‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 223 sur 298 · SS · texte numérisé non relu

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Le produit des impôts forma une somme de »5,698,1£4liv.Bt.;1,342,i53,100fr.

L'emprunt 90,000,000 500.000,000

73,698,121 liv.Bl.}1,842,453,t00fr.

L’année 1806 offre, en France et en Angleterre, tout i la fois un rapprochement et un contraste. Dans les deux pays, le gouvernement eut à se plaindre de désordre dans scs finances. En France ce désordre était produit par les entreprises aventureuses d’une compagnie qui sacriGait tout au désir de faire rapidement d'immenses bénéÛccs; mais le soupçon n’alleignit jamais le ministre estimable, dupe de machinations que sa loyauté ne soupçonnait pas. En Angleterre, le principe de la corruption était dans le nynistere même. Un caissier inGdètc était convaincu de concussion, et le ministre, sinon de complicité manifeste, du moins de connivence. Il fut déclaré par la chambre des communes, que ce ministre était coupable « d’an voir 1 foulé la loi aux pieds cl hautement cnn freint son devoir. » Il ii'csl pas sans intérêt de remarquer la différence de la marche qui fut suivie dans les deux gouvernements.

A Londres, lord Melville est accusé par la chambre des communes devant la chambre des pairs. Ce ministre ûnil par être absous; mais son prorts a eu un grand éclat; il a donné lieu à une longue procédure, à de longues discussions. Parmi les témoins appelés dans l'enquête, M. Pitt lui-méme a subi plusieurs interrogatoires. Si l'Angleterre n’a pas eu sous les yeux rcxcinplc d’un juste châtiment appliqué k un ministre prévaricateur, elle a du mbins vu mettre en action son droit à poursuivre et à punir les ministres.

Le gouvernement représentatif en France n'a pas le même caractère; le temps et les circonstances ne l’ont point encore conduite un pareil développement. La position des deux pays est d'ailleurs tout à fait différente. Lorsque Bonaparte arriva au pouvoir, il n'y avait plus de Gnanccs. De la nullité où elles étaient à son avéïioment, elles sont remontées, grÂce k lui, à une situation prospère à laquelle on n'aurait pas osé prétendre. Il est donc naturel que le tribunal et le corps législatif, n'ayant I nul sujet de plaintes, sc bornent à encourager le I gouvcrncinciU cl i lui prêter un légitime appui.

! L'emporrur avait deux partis à prendre : l'un, de I faire mettre en jugement les hommes qui avaient abusé de la conliancc de son ministre; mais, dans ' ce cas, en rendant inévitable la banqueroute des I faiseurs de service, il cùl compromis la creance

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du gouTcrnerncnt; Paulrc, de fermer les yeui sur la culpabilité de ces spéculateurs punis par leur avidité mémo, et de leur laisser, en continuant de ae servir d'eux comme munilionnaircs généraux, la possibilité de se libérer envers le trésor. Ce fut ce dernier parti qu'il adopta, non sans s'assurer des gages en mettant la main sur les valeurs considérables de diverses sortes, effets, biens nationaux cl autres qui appartenaient a la compagnie. Dans la situation de la France, celte marche adoptée par Napoléon était ce qu'il y avait de plus sage. Sauver à l'État cent quarante-un millions, serait, dans tous les temps, un immense bienfait, mais c'était un résultat beaucoup plus important alors qu'il ne le serait do nos jours, où, d'après l'habitude trop facilement coplractée d'emprunts et de fausses dépenses, des centaines de millions ne sont plus pour nous qu'un jeu.

Quoi qu'il en soit de l'habileté avec laquelle l'empereur et son ministre firent rentrer les sommes dues au trésor, peut-être, dans rintérét permanent dej peuples, vaudrait-il mieux quelquefois perdre cent millions et voir appliquer le principe de ia responsabilité ininislcricilc , sinon dans le ministre, lorsqu'il est au-dessus de tout soupçon, comme

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ici Hf. de Marbois, du moins dans leçugenls secondaires de l'administration. Il y a, pqr malheur, en ce genre d'affaires, une troisième issue possible, c’est que la responsabilité ministerielle, vainement invoquée, ne reçoive point d’application, que la dilapidatiou reste impunie, et la créance de l'État soit perdue.

Pour les pnances, comme pour la politique, c'est toujours la France et l'Angleterre que je mets en présence l’une de l'autre. Ce sont toujours les deux pays , les deux gouvernements qui forment mes points de comparaison, parce que ce sont en effet les deux planètes principales qui entratuent toutes les autres dans leur mouvement. L’Europe est comntc un grand corps à deux télés, dont l'une est à Paris, l'autre i Londres : là seulement résident des volontés prepières; de Ml seulement partFimputsion qui met en jeu le reste des puissances. Les cours de Vienne, de Pétersbonrg et de Berlin, lors même qu’elles paraissent dirigées par des ioléréls qui leur sont propres, ne sont encore que les instruments de projets dont la pensée est ailleurs. C'est surtout en 1806 et 1807 que va se consommer le partage du monde entre les deux grandes capitales, Londres et Paris.

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