‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 225 sur 298 · CHAPITRE LVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVII

n jars. — Si le président des États-Unis apprend < n qu'un marin américain est enrôlé par force, un | * semblable traitement sera fait à un marin de ta I » puissance qui aura commis rofTense. — Tout | n marin américain qui aura été pressé de cette ' » manière recevra une indemnité de soixante dol- , K lars pour chaque mois qu'il aura passé dans l'esn clavage. » Cel acte du gouvcrnenicnl américain ' plaît à l'âme et à la raison, parce qu'il montre un , peuple qui, malgré l'cïlréme infériorité de ses for- | ces, conserve, envers un Étal puissant, le juste sentiment de sa dignité. Il est beau pour un peuple , dont la njarine est si faible encore, d’avoir le courage de déclarer piraterie et de punir, comme tel- I les, des actions autorisées par une puissance aussi | redoutable que l'Angleterre; il est beau d'assurer | un prix à une généreuse résistance; il est digne d'un peuple libre de pourvoir au dédommagement de tout marin, victime de la jtresse, pour chacun des jours pendant lesquels il aura été privé de sa Ml)crlé. On remarquera que le principe de la conduite du gouTcrnement américain en celte circon- . stance est le même qui. en France, avait déterminé la détention des Anglais et la saisie de leurs marchandises par représailles de l'arrcslalion des bâtiments, des marins et passagers français capturés avant la déclaration de la guerre. La domination «les mers était bien en effet dans lc.v mains de l'Angleterre, mais on voit quelle était la nature de cette domination, par quels moyens elle avait été obtenue, par quels moyens il fallait la maintenir. La tâche que M. Pitt laissait à son successeur ii'élail pas ainsi sans de grandes diflicullés.

L'état de crise où se trouvait le pays était généralement reconnu. On sentait partout, dans le cabinet du monarque cointiic dans les comptoirs de la cité, que les hes^nnsde l'État appelaii’tit, à la télé dd'adininistralion, non des personnages qui n'cussciit pour eux que la faveur ou même l'ufTcclion royale, mais des hommes dont les talents éprouvés portassent dans le ministère l'appui de la conüancc publique. l.ord Ilawkcsbury (depuis lord I.iverpool) eut ta sagesse de reconnaître que la direction du gouvernement était un fardeau au dessus de ses forces, mais il ii'eul pas le désintéressement de se refuser aux avantages personnels que sa position le mettait h portée de saisir. Il se lit donner le gouvernement des cinq ports, l'une des plus lucratives sinécures dont puisse disposer l'autorité royale, soit pour soutenir de grandes illustrations, soit pour récompenser de notables services, «loubtc H«>rtc de titres qui ne se rciicuntraieni ni dans sa personne ni dans ' sa fantille. Pour la formation d'un nouveau mi- ' nistère, lord (trenvillc ayant été appelé auprès ilu I roi et ne lui dissimulant pas que la première per- I

sonne avec laquelle il sc proposait d'en délibérer serait M . Fox , « C’est aussi , lui dit ce prince, de » celle manière que je l'entends; » paroles honorables sous tous tes rapports, soit qu'elles tiennent à un sentiment d'estime déjà ancien pour H. Fox, soit qu'elles expriment un sentiment nouveau, déterminé par la considération de l'intérét publie. Lorsque M. Pilt, en 180i, fondant, contre l’avis de lord Grcnville, sur un principe d'exclusion, la composition du dernier ministère, avait allégué contre M. Fox l'obstacle d'une invincible prévention dans l’ànic du roi, l'allégation était-elle vraie, ou bien roppostiton prétendue de S. M. britannique n'avait-ellc été en effet que relie de .M. Pitt? Celte dernière supposition n'est pas aujourd'hui la moins vraisemblable.

Le ministère, choisi sous l'induencc de lord Grcnville et de M. Fux, se composa de membres pris dans les deux oppositions, la nouvelle et l'ancienne, dont ils étaient les chefs. On le fortilm par l'admission de lord Sidiuouth avec quelquesuns de scs partisans. Après lord Grcnville, qui fut nomme premier lord de la trésorerie, et U. Fox, qui se chargea du département des affaires étran> gères, les hommes les plus remarquables étaient lord Henri Pellv , chancelier de l'échiquier, lor«l Ellenborough, chef de la justice, et le vicomte Sidmouth, loni du sceau privé. Les autres membres de l’administration étaient de ces hommes qui |>cuvent trouver place dans tous les ministères, et même y être utiles, mais sans assurer à leurs noms une distinction qui les recommande à l'histoire. Ouoique U. Fox eût pu devenir premier lord de la trésorerie, poste auquel est, en quelque sorte, attachée la suprême direction des alTairos, un senlinK'nl généreux lui fil préférer le dépariement dans lequel il pourrait concourir, de la manière la plus active, au grand ouvrage de la paix dont il s'était toujours montré le xélé partisan. Prompt à saisir la première occasion favorable, bientôt en cfTel on le vit manifester à cet égard des dispositions qui, malgré la contradiction du résultat, sont toujours houorabics pour sa mémoire.

Parmi les difficultés léguées par M. Pilt à son successeur, nous avons indiqué l'altération des rapports de la Grande-Bretagne avec la cour de Berlin. Si, entre ces deux puissances, la transition d’une alliance intime à une rupture ouverte fut un peu brusque, le tort, il faut l'avouer, en appartient moins peut-être à l'Angleterre qu'à la Prusse cllc-mcinc , dont la maladroite politique, pusillanime quand l'audace eût pu avoir quelques chances de succès, ne s'avisa de devenir audacieuse que le jour où toutes ces chances étaient evanoutes. Il

POLITIQUE EXTÉRIEUKE.

semble qu'en chuisissant si mal à propos ce moment pour remplacer l'Autriche dans l'arène des combats, elle ait pour but de la consoler de ses revers par le spectacle do catastrophes peut-être plus extraordinaires encore.

Lorsque, le 1t$ décembre, Napoléon a fait conclure , avec le comte d'Haugwiz , un traité d'alliance destiné à identifler, pour ainsi dire, la Prusse avec le gouvernement français, en la séparant de l'Angleterre et de la Russie, la signature de ce traité a été pour lui sa dernière épreuve i l'égard du cabinet de Berlin. Il est au pouvoir de ce cabinet de se faire pardonner sa récente défection, de couvrir le passé et d'assurer l'avenir; mais il ne faut ni tergiversation ni demi-mesure; il faut être entièrement à Napoléon ou contre Napoléon ; il faut marcher ou avec lui ou contre lui. Toute voie mitoyenne conduit à un abîme. C'est celle-là que va choisir le cabinet prussien.

Dans l'intervalle du voyage du comte d'Haugwiz et de son retour, la cour de Prusse , par toutes scs démarches, ne faisait que se préparer de nouveaux embarras, parce qu'il y avait contradiction entre les résolutions qu'elle prenait à Berlin et le parti adopté à Vienne par son négociateur. L'empereur Napoléon, dans l'audience qu'il avait, le 88 novembre, donnée à cet envoyé au quartier général de Brunn , lui avait, comme nous l'avons dit précédemment, fait deux demandes : la première, que, dans le cas de négociations pour la paix générale, aucunes troupes britanniques, russes ou suédoises, n'entrassent en Hollande; la seconde, qu'il fût laissé à la garnison française qui occupait la place d'Hameln, un rayon de terrain plus étendu pour en tirer des subsistances. Rejetées par la cour de Prusse avant la bataille d'Austerlitz, ces demandes avaient «té acceptées après la nouvelle de cette bataille, sous la condition cependant que, de son cAté, l’empereur Napoléon n'entreprendrait rien contre l'électorat de Hanovre. On avait, le 19 décembre, expédié au quartier général français le major Pfuhl pour porter au comte d'Haugwiz l’ordre de proposer à Napoléon cet arrangement, mais les circonstances n’etaient plus les mêmes. Cet officier, ayant dans sa route rencontré le comte d'Haugwiz, revint avec lui à Berlin. Comme la cour de Prusse, tout en chargeant son envoyé de faire cette proposition, ne pouvait pas se dissimuler scs torts envers la Frauce, et n’était pas sans crainte d'une attaque prochaine, elle avait accepté l’oITre de l'empereur Alexandre, qui, par l'organe du grand-duc Constantin et du prince Dolgoruki, récemment arrivés à Berlin du champ de bataille d'Austerlitz, avait mis à sa disposition 1e corps de troupes russes débarqué au nord de l'Allemagne, sous le comman-

dement du comte de Tolsloy, et celui qui se trouvait en Silésie, sous le commandement du général Benigsen.

Le 82 décembre le baron d’Hardcnbcrg instruisit de CCS faits l’ambassadeur extraordinaire de S. M. britannique, lord Harrowby, en l'invitant, pour le cas où l'armée prussienne serait près d'étre attaquée, à donner aux troupes anglaises, et à faire donner aux troupes suédoises , des ordres semblables à ceux qu'avait donnés aux troupes russes l'empereur Alexandre. Dans cette lettre, le ministre prussien présentait comme motif du consentement du roi aux demandes de Napoléon r l’avan- » tage de gagner ‘ du temps pour prendre des mc- » sures décisives , et pour se préparer à tous les a événements, a Celte pièce, comprise dans les communications faites au parlement d’Angleterre, ayant, par cette voie, reçu de la publicité, fournit au Moniteur français l'occasion d'une virulente sortie contre le baron d’Hardenberg. Les apparences étaient contre ce ministre, et en effet il y aurait eu de sa part déloyauté et perfidie , comme l'en accusait le Moniteur, si , au moment où il écrivait sa lettre du 22 décembre, il avait, ainsi qu'en France il était naturel de le croire, connu le traité signé le 18 à Vienne; mais il n'en était pas ainsi. Le comte d'Haugwiz s’étant réservé d'apporter luimême le traité à Berlin, afin de soumettre en même temps au roi les motifsde sa détermination, c’était ie 23 décembre seulement que le baron d'Iiardenberg et le roi avaient eu connaissance de ce traité. Nous reviendrons plus lard sur celle lettre de M. d'Harderiberg , qui occasionnera le renvoi de ce ministre et son remplacement par le comte d'Haugwiz.

Toutes les passions qui ont poussé le roi dans la coalition sont encore vivantes autour de lui; elles sont de plus aigries de voir triompher l’homme dont on avait juré la perte, ou du moins l'humiliation; la majorité du conseil est toujours russe et anglaise, (.'est à ce conseil qu’il faut apprendre que la Prusse est l’alliée de la France, l'alliée de Napoléon. A ce récit, l'indignation éclate comme la surprise, la tempête se soulève, les fureurs s'exhalent, on maudit Napoléon et le traître ministre qui a souscrit à scs volontés. Cependant le ministre, accusé de trahison, offre sa personne en holocauste. Il a cru remplir un devoir sacré, rendre un grand service à son pays; mais, s’il s’est mépris, il a traité de son propre mouvement, sans

' Dut cvcii favourablc as lime will thus bc gnioed lu tako some dclibcraie lueasures, aud to prépare for every coati ngenry.

Lettre à tord Harrowby.

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