CHAPITRE LVII
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instruclionSf sans ponvoirs préalables, rien de si facile que de le désarouer; à Berlin, comme à Vienne, le choix est libre; à Berlin, comme à Tienne , on est maître d'opter entre la guerre ou l'alliance. On s'agite, on se récrie, on se révolte contre ralliancc, et nul ne propose la guerre! On voudrait persister à élre l'ennemi de Napoléon, sans être oblige de le coinbatlrc, genre de haine honteux qui fait rejaillir sur le irAne ravilisse> ment de scs conseillers. Cette haine , d'abord si fougueuse, fait en quelque sorte sa retraite derrière le voile de l'ambition, et cherche, |tour s'adoucir, des prétextes dans le calcul des avantages t attachés à la possession du Hanovre. On se détermine donc à déguiser les sentiments réels dont on est animé. On n'accepte pas la guerre, mais on n'acccplc pas non plus l'alliance avec franchise. H semble qu'on soit encore en mesure d'imposer des conditions au gouvernement français. On propose des inodificatioiis. Le Hanovre seul ne suffît pas. La possession de ce |>ays rend necessaire celte de Brème cl de Hambourg, peut-être même celle de Lubeck. Le titre d'électeur se trouvant disponible, le roi y renoncerait pour le faire passer à la maison de Brunswick-Wolfcnbuttel. On va plus loin, on supprime du traité les mots offentire et défenêive , sous prétexte que le mot alliance seul a une signification plus étendue. Enfin , moyennant ces ebangements et quelques autres encore, on consent que le roi ratifie le traité, mais en joignant i sa ratification un mémoire explicatif qui énoncera et les dispositions supplémentaires et les suppressions désirées par S. M. prussienne. Le ministre de France, U. de Laforêt, insiste d'abord pour une ratification pure et simple. Le roi s'y refusant, il ne SC prèle à recevoir l'acte de ratification, accompagné d'un mémoire explicatif, qu'avec une réserve portant que l'échange sera regardé comme non accompli, si l'empereur n'y donne pas son approbation.
Toutefois, à Berlin, on agit en conséquence des résolutions qu'on vient de prendre. On envoie des troupes dans le Hanovre, mais seulement pour une
* La PriiMe cédait Anspach. . . . 915.000 irnea.
La partie du duché de Clèvet qui lui appartenait encore »ar ta rive droite du
Rhin 57,000
La principauté de NeufchAlel et de Vailengin -17,000
Ensemble 349,000 Aniea.
Compensation ^ite, elle gagnait encore une population de près de 500,000, outre l'avantage d'une Frontière plus rapprochée et de racquisiiion de plusienrs places, telles que Nienbourg et Haraeln.
occupation provisoire. Rien ne doit être définitif qu'autantque la cession de ce pays sera consentie au moment de la conclusion de la paix entre la Grande-Bretagne et la France. Avec la France, on négociera de nouveau. En attendant, on va dissimuler avec l’Angleterre. Une note remise, le 26 janvier, par le baron d'Hardcnbcrg i l'envoyé britannique, Jackson, lui présente l'occupation du Hanovre, qui s'exécute en ce moment même, comme n'ayant d'autre objet que de mettre l'électorat en dépèt dans les mains de S. M. prussienne jusqu'à la paix. La déclaration adressée au comte de Alunsler, chef de la régence hanovrienne, la proclamation du comte de Schulembourg-Kehnert, commandant le corps d'occupation, sont conçues dans le même esprit et presque dans les mêmes termes. Celle dernière pièce annonce que le roi prend le Hanovre jusqu'à la paix « soussa protccn tion cl administration. >
Cependant le signataire du traité du 13 décembre, le comte d’flaagwix, a été envoyé à Paris pour lâcher de faire admettre les modifications, réclamées par le conseil, dans les clauses tranchantes et définitives du traité, démarche gauchement évasive qui ne fait que constater combien le cabinet prussien jugeait mal encore et sa propre position cl la vigueur des résolutions de son nouvel allié.
■ Le comte d'Haugwiz, écrivait le roi ^ à Napo- * icon, aura l'honneur d'acquitter envers Votre m Majesté la dette de confiance que m'imposent « mes nouveaux rapports. i> L'envoyé prussien est personnellement accueilli avec bienveillance par Napoléon. On le laisse parler, on l'écoute, on ne s'explique pas. Dans l'intervalle, le roi, par une économie mal entendue, remet une grande partie de son armée sur le pied de paix, cl renvoie les troupes dans leurs garnisons. En Prusse , la mobilisation de l'armée est une dépense presque aussi onéreuse que la guerre même. Avec la résolution prise de ne pas combattre , on veut du moins s'épargner les charges déjà trop pesantes d'une déiiioiislration desurinais inutile. Il semble qu'on ait peur de paraître à craindre, incroyable maladresse qui , au moment où l'on réclame des raudificalions au traité du 13 décembre, témoigne d'avance qu'on est prêt à subir toutes les conditions qu'il plaira au gouvernement français de dicter.
De la part de Napoléon, la question est décidée; à partir de ce jour, toute intimité sincère est devenue impossible entre la Prusse et lui; la Prusse pour lui n’est plus rien qu'une puissance suspecte dont la fausse amitié a cessé d'avoir aucun prix à ses
* Lriirecn date du lâjanvîi-r.
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POLITIQUR FATÉRIEURK.
yeux, dont cependant il exigera un concours forcé à ses vues sans se croire tenu à aucune reconnaissance pour elle. Au lieu de saisir la dernière occasion qui lui a été offerte pour s’unir, cette fois, complètement à la France, pour se rendre à elle-même cette liaison utile par l'avantage que la France y aurait trouvé, la Prusse a remis en question tout ce qui avait été stipulé à Vienne. Elle sera satisfaite.
Le i février, une note du ministère français déclare au comte d'Haugwiz que, » le traité de Vienne » n'ayant pas été ratiGédans le délai prescrit, remit pereur Napoléon ne saurait le regarder comme * existant. Le nom de ratification ne peut d'ailleurs, H en aucune façon, convenir à l'acte auquel la cour » de Berlin l’a donné, et par lequel le traité se » trouve altéré dans son texte, de manière à ren- » dre hypothétiques et éventuels des engagements » actuelset absolus.... Cependant S. SI. l'empereur » désire toujours que les différends survenus entre U la France et la Prusse se terminent à l’amiable, et » que l'ancienne amitié qui unissait les deux États Il continue comme par le passe. Elle désire même Il que des liens plus étroits établissent une union » plus intime entre Icsdeux gouvernements, autant » que cela peut être compatible avec les vues et les » liaisons que la Prusse pourrait avoir avec d'au- » très puissances. » C'est la Prusse qui a voulu rompre le traité de Vienne. Le voila irrévocablement rompu, mais elle n’en restera pas moins dans la chaîne de Napoléon. Seulement sa chaîne sera plus pesante et plus dure. Il lui prescrit un traité nouveau; il y laisse toutes les conditions onéreuses du premier; il y en ajoute de nouvelles; il en fait disparaître une clause avantageuse à celte puissance. Par le traité du 13 décembre, la Bavière devait céder â la Prusse une population de vingt mille âmes pour arrondir le margraviat de Bayreuth. Le nouveau traité dispense la Bavière de cette cession. Celles, au contraire, qui sont exigées de la Prusse, doivent recevoir leurexécution sans délai. La reroisedes territoires sera immédiate; mais une autre condition, plus rigoureuse encore , imposée à la Prusse, est l’obligation de fermer les fleuves du nord de l'Allcmagneau pavillon britannique. A Vienne, Napoléon s'était abstenu d'une telle demande. Alors il traitait d'égal à égal, aujourd'hui il Iraitecn maître offensé. Dans ses idées antérieures, l’alliance de la Prusse était encore une mesure du plus grand intérêt, une mesure capable de fixer seule la paix du continent; mais c’clail dans l'hypothèse d’un retour franc et loyal de cette puissance au système français, d'un retour absolu et sans arrière-pensée. Napoléon y avait compté, il avait voulu y compter, il avait sur -le -champ agi en conséquence de celte présomption. Considérant le traité du 13 décembre
comme s'il avait été ratifié le même jour qu'il avait été conclu, il avait regardé comme irrévocables les cessions consenties, il avait lui-même fait un objet d'échange du margraviat d'Anspach contre le duché de Berg avec la Bavière. Les choses étant, en ce qui regarde la France, arrivées à ce point, lorsque la Prusse veut refaire le traité du 1 3 décembre, veut le refaire sur des bases d'éventualité, sur des hypothèses, il est trop évident pour lui que la cour de Berlin qui, la veille, était l'alliée de la Russie et de l’Angleterre, n’a d'autre but que de se ménager encore avec l'Angleterre et la Russie. Du moment qu'elle refuse de donner à la France un gage éclatant de sa bonne foi, il est manifeste qu'elle n’a fait qu'obéir a la nécessité du jour, mais qu'elle garde la mauvaise volonté de la veille; que, si elle s'applaudit de pouvoir rester en repos dans ce moment, elle SC réserve de rompre, en temps opportun, un lien qu'elle n'a formé que par force. Napoléon n'a pu s'y méprendre. Indignéd'une hypocrisie qui calcule d'avance les chances d'une trahison prochaine, il devient impitoyable dans scs procédés, quoiqu'il jette encore un voile de décence sur ses actes extérieurs. En imposant à un allié, qu'il juge disposé à la perfidie, des conditions qu'il ne lui demandait pas quand il le supposait encore capable de sincérité, il ne se croit lui-mcmc tenu à aucun engagement envers la Prusse, pas plus qu'il ne suppose la Prusse tenue sérieusement par scs engagements avec lui; il ne se Ce à elle qu’aulanl qu’il sera mattrcd'ellc, convaincu qu'elle lui échappera le jour où elle espérera pouvoir le faire avec avantage. Cette alliance prussienne, si longtemps désirée à Paris, si longtemps considérée comme pouvant empêcher tout mouvement des cours impériales de Russie et d’Autriche, n'est plus, par la manière dont clic a été acceptée é Berlin, et recomposée à Paris, qu'un traité de mensonge et de haine. A Berlin, l’orgueil humilié bouillonne de rage. Napoléon fait plus que haïr la Prusse; il a conçu, pour la politique de celte puissance, le plus profond mépris. Aussi désormais toutes scs pensées prendront un essor indépendant de celle alliance; il concevra de nouveaux projets; il formera de nouveaux plans, comme si l'alliance n'existait pas. Provisoirement, il presse l’exécution de toutes les stipulations utiles à la France. Il ne souffrira pas qu'un seul jour soit perdu.
L’envoyé prussien, en résidence auprès du gouvcrnemciil français, le marquis de Lucchesini, porte lui-niémc au roi le nouveau et plus malheureux traité que le comte d’Haugwiz a été forcé de souscrire le 13 février >. On s’élail refusé au pre-
' Lucchesini arriva le 24 février A Berlin.
CHAl'lTRK LVH.
mier, qui n'établissail qu'un échange üc territoire dans lequel la Prusse obtenait une valeur triple des cessions faites par elle ; on subit > le second qui, en réduisant cette part d'avantages, coiidainne en outre la Prusse à une guerre inévitable, dont l'eflct va cire de détruire son coininerce, et de livrer aux Anglais près de quatre cents bAtimciits prussiens actuellement en mer. C'est le 9 mars seulement que ce traite nouveau recevra la ratiGcation forincllc du roi; mais la résolution de le rati- Ger a été prise dès le février, et l'exécution se consomme sans retard. Les pays cédés par la Prusse ont été réunis. L'occupation même de quelquesuns de ces pays s’opère avant que les pleins pou- ! voirs du cabinet prussien y soient arrivés. Le maréchal Dernadutte a pris possession du margraviat > d'Anspach, destiné au roi de liavicrc; le général Oudinut, de la principauté de Ncufcbâtcl, destinée au maréchal Berthicr; le prince Murat, de la forteresse de Wesel et de la partie encore prussienne du duché de Cléves, destines à entrer dans la composition de l'État dont il va devenir le souverain, comme grand-duc de Cléves et de Uerg. La place de Ilamcin , seul poste du Hanovre dont les Français fussent encore n)altrcs, était dans le même moment déjà remise aux troupes prussiennes.
Comme, d'après le nouveau pacte ratilié par le | roi de Prusse, ce n'est plus à titre provisoire, mais I à titre déGnitif que les troupes de ce prince occu- { peut l'électorat, une patente ^ nouvelle en informe ! les habitants. Elle leurannoncequc, « par une con- I» vention conclue avec S. M. l’empereur des Fran- ■ » çais, S. M. prussienne a, par la cession de trois » de scs provinces et en vertu de garanties récipro- » ques et solennelles, acquis la possetsion légitime ■. » des États de la maison de Hrunswick-Lunebourg j » en Allemagne, lesquels appartenaient à S. M. ^ » impériale par droit de conquête. » Peu de jours auparavant^ une déclaration du ministère prussien avait fait counaltre que les ports de la mer du Nord cl les Geuves qui s’y jettent étaient fermés aux Anglais, comme ils l'avaient été lorsque les F'rançais occupaient l’électorat.
A la nouvelle de cette dernière mesure, qui était parvenue à Londres le 3 avril, l’embargo avait été
' l.c manifeste publié le i) iK-lubrc à Erfiirl ne ilissimiilc pas dans quel esprit cul lieu celte raliticatiun. a Voulant, dit lu manifeste, conserver iulacle, pour une « époque facile à prévoir, la masse de ses forces dont | X l'Europe avait le plus ('raiid besoin, le roi ratifia le | X nouveau traité. » D'après ce lilirc aveu. Napoléon | était-il injuste de ne lui savoir aiieun gré d'une raliH- ' cation donnée dans un tel but?
• Proelaniiilion du emule de Sehulemboiirg-Kebnerl, en date do l^'i avril.
mis sur tous les bâtiments prussiens qui se trouvaient dans les ports de l'Angleterre. En conséquence de l'occupation du Hanovre, caractérisée, comme elle l’était, par la patente du 1" avril, un manifeste de $. M. britannique, en date du âO du même mois, exposa tous les griefs de la Grande- Bretagne contre celte puissance. S. M. britannique lui reprochait « d'avoir profilé de l’avantage de » troupes russes mises à sa disposition par l’em- » percur Alexandre, et de la promesse de subside » qui lui avait été faite par l'ambassadeur anglais, » pour obtenir de la Franco des stipulations con- !• traires aux intérêts que ces mêmes avantages n avaient pour objet de favoriser, x En rappelant la convention du 5 novembre signée à Potsdam , le roi de la Grande-Bretagne témoignait que S. M. prussienne aurait été sans doute plus disposée à en remplir les conditions , u s'il avait consenti à » l'offre qu'elle lui avait faite d'échanger l’électoral n de Hanovre contre quelques provinces prussien- » nés. Il Ainsi les services de la Prusse dans la coalition n’auraient pas été plus gratuits que ceux des cours de Petersbourg et de Vienne. <^)uc le subside eût été demandé par la Prusse, comme le prétend l’Angleterre, ou offert par l’Angleterre et seulement apres la signature du traité do Potsdam, comme le prétend la Prusse, peu importe ; c’était toujours à l'enchère de la solde anglaise qu’aurait été mis aussi le bcaudcvoucmciitdc la cour de Berlin pour la cause de l'indépendance européenne. Ou reste, il y avait une véritable injustice dans une partie au moins des reproches adressés à ce cabinet par le manifeste britannique cl par les diseours de M. Fox. La conduite de la Prusse, disait ce ministre, réunit ce que la rapacité * a d'odieux avec tout ce qu'il y a de méprisable dans la servilité. Pour le moment la cour de Berlin était plus digne de pitié que de colère. Ce n’était point cette cour qui avait sollicité ^ la France à Vienne pour en obtenir le Hanovre, c’était la France qui avait imposé l'acquisition du Hanovre â la Prusse en échange de trois provinces dont elle avait exigé la cession. En occupant les États allemands de la maison de Brunswick-Lunebourg comme dedommagement, très-ample à la vérité, de domaines
J Le mars.
'I It was an union uf every Ibing lliat was eunlempiible iu scrviliiy, wilh every ditng ibat was udiuiis in rapaeily. Chumhre de» Commune», arril,
* Waller Scoll dit ; » Napulcon ronservail .à la Prusse X un ressenlinient profond : il est vrai qu'elle avait ar- X radié, malgré lui, pour ainsi dire, l'autorisaliun d’oe- X cupiT le Hanovre, x Tout ce qui précède a fail voir combien celle assertion est loin de la vérité.
prussiens cédés à la France, le cabinet de Berlin, malgré son vil désir d’acquérir le Hanovre, n'était, j dans cette circonstance, audacieux que par peur, | conquérant que par faiblesse, et spoliateur d'un . prince son voisin et son parent que par obéissance à une volonté étrangère. Par un ordre du 10 mai, l’Angleterre déclara le blocus de l’Ems, du Wescr, de l’Elbe et de la Trave. Quatre jours après, elle révoqua celui de cette dernière rivière, sans doute par considération pour le commerce de la Russie i et de la Suède.
Durant ces débats entre la Prusse et l’Angleterre, | l'empereur de Russie, soit par suite de l’attache- : ment personnel qu’il portait au roi , soit par la ; connaissance des sentiments secrets de la cour de Berlin , s’abstint de manifester aucune improbation sur la conduite de S. M. prussienne. Il avait même reçu , à cette époque, avec la plus grande ; distinction, le duc de Brunswick qui s'était rendu . à sa cour. Le but ostensible de cette grande mission était de chercher à ouvrir une négociation pour la paix générale , mais , dit l'historien allemand Saalfeld le but véritable, on est du moins fondé à le croire, était de préparer le plan d'une guerre décisive. Ce sont ainsi des écrivains ennemis de la France qui se chargent de lui fournir des griefs contre le gouvernement prussien. Nous serons plus Justes. Sans doute le duc de Brunswick devait tout observer, tout voir à Pétersbourg, mais sa mission n'avait point une guerre prochaine pour ' objet. Le principal désir du roi alors était d'obte- ' nir l’assentiment de rempercur Alexandre à l'acceptation du Hanovre par la Prusse. Il est vrai que I le séjour du duc en Russie ne fut pas sans influence | sur ses dispositions personnelles. L’atmosphère de Pétersbourg était loin d’être pacifique. La faction des jeunes gens y levait de nouveau la tête comme a vaut la campagne d'Austerlitz. L’cnvoyéautrichien comte de Mccrfeldt, y représentait la paix de Presbourg comme une capitulation arrachée, par la force des circonstances, à l'empereur François II, et Alexandre lui-méme ne croyait pas à une longue tranquillité du continent. Dans une conversation avec le duc de Brunswick, tout en faisant l’éloge de l’armée russe, il reconnaissait qu'elle ' avait besoin de chefs expérimentés pour la coti- : duirc, et, pour flatter l’amour-propre du vieux guerrier, il lui disait d'une manière caressante : : <1 Je ne désespère pas d'avoir le plaisir de me met- j » tre sous vos ordres. « Du reste, il n'est pas éton- | liant que le public se trompât sur le but réel de la | mission du duc de Brunswick. Quoique, dans mon | opinion, le roi de Prusse, lorsqu’il prenait un en- |
' Tmiif I'*-. page 572.
gagement, eût ta volonté de le remplir, on doutait de sa sincérité même à Berlin, et, après la signature du dernier traité, on faisait à ce prince l’in- ' jure de penser qu'il cédait à l’empire des événements, sans entendre se lier par un nœud durable avec la France.
Quelques mesures domestiques annonçaienlaussi qu’on voulait être préparé pour toutes les chances. D’une part, on cherchait à augmenter les ressources financières du gouvernement par une émission de billets de banque. De l’autre, la création de soixante-quinze bataillons de milice , destinés à former la garnison des places de guerre , rendait disponibles tous les troisièmes bataillons de l’armée, employés jusqu’alors à ce service. Si les Allemands eux-mémes ne croyaient pas à la franchise de la cour de Berlin, aurait -on pu en France y ajouter une foi sans réserve? Aussi le comte d'iiaugwiz écrivait-il de Paris ^ qu’on y conservait <1 de l'humeur sur le passé et du doute sur le pré- » sent. » Les dernières lettres du roi à l’empereur étaient restées sans réponse. L’inquiétude du monarque prussien était déjà très-vive, lorsqu’elle fut augmentée par la publication, faite dans le Afoniteur du 21 mars, de la lettre écrite le 22 décembre par M. d’Hardcnbcrg à l’envoyé extraordinaire d’Angleterre, lord Harrowby, publication accompagnée de remarques offensantes pour le ministre prussien, u Voilà, portait cet article, M. d’IIardenn berg bien récompense de s’être prostitué aux Il éternels ennemis du contineut. » L’attaque était cruellement injuste, si elle tendait à faire croire que ce ministre eût trafiqué de sa conseience et de son honneur. Homme de parti, homme passionné,
,M. d'Hardeiiberg était en même temps intègre et loyal. Que, depuis le traité de Potsdam , l’empereur Napoléon vit en lui le chef du système contraire à la France et qu’il le poursuivit comme tel, il était dans son droit ; il n’y était plus en accusant de vénalité un homme placé au-dessus d'un semblable reproche.
Dès la fin du mois de décembre, le gouvernement français avait fait témoigner à Berlin qu’on s’attendait à voir M. d'ilardcQberg se retirer du ministère. Cette insinuation ne manquait pas d’un valable motif. Après l’incident du passage de Bernadotte par Anspach, la légation française en Prusse avait été laissée dans un injurieux isolement. Elle demandait en vain des audiences qui toujours ét.iicnt refusées. Elle ne pouvait rien faire parvenir au cabinet du roi que par des intermédiaires. L’affront était seuti, mais Napoléon faisait mieux que s'en plaindre ; il poursuivait ses succès, et ce
’ Février.