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CHAPITRE LIX

POLITIOI'F. F.XTÉRIEIRK.

Correspondance direcie entre M. Fox et M. de Talleyrand. — Rases respectives de n^ociniion. — R^bat sur les bases de négoeiatioil. — Transaction pour éluder la iliffieullé. — Autorisation aceonlée à lord Vermouth de retourner en Angleterre. — Coniniunicatioii verbale de M. de Talleyrand, portée à M. Fox par lord Varmoutb. — (iliangenirnt du gouveriieuient français sur l’une dc.s b.ises de la négoeialioii. — Xatiire des pouvoirs de lord Yarnioutb. — Question de la Sicile, principal obstacle ü la paix. — Uisposition de la Russie à traiter avec la France. — Envoi «l’un plénipotentiaire russe à Paris. — Ordre de l’empereur Alexandre pour révarualion de. Caltaro. — Inexceution de cet ortlre. — Proposition de donner les villes anst'atiipies nu roi Fertiinand de Sicile. — Rejet de cette proposition par M. Fox. — Offre de la France de donner à .S. M. sm-doise la Dalinatic, l'Albanie et Ragiise. — Offre tic maintenir l’étal présent de l’Allemagne, si l’Angleterre fait la paix. — Demandes de l’Angleterre pour S. M. sueduist.-. — Production des pouvoirs de lord Yarmoulb. — Nomination du général Clarke pour traiter avec lord Yarmoutli. — Conditions proposées par la France. — Improbation de lorti Ynrmoiitb par M. Fox. — Adjonction de lord Lauderdale à lord Yarmoutli. — Remarques sur l’état de la ilégocinlion.

Nous venons de nippclcr séparément les fails qui pouvaient se détacher de l'action générale. Il nous reste à prcscnler ensemble de grands événements qui influeront les uns sur les autres, et dont l'efTet sera la guerre de la quatrième coalition. Ces événements sont la rormation de In conrédération du Rhin, la conclusion entre la Krancc cl la Russie d’un traité de paix que ne ratiftera pas l'empereur Alexandre , et , avant tout , comme fond principal du tableau, une négociation infructueuse entre la France cl rAnglclcrrc.

Le jour où M. Fox entra dans le ministère britannique, l'espoir de la paix fut permis à toutes les âmes généreuses. La guerre viagère que M. l’itt avait jurée au général Bonaparte, consul ou empereur, n'était point un legs obligé pour les ministres qui lui succédaient. Entre M. Pitt et M. Fox, il n'existait aucune solidarité.

Dix jours après que ce dernier avait commencé ses fonctions comme secrétaire d'Étal, un aventurier débarquéà Gravesend, sans passe-port, lui écrit « qu'il a des choses ‘ à lui apprendre qui lui fc- » ront plaisir. » M. Fox l'ayant reçu, une horrible confidence lui révèle qu'il est en présence d'un

• Lettre de .M. Fox A M. de Talleyrand, du 10 février.

assassin. C'est pour le meurtre projeté de Napoléon qu'on veut réclamer son concours. Le malfaiteur s'etait trompé de date cl d'adresse. 11 fut mis en prison, et comme, d'après les lois anglaises, il ne pouvait pas y être retenu longtemps, M. Fox so hâta de remplir son ilcvoir d'honnélc homme, ce sont ses propres termes, en donnant connaissance de ce fait au gouvernement français. L’avis ne pouvait manquer d’èlrc reçu avec gratitude. « Je rcn connais là, dit aussitôt Napoléon, les principes Il d’honneur et de vertu qui ont toujours animé n M. Fox. Il On sait que, dans le court intervalle de la paix d'Amiens, M. Fox ayant fait quelque séjour à Paris, Bonaparte, alors premier consul, l'avait accueilli avec la plus haute distinction, et avait mis quelque prix à conquérir l'estime de ce grand citoyen. Il existait ainsi de part et d’autre des dispositions bienveillantes et alTcctueuses. L'empereur chargea * son ministre de remercier M. Fox, et de lui exprimer la satisfaction qu'il éprouvait du nouveau caractère que la guerre avait pris par celle seule démarche, « présage de ce Il qu'on pouvait attendre d’un cabinet dont il sc Il plaisait à apprécier les principes d’après ceux de

’ Li-ltre de M. de Talleyrand, du 5 mar*.

POLITIQUE EXTÉRIEURE

>• M. Fox, an des hommes les plus fàits pour sen- » (ir en tontes choses ce qui es^ heau, ce qui est » yraiment grand. » A cette lettre solennelle était joint un court billet de M. de Talleyrand, renfermant un passage de l’expoié de la situation de l'empire, par lequel l’empereur avait annoncé qu’il était toujours prêt à négocier avec l’Angleterre sur la base du traité d’Amiens. Cette adroite insinuation , quoiqu’on apparence purement accidentelle, ne fut point perdue auprès de H. Fox , qui , de son cOté , protesta i des sentiments pacifiques de S. M. le roi de la Grande-Bretagne. Comme la phrase françan», indiquant la base du traité d’Amiens, pouvait être susceptible de plusieurs interprétations, M. Fox proposait un principe plusaimplc , savoir : u que les deux parties auraient pour » objet que la paix fût honorable pour toutes les » deux et pour leurs allies respectifs. » Il faisait connaître ensuite que l’Angleterre, unie par des liens étroits avec-la Russie, « ne voudrait rien Irai- )• ter, bien moins conclure, que de concert avec » l’empereur Alexandre, n Ainsi fut entamée la négociation. Jamais aucune autre ne s’ouvrit par de plus nobles procédés et sous de meilleurs auspices. La discussion va se suivre entre les deux cabinets.

Desdeux principes mis en avant par M. Fox, l’un, celui d’une paix honorable pour les deux parties, fut admis en France sans observation. On repoussa vivementl’autre, celui d’une négociation commune avec l’Angleterre et la Russie. La France ne voulait point souffrir, dans la négociation, l’intervention d'une puissance étrangère, h Nos intérêts sont » conciliables par cela seul qu’ils sont distincts,

1* écrivait ® M. de Talleyrand à M. Fox. Vous ôtes » les souverains des mers; vos forces maritimes » égalent celles de tous les souverains du monde n réunies. Nous sommes une grande puissance a continentale, mais il en est plusieurs autres qui » ont autant de forces que nous sur terre... Si,

» meftres de la mer par votre puisseneC-proprc, j » vous voulez l’être aussi de la terre par une puis- { X sancc combinée, la paix n’est pas possible... » Du reste le ministre français désirait, avant tout, que l'Angleterre s’expliquât sur un point essentiel, sur l’indépendance absolue des deux pays dans la législation de leurs douanes. Pour justifier la demande de cette explication préliminaire, il disait : U L’empereur ne pense pas que tel ou tel ar- » ticle du traité d’Amiens ait été la cause de la >• guerre; il est convaincu que la véritable cause a

' Lciire de M. Fox, du 20 mars.

’ Lettre du avril.

* Lettre de M. Fox, du 8 avril. <

1 BIGifOa.

» été le refus de faire un tftiité de commerce né*

» cessairement contraire à l’industrie et aux man nufactures de scs sujets. »

Sur cette dernière question, la réponse de M. Fox fut complètement satisfaisante. Il n’en fut pas de même sur la prémière. L’intervention de la Russie ne pouvait pas, selon lui, être considérée comme celle d'une puissance étrangère, puisque cette puissance était U en alliance * avec l’Angleterre , en » guerre avec la France, n L’empereur Alexandre se présentait, comme partie et non comme médiateur. Le ministère britannique se prêtait à traiter provisoirement jusqu’à ce que la Rassie pût intervenir, mais alors il ne voulait traiter que « con- » jointement avec elle. » Cette question continua d’être quelque temps controversée. Du côté de la France, on soutenait que l’intervention de la Rassie rompait * l’égalité. D’ailleurs la Russie était en paix avec la France, quand lagucrrecntrc la Franco et l'Angleterre avait éclaté. L’alliance de la Russie et du gouvernement anglais n’avait aucun rapport avec cette guerre. Cette alliance avait eu pour ob- ^ jet une lutte sur le continent, dans laquelle l’Autriche avait été la partie principale , et où la Russie n'avait même paru que comme auxiliaire. Négocier aqjourd’hui avec l’Angleterre et scs alliés réunis serait reconnaître implicitement que la troisième coalition existe encore, que la guerre d’Allemagne n'est pas finie, que cette guerre etcellequi subsiste entre l’Angleterre et la France sont absolument la même. En négociant ainsi, de vainqueur de la coalition, l’empereur se placerait dans la position du vaincu. A l’appui de ces arguments, le gouvernement français énonçait des suppositions et citait des exemples. Si la Russie et la Suède sont admises avec l’Angleterre à débattre certains principes dans un congrès, le Danemack, la Prusse, la Porte, la Perse, les États-Unis devraient être admis à réclamer contre ces principes, et on entrerait dans des débats interminables. Alors il faudrait changer de route, et faire comme on fit à Dtrecht, laisser les alliés se morfondre dans des discussions sans fin, et traiter seul à seul, en ayant soin de faire une paix assez équitable pour qu’elle pût obtenir l’adhésion des puissances intéressées. Quoique cette argumentation ne manquât pas de justesse, M. Fox, inflexible dans son opinion, continua de se refuser à toute négociation où la Russie ne serait pas comprise ; * « Veut-on traiter coni> jointement avec la Russie? Oui. Veut- on que Il nous traitions séparément? Non. »'

* Lettre de M. de Talleyrand, du 16 avril.

* Lettre de M. Fox, du 21 avril. .

CHAMIRK MX.

[lêOfij

UÎ4

Pour ilélerminor PAngleterro k se désUler tic cette demande, M. de Talleyrand n'avait point dis* simulé qu'il existait entre la France et Ja Russie «des propositions directes de négociation. H H. Fox répondait que, malgré l'ignorance où il était sur les ouvertures que la Russie aurait pu faire à la France, il comptait sans réserve sur la loyauté de l'empereur Alexandre. La vivacité de celte polémique sur le fond des clioscs était tempérée par une grande urbanité dans les formes. Chacune des deux parties, sans vouloir fléchir, aurait voulu voir fléchir son adversaire, le désir de la paix étant incontestablement sincère de part et d'autre.

La difllcullc qui arrêtait la négociation au pre> niier pas ne pouvant être vaincue, il fallut l'esquiver. M. de Tallcyraiid, rappelant le mode suivi pour la paix d'Amiens, témoigna qu'il était prêt à admettre deux principes fonda mentaux ; le premier était celui qu'avait indiqué U. Fox, « une paix ho- N norablc pour les deux parties cl pour leurs alliés M respectifs. A Le second, qu'il proposait lui*mémc, U était la reconnaissance t, en faveur de l’une et

l'autre puissance, de tout droit d'intervention et » de garantie pour Icsaflaircs continentales et pour i> les aflaircs maritimes. » Cet expédient sauvait tous les amours-propres. M. Fox y donna son assentiment.

Dans le même temps, le gouvernement français recourait à d'autres voies pour imprimer à la négociation un mouvement plus décidé. On attaquait M. Fox, d'une manière délicate, par les témoignages d'une considération toute personnelle. On perinetlait le retour en Angleterre à des familles auxquelles il prenait un vif intérêt. Entre les hommes favorisés de cette préférence, le comte d'Yarmoutb fut choisi pour lui porter des paroles confldentielles propres à le convaincre de la sincérité des sentiments paciflques de la France. Comme les débats ultérieurs se rapporteront à la diversité d'interprétalion donnée respectivement à la communication dont lord Yarnioulh fut l'intermédiaire, il est essentiel de présenter ici celte pièce dans toute sa pureté.

Le gouvernement français, disait de Talleyrand désirait quelques moyens défaire connaître au cabinet britannique les dispositions et les vues de la France, et d'entrer avec lui dans des rapports qui, s'ils ne conduisaient pas au but qu'on se proposait d’allcitidre, ne courussent pas le risque de devenir pubifrs un jour. Ce ministre s'étendit en longs raisunncmeiils pour établir rimpossibilité

' Lettre de M. de Talleyraod, du 3 jiiio.

* Commmiicatioa verbale à lord Ytrinouih, d'aprèa U publication Faite co Angleterre.

d’une paix générale conjointement avec la Russie. Il rappela que déjà, quelques semaincsauparavant, il avait demandé à M. Fox la nomination d'un plé* nipolentiairc |>our la négociation d'un traité déflnilif, dans le dessein d’écarter toutes anciennes discussions, cl de facililerà l’Angleterre la possession de l'ile de Malte.

Ici lord Yarmoulh interrompit M . de Talleyrand, pour lui dire que. jaloux de l'honneur de son pays, il ne pourrait se charger de communications rela* lives i la paix qu’autant que ces communications seraient de nature à procurer une paix telle qu'il ne fût pas obligé de voler contre son approbation daus le parlement, et, plaçant au premier rang de ce qaii intéressait l'honneur de son pays, la restitution du Hanovre, il avait besoinde recevoiravant tout une déclaration explicite relativement aux domaines allemands de S. M. britannique.

La conversation fut rompue sur ce propos, et reprise trois jours après. Dans le nouvel entretien, H. de Talleyrand dit au comte d'Yarmoutb que, puisqu'on attachait tant d'importance A ce point, It //anotre n« ftrait pa» de difficulté,

Kiicouragc par celte concession, lord Yarmoulh demanda si on rcclaincrail la Sicile. * Vous l'avez, » nous ne vous la demandons pas, répondit M. de » Talleyrand. Si nous la possédions, elle pourrait a augmenter de beaucoup les difficultés. * D'après des paroles si positives, le comte d'Yarmoulh borna là ses questions, les mots, w nous ne vous deman- » dons rien, a lui paraissant équivaloir à l'admission de l'uti poêtidetis, comme applicable aux conquêtes de S. M. britannique.

H. de Talleyrand appuyait sur la reconnaissance de l'empereur et des dilTérenlcs branches de sa famille. M>rd Yarniuutb eu prit occasion pour faire valoir la stabilité que la reconnaissance de 1a Grande- Bretagne donnerait k ces établissements, et il demanda si le gouvernement français garantirait l'indépendance de l'empire ottoman. «Oui, fut la N réponse du ministre français ; mais il faut que ce N soit promptement. Beaucoup se prépare, mais » rien n'est fait. »

Lord Yarmoulh, revenant à l'objet de la première conversation, voulut savoir si on ne pourrait pas trouver un terme moyen pour remplir à la fois le vœu de la France et celui de la Grande- Bretagne à l'égard de la Russie, sans le concours de laquelle celle dernière puissance ne voulait pas traiter. A ccl égaéd M. de Talleyrand répondît qu'en France on élail prêt à donner toute facilité pour l'arrangement des intérêts res|)cctifs des deux puissances, ou que le ministre britannique pourrait, étant autorisé par l'empereur Alexaodrc, stipuler pour toutes deux. Les derniers mots de M. de

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