‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 210 sur 298 · CHAPITRE MU · texte numérisé non relu

CHAPITRE MU

» geagc. » Si Napoléon ii'cùt pas entendu ces matières , le canal du l'üurcq n'eùl pas été un canal de navigation , et on se fût borné , comme le proposaient les ingénieurs, à en tirer les eaux suflisanlcs pour alimenter les fontaines de Paris. Scs remarques ne s'arrêtaient pas là ; une idée plus étendue se présentait à son esprit. « Je désirerais, » ajoutait-il dans la même lettre, savoir, par ■> aperçu , des personnes qui connaissent les loca- » lités, s'il serait possible de joindre l'Ourcq à n l’Aisne , et de se servir de l'Ourcq pour commu- » niquer avec l'Oise. » Son intention serait, dans le cas de l'alTirniative, d'établir, pour la facilité de l'approvisionnement do Paris , un canal de petite navigation dans l’intérieur des terres, en traversant des pays do froment et de buis. Pour s'éclairer sur les divers points mentionnés dans cette lettre, il fait appeler chez lui, avec le ministre de l'intérieur, le directeur des ponts et chaussées, l'ingénieur en chef du canal , et de plus MM. Monge, La Place et Prony. Est -il beaucoup de monarques qui ne fussent pas déplacés dans un tel conseil?

Il en était des ouvrages de tout genre , des ouvrages appartenant aux départements de la guerre et de la marine , comme des ouvrages d'embellissement et de luxe. Kelativcmcntau I.ouvre, divers plans lui avaient été soumis , mais il fallait décider d'abord quel ordre d’architecture aurait la préférence. « Les architectes , écrivait-il au ministre , » voudraient adopter un seul ordre et tout chan- » ger. L'économie , le bon sens , le bon goût, sont » d'un avis très-diOcrent. Il faut laisser à chacune » des parties qui existent le caractère de son siècle, » et adopter pour les nouveaux travaux le genre le I) plus économique... » Il semble en effet que le bon goût et les contribuables sont ici d'accord avec l'empereur contre les architectes. Au lieu de chercher le brillant plus que l'utile , comme on l’cn accuse , c’est lui qui ramène aux sévères limites de l'utilité les projets ambitieux qu'on lui présente.

Une heureuse tendance à la fixité le prémunit souvent contre de fausses dépenses. On lui proposait un jour de supprimer l'hospice du Val-dc- Grice , pour donner à cet cdiGce uuc autre destination. U Non , écrivit-il au ministre do l'intérieur, » on pourrait regretter cette suppression. Il est M temps d'ailleurs d'éviter l'inconvéïiient de faire » et défaire sans cesse , dans lequel on n’est que H trop tombé. »

En général l'empereur ne cessait de suivre de l’œil et de presser par sa correspondance les travaux concernant les ports, les canaux et les routes, notamment la route du mont Cenis et celle d'Alexandrie à Turin, les bassins d’Anvers, les écluses du Havre, le mOle de Nice, enfin tous les travaux

des cètes comme ceux qui intéressaient la navigation intérieure. Pour frayer à celle-ci une route de plus , un arrêté du 18 juillet ordonna d'ouvrir un canal de Niort à la Rochelle.

Ce que j'ai dit des remarques de l'empereur sur les travaux du canal de l'Ourcq me porte à croire ici un autre fait que j’ai négligé dans son temps , mais qui n'est pas sans intérêt. C’était aussi Napoléon seul qui , contre l’avis d’une commission de marins et d'ingénieurs , avait voulu faire d’Anvers un port où pussent entrer les vaisseaux de guerre. L’avis de la commission ne laissait que le choix de FIcssingue et de Terneuse. Napoléon ne voulait ni do l'une ni de l'antre. «Flessingne n'estqu'uneavantn garde ; l'ennemi peut voir tout ce qui s'y passe. U A Terneuse, on serait dans la boue; l’air y est » pestilentiel et nulle population. Anvers a un air i> sain et cent mille âmes. Il faut que l’Escaut de- » vienne navigable. » On représenta que c'était nnc chose impossible. Il insista , et l’impossibilité disparut. Cette expression forte de sa volonté se lie à une anecdote dont elle sera le passe-port.

I.CS observations des ingénieurs chargés de vérifier les sondes et les passes de l'Escaut étaient décrites sur une carte extrêmement volumineuse, qu’il fallut dérouler sur le lapis du cabinet impérial. Tandis que l’un des membres de la commission lisait son rapport , l'empereur et le ministre de la marine , couchés sur cette carte , suivaient le détail des sondes , et examinaient les points présentés comme obstacles par le peu de profondeur de l’eau, par la formation de bancs qui, détachés de leur gisement actuel, iraient se reformer ailleurs, obstacles que l’empereur s’attachait à contester et prétendait n’étre pas invincibles. Après d'inutiles remontrances sur la question de possibilité, on so rejeta sur l’excessive dépense qu'entraînerait une si grande entreprise. L’objection étant encore repoussée , le ministre de Itf'marine finit par ouvrir son âme tout entière : «Mafs, sire, après tant de » sacrifices pour ce grand établissement maritime, » si un jour Anvers cessait d'appartenir à la Fran- » ce!...." L’empereur, moitié colère, moitié plaisanterie, SC leva brusquement, saisit le coin de la carte sur laquelle le ministre était encore étendu, et l’enveloppa dans l’énorme toile en lui disant : U Eh bien , monsieur, même dans ce cas, je ne rc- » gretterais pas mon argent. Anvers appartiendra » toujours t à un ennemi de l'Angleterre. »

Au milieu des soins donnés aux travaux de l’ordre le plus élevé , aux ouvrages propres à éblouir

■ Ce mot rappelle celui de M. de Torcy : « Tant qnc fl Gibralur appartiendra aux Anglais, l'Espagne appar- » lirmlra h la Fraiire. s

INTÉRIEUn.

!«• yeui de la Fraoco et de rétraoger* Temperear porte on intérêt non moins vif k des objets de détail, ^ des améliorations d*une obscnre otilité dont issuréinenl il ne calcolc pas qu'on doive ja> mais lui faire un mérite. Les bornes établies dans les rocs pour protéger les piétons contre les voitures, ont, par l'extension abusive des avaiit-boutiqnes, cessé de remplir leur destination. L’empereur l’a remarqué; il y voit l'occasion de nombreux accidents; il ordonne au ministre de veiller à ce que les bornes soient replacées, avec des saillies suffisantes « pour mettre * le peuple en sûreté. » L'bomme d’Etat, le grand capitaine était aussi un exceUeot édile.

11 ne serait pas difficile de prouver, par de nombreux exemples, que loin de tout faire, comme on l'a supposé, pour frapper lea esprits et agir sur l'opinion de la multitude, il a, non moins souvent, cherché le bien public pour lui-méme sans rien donner aux apparences. Ce fut d'après-ce dernier sentiment qu’il ût disparaître l’école impériale d’agriculture qui, disait-il, n'aurait donné que de la dépense et un vain bruit, tandis qu’il voulait lui assurer des encouragements réels. Dans des notes dictées pour le ministre de l’intérieur, il passait en revue l’état de It culture dans les divers départements de l’empire, et établissait eu principe que les hommes à encourager sont les propriétaires qui, faisant valoir leurs propriétés, méditent sur leurs intérêts, s’occupent de leur avenir et de celui de leurs enfants. « Ce n'est point avec de « l’argent qu’on, encourage ces gens-U ; c’est avec » des médailles, des décorations, des éloges don-

nés par le souverain ou an nom du souverain. <• Il faut que chaque préfet fasse connaître les n propriélairos cultivateurs qui se distinguent soit >1 par une culture mieux entendue et mieux rai- » sunncc, soit par une édttcaboo mieux soignée

n drs bestiaux et raniélipralion des espèces

Tl C’est par des comparaisons ei des soiemples que « l'agriculture, comme tous les autres arts, se • perfectionne, il faut, dans les départements qui » sont encore reculés pour la culture, exciter les Tl bons propriétaires k envoyer leurs- enfaiils élu- T* dier les méthodes usitées daus les départements >• où l'agriculture est florissante, et on les excitera •I par dea clogcs et des distinctions. » Il propose ensuite des primes pour les beaux étalons, et demande que, dans Je bureau d’agriculture, il soit créé pour les haras une section particulière. Ces provocations impériales amenèrent sur cet objet, l’année suivante, un meilleur système d’organisatioo; il fut formé six établissements de haras, trente

' Lettre du 9 Bar*.

dépôts d'étalons et deux écoles d'eipérience. Un arrêté du ministre de rinterieur institua, dans l'école vétérinaire d’Alforl, une chaire d'économie rurale.

L'industrie n'était pas pour l'empereur l’objet de soins moins vigilants. Informé qu’il y a une diminution d’activité dans les manufactures de la Seine-Inférieure, il se hâte d’en faire rechercher ta cause par son ministre. « La ville de Rouen, qui *• fabrique beaucoup d'articles du même genre que » ceux de l'Angleterre, voyait toujours sa prospê- •I ritê s'accroître par l'oflet de la guerre avec les » Anglais. Pourquoi la fabrique de celte ville di- H minue-t-elle ?...>• Du reste le mal n’était que pas- Mger, et Rouen est en effet une des villes où, par les mesures prises pendant la guerre, l’industrie a reçu le plus vaste développement.

L’une des questions qui ont le plus souvent occupé l’empereur a été celle de l’instruction publique. 11 eût été diflQciJe que, dans la position où il se trouvait, tout autre que lui, même avec un caractère moins enclin k tout dominer, n’eût pas regardé, comme une nécessité de celle position, le droit absolu de surveillance sur la direction donnée à l'éducation de la jeunesse. A port la considération d'intérêt spécial pour une dynastie contestée, l'empereur avait, pour autoriser k ses yeux le droit du gouvernement, l’exemple de toutes les républiques de l’antiquité et l'auloritc même dc^ pouvoirs de la révolution auxquels ii avait succédé. Il faut avoir fait de grands progrès dans la carrière de la science politique ou être arrivé i un mode d'existence bien aCTermie contre toute secousse, pour que le gouvernement paisse, comme aux États-Unis, s’abstenir de maîtriser le cours général de l'éducaliou. Au reste, soit que l'on condamne ou que l’on excuse les opinions de l’empereur sur cette question délicate , on reconnaîtra que dans scs vues il y avait tot^ours riotenlion du bien, toujours le désir d'ennoblir l'homme par la culture de l’esprit, et do préparer des générations utiles à la gloire et à la prospérité de l'État. Ce n’eat qu’en 1806 que s’exécutera son projet d’université impériale, mais il est curieux de voir te développer en lui les germes de ce projet dès le commencement de 1808. « Peut-être le temps ar- » rivera bientôt, écrivait-il * au ministre de l'in- » térieur, de s'occuper de la question de savoir s'il I* faut former on corps enseignant. Ce corps ou N cet ordre doit-il être une association religieuse, » faire vso de chasteté, renoncer an monde? H » ne parait pa$ qu’Ux oU at*cw«a ctmmesüi entre

* Lettre du boU cb ptnrièse an \I1I, sans dote de jour, 1808.

CHAPlTaR MU.

M cûê idè«$. )» Par celle dernière remarque, on peut juger que dès lors il avait été présenté à l'empcrcur des plans, ayant |Hiur but de foire remettre réüucatioii entre tes mains du clergé; mais sa raison, comme on voit, sc refusait à ce genre de conseils. Considérant, dans sa lettre au ministre, l'état actuel de l'enseignement, il aurait désiré qu'à l'exemple de ce qui sc pratiquait chex les jésuites, on ne parvint aux grades de censeur et de proviseur qu'après avoir été professeur; il voulait « un H ordre progressif qui eiitreltril l'cmulation cl qui n montrât, dans les difTérentes époques de ta vie, m un aliment et un but à l'espérance. Il faudrait, » ajoutait-il, qu'un homme consacré à l'enseigne- » ment ne put se marier qu'après avoir franchi » plusieurs degrés de sa carrière; que le mariage >• fut pour lui, comme pour tous les hommes, un » terme placé en perspective où il ne pût atteindre » qu'après avoir assuré sa considération et sa for- » tune par une place dont la rétribution suflirait » pour le faire vivre comme chef de famille, sans N sortir de l'état auquel il se serait livré... Ce cor|)S » aurait un esprit. L'empereur pourrait en proléa ger les membres les plus distingués et les élever,

• par scs faveurs, plus haut dans l'opinion que ne n rétaient les prêtres, lorsque l'on considérait en ■ eux le sacerdoce comme une sorte de noblesse. M Tout le monde sentait l’importance desjcsuiles. n On ne tarderait pas à sentir l'importance de la » cor[H>ralion de renseignement, lorsqu'on verrait » un homme d'abord élevé dans un lycée, appelé » par ses talents à enseigner à sori tour, avancer » de grade on grade, cl sc trouver, avant de finir a sa carrière, dans les premiers rangs de l'État... » Il n'y aura pas d'état politique fixe, s'il n'y a pas » un corps enseignant avec des principes fixes. Tant >• qu'on n'apprendra pas, dès l’cnfance, s'il faut » être républicain ou monarchique, catholique ou

• irréligieux, etc., l'État ne formera point une na- » tion; il reposera sur des bases incertaines cl va-

• gués. Il sera constamment exposé aux désordres » et aux changements. • Sans partager en tout la manière de voir de l'empereur, on ne saurait, à cc qu'il semble, s'empêcher d'approuver cc qu'il y a de consciencieux dans l'examen auquel il se livre, cl d'aimer en lui ce sentiment de reconnaissance si naturel qui fait désirer de voir entourer de considération les maîtres auxquels chacun de nous doit son existence intellectuelle.

Comme on aura été frappé des éloges que l'empereur donnait aux jésuites, en leur qualité de corps enseignant, nous devons ajouter que c'était sous cc seul rapport qu'il estimait celle ancienne société. Il redoutait beaucoup leur introduction secrète en France; il avait formellement refdsé

l'offre de leurs services, H on connaît le décret par lequel il avait dissout la congrégation des Pères de la Foi, Pacanarislcs ou autres, c'est-à-dire, l'ordre des jésuites déguisés sous des noms nouveaux. Les progrès que ce même ordre fera un jour, nous autorisent à reporter notre attention sur ses entreprises antérieures. Dès les premières années du régime impérial, les jésuites avaient en France de nombreux affiliés; ils avaient fait des recrues jusque dans des écoles où il ne semblait pas qu'on dût les rencontrer. Un jour l'empereur fil appeler H. Monge, et, par un mouvement de familiarité amicale, jusque dans sa mauvaise humeur, lui pren.int la tête entre ses deux mains : « Eh bien, vieux n Monge, lui dit-il, j'ai donc encore à me plaindre » de l'école polytechnique ?i» Monge, sc méprenant sur le motif de ce reproche, s'imagine que Tempereurveul parler de Tespritrépoblicain, dontTécolc passe pour être encore animée, n 11 faut, répond-il,

» un peu d'indulgence pour ces jeunes gens; Té- » cole a été fondée dans les temps do la républi- » que ; ensuite Votre Majesté est venue, mais elle • K tourné si court, si court, qu'ils n'ont pas encore » -pu la suivre. •• — « Qu! vous parle de républi- R que? C'est de bien autre chose vraiment qu'il est » question. Vos jeunes gens se font jésuites. » Alors on en vint aux faits. L'empereur fit une sortie contre le pape, qui lui avait promis de ne pas autoriser les jésuites en France, et qui cependant continuait à les y encourager. Il présenta une liste de noms à M. Monge, en lui demandant s'il les connaissait. Celui-ci en rccotinut plusieurs. Vérification faite, on trouva que les autres appartenaient à l'école de droit et à Técole de médecine. Le secret fut recommandé; les jeunes gens eux-mêmes ignoraient qu'ils étaient découverts; mais, sous divers prétextes et sans dommage pour eux, Üs furent éloignés, le plus qu'il était possible, afin d'cmpécher les progrès de Taffilialion dans les écoles dont Ms faisaient partie.

On saitque Tempereor, pourjuger par lui-méme de l’étal de tout ce qui l'intéressait, sc présentait souvent en personne sur les lieux, sans que sa visite eût été annoncée. Ayant ainsi fait une apparition inattendue au prylanée de Saint-Cyr, il fut trèsmécontent de l'état de cette maison, i Tégard de l'enseignement comme de la tenue des élèves. Le plan d'études qui avait été tracé n'y était pas exactement suivi. «Il en résulte, dit-il, qu'on n'ensei- R gne pas d'histoire, fort peu de géographie... Il y R a des jeunes gens de seixe ans qui ne savent pas R faire une addition, r Quant à l'habillement, il avait vu dans les uns une sorte deluxe, cbex d'ah 1res des vêtements en lambeaux. « Il ne doit y avoir, H conlioue-t-il, aucune différence entre les élèves.

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INTERIEUR

k L’égaillé doit élrc Je premier clément de l'édu' ■ cation. *> A la suite /le celle lellre, il traçait les bases d'un projet qui devait lui être présenté et qui contenait seize articles.

Le mois suivant jl décida que l'école de Saint* Cyr serait une école militaire gratuite, où il n’en* trerait que des fils de militaires, et qui serait le premier degré pour l’école de Fontainebleau. Il ordonna qu'elle fût dispt^e pour recevoir sia cents élèves.

Loin de tendre, comme les gouvernements despotiques, à resserrer l'instruction dans les classes élevées, il voulait, par tous les moyens possibles, faciliter au talent pauvre la possibilité de se produire. Il y eut, dans chaque lycée, vingt élèves entretenus entièrement aux frais de l'État, quatrevingts par moitié et cinquante aux trois quarts. Tous les degrés de fortune avaient ainsi un accès proportionnel à l'instruction.

Dans tous les pays, les gouvernements se font un devoir, plus ou moins bien rempli , de se montrer ^connaissants envers les fils des hommes qui ont rendu d'importants services* Partout les filles ont été oubliées. En France, rinstilulioii de Sainl*Cyr, sous Louis XIV, et des institutions semblables en d'autres contrées, ont eu pour objet, non les services rendus par toutes les classes de la nation, mais ceux d'une seule classe, et moins encore les services récents, que les services supposés, comme ayautété l'origine de i'illuslralion des faniillcs. C'élail sur des arbres géiicalogiqucs que se fondaicnl les litres d'admission. Celle longue ingratitude des États envers un sexe faible, qui , plus que l'autre, a besoin d’appui, a eu son terme en 180!}. Le 7 de décembre, Napoléon s’était engagé à faire élever les fils et les filles de tous les miiilaires, généraux et soldais, tués à la bataille d'Austerlitz. Par un décret du 15, il ordonna rétablissement de maisons d'éducation pour les filleS des membres de la Légion d'honneur. Comme nul rang, nul degré de forlunu n'excluait de la Légion l'honiuiedigne d'en • faire partie, c'était une pensée délicate de vouloir que la fille du légionnaire indigent, xj l'État ne pouvait pas l'enrichir, reçût du moins de lui une éducation qui déveioppAt en elle lInteUigcncc et le sentiment de l'honneur dont son père avait mérité de porter la glorieuse marque.

Trop souvent il existe, et l'Europe en offre plusieurs exemple#, de choquantes disproportions entre les provinces dont se composent de grandes monarchies. A peine un pays nouveau était venu augmenter le territoire de l'empire, Napoléon s'empressait de le faire participer i tous les avantages

‘ Le 38 floréal an XIU (18 nui 1805).

dont jouissait la France. Â Saint-Maximin, près Ypres, il établissait une école * des arts et métiers, où devaient être reçus quatre cents élèves; à Mayence une école normale pour la langue française, l’art vétérinaire, la physique, la chimie, l'histoire naturelle, la géométrie, la géographie cl le dessin ; i Casai et dans chacune des villes do l’arme et de IMaisance , un lycée organisé sur les mêmes bases que les lycées français. Non-seulement les universités de Turin et de Cènes étaient maintenues, mais elles recevaient des accroissements par la création de chaires nouvelles. Celle de Turin se composa de neuf écoles spéciales et de trentesix professeurs; celle de Gènes, de six écoles spéciales.

lu réunion de la république ligurienne à la France avait surtout été pour l'empereur l'objet d’une attention particulière. Pour adoucir à cette république la transition de son existence comme État indépendant i la situation subordonnée de préfecture française, il avait d'abord envoyé aux Génois un gouverneur général du rang le plus élevé, l'architrésoricr Le Brun, homme fait pour inspirer le respect et l'estime par son mérite personnel, et propre, par son caractère bienveillant cl des formes aimables, à leur alléger le poids d'une dépendance nouvelle pour eux. Le gouverneur général devait organiser les trois départements de Gènes, de UontenoUc et des Apennins. Jusqu'à la fin de cet ouvrage, il était investi d'une autorité discrétionnaire. La France, en recevant dans son sein l’ancienne république de Gènes, voulut aussi hériter de sa gloire. La statue d'André Doria fut relevée par ordre de Napoléon. Une commission fut chargée de recueillir les noms, les portraits et les autres monuments des hommes qui avaient bien mérité de Gènes république. Des institutions utiles furent fondées, et nolaromeiil une école pratique de marine.

Tous les égards, tous les ménagements que l'architrésorier montrait aux Génois répondaient aux vues de l'empereur; mais il fut une question sur laquelle il trouva que le gouverneur général allait trop loin. Dans la réunion de Gènes à l'empire. Napoléon avait vu surtout les ressources dont elle pourrait fortifier la marine française. Les équipages des bâtiments français, qui formaient la station de Gènes, étant incomplets, on exerça une sorte de presse sur les bâtiments du littoral, et on y procéda sans précaution ni règle. Une levée régulière de malelolseûl pu être facile; une levée violente causa une sorte de désolation dans les bâtiments de cabotage. Dés que l'architrésoricr en eut

* 15 messidor an XIll (4 juUlci 18ù5).

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