‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 217 sur 298 · OPÉRATIONS MARITIMES · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS MARITIMES

vaillance peuvent jusqu’à un certain point charnier l'amour-propre et même sauver l'honneur, quelle faible compensation de l'éiiormilé de nos pertes dans les affaires générales!

Dire les malheurs des escadres françaises, c'est déjà raconter les avantages obtenus par l’Angleterre; mais là ne se bornent point les succès maritimes de cette puissance. Au mois de novembre 1805, au moment où l’Autriche envahie appelait à grands cris les secours du cabinet de Londres, ce cabinet faisait partir une escadre et un corps de troupes, non pour opérer en Europe une diversion utile à son allié malheureux , mais pour enlever aux Hollandais le cap de Bonne-Espérance. Le commandant en chef de l'expédition était l'amiral Home-Popham. Son escadre portait un corps de six mille hommes sous les ordres de sir David Oayrd. Le 4 janvier 1806, le débarquement s’opéra dans la baie de Lospard, et on marcha vers la ville. Le gouverneur Jansens, qui disposait de forces égales à peu près à celles de l'ennemi , leur avait fait prendre une position qu'il semblait facile de garder. Elle fut mal défendue. Les Hollandais ne firent qu'une courte résistance et s'enfuirent en désordre. Les Anglais passèrent la rivière Salée sur les bords de laquelle ils se proposaient de camper, mais un parlementaire étant venu proposer une capitulation, on en signa les articles sur-le-champ et le fort Knocke fut occupé dès le soir même.

Après la bataille du 8, le général Jansens s'était emparé d'un passage qui conduit dans le district de Zwclicndam, et semblait vouloir se maintenir dans l'intérieiiF, mais bientôt il se laissa engager à une capitulation par le général Rércsford, ce qui compléta pOtirles Anglais la paisible possession de cette colonie. Il fut stipulé que le corps commandé par le gouverneur hollandais Jansens serait renvoyé en Europe, sans être considéré comme prisonnier de guerre.

La facilité du succès exalta l’imagination de sir Home-l'opham; et, sans aucune autorisation préalable, au mépris même des instructions qu'il avait reçues, certain d’etre approuvé s'il était heureux, il conçut et exécuta un projet d’invasion dans l’Amérique méridionale. Vers le milieu d'avril , il quitta le cap de Bonne-Espérance, emmenant avec lui, sous les ordres du général Béresford, un détachement de troupes que lui avait donne sir David Bayrd, prit en passant quelques centaines d'hommes à Sainte-Hélène , et, avec une force totale de seize cents hommes environ, il fit route vers Rio de la Plata , où il arriva au commencement de juin. Le 24, Il opérait le débarquement de scs troupes à douze mille de Buénos-Ayrcs. Le général Béresford

chassa devant lui un petit corps espagnol qui prit la fuite avec précipitation, et il ne rencontra d’autre obstacle que celui de la rivière qu'il lui fallut franchir sur des bateaux, le pont ayant été brûlé par les Espagnols. Le 27, il entrait dans Buénos- Ayres abandonnée par le vice-roi, qui s’etait retiré à Cordova avec le peu de monde qu'il avait sous son commandement.

Enorgueilli de son triomphe, sir Homc-Popham se hâta de l'annoncer, dans les termes les plus pompeux, à toutes les villes commerçantes et manufacturières de l'Angleterre. Les transports de joie qu'excita cette nouvelle allèrent jusqu'à l’extravagance. Il semblait qu'un autre Colomb venait de découvrir un nouveau monde. Partout on se livra aux spéculations les plus hardies, les plus exagérées. la: gouvernement lui-méme, qui d’abord avait blâmé cette expédition, désarmé par sa réussite, laissa expirer ses reproches au milieu des cris de l’allégresse publique. Ce qu'il n'aurait osé prescrire, il n'osa pas le désavouer, et, se laissant entraîner à l'ivresse generale, il n'eut pas meme la prudence de détourner le commerce des opérations insensées dans lesquelles il cuscvclissait d’immeuses capitaux.

L’illusion ne fut pas de longue durée. TjC revers fut aussi prompt, aussi complet que l'avait été la victoire. Au service des Espagnols se trouvait uii Français, le colonel Liiiières, qui, indigné de la fuite honteuse du vice -roi, se sentit capable de rendre à l'Espagne une colonie si lâchement abandonnée. Le 10 août, à la tète d’un millier d'hommes qu'il avait tirés de Monte-Video et du Saint- Sacrement, favorisé par un épais brouillard, il passa la rivière à Conchas au-dessus de Buénos- Ayres, et, renforcé par quelques débris du corps qu'avaient battu les Anglais, il marcha vers la ville et la somma de se rendre. A l’instant où il parut les habitants se levèrent en armes, et, le 12, il s'engagea dans les rues, sur les places, une action désespérée, à la suite de laquelle les Anglais, maltraités à la fois par un ennemi qui les pressait de tous côtés et par le feu qui parlait des fenêtres et des balcons, finirent par se rendre prisonniers au nombre de treize cents.

Dans cet intervalle, sir Hom-Popham avait fait contre Monte-Video une tentative infructueuse. De retour au Rio do la Plata, il y établit une sorte de blocus en y attendant des renforts de l'Angleterre et du cap de Bonne -Espérance. Ainsi s’était évanouie sa prospérité d'un moment. Bientôt son gouvernement, indulgent ou sévère selon les résultats, après l'avoir applaudi, le fera passer par un conseil de guerre. La conquête passagère à laquelle se trouvera intéressé l’amour-propre national ne ser-

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