‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 212 sur 298 · CHAPITRE un · texte numérisé non relu

CHAPITRE un

somme de quarante millions, indépendamment d'une somme à peu près pareille déjà levée par les ('rançais eux-mèmes sur les provinces conquises. Ainsi des ressources étrangères venaient au secours des finances du gouvernement français, tandis que les finances de l’Angleterre s’épuisaient à stipendier des puissances étrangères. De là l’énorme dilTérence que présentent les budgets des deux pays.

Le budget de la France s'éleva, en 1805, à la somme de cinq cent qnatre-vingt-huit millions neuf cent quatre-vingt-dix-huit mille sept cent cinq francs, composée des recettes suivantes :

Contributions directes.

Régie de l’enregistrement et des domaines,

Douanes,

Loterie,

Postes,

Régie des droits réunis,

Régie des salines.

Total général.

31 1,649,196 fr.

172,76.3,591 52,725,918 13.860,000 10,000,000 25,000,000 3,000,000 588,098,703 fr.

A cette somme de cinq cent quatre-vingt-huit millions, si l’on ajoute trente millions provenant du royaume d’Italie, et la recette ou la consommation, faite dans les pays étrangers, d’une valeur d’une centaine de millions applicable à l’année 1805, il SC trouvera que le gouvernement français aura satisfait à tous les besoins d’une année aussi dispendieuse avec une somme de sept cents et quelques millions de francs.

Dans cette même année, le produit des impèts en Angleterre a été de

49,652,471 liv. st.; 1,241,311, 775 fr.

L’emprunt, 22,500,000 562.500,000

Total, "7^527471 liv. st.; 1,803,81 1,775 fr.

t^)ue l’on vante, si l’on veut, les ressources d’un État qui paye une telle somme d'impôts et permet une telle somme d’emprunts, le temps prononcera sur la nature de cette apparente richesse, cl sur le genre de bonheur qui en résulte pour le pays.

Ce que l’cmpcrcur Napoléon faisait lui-même de plus important dans le cours de chaque année, il le racontait au corps législatif à l’ouverture de sa session. Quoique l’exposé qui concerne 1805, ne doive être présenté à ce corps que dans les premiers jours de mars 1806, nous croyons devoir en faire mention ici, puisqu’il renferme une narration de faits actuellement consommés. Peut-être l'histoire devrait -elle s’emparer de ces comptes annuels qu’il rendait de scs travaux; mais, outre

l’inconvénient de leur étendue et celui de fréquentes répétitions sur des objets déjà expliqués ailleurs, nous avons jugé plus instructif de montrer, comme nous l'avons fait. Napoléon agissant dans son cabinet ou sous sa tente, méditant sur les objets d'utilité générale, communiquant ses idées à ses ministres et en suivant l’exécution, que d’offrir au lecteur un tableau ofllcici, toujours pompeux, dans lequel le minislcrc regarde comme un devoir d’appeler sur le chef de l’F.tal le tribut de la reconnaissance nationale. En voyant rempcrcur presque toujours animé de sentiments généreux, voulant le bien avec passion , et intelligent à le vouloir, csl-il surprenant que le ministre, son coupératcur, fier de sa part de concours dans un si bel ouvrage , se complaise à en rendre la peinture brillante, quoique sans nuire à sa Odélité? Tel est le caractère du compte présenté ', pour l’année 1805, par .M. de Champagny , ministre de l’intérieur. Un écrivain distingué a comparé ce rapport au panégyrique dcTrajan par Pline. L’empereur a déjà fourni et fournira encore une abondante matière au renouvellement de ces panégyriques. Du reste, voici dans quels termes il avait chargé son ministre de préparer son rapport. <> H » serait temps, lui écrivait-il -, de rédiger l’exposé » de la situation de l’empire depuis l’an XII. Vous » pouvez suivre les mêmes principes que pour les Il exposés des années dernières; mais on pourrait :i rendre celui-ci fort utile, en ce qu’il conticnn drait des tableaux et difTércnlcs notes, soit sur » les travaux faits, soit sur les autres objets relan tifs à l’intérieur. » Dans celle lettre, l’empereur semble ne songer qu’à rendre le nouveau rapport plus utile que les précédents, en lui donnant plus d'étendue et de variété. Que le ministre voie l’ulilité dans ce qui ajoute à la gloire du monarque, on le comprend sans peine, mais la pompe de la narration ne détruit pas l’existence des faits. Si Napoléon ne se refusait pas à ce genre de louanges, du moins l’application conslanle de toutes ses heures, de toutes ses facultés, au bien-être du pays, constate qu’il ne voulait pas une gloire usurpée, et que, pour l'oblcnir, il travaillait réellement à la mériter. Je ne donnerai qu’un sommaire imparfait du compte rendu par le ministre; la première partie se rapporte à des dispositions ordonnées, lorsque l’cmpcrcur, allant en Italie pour sou couronnement, visita plusieurs départements frao' çais en deçà et au delà des Alpes. Le ministre représente la navigation de la Seine cl de la Saône recevant des améliorations essentielles; la restauration ou l’agrandisscmcnl des quais de Chàlons,

• l.c 3 innrs I80(î.

' !.«■ 1 1 février 1800.

INTÉRIF.IR.

Mâcon et Tuunius; la Seille rendue navigable, sources d'avantages pour le département de SaOneel-I^ire; diverses mesures favorables à la ville de Lyon, telles que des récompenses décernées par l’empereur même à des ouvriers habiles, l'institution d'une école de dessin , et surtout l'établissement prochain d’un entrepôt qui doit faire de cette ville le centre d’un vaste commerce : la Savoie appelée à une existence plus heureuse ; Turin, veuve de ses rois, mais à qui la présence d'une cour française ne laissera plus rien à regretter; Casai, enrichie d’un évêché, d’un lycée et de cours de justice; Alexandrie, le siège des plus grands établissements militaires, et en même temps l’asile des vétérans de la gloire, boulevard inexpugnable pendant la guerre, mais où l'empereur a soin de créer un commerce d'entrepôt et de transit pendant la paix; le Piémont tout entier, qu'avaient conquis les armes, naturalisé par les bienfaits; Gênes devenue française par les lois, comme elle l’était déjà par les niïcctions; Parme et Plaisance délivrées d'institutions gothiques et associées à une législation généreuse; toute l'Italie enfin s'enorgueillissant de recevoir les lois d'un nouveau Charlemagne. « Nos n ennemis, disait le ministre, sont repoussés^dc » scs rivages; ils ne peuvent plus avoir avec elle de Il relations commerciales.... L'Italie est une con- 1» quête faite sur l’Angleterre.» Après une rapide digression sur les événements de la guerre, court intermède pendant lequel nulle question d’admi- i nistration intérieure n’a échappé à l’œil du chef de l'État jusque dans les bivacs d'ülm et d’Austerlitz, nulle entreprise commencée n’a été suspendue, nul impôt nouveau demandé à la France, nul fonds détourné de sa destination première , le ministre énumère les nombreux bienfaits de la puissance impériale dans le cours de l’année, les encouragements donAés aux sciences, aux lettres et aux arts, l'appui accordé à la religion , et le traitement décerné aux desservants des succursales; la préparation du code judiciaire, une organisation plus vaste des ponts et chaussées, l'élévation de deux cités nouvelles dans des pays dévastés par les guerres civiles, et en général les autres travaux qui n’ont pas cessé d’être )>oursuivis avec vigueur. Il montre tour à tour les Alpes et les Apennins, jusqu’à ce jour franchis seulement par le génie de la guerre, s’ouvrant aux efforts de l'art , et unissant par le commerce l’Italie et la France, le Piémont et la rivière de Gênes; le Simplon et le mont Cenis voyant rouler sur leurs pentes et sur leurs sommets d'énormes voitures chargées des produits des deux mondes; dans la Maurienne, sur le mont Genévre, sur les bords de la Méditerranée de Gênes à Toulon , ■ les précipices comblés, les hauteurs aplanies; des ■

ponts sans nombre rétablis sur le Rhin , la Meuse, le Cher, la Loire, la Saône et le Rhône; des ponts imposés pour la première fois à la Durance, pour la seconde à l'Isère qui a brisé le joug auquel on l’avait assujetti; les rivages de tous ces fleuves, ceux *lc la Seine, de l’Aube, de la Moselle, du Tarn, du Pô, couverts d'ouvriers dont les constructions tendent .i en régulariser le cours; des bassins, des môles, des chantiers, des ouvrages de tout genre en pleine activité dans trente-cinq villes maritimes; six grands canaux en exécution, d’autres déjà tracés, d’autres arrêtés en projet par le gouvernement; des dessèchements de marais entrepris ou prêts de l’être dans divers départements; des bergeries de brebis espagnoles , établies au midi, à l’est cl à l’ouest de l’empire; enfin une foule d’autres créations ou perfectionnements qui altestcnt l'infatigable vigilance du chef de l’État, sur toutes les parties du gouvernement et de l’administration publique. Ce que nous avons nous-même raconté sur la politique extérieure de Napoléon nous dis- I pense <lc présenter ici ce qu'en dit le ministre; mais cet article de son discours se termine par un passage que nous croyons devoir citer textuellement.

K La première coalition, dit-il, terminée par le » traité de Campo-Formio , a eu pour résultat fa- » vorable à la France l'acquisition de la Uelgiquc, » la limite du Rhin, la Hollande mise sous l'in- » fluence fédérative de la France; et la conquête » des États qui aujourd'hui forment le royaume » d'Italie.

» La deuxième coalition lui a donné le Piémont, » et la troisième met dans son système fédératif » Venise cl Naples.

» Que l'Angleterre soit donc enfin convaincue » de son impuissance; qu’elle n’essaye pas d’une » quatrième coalition, quand même il serait dans » l'ordre des choses possibles qu'elle pût la renou- » vêler.

» Voilà ce que le gouvernement a fait pour la » gloire et pour la prospérité de la France. L'einn pcrcur n’envisage que ce qui reste à faire, et il » le trouve bien au-dessus de ce qu’il a fait; mais » ce ne sont pas des conquêtes qu’il projette; il a » épuisé la gloire militaire.... Perfectionner l’ad- » minislration, en faire pour son peuple la source » d’un bonheur durable, et de ses actes l’exemple » et la leçon d’une morale pure et élevée... telle est >1 la gloire qu’il ambitionne, telle est la récompense » qu’il se promet d'une vie vouée tout entière aux U plus nobles mais aux plus pénibles fonctions. »

Ainsi s’exprimait, le 3 mars, le ministre de l’intérieur dans l'exposé de la situation de l'empire. Trois jours auparavant, l’empereur lui-mêiiic, en

soi

ciiAPrraE lui.

[IMC3

oDvrant la sesiion du cpr^ légisUUr, a?ait fait entendre des paroles non moins dignes de l'allenUon de la France, et plus propres encore à éveiller Tat- Icnlion des puissances européennes, n Mes armées, r> disait-il, n*ont cessé de vaincre que lorsque je >• leur ai ordonné de ne plus combaUre. Mes alliés » ont augmenté en puissance et en considération ; n mes ennemis ont etc humiliés et confondus : la I» maison de Naples a perdu sa couronne sans ren tour. La presqu'île d'Italie tout entière fait par- I» lie du grand empire. J'ai garanti, comme chef w suprême , les souverains et les constitutions qui K en gouvernent les difTérentes parties. ■» Cette dernière phrase est le premier développement du système fédératif annoncé par la lettre du 8 janvier, que l'empereur avait, de Munich, adressée au sénat et que nous avons prcccdcinmeiit citée. Bientôt ce système, mieux caractérisé, embrassera aussi une partie de l'Allemagne.

En témoignant sa conGancc dans la loyauté de l'empereur François 11, dont il avait raffermi le trône lorsqu'il eût pu le renverser, Napoléon ajoutait : U U'ailleurs les hautes destinées de nia coula ronne ne dépendent pas des sentiments cl des » dispositions des cours étrangères. » II remerciait ensuite la nation française de l'empressement qu'elle avait mis à le seconder. •< Français, je n'ai » point été trompé dans mon espérance. Votre n amour, plus que l'étendue et la richesse de votre • territoire, fait ma gloire. » A côté des prodiges dont la France et l'Europe étaient justement éblouies, l'empereur avait la faiblesse de ne pas oser avouer la grande calamité de Trafalgar. Il ne faisait qu'indiquer cet événement dans les termes qui suivent, très-peu assortis à la gravité des faits ; « l#es tempêtes nous ont fait perdre quelques vais- ■ seaux, aprèsun combat imprudemment engagé, n l’ar ce frivole déguisement, espérait -il cacher la vérité à la France? Non, sans doute. Ces sortes de réticences sont toujours un mauvais calcul. Les revers que cachent les gouvernements s'exagèrent encore dans l'opinion publique. En celle occasion, il est vrai, le mal était tel que l'exagération n'était pas possible. Au reste, le désastre des flottes combinées était une circonstance qui devait garantir la bonne foi du vœu de l'empereur pour la paix maritime. » Je désire, poursuivait-il, la paix avec » rAnglelerrc. ])e mon côté, je n’en retarderai ja- " mais le moment. Je serai toujours prêt à la cori-

» dure en prenant pour bases les stipulalions du » traité d'Amiens. » Ces assuraisces, quoiqu'elles ne fussent qu'une répétition des déclarations déjà (hiles l'année précédente, semblaient avoir plus de poids en 1806, le ministère britannique ayant éprouvé un renouvellement qui ouvrait plus de chances à la possibilité d'une conciliation.

Dans les diverses réponses de l’euipereor aux félicitations des grands corps de l'État, dans son discours pour rouverturc'dn corps législatif, dans le compte annuel rendu par le ministre de l’intérieur, partout nous trouvons le désir plusieurs fois exprimé par Na(>oléon de pouvoir se livrer au perfcclionncnicnl de radmiiiistralton publique, eUravaillerau honlu urde la Franco «f dont famoiir fait O sa gloire, • fans en être detounté par la pénible obligation d'aller cueillir encore les sanglants lauriers de la guerre. L'eni]H‘retTr a prcimis à son armée de la reunir tout entière à l*ans pour lui témoigner sa n'connaissance par des fêles qu'il se propose de fui donner au mois de mai. A son retour à Paris, il trace le plan de ces fêles, il dicte des notes, il les envoie ‘ au ministre de riiitérieur, et le charge de s'environner des hommes capables de lui donner sur ce sujet les meilleures idées. Cependant les troupes, qui, sous trois mois, devaient rentrer en France, prolongent leur séjour en Allemagne ; les fêtes du mois de mai sont ajournées; la durée de la paix continentale semble chaque jour plus incertaine. Les sentiments pacifiques manifestés par Napoléon n'étaicnl-ils donc qu'une vaine apparence sans aucune sincérité? Le désir qu'il montrait de se livrer tout entier aux améliorations intérieures cachait-il encore rintenlion secrète de chercher au-dchors des combats nouveaux? Enfin toutes scs démonstrations n'onl-clles été qu'un vain jeu d’imposture et de mensonge? L'Angleterre et ses partisans l’allirment. Des hommes disposés, depuis 1818, à tout croire contre l'empereur, le répètent sans examen. Notre devoir est de recueillir les faits. Ce sont les faits qui doivent résoudre I ces questions ; mais auparavant nous avons à jeter un regard sur l’expédition de Naples, que nous n'avons fait qu'annoncer, et sur la situation du gouvernement , instigateur et trésorier de toutes les coalitions contre la France, le gouvernement de la Grande-Bretagne. f '

» Lettre du 17 février.

GUERRE ET POUITlVUE.

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