‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 229 sur 298 · CHAPITRE lAIlI · texte numérisé non relu

CHAPITRE lAIlI

trirhicns, par renlèremenl des munitions néce«> Mires i leur défense, semblaient plutôt « les avoir « livrés t aux AnglO'Russes que remis aux Fraon çais. Tl T^s places et forts de Sebenico, San Nicolo, Trau et Spalatro étaient absolument dégarnis de poudres, même des poudres ex-vénitiennes qui, d'après le traité, appartenaient au royaume d'Italie. L'enlèvement ou la vente des munitions avaient été elTecluéspar les ordres du commissaire autrichien, marquis de Ghisilicri, qui, soit autorisation du cabinet de Vienne, soit assurance de ne pas lui déplaire en agissant ainsi sans son ordre, préludait, par ces mesures peu amicales, à un acte qui devait avoir de plus graves résultats. Ce commissaire avait jusqu’alors précédé les troupes françaises dans les places qu’elles devaient occuper, et en voit qu'elles n’avaient pas beaucoup à s’applaudir d'un tel précurseur. Sur la nouvelle d'un mouvement des Mon* lénégrins contre les bouches du Callaro, et de l’apparition de l'escadre russe dans les mêmes parages, le marquis de Ghisilicri voulut encore y devancer les Français, sans consentir i y être accompagné par leur commissaire, M. Mathieu Dumas, qui lui en tu la proposition. Alors eut lieu un événement qui, par la nature de scs conséquences, mérite d'élre rapporté avec quelque détail. 11 nous est impossible de mettre dans notre récit une plus complète impartialité qu'en faisant parler lui-métne le principal acteur de cette scène inattendue, dans l'information qu’il en donna ^ au général français Molilor.

Suivant le compte rendu par le commissaire autrichien, les Monténégrins, levés en masse sous la conduite de leur évêque, avaient, le 1*' et le 9 mars, fait une irruption contre les pays qui devaient être remis aux Français. L'enthousiasme des habitants, sectaires du rite grec, en faveur des Russes, répondait, selon ce commissaire, aux projets des Monténégrins. Une sommation faite, le 3 mars, par le commandant de l’escadre russe, au gouverneur autrichien, baron de Hrady, avait place ce gouverneur dans l'aUcrnalive « de céder » les places qu'il occupait, ou bien de se déclarer » ennemi de l'empereur de toutes les Rassies. » l>e 4, c'était i loi, commissaire autrichien, que la sommation avait été adressée, « toujours, disait-il, » d’après le principe que les bouches du Catlaro n étaient déjà territoire français, dès le jour que I* le délai de deux mois, fixé pour leur occupation >• par les troupes françaises, était expiré. Dans un * moment si pressant, ajoutait le marquis de Ghi-

' Lettre du général Molitor, du 34 février.

* Letire du marquis de Ghisilicri. datée de Zaoiierg, le 0 mars,

» silieri, persuadé que la valeur de la garnison N n'aurait pas suffi contre le nombre des Montén négrins ni contre le feu que l'escadre aurait fait n sur les places, persuadé également que la dévas- » talion de la province aurait été la suite immé- K diale de mon refus, j'ai cru devoir céder à la H force des circonstances et ne pas en venir aux » moyens de violence, apres avoir épuisé inutitcn mon! celui des protestations, pour empêcher les N Russes d’occuper les places; cl, par une telle » conduite purement passive, j’ai sauvé à mon » maître de braves troupes et conservé pour le TT vôtre, M. le général, les bouches du Oaltaro dans • un état florissant. »

De telles allégations durent paraître peu satisfaisantes au général français. Il était évident que les desseins des Russes avaient été d'avance connus des Autrichiens. La connivence entre eux était manifeste. Déjà ce général en avait eu plus d'un indice dans le désarmement des places de la Dalmalie cl dans la difficulté qu'on faisait de laisser passer par la Croatie les renforts qui devaient le rejoindre. Pour lui, le rassemblement des Monténégrins ne présentait pas un obstacle sérieux. Il n'ignorait pas que, s'il y avait dans le comté de Xupa, des Albanais grecs qui désirassent l'arrivée des Busses, les habitants de la capitale, surtout les propriétaires, attendaient les Français avec impatience. Comme postes militaires, les trois places, et notamment Callaro, étaient capables de soutenir on siège avec moins de troupes qu'elles n'en contenaient. Les Français d'ailleurs ii 'étaient pas loin, cl en cfTet le général Mulilor, s'élant, le 5 mars, embarqué à Spalatro avec deux mille huit cents hommes, se trouva en quarante-huit heures rendu aux confins du territoire ragusais, à deux journées des bouches du Catlaro. C'est là qu'il avait appris, te 7, que deux bataillons autrichiens du régiment de Thurn, dont un bataillon de grenadiers, avaient, sans tirer un seul coup de fusil, sans manquer de vivres, livré à un bataillon russe les trois places de Catlaro, Budna cl Castcliiovo. Les officiers et soldats autrichiens, qui n'ètaicnl pas dans la confidence des autorités supérieures, avaient laissé éclater une vive indignalionsur la faiblcssedclcurschefs cédant à une sommation que n'appuyaient aucunes forces réelles. Enfin, sur les lieux, il était regardé comme constant que le gouverneur, baron de Brady, avait ordre de ne point se défendre contre les Russes et que ceux-ci avaient connaissance de cet ordre. En mettant des entraves à la marche des troupes françaises , en leur suscitant des embarras par la remise de forts que l'on avait dégarnis de tous moyens de défense, l'autorUé autrichienne avait pu croire que leur arrivée plus tardive aux bouches du Cal-

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POLITIQUE EXTÉRIEURE

taro rournirail une excuse supportable pour l'abandon que l'on aurait fait de ces postes militaires aux troupes d'une puissance ennemie. Celle combinaison avait été trompée. La rapidité du général Molitor qui, n'étant qu'à deux marches de dislance, s'était ainsi trouvé presque spectateur des faits, avait mis en défaut les calculs d'une perfidie inexplicable dont jusqu'à présent on n'a point encore reconnu l'origine. Faut-il chercher celle origine • à Vienne même, ou seulement dans la disposition privée d'une autorité intermédiaire? Le genre de châtiment inflige au marquis de Ghisilieri permet le doute sur sa culpabilité personnelle. Mis en prison pour donner satisfaction à la France, ce commissaire, si sa punition ne fut pas une vainc apparence, semble du moins n'avoir été jugé coupable que d'un excès de zèle maladroit et intempestif.

Si Napoléon avait dù désirer des incidents qui l'autorisassent à tenir en respect et l'Autriche et la Prusse, il avait été, en eette circonstance, comme en beaucoup d'autres, admirablement servi par la haine de scs ennemis. On touchait au moment où les États héréditaires d'Autriche, par la remise prochaine de Braunau, allaient être entièrement évacués. La France attendait le retour de l'armée et lui préparait des fêtes. A Paris une commission était nommée pour en diriger les apprêts. A la nouvelle des événements de Cattaro, tout change, le moment des fêtes s'éloigne. L'empereur Napoléon fait communiquer au cabinet autrichien, par son ambassadeur à Vienne, le comte de la Rochefoucauld, les rapports qui lui sont parvenus. Il déclare qu'il n'entend pas employer la force pour s'emparer des bouches du Cattaro : u Les Français ont » mission à prendre possession des places cédées, » non à les conquérir, n

En même temps le maréchal Bcrthicr reçoit l'ordre « de garder Braunau, même de réarmer M celte place et de suspendre le mouvement rélro- >• grade de l'armée sur la Fraucc, où elle allait » être remise sur le pied de paix. » Ces mesures sont légitimes. Le traité de Presbourg a été violé. L'empereur Napoléon est délié de l'obligation de retirer scs troupes, tant que cette violation n'aura pas été réparée. Du reste il donne l'assurance que, le jour où cette réparation aura lieu, il rendra Braunau et fera évacuer l'Allemagne. C'est donc de la Russie que tout va dépendre.

■ M. Schdll, en déplorant les suites de cet événeraeni, se borne h dire que « le gouvernement autrichien y fiit « peut-être étranger. »

Les premières démarches de la cour de Vienne à Pétershourg curent peu de succès. Le cabinet russe mettait un médiocre intérêt à soulager l'Autriche et l'Allemagne. Peut-être même voyait-il, dans la prolongation des charges produites par la présence d'une armée étrangère , un moyen de ranimer la haine des Autrichiens contre les Français et même d'irriter contre ceux-ci jusqu'aux peuples germaniques qui étaient leurs alliés. Il n'opposait aux instances de l'ambassadeur, comte de Meerfcldt, que les frivoles motifs allégués déjà par le commandant de l'escadre russe, savoir qu'apres l'expiration du délai fixé pour la remise des bouches du Cattaro, on avait dù présupposer l'occupation de ces places par les Français, en sorte que ce n'était qu'un domaine français qu'on avait envahi. Ce sophisme, eùt-il eu quelque valeur de la Russie à l'Autriche, n'en avait aucune de l'Autriche à la France. Chargée d’un dépôt dont elle ne devait sc dessaisir qu’en faveur des Français, la cour de Vienne n’en était pas moins responsable envers eux après l’expiration du délai qu’auparavant, la fixation de délais semblables étant toujours subordonnée à la possibilité physique , et la possibilité en cette circonstance ayant surtout rencontré plus d’un obstacle de la part de l’Autriche cllc-mëmc.

L'empereur Napoléon ne fit, comme il l’annonçait, aucun cITort pour s'emparer par lui-même des bouches du Cattaro; mais il voyait à sa portée un gage dont il était en son pouvoir de s'emparer, la ville de Raguse. Cette ville fut occupée, le Ü7 mai, par le général L.-iuriston. Bientôt ce général y sera, du côté de la terre, assiégé par les Russes et les Monténégrins; du côté de la mer, bloqué par l'escadre de l'amiral Siniavin. Sa position y sera presque désespérée, lorsque le général Molitor, avec trois mille cinq cents hommes, viendra tomber inopinément sur les alliés , rejeter les Monténégrins vers leurs montagnes, les Russes sur leur escadre, dégageant ainsi le général I.auriston, et saisissant, pour prix du combat, vingt pièces de canon, six mortiers, plusieurs obusiers, ainsi qu'un grand nombre de prisonniers de guerre.

Nous aurons incessamment occasion de rapporter tout ce qui sera fait militairement ou par voie de négociation pour recouvrer les places du Cattaro; mais, de la faiblesse ou de la connivence autrichienne qui les avait fait tomber entre les mains des Russes, il était toutefois résulté pour la France un important avantage, celui d'être autorisée à garder la ligne de l'Inn et à tenir sur le territoire germanique une armée de cent cinquante mille hommes.

CIIAI'ITRK I,1X.

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