‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 227 sur 298 · CHAPITRE LVll · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVll

ne fut qu'à la ûit de la campagncque lui cnrcTiiit le souvenir. « Que la Prusse, disait le ministère * fran* • çais, voulût ou ne voulût pas la guerre, H. d'Harn denberg a insulte la France. Ec droit de faire la n guerre appartient i chaque couronne. La puis- » sance à qui on la fait n'est pas pour cela insuln tée ; mais il y a de la lâcheté à refuser desaudien- » ces au ministre d'un grand prince.... » En conséquence de ce raisuniicmcnt du guuTernemcnl français, son envoyé à Berlin devait cesser tout rapport avec le baron d'Hardenherg, éviter même de SC rencontrer avec lui, et décliner toute conférence que le niinislrc prussien pourrait provoquer. Il n*y avait dans cette marche qu'un acte de représailles, et Tempereur Napoléon ne mériterait point de reproche s’il s'était arrêté lâ. Son tort avait été U'élever, dans un bulletin ^ une accusation aussi grave que mal fondée contre M. d'Hardeuberg. Le roi se devait à lui-même et devait à son ministre calomnié de ne point sanctionner, par le renvoi de celui-ci, une imputation odieuse. M. d'ilardenberg avait donc été maintenu à la tête des affaires jusqu'au moment où sa lettre à lord llarrowby fut publiée par le Moniteur. J'ai déjà indiqué un point sur lequel sa justification était facile. Quoique celte lettre n'annoncàt point des dispositions amicales pourla France, H. d'Hardcnl>org cependant n'avait pas pu, ainsi que le lui reprochait la France, avoir le 32 décembre rinlcnliun de rompre un traité signé, il est vrai, le 15 à Vienne, mais dont, par une circonstance particulière , un n'avail eu connaissance à Berlin que le 35 du même mois. Le baron d'Uardenberg ayant représenté au roi que celte remarque seule, soumise à l'empereur Napoléon, suffirait pour lui faire rccoimallrc son erreur, le roi autorisa son ministre à faire insérer celte explication dans la Gasetle de la Cour.

L’explication était noble et forme. Elle l'était trop pour la température de Berlin. Le roi en fut effrayé et aflligé. A peine se rappciail-il d'avoir vu la lettre du 33 décembre qui faisait le sujet du débat. Même en supposant qu'elle eût été mise sous scs yeux, il trouvait qu'on avait ajouté à sa pensée cl à ses intentions. Il lui sembla également que le baron d'Hardenherg, en mcUanl trop de vigueur dans sa réponse au Moniteur français, agissait plus on homme qu'en ministre, et il lui sut mauvais gré de n'avoir pas eu la délicatesse de faire quelque sacrifice personnel à riiilérél du gouTcrneincnl.

' Le 31 décembro.

* Le 54* bullelin parle d'im mioislre du roi, oé en Hanovre, • qui n'a pas été ituentible à la pluie d'or. •

*Avrü.

* Prêcedeminrui, M. d'Unrdi-nberjj el M. d'Uaugwit

La CaMetie de fa Cour annonça dans le numéro du jour suivant : « que M. d'Hardenherg , ayant doit mande sa retraite avait reçu un congé illimité, n el que M. d'Haugwiz étant seul ministre ducabi- » net, les affaires seraient traitées par lui seul. ■ Ce fut par cet article que M. d'Hardenherg apprit son renvoi. Méritée ou non, la punition était rigoureuse. Il se plaignit amèrement d'avoir été ainsi, après de longs services, exclu du cabinet el il conjura le roi de lui épargner cet affront. Il lui présenta on même temps un nouvel article dont il priait le roi de permettre l'impression. Vainement la reine intervint avec beaucoup de chaleur, et plaida vivement une cause qui, â un certain point, était aussi la sienne. Le roi fut inOexihIe.

Sur ces cnlreraitcs, le comte d'Haugwiz arriva de France à la suite d'une mission dont les résultats étaient peu satisfaisants. Ce n'était pas lui qui avait des reproches à se faire. On lui faisait un crime du traité du 15 février, que l'on acceptait, et l'on avait rejeté celui du 13 décembre, qui satisfaisait l'ambition, qui assurait la puissance! La position de ce ministre allait ticccssaircmcni être des plus fâcheuses. L'intention du monarque prussien, en lui rendant la direction de son cabinet, était cependant d'offrir à la France un gage de sa sincérité; mais dans une cour qui venait de donner Je spectacle de variations si rapides, une telle garantie était peu rassurante. Quelle diiïérericc si, au moment où ce ministre revenait de Vienne, on eût réparé une courte erreur par la sanction de racle qu’il venait de conclure! Aujourd'hui la confiance de son souverain le défendra mal contre les haines du parti anti-français, et il ne parviendra pas plus à tranquilliser le roi sur les vues ultérieures de Napoléon, que Napoléon sur la conduite éventuelle du roi. Les passions de cour étaient entrées trop avant dans le cabinet pour pouvoir en être exclues entièrement. Tout en les condamnant, le comte d'Uaugwix sera réduit à paraître les adopter, cl il finira par se trouver entraîne à la guerre sans t'avoir voulue. Provisoirement tous les genres de désagrément attendent ce ministre. On affecte publiquement de lui manquer d'égards, et, pour constater l’opposition au système français, on ira, la nuit, briser à rimitalion de 1a populace anglaise, les fenêtres de l'hûlel du principal ministre du roi. Le pouvoir absolu a aussi, comme on volt, son anarchie.

avaient alterné comme ministre* dirigeanu, mai* chacun <Peuï conservait le titre de mioitire dn cabinet, tout en perdant la direction des afhiirrs. Aujourd'hui ce titre même est enlevé à M. d'Uardenberg.

* Avril.

l’OUTIQUE EXTÉUIELRE.

De tous les corps étrangers qui s'éUient montrés un moment dans le nord de TAIIemagne, les | Suédois seuls y restaient encore. Dès le mois de ' janvier, les Russes et les Anglais avaient évacué le Hanovre. Lord Calheart avait fait embarquer les troupes britanniques et la légion banovriemie pour retourner en Angleterre. Le corps russe du comte Tolstoy avait fait sa retraite par la Poméranie prussienne. Plus zélé pour la cause de la Grande- Bretagne que ne le voulait cette puissance ellemême, Gustave- Adolphe avait laissé un dclachcmenl de troupes suédoises dans le Lauenbourg, en déclarant qu'il regarderait toute attaque contre ce détachement comme une déclaration de guerre. Non content de celte espèce de défl, il avait fait saisir sur la Peciic des bâtiments prussiens, et ordonné de mettre l'embargo sur les bâtiments de la même nation dans les ports de Suède. Il avait même écrit t à S. M. prussienne qu'il maintiendrait ces mesures jusqu'à ce que l'Elbe fût ouvert au i>avillon anglais. La répression de ces témérités eût été facile. La cour de Berlin crut devoir être indulgente; elle se contenta de rassembler un corps de ses troupes sur la frontière suédoise pour menacer plutdt que pour agir. C'était d'ailleurs, disait le comte d'Uaugwiz, le moyen de donner & un aliment » à l'impatience vague du militaire prussien. »

A celle époque, le gouvernement français n’eût pas demandé mieux que de voir la querelle s’échauffer entre la Prusse et la Suède, l'effcl de cette irritation devant être de compromettre davantage encore la cour de Berlin avec celles de I^ondres et de Pétersbourg. «i La possession de la Poméranie ^ » suédoise, disait te ministère français, est lellcn ment à la convenance de S. M. prussienne qu’cite n ne peut laisser échapper l'occasion qui lui est M offerte de s'en saisir avec justice...» M. de Laforët était même autorisé à faire entendre que si, pour l'occupation de la Poméranie et de Slralsund, te roi voulait le secours de la France, l’empereor ii’hésiterail pas à fournir le nombre de troupes qui serait nécessaire. Une autre cause pouvait encore influer sur ces excitations du gouvernement français. L’emperenr Napoléon ne pouvait sc dissimuler que, le Jour où une négociation viendrait à s’ouvrir entre la France et l'Angleterre, l'une des premières demandes du cabinet de Londres serait la restitution du Hanovre, et si la paix était impossible sans cette restitution , faudrait-il donc condamner l'Europe à une guerre éternelle? Dans cette prévoyance, il devait mettre du prix à tenir

' Le 13 mai.

quelques moyens de compensation tout prêts en faveur de la Prusse.

A Berlin , où le Hanovre formait compensation à tout, on était loin d'admettre l’idée qu’il fallût jamais renoncer à cette acquisition ; et si on avait supposé un tel principe aux encouragements de ta France relatifs à la Poméranie suédoise, c’eût été une raison de plus pour s’y refuser. D'autres considérations portaient le cabinet prussien à rrpous ser les secours et les conseils français. Déjà cette question de la Suède avait été une cause de différends entre l'empereur de Russie et le roi. Alexandre avait fait connaître que, par un article supplémentaire du traité de Gatschina, il avait garanti à Gustave IV la Poméranie suédoise. On ne voulait I donc à aucun prix renouveler encore la même querelle. On savait d’ailleurs que des ouvertures faites I par le prince Czartoriski à M. Lesseps, consul franj çais, resté à Pétersbourg, avaient donné lieu à des I communications entre les deux cabinets. On venait,

I en outre, d'apprendre qu'un agent russe, M. d'Ou- I bril, était arrivé à Vienne pour sc rendre à Paris, et I on sc persuadait qu’en montrant des ménagements pour la Suède, par égard pour la cour de Russie, on trouverait celle dernière plus disposée à reconnaître l'acquisition du Hanovre par la Prusse. La guerre se réduisit donc à peu près à un échange de lettres entre Frédéric-Guillaume et Gustave.

Cependant si S. .H. prussienne voulait respecter ' le territoire suédois, il ne pouvait pas lui convenir de laisser le duché de I.auenboarg entre les mains de Gustave IV. Pour déloger les Suédois de celle position, un expédient assez adroit dispensa de recourir a la force. Des troupes prussiennes les ayant entourés, les Suédois parurent vouloir se faire passage le sabre à la main. On leur ouvrit les rangs pour leur laisser le chemin libre, et ils rentrèrent dans la Poméranie; mais autant, par terre, Gustave était peu inquiétant pour la Prusse, autant H pouvait, par mer, lui causer de préjudice. Là encore ce prince allait plus loin que ne le voulait rAngIcterre. Réservée par calcul à l’égard du gouvernement prussien, elle ne bloquait que les ports d'Allemagne dont le commerce britannique était exclu. Gustave fit davantage, il bloqua les ports prussiens de la Baltique. Ce blocus dura jusqu'au moment où S. H. prussienne, disposée à une rupture inévitable avec la France, et cessant de cacher j celle disposition , consentit que le duché de I.aueii- : bourg fût de nouveau occupé par les Suédois, au nom du roi d’Angleterre.

* te luai.

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