CHAPITRE un
connaissance «-^1 cesser l’eflet de celte mesnre. A celte occasion, l’empereur lui écrivit une lettre dont nous citerons quelques passages. Il commençait par lui dire qu'il avait vu avec peine son arrêté. « C’est sans doute * une manière fie se rendre « très-populaire, mais c’en est une aussi de nuire » au bien du service. Je n’ai réuni Gênes que pour Il avoir des matelots , et cependant les trois seules n frégates que j’ai dans ce port ne sont psarinées... « Gênes ne sera française que lorsqu’elle aura six n mille hommes à bord de mes escadres... » Après avoir répété, sous plusieurs formes, que ce n’csl ni de l’argent ni des soldats qu’il a voulu tirer de ce pays, que c’est seulement de vieux matelots qu’il a besoin, il ajoute que ce n’est point avec de la faiblesse qu’on gouverne les peuples. « Avei-vous » espéré gouverner des peuples sans les méconia tenter d’abord? Vous savez bien qu’en fait de » gouvernement , juêlice veut dire^ fbree comme » vertu.... Serais-je assez décrépit pour qu’on pùt N me faire peur du peuple de Gênes? La seule ré- X ponse à celle dépi^che , c’est des matelots et des » matelots. Vous connaissez assez la promptitude M de mes résolutions pour savoir que cela ne dimi- » nue en rien l’estiinc et l’amitié que je vous porte. » Ne voyez dans votre administration, ne rêvez que n des matelots. Dites tout ce que vous voudrez de » ma part , j’y consens , mais dites que je veux des X matelots. »
Quelques autres lettres de l’empereur à l’architrésorier, pendant la mission de celui-ci à Gênes, renferment encore des traits que l’histoire ne doit • pas dédaigner. Si l’armée était dévouée à Napoléon sans réserve, c'est qu’elle savait que personne, comme lui, ne tenait compte de tout à l’armée. Par exemple , il se trouvait à Gênes un certain nombre d’oIBciers réformés que l’autorité locale désirait éloigner de cette ville. L’empereur admet que les plaintes, portées contre plusieurs d’entre eux, peuvent être justes, mais « il faut, dit-il, éviter de X prendre de ces mesures qui jettent de la défaveur X sur le soldat. S’il y a de mauvais sujets, il faut X les faire arrêter et les punir; mais un officier K réformé porte un caractère respectable... Pen- X sez-vous qu’il n'y a pas un seul de ces officiers, H fttt-il mauvaise tête, qui ne soit prêt à exposer X sa vie pour vous donner un avis utile, pour gar- X der un poste ou faire une commission dange- X reuse ? >*
Autant l’empereur, dans ses déclarations publiques, affectait la certitude du succès , autant, dans ses correspondances privées avec ses coopéra-
' Lettre datée du camp de Doiilogne le 11 août.
’ Lettre de Saim-Clond, le 10 septembre.
leurs, il cherchait à leur inspirer une inquiète t prévoyance. Avant la campqgne, il écrivait à l’architrésorier * : « Pour ne pas être étonné d’obte- X iiir des victoires, il ne faut stngcr qu’à des dén faites. Ne perdez point de vue-la circonstance où n mon armée d’Italie serait repoussée,el obligée n de SC replier sur Alexandrie, même 'anr Gènes;
X que l'artillerie, l’arsenal et les magasins de vi- X vres soient en état, car vous pouvez être assié- X gés. n Ce contraste d’une extrême prudence de fait, jointe à la démonstration d’une sécurité absolue cl même à une orgueilleuse jactance, éclate, de la manière la plus frappante, dans une autre lettre datée de Strasbourg le 1" octobre : « Dites K hardiment que Gênes est pour toujours à la n France... Que les gazettes tournent ea ridicule X les menaces de l’Autriche et de la Russie; qu’el- ‘
* les disent aux Génois que le même homme qui ,
» avec trente mille hommes, au milieu d’eux, a X confondu la Sardaigne, l’Autriche et toute la X coalition, se trouve aujourd’hui , avec trois cent X mille hommes, au .çeiilrc de l’Allemagne, n.^ c6té de ces exagération^* où la conOance ne connaît point de bornes, se trouve l’ordre de précautions à prendre pour l’hypothèse contraire. « Ne n perdez point de vue l’approvisionnement de Gê- « nés; je voudrais avoir là trois cent mille quin- X taux de blé. Mes projets de guerre sont vastes.
X J’attirerai tout pour faire la guerre offensive;
X dans aucun cas^ même dans le cas de siège, vous X ne devez point quitter Gênes. Prenez des mcsu- X res pour que, dans aucun événement, vous ne X manquiez de blé. » Ainsi , tout en portant la guerre dans les pays lointains, il songeait à l’hypothèse de la voir refluer vers la France et menacer l’intérieur. Sur toute la ligne des frontières françaises, les préfets, les commandants militaires, re- ^ cevaient des instructions dans le même esprit.
Avant qu’en Allemagne le sort de la campagne fût entièrement décidé, les ennemis des Français avaient excité des mouvements dans les duchés de ^ Parme et de Plaisance. Sans attendre les ordres dé * ' l’empereur, l’architrésorier y avait envoyé le peu de troupes dont il pouvait disposer, et, par soti influence, (es caresses, ses menaces, il y avait, en grande paade, rétabli l’ordre; mais un bulletin, publié à cette occasion , avait blessé l’empereur, qui le loi témoigna Cependant, aussitèt après sa première lettre, l’empereur se hàJa de lui en écrire une seconde t u Je veux par celle-ci, lui di- X sait-il, vous exprimer toute ma satisfaction dès X mesures que vous ave^prises pour détruire cette
* Le 27 janvier.
INTÉRIEUR
Il insurrection : j’ai blâmé vos paroles, mais je » loue beaucoup votre zèle. »
L’une des mesures qui occupaient sans cesse i’eni|>ercur, ctait'de fermer tout accès aux marchandises anglaises sur le territoire de l’empire. A Gènes ce n’etait pas chose facile, aussi recommandait-il sur ce point la plus grande fermeté, u Pourn suivez les contrebandiers L On m’assure qu’on Il a osé dire en plein conseil que, si l’on voulait Il mettre de l’ordre dans le port franc , le stylet M jouerait. Pardieu, dites-lcur bien que nous nous » connaissons depuis longtemps et qu’il y a une fuit rieuse différence de moi aux Autrichiens de 174)5. n Soyez inflexible, n Assurément on peut blâmer les dispositions adoptées par l’empereur; mais, sa résolution prise, il serait difficile de ne pas approuver la force et la persévérance avec lesquelles il * marche à son but.
Pour seconder les intentions d’un prince aussi actif que Napoléon, il fallait sans doute aux fonctionnaires publics beaucoup de zèle et de dévouement , mais toujours avec lui le mérite était sûr d’obtenir de l’avancement et des récompenses. Le zèle une fois éprouvé était un trésor qu’il ne voulait jamais perdre. Quand il voyait s’abaisser à ses pieds tout l’orgueil des puissances étrangères, c’était lui qui faisait des avances pour une réconciliation à tel de ses agents en qui il avait trouvé des contradictions et des refus; mais cet agent l’avait bien servi ou dans ses premières campagnes ou dans les premières années de son gouvernement , et il ne voulait être abandonné par personne. Il n’était sévère que pour la corruption. Si elle pénétrait quelque part, il le savait souvent plus tôt que ses ministres. Était-ce dans une préfecture? Il se hâtait, par le choix d’un successeur austère, de rétablir « l’ordre et la règle dans le département ■> Du reste la plus exacte justice présidait â sa conduite envers les personnes. Une prononçait jamais de destitution sans une enquête, sans un rapport ' préalable, et rarement même sans avoir entendu le ' fonctionnaire inculpé.
Dans la seconde moitié de 180)5, une grande contrariété financière s’était mêlée, pour l’^pereur, aux difficultés des négociations et de la guerre. Cet embarras de finances eut une double cause, agissant l’une sur l’autre,' la mauvaise administration de la banque de France, devenue trop libérale d’escomptes, et le vie» du système iJe trésorerie suivi par Je gouvernement pour se procurer à l’avance les Tonds dont il avait besein. Comme cette crise
’ Le fÔ'févpier.
* Lettre du 10 août.
’ Lettre du camp de Boulogne, du 34 aoôi.
est la seule qui ait eu lieu dans les quatorze années du gouvernement de Napoléon , comme d’ailleurs c’est de cette époque qu’il sera introduit, dans notre administration dn trésor, un ordre et une régularité dont aujourd’hui encore nous recueillons les avantages, il nous parait utile de faire connaftre le mal avec quelques détails, afin que l’on puisse mieux apprécier la sage application du retnède.
La banque de France, en donnant â ses escomptes une latitude disproportionnée à sa réserve en écus, avait jeté dans la circulation une surabondance excessive de ses billets, qui, revenant au remboursement, n'auraient pas pu être valablement remboursés, même par de très-bons effets de corn- . merce, â défaut de valeurs métalliques, si encore la banque avait eu la sagesse de n'admettre que de tels effets dans ses portefeuilles. De là retard et même interruption dans les payements; de là discrédit cl baisse de la valeur des billets sur la place.
Des écrivains qui recueillent au hasard tout ce qui peut servir à peindre Napoléon sous de fausses couleurs, ont dit (jue c’était lui qui avait causé le dommage, en enlevant tout le numéraire de la banque pour sa eampagne d’Autriche. Ces assertions mensongères tombent devant les faits. L’engorgement de la banque fut l’ouvrage de l’imprudence seule de l’administration particulière de cet établissement. Le gouvernement y était étranger. Il n’était coupable que de n’avoir pas exercé sur elle une surveillance assez rigoureuse pour la retenir dans la limite de ses statuts, qui malheureusement eux-mêmes n’étaient pas à l’abri de toute censure. Dès le mois d’aoùt, l’empereur s’en plaignait vivement à son ministre du trésor. «Le mal, lui écrin vait-il 3, est d’avoir laissé transgresser la loi. Qu’a i> fait la loi ? Elle a donné le privilège exclusif tic n fabriquer une monnaie à une association iqaul- » conque. Qu’a voulu la lui? Que ce signe ne fût » donné qu’en représentation d’un crédit réel ^..,n L’empereur fait observer que la banque est entrée dans une fausse route en escomptant, non d’après le crédit que l’on a, mais en raison du nombre des actions que l'on possède. « N’est- il pas possible » qu’un propriétaire de cinquante, de cent actions n eut des dettes considérables , et que la banque n escomptât son papier, tandis qu’il ne trouverait » pas une seule personne qui voulût lui prêter?.... n Les billets de banque n’étant plus donnés à l’es- >■ compte contre un crédit véritable, se trouvent » être des papiers de circulation. En escomptant » ainsi, je tranche le mot, la banque fait de la fausse
t P.vr les mou rrMH réri, l'empereur entend ici des lettres de change de commerce, revêtues de toutes 1rs garanties requises.
ClIAPITnE LUI.
[iRoro
n motmate. •• Il ajoute cependant qu'il veut l’aider, w Malgré le mauvais esprit et la mcûancc dont plu- M sieurs régents sont animés, j'arrêterai, s'il le faut,
» la solde de mes troupes pour la soutenir. Je m'afi> flige de ma manière de vivre qui, m'entraînant H dans les camps, dans les expéditions, détourne » mes regards de ce premier objet de mes soins, de w ce premier besoin de mon cœur, une bonne et Tl solide organisation de ce qui lient aux banques,
» aux manufactures, au commerce. C’est à vous Il de inc suppléer.» La gène qu'éprouvait la banque, déjà sensible dans le mois d'août , aura toute son intensité dans les trois derniers mois de l'année, et peut-être ta nouvelle de cette gêne, transmise à tous les cabinets, ne sera-t-elle pas sans quelque influence sur leurs détcrmiiialions. Ce grand embarras provenait de ce queia banque de France avait porté de trente millions à soixante millions la somme du ses billets; mais ce n'était pas en réalité raugnicnlation de la somme qui avait amené l'embarras, c'était l'aveugle facilité de la banque à escompter, avec troptlé largesse, le |>apicr des faiatun de eerrice du gouvernement . et celui de quelques maisons nouvellemcril ctiricliics, dans la faillite desquelles bientôt elle se trouvera comprise pour lies sommes asseï considérables.
La crise de la banque n'était donc qu'un accident qui, s’il produisait un grand effet extérieur, n'avait point par lui même une haute gravité, et qui n'altcignaU que d'une manière indirecte les linances du gouvernement. C’était dans la marche même du ministère, toujours dupe des fournisseurs et faiseurs de service et qui croyait s'en dédommager en les payant mal, qu’était la source d'un inconvénient d'une tout autre étendue , dont les funestes conséquences se développeront précisément aussi au milieu de la campagne d'Austerlitz. Nous avons déjà indiqué le principe du mal. (’.liaque année, le gouvernement élablissail, d'uiic ma* nière spéculative, la iKiIancc générale de ses recettes et de ses dépenses; c'était le buiJgel volé par le corps législatif; mais, d'une part, les recetlesétaicnt presque toujours inféncurcs aux besoins, et, de l'autre, dans le cas même d'une égalité entière entre la recette et la dé|»eii5c, le gouvernement se trouvant obligé d'acquitter la plus grande partie de ses dépenses en douze mois, tandis que- d'après le mode et les époques de recouvrement, il lui fallait dix-huit mois pour réaliser ses recettes, c'était pour lui une nécessité indispensable de déléguer, à des prêteurs, les recettes tardives, pour que le trésor pût en anticiper la jouissance.
Dans l'mlcrvallc de 1803 à 1801, on avait cher-
■ bruredu 7 avril 1803.
ché CCS préteurs dans les rccercors généraux des départentenls. Soit qu'alor.s le ministère n'enlendu pas suflisaminent l'exploitation de ce moyen, soit que le corps des receveurs généraux n'uffril pas le concours du zèle et les garanties de solidité qu'il a présentées plus lard, une compagnie ayant offert des conditions qui paraissaient plus avantageuses, on les accepta; mais celte compagnie était en même temps chargée de l'entreprise des fournitures de terre et de mer, en sorte que, d’un côté, elle devait procurer des fonds au trésor, cl, de l'autre, elle en avait à lui demander. Il y avait là un danger réel. Le ministre du trésor, H. de Marbois, ne le dissimula pas à l'empereur. Il lui représenta que « c'ctail un mauvais système d'avoir pour bati- » quters de l'Ltal des hummos envers lesquels les » ministres sont débiteurs. » La réflexion était juste ; rcinpcrcur la sentait ; mais il avait un penchant, louable en lui-méme, quoique dangereux en certaines circonstances, à conliiiuer d'employer de préférence les personnes qu'il avait employées : une fois. Ainsi, lorsqu'on lui propose de traitef avec une compagnie nouvelle, il dit qu'il voit avec {Hoirie M qu'aprés avoir donné le service à des hnm- » mes pot èicM /’amév, on le leur ôte.... Quand ils » vous auront * servi pendant huit à dix ans, ils auu ront la meilleure considération qu'ils puisscnlac- » quérir, et je pourrai d'autant plus compter sureux » qu'ils me devront rhoniieur et le crédit dont ils » jouiront.» Ce langage de Napoléon peut du moins l'absoudre <lu reproche de mauvaise foi envers les hommes avec lesquels il était dans le cas de traiter. Il ne deinaïulail pas mieux que de voir prospérer les cnlrepreiiçurs qui faisaient le service du gouvernement; mais, pendant la révolution et plus encore sous le 4lirectoire, ceux-ci s'éuicnl accoutumés à un Ici gaspillage qu'ils avaient beaucoup de peine à revenir aux habitudes plus loyales qu'on exigeait d'eux. En exprimant sa propre opinion, l'empereur laissait, il est vrai, M. de Marlwis maître de faire ce qu'il jugerait le plus utile; mais ce minisire, ctc'csllà sa véril.ii>lc faute, n'eut pas le courage de prendre .sur lui la responsabilité d'une préférence donnée à une association nouvelle, quand l’empereur paraissait pencher pour l'ancienne.
Un seul mot explique la situation pénible où va se trouver le ministre du trésor, et ce moïse trouvera dans une lettre que lui écrira -l'cmpcrcur : « Vous êtes un très -honnête homme, mais je ne » puis ne pas croire que vous êtes environné de N fripons. N Un homme, en crfcl , trompait M. de MarlHHS, cl c'était un premier commis ^ du trésor,
I ’ Ce premier couimi* a été cooi'aincu d'avoir reçu
Digitizbd by L.o'oglc
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INTÉRIEUR
auquel il ncrordait une coiinance sans reserve.
Les fournitures faites par les niunitionnaires de la guerre et de la marine ne s’exécutaient pas sans quelques avances du gouvernement. Ces avances SC faisaient soit en numéraire, soit en obligations des receveurs généraux. La quotité de ces avances, stipulée par les marches, ne leur suflisant pas, le ministre consentit à leur en accorder de plus considérables, et en échange il reçut pour gages des billets de la compagnie. Ces dernières valeurs devaient être rendues aux munilionnaires généraux, en payement des ordonnances délivrées à leur profit; mais ceux-ci trouvèrent moyen de sc faire payer, sans opérer cette compensation, et leurs billets restèrent dans les portefeuilles du trésor. Le ministre, se faisant illusion sur la solidité d'une compagnie avec laquelle il faisait d'autres opérations dont le gouvernement n’avait point à se plaindre, se trouva, par degrés, engagé avec elle à des actes d'une excessive complaisance.
L’un des membres de cette compagnie , le plus habile ou le plus audacieux, était en Espagne, où il se livrait aux entreprises les plus étendues. L’Espagne éprouvait une grande disette; il se charge d’y faire arriver deux millions de quintaux de grains qu'il tirera de France. Tous les services étaient dans le plus grand désordre; il traite pour tous. Les caisses royales, même pour les dépenses de la cour, étaient vides ; il y verse des fonds. Le commerce des colonies ne donnait presque aucun produit; il fait une convention qui lui en assure le monopole, moyennant un partage qui, suivant ses propres expressions, le rend l’associé, l'égal du roi d’Espagne. Il eût volontiers prisa ferme la monarchie tout entière. Enfin l'Espagne doit à la France des sommes considérables, en conséquence de son traité de subsides; il en fera le payement pour elle, sauf la remise de délégations sur les piastres captives au Mexique. Tous ces miracles sont sans doute fort étonnants; mais en attendant l'arrivée des piastres de la Vera-Cruz, où ce brillant magicien trouve-t-il le talisman au moyen duquel il opère tant de prodiges? Dans le trésor français, dans les coffres de la banque de France. La banque, qui comptait parmi ses régents l’un des munitionnaires généraux, prodiguait les escomptes à cette compagnie avec une extrême facilité. Le trésor, dans le même temps, donnait aux munitionnaircs, contre leurs engagements, des obligations des receveurs généraux , d’où il résulta que tout d’un coup la caisse du trésor, pleine du papier de la compagnie, fut vide de valeurs réelles, et que la
un million trois cent mille francs. Il les a restitués au trésor.
banque se trouva chaque jour assaillie par des tnilliersdc porteurs de billets qui en demandaient en vain le remboursement. I.a banque ne pouvant payer qu’une partie des billets qui lui étaient présentés, ces billets cessant d’être assimilés à la monnaie réelle, on refusa de les recevoir en payement, et ils devinrent des billets négociables à perle , et à une perle qui descendit jusqu’à dix pour cent.
L’empereur Napoléon, en partant pour l'armée, avait laissé à son frère Joseph la présidence du conseil des ministres. Tandis que , dans l’excès de sa confiance, M. de Marbois avait déjà fait d'énormes avances à la compagnie des munitionnaires généraux , cette compagnie en demandait de nouvelles encore, sous menace de faillite, si elle ne les recevait pas. Sa demande fut soumise au conseil, qui fut d'avis de l'accorder. M. de Marbois en prit la responsabilité sur lui seul. Cette mesure n’eut pas l’approbation de l’empereur. « Vous me citez, écri- » vit-il ‘ de son quartier général à M. de Marbois, U le propos d'un ministre qui a dit qu'il valait » mieux donner ce'nt millions à Vanicrbergh ^ que » de le laisser maitquer. Permettcz-moi de vous n dire que c’est là un propos de Petites Maisons. >* Ce ministre apparemment no connatt pas les » chiffres.... J’espère être dans le courant du mois » prochain à Paris, et, par le désordre que je vois » dans les finances, je vous assure que j’en ai n grande hâte. » Une autre lettre de l’empereur à M. de Marbois était peut-être plus sévère encore. « Il n’y a, lui disait-il, aucun de vos embarras que » je n’aie prévu, pas meme l'embarras de la ban- » que; » et nous avons eu la preuve qu'il dit vrai. Il rappelait au ministre qu'il ne devait pas donner un sou sans ordonnance, et qu’il ne devait être délivré d’ordonnance que sur un crédit accordé. « Je ne sais comment vous avez pu méconnaître » ce principe... Le monde périrait que vous n’avez I* pas droit de sortir de vos attributions. » Ce langage sans doute devait afiliger un ministre qui n’était animé que des intentions les plus pures; mais, dans ces lettres de l'empereur, on voit qu’il y a en lui plus de chagrin que de colère, cl qu’il blâme à regret un homme pour lequel il n un grand fonds de bienveillance et d’estime.
De retour à Paris dans la nuit du Sü au S6 janvier, l’empereur convoqua aussilùt, pour huit heures du matin , un conseil de finances. On connaît les opérations qui ont été faites. M. de Marbois en fit l’exposé avec une honorable franchise qui prouvait que le seul reproche qu'il fût possible de lui faire était d’avoir cédé aux illusions des banquiers
’ Leitre du 92 novembre.
’ I-’iin des munitionnaires généraux.
CIIAPITRK Lin.
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(lu (rcsor. Selon le rapport de ce ministre, les besoins du trésor s'étant accrus, et la seule place de Paris n’oITrant pas à la compagnie des ressources suflisantes, elle avait conçu l'idée de traiter avec la cour d'Kspagnc de toutes les matières d'or et d’argent que la guerre retenait en Amérique. Cette cour lui avait remis plus de cent millions de francs en traites payables dans scs comptoirs américains. Pour obtenir cette concession, la compagnie avait eu besoin de faire quelques avances à la cour d'Espagne; elle avait aussi continué d'escompter, en faveur du trésor de France, les valeurs à terme dont il était obligé d’anticiper le produit. Il était vrai qu’en échange des versements faits au trésor par cette compagnie, elle en avait reçu des obligations des receveurs généraux, pour une somme beaucoup plus forte, mais elle avait remplacé ces valeurs par des gages supérieurs, composés de lettres de change payables à Paris et de traites de la trésorerie d'Espagne sur la Havane et la Vera- Cruz. Les avances faites par le trésor ne le laissaient exposé à aucun risque; s'il les eût refusées, le crédit de la compagnie eût été compromis; si, au milieu de ses vastes entreprises , elle eût été obligée de suspemirc scs payements, scs engagements qui circulaient sur la place de Paris, pour plusieurs dizaines de millions, auraient été frappés de protêt; cette faillite aurait encore aggravé la crise de la banque, qui avait admis un des membres de la compagnie pnrnti scs régents et une forte quantité de scs effets dans scs portefeuilles; le trésor était son seul créancier.... A cette partie du rapport du ministre, l'empereur ne sait plus contenir son impatience. « Ils vous ont trompé, s’écria-t-il; ils ont » abusé de votre droiture à laquelle je rends jus- » ticc. Ces homtnes qui vous ont promis les trésors » du Mexique seront-ils plus habiles et plus puisi> sanLs que le ministère espagnol pour leur faire » traverser les mers dont les Anglais sont maîtres? » S'ils ont gagné la conHance de l'Espagne, c'est en » lui livrant les fonds qu'ils ont puisés au trésor Il public de la France; c'est nous qui avons payé n un subside à l'Espagne, au lieu d'en tirer celui » qu’elle nous devait. Maintenant toute la trame » m’est dévoilée. Je veux interroger en personne Il ceux qui l’ont ourdie. »
La colère de l’empereur était juste. Toutes ses objections ne l’étaient pas. Lorsqu'il demandait si la compagnie serait |>lus habile que l'Espagne pour faire venir des cargaisons de piastres du Mexique, on pouvait lui répondre airirmativcmcnt, et luiméme il aura la preuve de cette possibilité, puisque le trésor français fera cette opération pour son compte. Mais tout le mal n’était pas là. Le gouvernement était à découvert de sommes beaucoup plus
I fortes que le Mexique n’avait de piastres à lui livrer. Le recouvrement meme des piastres existantes demandait un assez long délai, et, dans l'intervalle, I le trésor restait à la merci d’une compagnie dont I les affaires embarrassées pouvaient, à chaque in- ; stant, lui causer * des pertes énormes.
I Lepremiercommisdu trésor chargé de cette partie du service, et deux des membres de la compagnie. MM. Després et Ouvrard, se rendirent au conseil. La scène fut pénible; l’interrogation, dure; les j parolesde l’empereur, amères. Le premier commis, dont alors la culpabilité n’était pasconnuc, bégayait I des explications justificatives; M . Després était dans un profond accablement; M . Ouvrard, ferme comme un roc, ne proférait pas une parole, mais tout son air semblait dire que, comme rien n’est plus passager qu’une tempête , il faut savoir en attendre la fin. La séance avait duré neuf heures. Au sortir du conseil, M. Mollien fut nommé ministre du trésor. M. de Marbois alla vivre dans la retraite; mais, dans deux ans, l’empereur ira reprendre le ministre disgracié pour lui donner la plus éclatante réparation, le plus haut témoignage de conflancc qu’un homme d’honneur comme lui pût recevoir. Il le nommera premier président de la chambre des comptes.
Le déficit dont les faiseurs de service étaient débiteurs envers le gouvernement, avait été évalué par M. de Marbois à soixante-treize millions. Une vérification nouvelle le fit monter à qnalre-vingtsix. En définitive on reconnaîtra qu’il s’élevait à cent quarante et un millions, et nous verrons ultérieurement, par les soins d’un ministre habile, la totalité de cette somme rentrer dans les caisses du gouvernement.
Quant à la crise de la banque, ce n’était qu’un événement passager de sa nature et dont l’admi- ; nistration particulière de cet établissement était , seule responsable. Aussi dans l’un des conseils ' ministériels tenus à cette occasion, un membre ; du conseil fut -il d’avis que la banque devait une indemnité aux porteurs de scs billets pour la perle qu’elle leur avait occasionnée. Si la banque, disait-il, avait été jetée hors des règles par le gouvernement, elle aurait son recours contre lui; mais I l’embarras qu’elle éprouve est son propre ouvrage ;
! son privilège n’allait pas jusqu’à faire de la fausse I monnaie; les porteurs de scs billets ne peuvent donc pas en être les victimes, elle leur doit un dédommagement, et ce dédommagement, il faut le prélever sur scs profits, meme , au besoin , sur
' M. Ouvrnnl en fait liii-mème l'aveu, lorsqu'il repro- . elle à l'un de tes associes d'avoir fait nn emploi imprudent iPune einquantnine de millions.
INTERlEin.
son cipiUl. proposition ne fut pas adoptée « mais elle n’en était pas moins fondée en raison et en justice. Ou reste, au bout de peu de mois, tout avait repris son cours, la banque avait entièrement recouvré son crédit, du moment que son administration, plus réservée dans ses escomptes, ne portait plus, dans le système général des échanges, qu'un mouvement utile et n'y intervenait que cuminc inslruincnt nécessaire.
Parmi de nombreuses lettres de l’empereur, qui, toutes, constatent l’activité do sa surveillance sur les diverses branches du ministère du trésor, j'en indiquerai quelques-unes dont la citation seule montre toute l'absurdité de certains reproches qu’on lui a faits. Ainsi en réponse à l'imputation < d'avoir enlevé cinquante millions à la banque pour la campagne d'Autriche, nous citerons une lettre où, apres avoir réparti des sommes provenant de son budget ordinaire entre les services de l'armée, l'empereur ajoute : « Ainsi je ferai la Il guerre du continent sans demander au trésor » public aucun secours extraordinaire et sans rien H dérangera la marche de mon budget. » 11 veut pour la caisse du payeur général de rarmée, une somme de deux millions, « ne fût-ce, dit-il, que M pour sa propre dignité vis-à-vis des peuples de n rAlleroagne. n Que l’on accuse l'empereur d’une orgueilleuse conflance dans rinfailiibililé de ses succès, nous le concevrons sans peine, mais cet oi^ueil même prouve qu'il n'a besoin de prendre cinquante millions ni à la banque, ni ailleurs. Tout ce qu'il demande à son ministre du trésor est d’assurer la solde de l'armée pour deux mois, bien certain que, dans l'intervalle, la victoire aura pourvu à la solde des mois suivants.
Aux hommes qui ont prétendu qu’une fois le Ebin franchi, Peropereur abandonnait l'Allemagne 4 ses troupes, nous opposerons des lettres qui prouvent son attention à protéger tout territoire ami ou neutre. Il faut, écrivait-il, que la solde soit faite avec exactitude jusqu'au 1*' brumaire (i23 octobre), « parce que le pillage et la dévas- H talion des pays neutres seraient la conséquence M naturelle du retard. » Par une antre lettre, datée de Louisbourg l'empereur mandait au même ministre : Nous maintenons ici la plus sévère
' Le ijénéral S«vary, dit M. Saignes, cooSa k retie espèee d*aide de camp » la conduite du tniilei de l'hî- » lippe, chargé de cinquante nuliinns que Napoléon ve-
• nait d'enlever h la banque pour aider le aiiccés de ses
• opérations militaires. ■ Voyez aussi Monlgaillard , a tmtU ifHamti. Le masimum des billets de la banque ne s'éleva, comnie nous l'avons dit, qu’à soixante millions eu 1805.
M discipline... personne ne s'aperçoit du passage B des troupes. Dans ce pays je vis avec des 6ona *. » Je n'ai donc pas besoin d’argent. Assorex-moi M la solde de brumaire... Le service n’est pas très- B bien fait à Strasbourg. Je ne voulais pas vous B écrire pour ne pae toue dire cela. • On pourrait demander, en passant, ce qu’il faut croire de la dureté prétendue d’un homme dont le mécontentement, lorsqu’il ne tient pas à des causes graves, prend une telle forme pour se faire apercevoir.
Les autres armées de l'empereur ne furent pas beaucoup plus longtemps à la chante du trésor français que celle qu'il commandait iui-mémc.Le 18 no\ embre U déclarait i son ministre qu'il ne fallait plus envoyer d’argent i l'armée d'Italie. Masséna devait pourvoir à ses dépenses par des contributions levées sur le territoire vénitien. I.e 18 décembre^, il défendatl pareillement d'en envoyer à l’armée du Nord, u Elle est sur pied pour I» la défense de ta Hollande. Ecrivcx au grand |icn- B sionnairc que c’est à lui d'en faire les frais. »
Des accusations ridicules ii’auMienl pas mérité sans doute un examen sérieux, mais dans les lettres de l’empereur, lors même que la citation n'en semble pas très-nécessaire, il y a toujours un c6té instructif, en ce qu'elles montrent t’hominc te) qu'il était en tui-inéme et tel qu'il était de plus dans scs rapports soit avec les individus, soit avec les gouvernements. D'après celles, par exemple, dont nous venons de présenter des extraits, nous pouvons Juger quelle était sa disposition )versonneile à l'égard de M. Barbé de Marbois, et la nature de scs relations avec le grand pensionnaire de Hollande.
La guerre, loin d’avoir causé la ruine des finances françaises, avait été pour elles au contraire un moyen de réparation. Au moment de son départ pour l'armée, l'empereur sciilail toute la gravité de la situation où il les laissait; il dit à run des hommes en qui il avait le plus de confiance : « I^es » finances sont mal; la banque éprouve de l'em- » barras. Ce n’est pas ici que je puis y mettre w ordre, n H y mil ordre à Austerlitz. Outre que trois armées cessaient d'étre, pour quelque leinps, à la charge du trésor français, la paix de Presbourg avait assuré à la France le payement d’une
* Lcilre du 31 août.
’ CtiàU'au de réleet^r de Wurtemberg, le 4 octobre.
4 (>a bom étaient recueillis et on réglait les rumptes de ta dépense Faite par rarmée Française. En général, cVlait contre la cession de provinces ou de bailliages que le goiiverRrment Français en obtenait quittance.
^ Lettre de Znaim.
* Lettre de Scbteubruus.
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