‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 228 sur 298 · CHAPITRE LVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVIII

POUTlüPE EXTÉRIECRF.

loceriitude de Napoléon »ur Ica inirmioa» de TAutriche. — Rrmplaremeni du eomie Louît de Cobenul par le comte de SiadiuQ. — Pluintca de Napoléon. — Cbîcane« mal fondéen de TAutrirhe. — * Conveotinn pour accélérer l’évacuaiion de» Étau attirirfaiens. — Rcmite de Cattaro aux Ruuc» en Tiolalmo du iraiié de Presboiirg. ~ (Compte rendu de cct évétienient par le comniiasaire autriciiien. — Reinarqur» aur la rcmi»e de CalUro aux Ruas**». — Ordre de Napoléon de suapeiidre le retour de l'arméo en Praoev. — Réclamation» de l'Aulricbc à Péieribouru. — Qcrtipatioa de Kb0ii»c par le» Krançai».

Les hcsilaliotis de la Prusse sur le traité du 19 décembre, les modiûcaliuns qu’elle avait voulu y introduire, et le peu de sûreté qu'offrait l'accession contrainte de celle puissance au pacte nouveau du ISfévrier, auraient pu suffire pour empêcher rempcrcur Napoléim de hiter le retour de son armée en France. On voit en effet, par plusieurs lettres du maréchal Herlhicr, que l’incertitude où l’on se trouve sur les dispositions de la Prusse est une des considérations qui portent à tenir l'armée fran> çaise d'Allemagne en mesure de pouvoir répondre au premier appel de l’empereur. « Nos affaires avec » la Prusse, écrivait le m.ijor général *, ne sont H pas encore terminées. On peut être en guerre » avec celle puissance d'un instant à l'autre. » Ce même inolif se trouve plusieurs fuis encore allégué dans d'autres correspondances; mais indépendam' ment de la situation suspecte de la Prusse, il existait, du cùté de l'Autriche seule, malgré ta signature récente de la paix, plus d'une cause d'inquiétude et de défiance.

Le comte I^uis de Coitenizl, signalé par les bulletins français, i tort peut-être, comme sUpendiaire de l'Angleterre, certainement avec raison comme partisan passionné de la Russie, avait été éloigné du rabinct autrichien; mais le successeur qu'on lui avait donné, le comte de Stadion, ne présentait pas une meilleure garantie pour le maintien de relations amicales entre les deux puissances. Si Napoléon ne devait pas prétendre dicter les choix

' Letlrp au général Songi», comniaiulaot ru cbcfTarlillrric. ru date dr Mtiuirii. le i7 février 180U.

de François 11, ce ii'élait pas, de la part de ce dernier, un calcul utile pour lui*méroc et d’un heureux augure pour la France, que de remplacer un ministre devenu odieux au cabiiicl des Tuileries, par un personnage dont ce cabinet ne pouvait attendre que la continuation des vues et dos idées qu'il croirait avoir vaincues à Austerlitz. Il y aurait I eu plus de dignité à conserver le comte de CobenUl ' lui-méme et peut-être les deux puissances ne s'en fussent pas trouvées plus mal. Dans l’obstination ' du monarque autrichien à garder ou à reprendre le ministre qui avait fait la guerre, la France n'cùt pu voir que l'orgueil d'une juste indépendance. Dans l'apparence d'une concession qui, en changeant les hommes , ne change pas le système , on pouvait voir de plus de la fausseté dans la fai- ' blesse. Napoléon ne dissimula point le sentiment que le choix du comte de Stadion lui faisait éprouver. Le général Andréossy, nommé commissaire pour l'exécution du traité de Fresbourg, fut charge de témoigner au commissaire autrichien, prince de Lichtenstein. combien l'empereur des Français devait être « méfiant pour les relations futures ^ en voyant placer à la télé des affaires un homme « qui avait joué un si mauvais rùlc» dans les trailésdonl le secret venait d'élre trahi par les publications de l’Angleterre.

L'archiduc Ferdinand, précédemment électeur de Salzbourg, n’ayant pas de troupes pour prendre possession de l’cvéché de WurUbourg, sa nou-

I ■ LrUre <lu maréchal Heribier, en date de Munich, I le lu février.

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l’OUTIQlJE EXTERIEURE.

velle souvcraiiiclc , le cabinet de Vienne y avait envoyé un corps autrichien sur l’assentiment verbal de M. de Talleyrand; mais plus d'un mois après que la prise de possession avait eu lieu , ce corps ne se pressait pas de se retirer, u L’empereur ne » souffrira point de troupes autrichiennes au delà i> des limites des États héréditaires, écrivait > le » maréchal Berthier... Sans cela, Wurtzbourg den viendrait ce qu’était la Souabe, et nous n’aurions

n rien gagné Il est temps que l’Autriche laisse

>• l’empereur Napoléon tranquille et qu'elle reste Il dans ses Etats. »

L’Autriche, on ne peut en disconvenir, avait beaucoup de peine à oublier son ancienne position. Malgré sa renonciation à tout droit de suzeraineté et de souveraineté sur divers pays d’Empire , elle avait recommencé de nouveau à recruter en Franconie. Le principal de scs dépôts était à Nuremberg. Ces actes, au moins maladroits et trop hâtifs, fournissaient à la France de fréquents sujets de plainte.

Loin de montrer aucune condescendance pour les désirs de Napoléon, la cour de Vienne se refusait meme à des demandes justes et raisonnables. Par le traité de Presbourg, l’istrie et la Dalmatie étaient devenues dépendantes do royaumed’ltalie, comme elles avaient été précédemment dépendantes de la république de Venise. Pour communiquer autrefois avec ces provinces , l’Autriche accordait à la république de Venise un passage par Monfalcône. Dans l’abandon récemment fait de ces deux provinces au royaume d’Italie, la concession du uiémc passage était naturellement sous-entendue. Si le négociateur français avait jugé nécessaire de l’établir par une stipulation formelle , le refus eut été tout à fait impossible. Argumenter de cette omission, comme le faisait l’Autriche, pour refuser le passage, était, selon les termes du major général « une mauvaise difficulté, trës-éloignée de la » bienveillance qui devait exister entre les deux » cours.» En effet, contester au nouveau possesseur des États vénitiens, quand ce possesseur était Napoléon, ce qu’on ne contestait pas à la république de Venise, semblait une idée ridicule. Prétendre d'ailleurs qu'en cédant l’istric et la Dalmatie, on n'avait pas cédé le droit de communiquer avec ces provinces, était une absurdité. En ordonnant au général Andréossy de faire avec le cabinet autrichien un arrangement pour régler les lieux d'étapes et le nombre de troupes qui pourrait passer à la fois, le maréchal Berthier lui disait ^ : » Cette » petite convention est essentielle à faire, tant que » nous avons Braunau et la haute main sur l'An-

' Lettre du 27 février au général Andréosay.

’ Lettre du mnréehal Berthier, en date du 20 mars.

triche. » On se souvient que , par l’article ^2 du traité de Presbourg, qui stipulait l’évacuation des États autrichiens dans le délai de deux mois, il y avait exception pour la place de Braunau que les Fratiçais devaient garder un mois de plus, exception d'un léger intérêt en apparence, mais qui, par l'événement, va devenir inliniment grave dans ses conséquences.

L'empereur Napoléon était d’autant plus disposé à ressentir quelque humeur des chicanes de l'Autriche, qu'il avait mis beaucoup d'exactitude à faire évaluer les Étais héréditaires dans les délais prescrits. Il avait même fait la proposition d’abréger ces délais. Si l’Autriche voulait remettre l'Istrie et la Dalmatie plus tôt que ne le portail le traité, le maréchal Berthier avait eu l’autorisation de faire remettre le même jour Trieste et la ligne de l’Enns. Ce fut le sujet d’une convention que signèrent, le 30 janvier, le général Andréossy et le prince de Lichtenstein. Cette convention reçut même plus d’étendue, et embrassa aussi plusieurs autres portions de territoire dont elle devait réciproquement accélérer la remise.

En Allemagne, les stipulations convenues s’exécutaient de bonne foi. Il n'en fut pas de même des territoires cédés au royaume d’Italie. Depuis que la bataille d’Austerlitz avait renvoyé l’empereur Alexandre et son armée d’Allemagne dans les limites de son territoire, un seul point restait ouvert à la rencontre des Français et des Russes, la Dalmatie vénitienne. Les Russes avaient alors, comme on sait, des troupes dans les lies Ioniennes, et c’était là en outre que s’était retiré le corps d’armée qui, après une courte occupation, avait évacué le royaume de Naples. La Dalmatie se trouvait ainsi offrir un champ de bataille dont la guerre ne tarda pas à s'emparer, et l’Autriche, quoique en paix avec les cabinets de Paris et de Pétersbonrg , victime soit de la légèreté de son ministère , soit du faux zèle d’agents inférieurs, se trouva froissée dans le choc des deux puissances ennemies. C’est aux bouches du Cattaro que survint le fâcheux incident qui vint rendre sa loyauté suspecte et donna au gouvernement français on nouvel avantage sur elle.

L’éloignement des troupes françaises, et l'impossibilité de faire passer ces troupes par mer à cause delà présence de bâtiments anglais et russes, avaient apporté quelque retard à la prise de possession de ce district. Cependant, le 18 février, le général Molitor commandant le corps d’occupation, avait déjà réparti ses troupes dans la Dalmatie; mais, en évacuant les places et forts de cette province, les Au-

à M. de la Rochefoucauld , ambassadeur A Vienne.

* Lclire du 28 février.

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