcur des Français, les deux armées devaient conserver leurs positions respectives. Napoléon, moins crédule que Mural, reconnut la fraude; il refusa de donner son approbation à cette espèce de traite, en déclarant toutefois qu’il le ratifierai t, s’il était ratifié par l’empereur Alexandre. Nous pouvons ici nous dispenser de tout reproche à l’égard des Russes; il suflil de les laisser parler cux-niénies. Ce qui prouve combien aux yeux du général Kulusof la prostitution du nom de son souverain était un procédé innocent et tout naturel, c’est la simplicité avec laquelle il en rend lui-méme compte à l'cinpcrcur Alexandre. «J’avais, lui ccrivail-il, unin quement en vue de gagner du temps poursauver » l’armée et m’éloigner de l’ennemi... Sans accep- » 1er en aucune manière celte convention, je con- » tinuai ma retraite avec l’armée et m'éloignai de » deux marches de rarnicc française. Quoique je » visse le corps du prince Bagralion exposé à une » perte certaine , je ilus pouvoir me trouver heun reux de sauver l’armée en sacrifiant ce corps. » C’est donc au corps seul du prince Bagralion que les Français purent faire expier la perQdie du général en chef. Ce corps cul en efTcl à soutenir, dans les villages de Schoengraben et de Guntersdorf, un combat des plus acharnés contre des forces beaucoup plus consiilérables que les siennes , le maréchal Latines cl le maréchal Soult ayant pris

GUERRE

part à l’affaire. I.es grenadiers russes luttèrent avec gloire contre les grenadiers français que commandait Oudinot; et Bagration, quoiqu’il ne pût emmener avec lui que la moitié de son corps, s’était honoré par l’énergie de sa résistance. Il laissa aux Français douze pièces de canon et dix-huit cents prisonniers. La nuit et la ruse favorisèrent la fuite du reste, ün détachement de huit cents hommes entouré de toutes parts échappa, grâce à l’obscurité, les officiers russes s’étant écriés dans notre langue : u Que faites-vous? c’est sur vos » gens que vous tirez ; nous sommes Français. » Murat, poursuivant sa marche, entra à Znaim où arriva presque aussitôt l’empereur Napoléon.

Kutusof était hors de péril. Empêcher sa jonction avec la seconde armée russe qu’amenait le général Buxhofden était maintenant impossible. La situation des choses était singulièrement changée. Napoléon avait à garder Vienne, à fermer les débouches de la Styric à l'archiduc Charles, à défendre scs flancs sur un espace très-étendu, en môme temps qu’il voyait se réunir devant lui des armées qui auraient pour elles la supériorité du nombre. Il pourvut â tout. Marmont, dont le quartier général était â Léoben, surveillait l'armée autrichienne d’Italie que Masséna continuait à presser. Le maréchal âlorlier, avec les divisions Dupont et Gazan, avait relevé les troupes laissées à Vienne. La Hongrie promit de rester immobile, si l’armée française s’abstenait aussi de toute hostilité contre ce pays. Sa neutralité fut acceptée sous la réserve de la remise de Presbourg , que le maréchal Davoust fit aussitôt occuper. Une division de dragons à pied , sous les ordres de Baragueyd'Uilliers, et une division bavaroise tenaient en respect les débris du corps de l’archiduc Ferdinand, en Bohême. Tout ainsi, sur les derrières et sur les flancs, était assuré, et l’empereur avait sous sa main, à des distances très-rapprochées, et moins quelques divisions , les corps de Bernadotte , de Lannes, de Soult et de Davoust.

De Znaim, en poursuivant les Russes sur la route de BruQpfla cavalerie du général Sébastiani avait encore fajt qulftze cents prisonniers. On avait supposé que celte place de Brunn , très-capable de soutenir un siège en règle, serait l’un des points d’opération de l’ennemi; on s’était trompé. L’empereur François II en était sorti pour se retirer à Olmutz et l’avait abaudonnée entièrement sans défense. Alexandre y avait aussi paru un moment pour féliciter Kutusof d'une retraite qui était à ses yeux une victoire , et il en était reparti presque aussitôt pour aller rejoindre à Olmutz son allié l'emperaur d’Allemagne.

En occupant Brunn le 18 novembre, les Fran-

çais y trouvèrent soixante pièces de canon, trois cents milliers de poudre et des magasins considérables tant en blé et farine qu’en munitions de toute espèce et en effets d’habil lement. Napoléon en visita les fortifications. Il ordonna d’armer et d’approvisionner la forteresse du Spielberg qui commande cette place et dont la possession parut être pour lui d’une grande importance.

Le 21 novembre, six mille hommes de cavalerie russe tâchèrent de défendre le point de jonction des routes de Brunmtt d'ülmulz. 11 en résulta un choc violent de cavalnic daot lequel se distinguèrent le maréchal Ressicres avec quatre escadrons de la garde, les généraux Walther et d’Hautpoult ainsi que les coluiicls Duronel et Bourdon. L'ennemi s’éloigna ; les deux armées se trouvaient, entre Brunn cl Olmutz , à quinze lieues l’une de l'autre.

Tout en s'occupant des dispositions militaires pour les jours qui vont suivre , l’empereur des Français ne néglige point de recueillir le fruit des travaux déjà consommés. De son quartier général de Brunn, il arrête jqu'il sera levé une contribution exlraordinaflq cent millions de francs sur la Moravie, l’AiUricbiMt autres provinces déjà occupées par scs^roupé|. Si la fortune le seconde, comme il l’espère, ccUc .«iécision de prévoyance, adoptée avant la bataille, pourra devenir une des conditions patentes ou secrètes de la paix.

L’empereur d’Allemagne qui , comme nous l’avüus vu, avait déjà fait quelques tentatives de négociation , envoya de nouveau le comte de Giulay auprès de Napoléon. A M. de Giulay il avait cette fois associé le comte de Stadion, personnage connu dés lors comme très-peu pacifique et ardent ennemi des Francis. Na|M>léon les recul à Brunn le 27 novembre; il offrit un armistice |>our le cas où on aurait voulu en venir à un arrangement final, mais il ne lui fut pas difficile de s’apercevoir que celte nouvelle démarche n'était qu’une ruse pour ralentir scs opérations. Les envoyés autrichiens furent invités à aller s’aboucher avec N. de Talleyrand.

Un autre agent politique désirait aussi être admis auprès de l'empereur des Français; c’était le ministre prussien, comte d'IIaugwiz, qui, après la signature du traité du 3 novembre, par lequel la Prusse avait accédé f la coalition, avait été chargé de lui porter l'uHima/um nouveau, arrêté entre les trois cours de Russie, de Prusse et d’Autriche. Gc ministre fut retenu, sous divers prétextes, au quartier général de Bernadotte qui était encore à Iglau.

A l’exemple de l’empereur François II, Napoléon avait cru devoir faire aussi des démonstrations de son désir pour la paix , laais c’était auprès de

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