CHAPITRE LII
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haine la plus violente. Le mariage du prince des Asturies avec une princesse napolitaine avait été un brandon de discorde, au lieu d'être un moyen de rapprochement. L’ambassadeur de Naples, duc de Saint-Théodore, dont la position i Madrid était peu agréable , avait quitte l’Espagac. Il n’y était resté qu’un chargé d’affaires, et celui-ci, M. Roberstone, en avait été chassé d’une manière inconvenante, comme étant r l’intermédiaire de la cor- » respondance la plus criminelle. » Tels étaient les termes employés par le prince de la Paix. Il ne nous* appartient pas d’avoir une opinion sur ce que pouvait renfermer cette correspondance, mais cependant les lettres de la reine de Naples à la princesse des Asturies étaient celles d’une mère à sa fille. D’après le langage du favori > avec l’am* bassadeur Reurnonvillc , la cour d’Espagne s’aRIigeait peu à l’idée de voir les troupes françaises chasser de Naples la reine Caroline. Lorsque de grands malheurs, tombés sur la branche aînée d’une illustre dynastie, auraient du resserrer tous les liens , unir tous les intérêts entre les branches encore régnantes de celte maison , il est pénible de voir celles-ci, divisées entre elles, se poursuivre auprès d’un ennemi commun et travailler à leur ruine réciproque. Une telle abnégation de toute affection de famille ^ pouvait-elle inspirer à l'empereur Napoléon beaucoup de ménagements et de respect pour des droits qu’elles méconnaissaient elles-mêmes?
Le' bulletin du 26 décembre, organe do colère contre une cour ennemie de la France, était un organe de gratitude pour les alliés <|ui l'avaient bien servie. Les peuples d’Italie, la Hollande, les mai-, sons de Bavière, de Wurtemberg et de Bade recevaient leur part d’éloges, comme l’armée la sienne. Après avoir exprimé le regret que l’avancement dans l’armée , les nominations dans la Légion d’honneur ne suQissenl pas pour payer tous les services, le bulletin disait : « Les électeurs de Bavière " et de Wurtemberg vont prendre le titre de roi, » récompense qu’ils ont méritée par l’attachement I» et l’amitié qu’ils ont montrés à l'empereur dans » toutes ces circonstances. « Est-il étonnant que, dans des princes nommés rois pour récompense de leur dévouement , les soldats de Napoléon vissent des frères d'armes qui, comme eux, avaient monté en grade? De là, plus tard, à propos de la promotion à la royauté de quelque favori de la fortune , ce mot si simple dans la bouche du soldat, et si
' Décembre 1805.
’ Octobre.
’ Il se trouvait en Espagne un abbé. Benoit le Duc, fils naturel de Louis XV. La cour de Madrid connaissait
caractéristique pour la postérité ; <t II a passé roi. »
Les allocutions de l’empereur à l’année confondaient ainsi tous les genres, le blâme et la louange, la guerre et la politique. Tantôt c’était une apparente consultation sur ce qu’il fallait faire; tantôt un compte rendu de ce qui avait été fait; le 26 il disait aux soldats qu'il aurait le lendemain une entrevue avec l’archiduc Charles; le 29 il leur annoncera la conclusion de la paix.
L’entrevue de Napoléon et de l’archiduc eut lieu au château de chasse de Stamerdorf. Si le prince Charles, malgré son rare mérite, n’occupe pas. dans la classe des héros, on rang assez élevé pour que cette entrevue rappelle celle d’Annibal et de Scipion; si, entre les deux personnages modernes, l’admiration ne pouvait pas être égale des deux côtés, un noble sentiment d’estime réciproque rendit la conférence précieuse pour l’un et pour l’autre. Les interets des deux pays ne pouvaient manquer d'en être le sujet. Napoléon, et rien n'csl plus naturel , cherchait à convaincre l’arebiduc que la maison d’Autriche trouverait plus d'avantage à se lier aux destinées de la France qu'à celles de la Russie , raisonnement dont la justesse n'était pas contestée par l'archiduc qui avait déjà prouvé et prouvera plus tard encore qu’il avait su prévoir le danger de faire servir la monarchie autrichienne à l’accroissement de la puissance russe; mais, pour MTtjabinet organisé comme celui de Vienne, INminiiic qui eût dû être le plus inQuent est celui qui l’était lo moins, et, dans on prince distingué comme le prince Charles, une cour jalouse voyait un embarras bien plutôt qu’un appui. Au moment de la séparation , l’empereur des Français fit présent d’une épée à l’archiduc. Un jour cette épée, donnée par Napoléon, ne sera pas la pièce la moins curieuse parmi les armures des princes de la maison d’Autriche.
Les deux proclamations * par lesquelles Napoléon* prêt à quitter Vienne, faisait ses adieux à l’armée et aux habitants , ont entre elles un point do ressemblance; elles respirent un sentiment de bonheur et de joie qu'il désire faire partager à ceux auxquels il s'adresse. >• La paix entre l’empereur » d’Autriche et moi est signée, dit-H à scs soldats.... a Vous avez, dans cette arrière-saison, fait deux » campagnes.... Vous avez vu votre empereur par- » tager avec vous vos dangers et vos fatigues. Je » veux aussi que vous veniez le voir entouré de la
«a situation peu heureuse et ne disait rien pour l'amé- Horcr. Ce fut l’empereur Napoléon qui demanda pour ' lui un bénéfice au roi Charles IV,
1 ^ Datées du 20 décembre.
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POLITIQUE EXTÉRIEUUE.
» grandfur et de la splendeur qui appartiennent k au souverain du premier peuple de Tanivers. Je n donnerai une grande fête aux premiers jours de
* mai à Paris. Vous y serex tous Nous célébre-
* rons la mémoire de ceux qui, dans ces deux » campagnes, sont morts aux champs d'honneur; » le inonde nous verra tout prêts à imiter leur » exemple, et k faire encore plus que noos n'a« » vons fait, s'il le faut, contre ceux qui voudraient k attaquer notre honneur, ou qui se laisseraient
* séduire par l'or corrupteur des éternels ennemis k du continent. » Le trait qui termine celte proclamation semble indiquer que l'empereur croit i la possibilité d'une autre guerre excitée encore par le gouvernement anglais. Est-ce pressentiment des fautes prochaines de la Prusse? csl-ce un avis indirect donné à celte puissance? L'événement paraîtra justifier cette dernière conjecture. Cependant, au moment où il parlait. Napoléon pouvait, de très-bonue foi , promettre aux troupes de les réunir à Paris dans quelques mois, mais les fêles promises pour le mois de mai seront bienlAt ajournées. Ce n’est pas du célé de la France que viendront les incidents qui retarderont l'évacualion de PAIIcmagne.
La population de Vienne avait tenu envers les Français une conduite qui avait répoodo à la confiance de Napoléon, confiance honorable pour les vainqueurs et les vaincus. Dix mille hommes de la garde nationale de Viennoavaient conservé leui^ armes. C'étaient eux qui occupaient les portes de la ville; leur arsenal était resté en leair pouvoir, et cependant l'armée française courait ks chanres des combats. Quoiqu'on agissant ainsi , ils n'eu»» sent fait que suivre les lois d'une prudence bien entendue, on doit savoir gré aux peuples envaliis des imprudences même qu'ils ne commettent pas. Napoléon remplissait un devoir d’équité en leur témoignant la satisfaction qu'il en avait ressentie. « Je me suis peu montré parmi vous, leur disait-il, » non par dédain , ou par un vain orgueir, mais k je n'ai pas voulu distraire en vous aucun des senk timents que vous dévies au prince avec qui j'c- » tais dans l'intention de faire une prompte paix, k En vous quittant, receves, comme un présent k qui vous prouve mon estime, voire arsenal ink tact, que les lois de la guerre ont rendu ma prok priélé : serves-vous-en toujours pour le luainUen k de l'ordre. » Napoléon pouvait être généreux relativement à l'arsenal , pour ainsi dire , civil de la garde bourgeoise. L'arsenal mîliuire de la momarchie lui livrait plus de deux mille pièces de canon qui étaient évacuées sur la France.
En reportant nos regards sur l'ensemble des événements de 1805, nous conviendrons sans diffi-
culté que la politique qui a déterminé l'empereur Napoléon à se fortifier en Italie par la réunion de la république ligurienne à la France , et par Tusurpalton de Lacques et de l’iomhino au profit de sa famille, eût été une politique odieusement agressive dans QO système européen , où les grandes paissances auraient voulu ic maintien de l'ordre de choses établi par les traités; mais lorsque la démonstration nous a été acquise que, dès le premier mois de cette année 1805, par suite des négociations qui ont eu lieu dans l'année précédente, il ciistait, entre les trois principales puissances ennemies du gouvernement français , un projet , non pas seulement de ramener la France à la limite du Rbin, des Alpes et des Pyrénées , mais de lut enlever tout, absolument tout ce qu'elle avait obtenu eq se défendant contre l'agression étrangère ; lorsqu'il a été posé en principe, entre ces puissances, que ce but doit être atteint •> sans mo« k dificalion ni exception , que rien de moins oc k pourrait complètement satisfaire leurs vues, > la question se trouve changée, cl, dans cet étal de choses dont la vérité no soulTre aucun doute , la politique de Napoléon n'est plus que de pure et de juste défense.
Objoclera-t-on qu'en suivant de son c6lé scs idées d'agrandissement, il n'avait pas la preuve matérielle des projets formés pour l’inique spoliation de la France, et que dès lors il n'a fait qu'obéir à une ambition condamnable? Une (elle objection ne peut pas avoir une grande valeur. Si clic èlaK admise, la politique cesserait d'élrc une science d'Étal, car qu'est-elle si ce n'est une prévoyance conjcctoralc, si ce n'csl l'art de juger, de deviner les intentions de scs ennemis et de ses rivaux, Part de préparer des moyens pour rompre leurs plans et faire échouer leurs entreprises? Trois individus ont notamment conspiré la mort d'un quatrième. Celui-ci , certain du coup qui le menace , sera-t-il bldmable de se créer, par tous les moyens qui sont en sa puissance, des armes nouvelles pour le repousser? L'instinct de Napoléon n'a fait que répondre aux résolutions prises par ses adversaires.
Dira-t-on qu'après tout l'Angleterre, la Russie et i'Aulriebe étaient fondées i vouloir renfermer la France dans scs anciennes frontières, parce que, sortie de ces frontières, la France avait bouleversé l'Europe? Non, ces puissances n’élaicnl pas fondées à prétendre opérer pour la France une lelie réduction de territoire, à moins d'en opérer une équivalente pour elles-mêmes; et lorsqu’il ne s'agissait, ni pour l'Angleterre, ni pour l'Autricbe, de rendre aucune des possessions qu'elles avaient acquises par les mêmes traités qui avaient augmenté le territoire et l'ascendant de la France,
Digitiztîd ir.-
CHAIMTRK F,II.
que même on promettait encore à l'Aatriclie des acquisitions nouvelles, il n’y avait plus de leur part, comme elles le prétendaient, esprit de justice ni besoin d'ordre et de sécurité, mais esprit de domination exclusive aux dépens des faibles et du rival puissant qui seul y mettait obstacle. A la place de Napoléon , supposons un chef moins capable de discerner toute l’étendue des projets ennemis , moins capable de tentatives hardies pour se mettre en état d’en empêcher l’exécution : que serait-il arrivé? que la France aurait succombé aux premières attaques des coalitions formées par l’Angleterre ; mais est-il un seul Français , même de ceux que le hasard ou leurs passions avaient conduits à combattre contre la France républicaine ou impériale, qui puisse dire que, postérieurement au 18 brumaire, la France ayant cessé d’étre en proie aux horreurs de l’an^chie, son gouvernement, quel qu’il fût, dût consentir à se laisser dépouiller de la Belgique, de la rive gauche du Uhin, et, malgré le rcculcmcnt des limites desautres grandes puissances, rentrer d’elle-méme, avec une docile complaisance, dans scs limites telles qu’elles avaient existé avant la révolution? Si la France peut un jour être réduite à cette extrémité , ce ne devra être du moins qu’après avoir tout fait pour s’y soustraire. De la résolution prise à cet égard par l’Angleterre , l’Autriche et la Russie, comme de la résolution contraire du gouvernement français, doit résulter le long combat qui aura lieu jusqu’en 1814, et à la suite duquel périra Napoléon pour avoir, dans une défense légitime en sou principe, étant trop bien servi par la fortune, trop abusé de scs faveurs.
De Vienne, l’empereur Napoléon s’était rendu à Uunich où l’attendaient, avec l’impératrice José- ])binc qui était venue à sa rencontre, la reconnaissance du nouveau roi , les hommages des autres princes agrandis par ses largesses , et l’adulation de ceux qui étaient ou avides ou envieux de semblables bienfaits. Il était arrivé dans cette ville le 30 décembre. Le lendemain, l" janvier 1806, comme pour placer plus immédiatement sous scs auspices l’élévation de la maison de Bavière à la royauté , parut la proclamation qui annonça aux sujets bavarois que « la dignité de leur souverain » ayant recouvré son ancienne splendeur, S. A. » électorale était proclamée roi de Bavière et des » pays en dépendants. » Au milieu des fêtes par lesquelles fut célébrée la présence de l’empereur, la politique ne demeura pas oisive. Une convention fut conclue pour l’échange du duché de Berg, dont l’empereur se proposait de doter un prince do sa famille , .contre le margraviat d’Anspach , cédé à la France par le traité qu’avait signe à
Vienne, le IK décembre, l'envoyé prussien comte d’Haugwiz.
L’accroissement de population et de territoire que la maison de Bavière devait à la France, et dont la France seule pouvait lui garantir la conservation, disposait naturellement cette maison à s’unir par tous les liens , même par les liens du sang , i l’homme qui semblait maître absolu du continent. Aussi n’bésila-t-elle pas à donner aux anciennes dynasties d’Allemagne le premier exemple d’une alliance avec la dynastie nouvelle de Napoléon. Du reste, à part le préjugé qui, pour les maisons souveraines, ne voulait de mariages qu’entre elles , l’union projetée, quoique dictée par la politique, réunissait tous les autres genres de convenance. Belle, brillante de bonté et de grâce, la princesse Auguste, Bile du roi de Bavière, recevait un époux qui n’était pas indigne d’elle dans la personne d’Eugène Beauharnais, jeune guerrier déjà illustre par de beaux faits d’armes, cher par ses qualités morales à la France et à l’Italie, cher à Napoléon qui lut portait l’affection d’un père longtemps avant de l’avoir légalement adopté pour son fils. A l’occasion de ce mariage, l’empereur, à défaut de sa descendance directe, naturelle et légitime, appelait le prince Eugène au trône d’Italie. Ce fut dans la lettre ^ par laquelle Napoléon communiquait cette détermination au sénat, qu’il laissa, poujr la première fois , entrevoir sa pensée sur le système qu!d se proposait de fonder à l’égard des dépen- Ànces extérieures do la France. « Nous nous M réseryq^disait-il, de faire connaître, par des » dispositions ultérieures , les liaisons que nous ■ti «oleiidons qu’il existe, après nous, entre tous les » l^ts fédi^ratifs de l’empire français. Les diffé- » rentes parties, indépendantes entre elles, ayant » un intérêt commun, doivent avoir un lien com- » mun. » Il n'était question, dans cette lettre, que de liaisons qui devaient exister après lui. Nous le verrons bientôt commencer, pour le présent, l’organisation de ce système.
Un autre mariage de même nature se préparait encore, celui du petit-fils de l’électeur de Bade avec une fille adoptive de Napoléon , Stéphanie Beauharnais, jeune princesse destinée à triompher dus préjugés germaniques par l’union de tous les charmes de sa personne et de son esprit à toutes les vertus. Il semble que les vieux arbres de la Tcutonie croient leurs racines mal assurées, s’ils ne mêlent leurs rameaux à ceux du grand chêne de France qui s’est si rapidement élevé au-dessus de leurs têtes , et qui déjà couvre de son ombrage la moitié de l’Europe.
‘ £□ date du 13 janvier.
rOLlTIOCE EXTÉRIEURE.
Tandis que rcmpercur signait des iraiics.. assistait i des cérémonies de mariage, réglait la marche de retraite de ses troupes, et, parune prudence qui n’était pas inopportune, avait soin de compléter tous les cadres de son armée en Allemagne, la France se livrait à des transports bien naturels d’orgueil et de joie à la nouvelle de ses victoires inouïes et de la glorieuse paix conquise par une si courte guerre. Le tribunat, dans sa séance du 30 décembre, i la suite de discours qui n’eiprimaicnt tous qu’un même sentiment, avait émis le vœu :
U Que, sur une des principales places de la capi- » taie, il fût élevé une colonne, surmontée de la » statue de l’empereur. Cette colonne porterait » pour inscription : A Napoléon le Grand, la pa- N trie reconnaissante!...
N Que, chaque année, l’anniversaire de la nais- > laiice de Napoléon mt célébré par une fête nalio- » naie... »
Mais ce qui devait , pour Paris , porter au plus haut point la manifestation de l’allégresse publique, c'était l’aspect des trophées de la campagne, de ces nombreuses bannières enlevées par nos braves aux armées des deux plus grandes puissances du continent.
l>eson quartier général de Brunn, le tl décembre, l’empereur avait annoncé au cardinal archevêque de Paris, qu’ayant pris quarante-cinq drapeaux, le jour de l’anniversaire de son couronnement, de ce jour où le saint-père, les cardinaux et tout le clergé de F rance avaient fait des prières pour la prospérité de son règne, il avait résolu de déposer ces drapeaux dans l'église de Notre-Dame, sous la garde du chapitre métropolitain. Une dépulalioD de la ville de Paris, que l’empereuvrcçut à Schœnbrunn, députation qui était venue le remercier du don qu’il lui avait fait des drapeaux pris à Wertingen , fut chargée de remettre au cardinal archevêque les quarante-cinq drapeaux d'Austerlitx.
Une autre députation, celle que le tribunat avait envoyée pour porter une adresse à l’empereur é l'onvcrture de la campagne, après avoir couru de Strasbourg à Uunich où elle ne le trouva plus, s'étant décidée à remplir parécritson mandat, l'empereur, pour la consoler de rioulilité de sa course, lui avait donné la flatteuse commission de rapporter en France les drapeaux enlevés à l’ennemi dans la rapide campagne d'Ulm. Huit de ces drapeaux furent donnés à i'hétel de ville, huit au tribunat; au sénat, cinquante -quatre. La réception de ces drapeaux fut, par tous ces corps, l'occasion de cérémonies civiles ou religieuses. Dans l’inauguration (les drapeaux envoyés au sénat, 1a reconnaissance eut été üiflicilcment avare de louanges pour un
monarque qui faisait de pareils présents. L'éloge eut scs excès sans doute, mais l’hyperbole du langage ne paraissait alors que répondre à. la vérité des faits. On ne manqua pas de rappeler que Frédéric II, luttant contre l'Autriche et la Rassie, n'avait triomphé, ou plutôt n’avait obtenu de rester intact, qu'au bout d'une guerre de sept ans. Napoléon avait confondu ces puissances et démembré le territoire de l’uned'elles après une campagne de sept semaines. Le résultat des délibérations fut un décret qui * consacra un monument triomphal B é Napoléon le Grand, b il fut arrêté, en outre, que le sénat irait en corps au-devant de l’empereur. Si, dans cette grande circonstance, une telle démarche n’avait rien que d'excusable, il appartenait i l’empereur de s'y dérober. Dans la nuit du 25 au 26 janvier, il rentra dans Paris, sans qu’aucune des autorilét de la capitale fût avertie de ion retour. La brave Alsace, avec ses arcs de triomphe, ses gardes nationales et sa population en masse, lui avait fait i Strasbourg une réception si cordiale et si touchante qu’il ne pouvait pas douter que les mêmes sentiments ne fussent dans tous les cœurs.
C’était précisément cent jours après que l'araiée avait franchi le Rhin pour se rendre en Allemagne, que l’empereur, chargé des palmes de la guerre et de la paix , repassait ce même fleuve. Cent jours seulement! et, dans ccl intervalle, que de marches, de combats , de passagt^s de rivières, de prises de villes, et, parmi ces villes, la capitale des empereurs d'Allemagne! Que de grands spectacles pour les contemporains et pour la postérité! A Olm, trente mille prisonniers défilant devant Napoléon , qui rend hommage au courage malheureux! A Austerlitx, trois empereurs assistant i une bataille où le génie de l'homme nouveau est I le seul auquel obéisse la victoire! Le lendemain, l’empereur François 11 venant au bivac de Napoléon demander un armistice et la paix t L'empereur Alexandre, par le congé du vainqueur, repartant pour Pétersbourg ! Au milieu et à la suite des combats, que de négociations, et, pour résultat, quels traités! L’Autriche, aflaiblie de trois millions d’âmes, exclue de l'Italie, du Tyrol et de la Souabe! La Prusse, punie d’une perfidie â peine consommée par une alliance qu’elle ne Mura pas I accepter avec franebUe I La déchéance des Bour- I bons de Naples prononcée ! Le sang des vieilles j dynasties fier de sc mêler au sang des fils adoptifs I de la dynastie nouvelle ! Il y aura, quand la fortune aura été lassée, uue autre époque que l'on nommera le siècle des cent jours ; mais ne peut-on pas voir un premier siècle dA cent jours dans les trois derniers mois de 1803? r