CHAPITRE iXh
BâO
qac la télc île ce $ainl et celle du rétablissement du culte catholique fussent célébrées ensemble, le llf août, jour de l'Assoinplion et date du concordat. Jamais nul autre saint ne reçut des hommages plus éclatants, plus étendus, que celui-ci en recevra pendant près de dix années. Il tombera du trône avec celui qui Ty avait placé; mais, comme lui, disparu des calendriers où il avait été si brillamment accueilli, il ne disparaîtra pins de l'histoire.
Le même décret réunit, dans une seule félc. Axée au premier dimanche de mois de déennbre, Taniiivcrsairc du couronnement et celui de la bataille d’Austerlitx.
Tout ce qu'il y avait en France d'institutions utiles était transporté dans les pays dépendants de la France. Dans le royaume d'Italie, ce qui avait été provisoire relativement à l'ordre judiciaire , était remplacé par une organisation déQnitive. Des couvents y étaient changés en hospices. Des maisons de travail s'élevaient dans plusieurs villes du ntyaume pour détruire ta mendicité. Des décrets nombreux ordonnaient la réparation de rodflcs anciennes, la création de roules nouvelles. Milan, comme Paris, recevait de notables embellissements.
I<c goût de bâtir est une passion commune même aux princes les plus vulgaires. Ce qui importe aux peuples, c'est que ce goût s'applique à des objets d'un intérêt véritable. On a prétendu que l'empereur Napoléon, dans les travaux qu'il avait ordonnés, cherchaill’éclat plus que l'utilité même. C'est une erreur cl une injustice. Sa principale élude au contraire était de restreindre chaque genre de construction dans la limite des convenances naturelles. A peine avait-il exprime l'intention de faire bâtir un pont vis-à-vis l'Ecole Militaire, qu'aussitôt on lui présenta les plans les plus exagérés. •I Vouloir ^ rcpondil-il, faire d'un pont un inonu- > ment, est une idée biurre. Ea première idée » que présente le mol monument, est celle d'une » chose indestructible. Ainsi les Pyramides, con- ■ struites de masses de pierres grossièrement lail- » lées, sont des monuments; mais il n'en est pas » de même d'un pont, dont la durée est nécessai- » rement bornée et qui est sujet à de nombreuses w causes de destruction. Un pont est un ouvrage M d'art qui exige des combinaisons diBiciles. Il » peut être un objet de décoration, mais ne sera
N point un monument. Ces idées s'cxclucnt n
La pureté de goût, en celle circonslanco, était, chex l'empereur, une qualité proAlable, car sa conclusion était que le projet le plus économique serait celui qui aurait la préférence.
' Letire du 9 juillet.
Deux pensées l'occupaient toujours on même temps, servir le pays par des cunslrucllons nouvelles, et fournir, par le moyen de ces constructions, du travail à des classes dont la guerre rendait les professions inactives. L'idée le faire le bien par le travail, et de favoriser rindustric en faisant le bien, se trouve dans une foule d'actes de Napoléon. Des troubles survenus à Malle, depuis que cette lie était entre les mains des Anglais, avaient donné lieu A une émigration asscx considérable de Maltais pour la Corse. L'empaAur avait accordé des secours à ces fugitib.«Eu M'^bignaiil * au ministre que les sommes attouées pMt cette dépense n'avaient pas élé payéM arôc exactitude, et en le chargeant de faire réparer cette omission, l'empereur engageait le ministre à prolîter de cette circonstance pour étendre dans la Corse la cullnrc du colon, dont il avait été fait des essais qui avaient réussi. Les Maltais entendant (rès-bteii cette culture, ce serait un moyen de les secourir honorablement en les rendant utiles.
Dans le même temps, le 23 septembre. Napoléon écnvail â son ministre de l'intérieur : « Il » existe à la bibliothèque beaucoup de pierres pré- • cieuscs, U faut les distribuer aux bons graveurs n de Paris pour graver divers (Kirlrails. Cela ent» couragera l'industrie et donnera du travail aux n artistes. <•
Loin de vouloir placer ses propres constructions au-dessus de celles qui avaient été ordonnées par les rois de France, l'cmpcrcur mettait sa gloire à continuer les ouvrages commencés par eux. Kii s’occupant à terminer le Panthéon, il conçut la pensée de rendre cet êdiflee à sa première destination. Par des notes dn 19 février 1806, il At connaître celle intention au ministre de l'inté* rieur dans les termes suivante: « mallre-autel » serait dédié è sainte Geneviève.. ..u... On pla- » ccrail dans cetlc église les tombeaux qui sont tt aujourd’hui au muséum des monuments frann çais, qu'on y rangerait, comme aux Augustins, » par ordre de siècles. Ils sortent des temples; B il conviendrait de les y faire rentrer. Il y a B là une sorte de profanation qui afflige les gens B religieux. Ils altireraiciil d’ailleurs les curieux B vers ce monument, le plus beau de la capi- » laie, n
Les mêmes notes du 19 février indiquaient Téglise de Saint-Denis pour la sépnllure de la famille impériale. « On ordonnerait, disait Napoléon, que B trois autels expiatoires y fussent dressés en mé- I* moire des trois races dont les mânes ont été dis- B persés. n Ces idées de l'empereur devinrent le
* l.eitre do il septembre.
INTÉRIEUR
sujet d'an rapport qui lai fut Tait peu de Jours après, le 19 février, et d’un décret qui en prescrivit l'exécution. L’église de Sainte-Geneviève fut rendue au culte, conformément à la volonté de son fondateur. Elle conserva en même temps la desti- i nation qui lui avait été donnée par rassemblée constituante. Relativement à l'église de Saint-Denis , « vaste cercueil , plein d’une poussière de rois » ( expressions du ministre ), et qui renfermait en n quelque sorte dans son sein l’histoire de toute n la monarchie , » le décret impérial portait qu'il serait érigé quatr^hapeUes, trois dans l’emplacement des toinheanx des première , deuxième et troisième races , et une dans l'emplacement destiné à la sépulture des empereurs.
L’église de Sainte-Geneviève fut encore l’objet de quelques autres lettres de Napoléon. L’une , du 20 février, tient spécialement à l'intérét des arts. L'empereur engage son ministre à faire des recherches « pour compléter les monuments de la sculp- » ture française, dont la collection est «due aux » soins de M. Lenoir. » D'autres' dispositions se rapportent aux cendres de Voltaire et de Rousseau. Le désir de Napoléon est qu'il soit construit un beau mausolée en l'honneur de Voltaire, k I[ pa^
O rattrait convenable, dit-il , de revenir à< l’usage n de placer des statues sur les tombeaux, en évi- » tant le plus possible dans la composition toute •I espèce d'allégorie. » Â l'égard de Rousseau , il charge le ministre « de se faire représenter le tes- » tament dans lequel Jean -Jacques a consigné le » vœu d’ëtre enterré à Ermenonville. » Le ministre se ferait demander le corps de Rousseau par H. de Girardin , en mettant d'ailleurs , dans cette démarche , les formes les plus honorables pour la mémoire de Jean-Jacques. On ne sait trop quel sentiment dicte cette qpnduite de Napoléon. Il reste incertain si c’est Idt qui ne tient pas à conserver au Panthéon les cendres de Rousseau, ou s’il n’a obéi qu'à un mouvement de respect pour la dernière volonté de ce grand écrivain.
Nous nous abstiendrons de passer en revue les autres travaux en si grand nombre, exécutés à Paris, et dont sans cesse il demandait compte au ministre de l’intérieur. Nous ferons seulement remarquer que, malgré son impatience de rendre Paris salubre, en l’embellissant , rigoureux observateur des lois de la justice envers les propriétaires des terrains qu’il fallait d'abord acquérir, il ne voulait procéder aux démolitions qu’après avoir, par des évaluations équitables , satisfait aux droits de la propriété.
La mémoire de Desaix était inânimcnt chère à Napoléon. Le tombeau de ce général, destiné à être placé dans l'église du Grand-Saint-Bernard, étant
terminé, il recommandait > au ministre de l’intérieur d’en faire surveiller le transport, et ne dédaignait pas d’entrer dans des détails sur les sculptures qui devaient être appliquées à ce tombeau. Il chargeait en même temps M. Denon de suivre l'exécution du monument qui devait être élevé à Desaix sur la place des Victoires. L'exécution n’a pas répondu au vœu de l'empereur, mais l'erreur de l'artiste n’affaiblit pas le mérite du sentiment qui avait commandé l'ouvrage.
On est presque obligé de croire qu'il y a des abus destinés à être éternels. Le 20 février, l’empereur faisait écrire : u Le ministre de l’intérieur visitera » la maison de dépèl existante à la préfecture de M police, pour ed rendre compte à Sa Majesté, dont » l'intention est que ce lieu, où les personnes même » les plus innocentes peuvent se trouver conduites, » soit tel que du moins on n’y éprouve aucune pri- X vation. » Depuis 18115, vingt fuis nous avons entendu des plaintes contre l’odiensc inconvenance que l’empereur avait voulu faire disparaître dès 1806. Le mal s’était-il reproduit, ou Napoléon luiméme n’avait-il pu parvenir à le détruire?
Quelques-uns des détails que nous venons de rapporter peuvent paraître au-dessous de la dignité de l’hisloire. Plutarque , à ce qu’il nous semble, ne les eût pas négligés. Napoléon ne nous apparaît que trop souvent comme guerrier ou comme négociateur. Ce qui étonne leplusenlui peut-être, c’est sa promptitude à passer de la plus haute combinaison de guerre ou d'État aux plus humbles intérêts de l’édilité ou de la questure. I.e$ faits que nous venons de citer et mille autres que nous passons sous silence attestent quelle variété d’objets traversait chaque jour sa pensée , sans que l’attention donnée à l’un nuisit jamais à celle que réclamait l’autre. Il est à regretter assurément que Napoléon n’ait pas eu, dès son règne , les idées d’ordro constitutionnel qui plus tard sont devenues des notions communes et populaires ; mais enfin s'il eut le tort de penser qu’il fallaitque la France fût, pour son propre intérêt à elle -même , tout entière à sa discrétion, du moins en revanche il consacraitaussi sa vie tout entière à la France.
Peut-être n’a-t-il pas existé au monde un autre individu , soit dans les hautes soit dans les basses régions de la société , qui ait prouvé , autant que Napoléon , de quelle continuité , de quelle variété, de quelle étendue de travail l'intelligence d’un seul homme est capable. Son grand secret à cet égard (et ce secret ne dépendait pas de sa volonté seule , il tenait à son caractère , à son esprit , peut-être à son organisation particulière), c’était de se donner
' LfUre du 28 février.
CHAPITBE LVI.
tout cnlier, mus dislractiuii. à l'afTaire du moment. Il n'est nullciiicnl douteux que celle facullé si rare n’ail eu une extrême inOucnce sur sa dcsliiiéc. A Marengo, i Auslerlitx, à léiia,il n'avait qu’une seule idée , la victoire. La victoire obtenue , sa pensée ressaisissait immédiatement tons les intérêts dont il s’etait séparé pour un seul. Tant qu’il n’avait été occupe que d'an objet unique, tout en lut annonçaHIc calme et la conüancc. Âpres avoir tout hasardé pour vaincre , vainqueur il reprenait une gravilésileiicieuse,embrassantun grand nombre de vues A la fois et ne voulant plus mettre au hasard aucun des avantages que lui avait présentes la fortune. Il en était de même dans les aiïaires d'administration et de gouvernement.
D'après la prodigieose aclirîté de Napoléon , le rùlc de ministre ne pouvait pas être auprès de lui une fonction oisive et sans diOiculté. Cependant une fois la première épreuve consotmiiée, la vie d'un ministre, pour être laborieuse, n'était pas sans dédoinmagcinent. L'estime de l’empereur et d'honorables cncouragetnetils eu étaient toujours le prix assuré. Uue pénible Uchc fut, en 1800, imposée au ministre nouveau, M. Mullien. Elle fut habilement remplie. Tout eu satisfaisant aux besoins du jour, il fallait, d'une part, assurer au trésor le recouvrement des ceiit quarantc-un millions huit cent mille francs dont les banquiers , faiseurs de service, se reconnurent cux-inémes débiteurs, cl, d'autre part , organiser un système général de recettes, qui mit le gouiiernenient à l'abri de tout dcücit semblable pour l'avenir.
Nous avons fait connaître, en 1808, comment le respectable M.de Marbois s'était trouvé enveloppé dans les tilcls de la compagnie de banquiers à laquelle il avait aflairc. Sun erreur n'étail pas sans excuse. Personne ne soupçonnait le dcücit du trésor. Les recettes se balançaient avec les dépenses. La même masse de valeurs numériques se presenlait dans les écritures. Il n'y avait qu'échange d’effets de portefeuille qui paraissaient égaux en valeur, parce qu'ils étaient égaux en chiffres; mais, au lieu de valeurs réelles, le trésor n'avait reçu que des valeurs hasardeuses ou uulles, comme, par exemple, en échange des revenus publics recouvrables en France, des traites espagnoles sur la Vera-Crux, et ces trailcs montaient à des sommes supérieures de beaucoup à la quotité des piastres existantes dans les comptoirs mexicains.
Sur les cent quaranlc-uii miiliuiis dus par les banquiers faiseurs de service, une part fut rétablie A U charge de l'Espagne, l^es banquiers avaient fait A cette puissance des avances en fournitures et en argent cl lui avaient promis d'acquitter le subside qu'elle devait A la France. C'était A la suite de
CCS avances faites à la cour de Madrid au moyen de fonds puisés dans le trésor français, que H. Ouvrartl avait conclu, avec N. Espinosa, chef du bureau de consolidation , rarrangemcnl qu'il appelait son traité avec Charles IV. Tout rentra dans l'ordre. L'Espagne laissa le trésor français tirer le meilleur parti possible des piastres qu'elle avait déléguées à ta compagnie. A celte occasion on vit le cosmopolitisme commercial se jouer des déclarations de guerre faites par les cabinets. Grâce à lui, des mains ennemies ne sq.nt.|)oiiil des mains ioDdélcs. Les recouvrement! W Orêol par l'intermédiaire des roaison^llope dVAflisterdam et Baring de Londres. Tandis que Wpiagae est l'alliée de la France , une frégate brilanniqi^ va mouiller dans la rade espagnole de U Vera-Cruz et y recevoir une cargaison de piastres pour 1a trésorerie française.
Ce)>endan(, comme les assignations de l’Espagne n'équivalaient pas au tiers delà dette des banquiers réunis, (1 fallut, pour le reste, prendre d'autres mesures. Ce surplus fut soldé en quelques années, sans que les services souffrissent d'interruption et quoique les entrepreneurs continuassent à conserver encore une grande fortune. 11 y eut dans la conduite du gouvernement de l'indulgence et un bon calcul.
l>e passé étant couvert, il fallut pourvoir à l'avenir. I>a diQicullé pour le trésor était toujours d'avoir à payer, dans le délai de douze mois, A peu près cent vingt millions au delà de ce qu’il pouvait recouvrer dans ce même espace de lrn)ps. Tandis que les receveurs généraux avaient eu la faculté de souscrire, pour les impôts recouvrés par eux, des obligations payables en quinze, seize et dixsept mois, le trésor avait fait des emprunts soit en négociant ces obligations , soit en les donnant en paycmcntùscs créanciers, cl,jusqu'à l'échéance de leurs engagements , les comptables qui avaient opéré leurs recouvrements dans un moindre délai, restaient maîtres de l'emploi des fonds. On comprit que, s'il était juste d'accorder aux receveurs des avantages sulfisaiils, de les intéresser même par des rétributions à accélérer les recettes, il l’était aussi de faire profiter le trésor de celte anticipation de recettes , au lieu de le condamnera chercher d'autres prêteurs. On trouva , dans un nouvel arrangement à cct égard, trente A quarante millions sur les ccnl et vingt dont on avait besoin.
Parmi les moyens proposés pour procurer ce qui manquait encore, on songea nalurdlcmeiit A s'aider de ta banque de France. L'expédient était possible; l'application pouvait en être combinée de manière à prévenir tout inconvénient. On se livra sur ce point à une discussion approfondie. La
D-j" hy GoOgk
INTÉIUEUR.
proposition fut rcjetéo par l’empereur. Il fonda son refus sur un motif qui nous semble sans ré* plique. M II ne faut point, dit-il, d’alliance entre » la banque et le trésor. Souvent un simplc.tnoun vement de fonds peut porter avec lui le secret » de l’État. »
* Une ressource plus simple, plus prochaine, existait à la disposition du trésor. Elle fut saisie, préparée, mise en œuvre par M. Mullicn. Tout ne consistait pas pour le ministre à compter lui-même sur la certitude de l».rébssite. Il fallait aussi faire passer celle confiante dans l’espril de l’empereur. Le ministre eut à lui expliquer le jeu de l’établissement qu’il lui proposait sous le nom de Caü$e de eetrice >. L’explication fut promptement comprise. En prenant l'arrêté qui portail création de cette caisse , l’empereur dit : « Je ne puis pas si- » gner trop tôt l’émancipation du trésor. »
L’utilité de cet établissement ne tarda pas à être appréciée. Les receveurs généraux s’empressèrent de lui verser les fonds dont ils ne ^devaient compte que dans des délais plus ou moins longs. Us profitaient de l’intérêt sur toutes les sommes qu’ils livraient au trésor avant le délai ûxé par les traites. L'intérêt au contraire était à leur charge pour toutes celles qui étaient restées dans leurs mains au delà de ce délai. Oc compte d'intérêts se soldait tous les trois mois. La caisse de service obtint on tel crédit que des prêts lui étaient offerts au taux le plus modéré. Scs mandats étaient achetés au pair. Elle put aussi rendre disponibles pour le trésor tous les fonds dont il avait besoin en quelque lieu que ce fût. Celte facilité de faire payer exactement ‘sur tous les points ce que pouvait devoir le gouvernement offrait surtout un précieux avantage pour le trésor et pour le pays; c’était restituer sur-le-champ l’impôt à la matière imposable.
Une autre mesure, adoptée en 1806, et qui n’était pas indifférente aux finances de l’Étal , fut le doublement du capital de la banque de France et une nouvelle organisation donnée è cet établissement. A l’époque où nous sommes, la question générale des banques peut s’envisager sous d’antres points de vue qu'on ne le faisait alors, mais, en 1806, on venait de sortir d'une épreuve qui autorisait le gouvernement à se prémunir contre le retour d’un accident semblable. La crise de 1806, ainsi que l'ont prouvé les faits, avait été l'ouvrage incontestable de l’administration de la banque clic-
' A la proposition de cet établissement, le ministre joignait relie d'un nouveau mode d'écritures et de comptabilité, par Tcffet duquel les comptables de chaque département exercèrent bientôt les uns sur les autres, au
même, dont l’excessive facilité avait porté ses escomptes an delà de toute mesure. Il y a eu confùsion dans les idées lorsqu’on a imputé celte crise au gouvernement , par la raison qu’elle avait eu , pour cause principale, les avances faites aux banquiers du trésor. Nulle identité n’existait entre le gouvernement et scs banquiers. Ceux-ci le représentaient si peu en cette circonstance qu’ils employaient à son préjudice les ressources que leur fournissait In bnnqno, et qu'ils les compromettaient l’un et l’autre. En définitive, ce que voulait Napoléon et ce qu'il devait vouloir, c’était que la banque pùt lui être utile S.HIS pouvoir lui nniru. Ce résultat, il l’a obtenu. Aujourd'hui c’est de l'expérience acquise que doiveut dépendre lés perfectionnements qui peuvent être ajoutés h celte institution.
Au commencement de 1806, les recettes des cinq dernières années étaient restées de près de cent millions au-dessous des dépenses réglées par les budgets. Pour éteindre une partie de celte dette, il fiit affecté une somme do soixante millions, en annuités à cinq pour cent , payables en six années. Ces annuités avaient pour gage une somme pareille en biens nationaux, cl de plus une rente qui appartenait à la caisse d’amortissement. Au mois de mars, le cours des cinq pour cent était à cinquantesix. Trois mois après, il était à soixante-quatre, cl il montera jusqu’à soixante-seize vers le mois de décembre. Les opélrations du trésor étaient d’une parfaite régularité. Nul payement ne se faisait attendre. La caisse de service avait, à la fin de l'année , un fonds libi-c de plusieurs dizaines de millions. Il y avait en outre à Mayence une caisse de vingt-quatre millions disponibles pour les seuls besoins de l’armée dans les premiers mois de 1807.
Cette situation si satisfaisante était due sans contredit au talent et à l’activité du ministre, mais peut-être fallait-il un excitateur aussi puissant que Napoléon pour que le ministre lui-méme fit tout ce qu'il était capable de faire. Personne , autant que lui, n'a su porter scs coopérateurs à un développement complet de toutes leurs facultés naturelles ou acquises. Sa correspondance avec son ministre du trésor renfermait la polémique de chiffres la plus étrange peut-être qui ait jamais existé^ Les détails les plus arides ne lassaient point sa patience. Il analysait les calculs, décomposait les étals de situation, en divisait les colonnes et les faisait soumettre à des formes nouvelles pour s'assurer si les
profit du trésor , tin contrôle auquel aucun rccouvrrment ne pouvait échapper. Nous verrons ce cbangenieni s’opérer en 1807.
aiAHTRK LVI.
Kâi
résulloU seraient toujours les mêmes. Ce qu'il fai- | non des effets. « S'il arrivait quelque événement ,
sait en ce genre avec son ministre du trésor, il le faisait avec les iniiiislrcs de la guerre et de ta marine, riiilendanl gcocral de ses anneos et l'adniinislralcur de sa liste civile. Son but était de tenir tous les chefs des départements dans une continuelle dctiancc d'cux-inémes et de leurs subalternes. « Il n'avait plus, disait un de ses ministres, à n disputer la supériorité du |>ouvuir; il disputait à » tous la supériorité du savoir. >•
^luelqucfois il faisait sciemment des raisonnements peu exacts, présentait des objections mal fondées, et demandait l'impossible; il pliait les principes, les régies à son intérêt présent, cl forçait les éléments les plus opposés d'entrer dans son SYsléinc. Le même jour il écrivait des lettres qui paraissait coiilradteloircs , qui renfermaient de doubles emplois, et pourtant ce n'était de sa part ni contradiction ni oubli. Lorsque scs conceptions dépassaient ses mojrcus, il croyait suppléer à ceux-ci par l'excès d'efforts qu'il exigeait de ses agents. Il menait les chiffres comme les bataillons. Il aurait voulu qu'une même somme pût faire deux payeineiils, comme un régiment le servait dans la même affaire, et presque à la même heure, sur deux points différents. Celait un des procédés de son ariliimctique pour tirer de&choses et des hoin* mes toute leur valeur.
La guerre, les négociations, rien ne l'empêchait de donner aux fînanccs. comme à toulcsles autres parties de radminislratiun, uneallciitiun aussi entière que s'il eût été dans la paix la plus profonde, r.'élail, comme un sait, un usage établi que, le la de chaque mois, rempcrcur réglât, en conseil de Üuanccs, les sommes dont les divers services ministériels disposeraient le mois suivant. Ce travail mensuel, l'empereur te faisait sous sa tente, comme il i'eùt fait à Paris. Il ne lui manquait que son conseil. Tout lui était envoyé à son quartier général : là, seul, il examinait tes comptes cl modifiait les propositions; là, quelquefois même, il réglait le budget de l'année, entrait dans des discussions inflilies, écrivait de longues lettres à scs minislrcs, et parfois ces lettres avaient été signées la veille d’une bataille.
Quoique, dans les derniers mois de I H06. la conquête da la Prusse dut rendre l'cmpcrcur exempt d’inquiétude pour la solde de son année ; quoique déjà il edi à Mayence une caisse de vingt- quatre millions, représentant huit mois de solde, il voulut encore avoir sept à huit millions disponibles à Strasbourg, h Dans des moments comme ceux-ci, B éerivail-il, le 3-i octobre, rargenl n'a de valeur n que par la promptitude avec laquelle on peut B remployer, n A Mayence il voulait des especes et
» comme l'affaire d'Ouvrard, l'an passé, ou qnel- » que malheur qui empêchât la réalisation desef- ■ fcts,la solde serait compromise.» Sa prudente semblait alors croître en raison doses succès.
Si Napoléon répondit par des violences aux violences de rAnglclorrc, jamais il n'en prit rinitiativc. Dans le mois de décembre, des rapports qui lui parvinrent en Pologne, lui annonçaient que le gouvernement britannique voulait confisquer les fonds appartenant à des Français, sur le grandlivre de la dette d'Angleterre. « N’y aurait-il pas, » écrivit-il le 15 à son ministre du trésor, des pré- » cautions à prendre pour enipêchcr le transfert . B de ce qui est sur notre grand- livre au compte B des Anglais? Cette matière est très-délicate. Je n ne veux pas donner l'cxcmpIc; mais si les An- B glais le font , je dois user de représailles, n Son ministre lui répondit, cl Napoléon le comprit à merveille, que les Anglais ne cummcUraienl pas une pareille faute, mais que s'ils la commettaient , on la rendrait encore plus funeste pour eux en ne l’iinilanl pas.
Comme le gouvernement avait, au cemmcnccment de l’année, repris l'usage du calendrier grégorien, te budget dut offrir les recettes et les dépenses de quinze mois. Suivant les tableaux contenus dans l'ouvrage de M. le duc de Gaètu, dont j'ai fait usage jusqu'à présent , ce budget de quinze mois montait à huit cent onze millions soixanlc-qualorze mille neuf rcnl qualre-vinglj onze francs. Mais il est des recettes qui entraient dans les caisses du Iré.sor, sans avoir fait partie de celles dont la perception était dirigée par le ministre des finances. J'en ai déjà précédemment fait la remarque, en indiquant, )>our être ajoutés au total du budget du ministère des finances, des rccüuvrcmcnls ayant une origtitc étrangère. Désormais je réunirai toutes ces sommes dans un même tableau. Voici donc un étal complet des recouvrements opères dans les douze mois de 1806 et les cent jours de 1805.
oiidiNi Pts akcxrrxs.
Contributions directes, 403.070,000 fr.
Enregistrement cl domaines, 354, 05a, 000
Douanes, 05,675,000
Loterie, 13,105,000
Postes, 7,515.000
Régie des droits réunis, 60,434,000
Régie des sels et tabacs au delà des
Alpes, 1,360,000
A reporter, 801,011.000fr.
[im]
INTÉRIEUR
Report,
804,014, OOOfr.
Salines de l'esl.
Foudres et salpêtres,
Honnaies,
Subsides d'ilalic et autres.
Vente d'effets militaires hors de
service.
Cautionnements, recettes sur les
années antérieures,
Décomptes d’acquéreurs de do-
maincB nationaux.
Vente de salines,
Bons de la caisse d’amortissement.
Fonds spéciaux , pour dépenses
locales,
Total :
970,800,000 fr.
A ce tableau des recettes, nous
i croyons devoir
joindre celui des dépenses. Ce dernier sera aussi un point de comparaison pour les temps ultérieurs. On pourra juger quelles sont et les charges et les dépenses qui se sont accrues dans la proportion la plus élevée.
SITCATtOIS ABS DBrB!«SBS.
Dette publique et pensions.
128,507,000 fr.
Liste civile,
Uiiiislèrc de la justice.
— des affaires étrangères,
— de l’intérieur,
— des Gnanccs,
— du trésor public.
— de la guerre.
— de la marine,
— des cultes.
— de la police générale.
Frais d’escompte du 22 sept. 1805
au 27 janvier 1806,
—du 28 janv. au 31 déc. 1806,
Fonds de réserve.
Fonds pour frais d’administration
locale, routes, etc., etc.,
Total: 970,800,000 rr.
Dans cette même année, la dépense de douze mois en Angleterre avait été le double de celle de quinze mois en France. I/impiM sur les propriétés, income taxe, fut porté de sîz et demi à dii pour cent, et on annonça qu’il serait continué aussi longtemps que durerait la guerre. Cette taxe frappait toute propriété qui dépassait cinquante livres sterling de revenu. Il y a |)eu d’exemples d'un imp6i aussi onéreux dans quelque |>ays que ce soit.