CHAPITRE IV
qu’il n'approuve pas. Le général Moreau fui laissé tout à fait maître de ses mouvements, pourvu qu'il n’cùt qu’une seule ligne d'operation, et ne manœuvrât que sur la rive droite du Danube. La reslrietion était juste, parce qu'il était dans l'intérél des deux armées, que celle d’Allemagne pût donner la main à celle d'Italie. Ce fut un premier, quoique très-léger débat, entre le général Moreau et le premier consul. K Moreau, dit un écrivain distingué, )i avait cru, en secondant l'élévation du premier Il consul, se réserver le rôle de généralissime, qui Il lui convenait tnieux ; mais ce partage parut trop Il inégal à ce farouche amant de la gloire , qui se n montra toujours si jaloux de ses moindres fa- II veurs. Il Si le premier consul, farouche amant de la gloire, est jaloux de scs moindres faveurs, du moins, lorsqu’il confie au général Moreau une armée supérieure du double à la sienne, il ne refuse |ias à ce général le moyen de les lui disputer. I.a prétention que l’on suppose au général Moreau est peu vraisemblable : tant d’orgueil n’entrait pas ilans son caractère. D’ailleurs, à quel litre le gé-
néral Moreau cùt-il pu se montrer si exigeant? En raison de son concours à l’clévation du premier consul? Certes, l’adhésion de ce général n’avait point été une circonstance indifférente. Convaincu, comme tous les hommes sages, de la nécessité d’un I mouvement qui changeât la face de la France, Moreau l’avait désiré sans être jaloux de l'enlreprendre. Par dévouement au bieh public, il s’y serait résolu peut-être : pour lui, c’eût été une tâche pénible. Une expédition de /hrum, si délicate en outre cl si aventureuse , convenait peu à ses goûts et à sa prudence. Aussi, au retour du genéi ral Ronapartc, il se plaça de lui-même en seconde ligne, cl SC rangea derrière lui. .\u moment de l'action, il SC mil à scs ordres et le seconda de bonne fui; mais la part d’action qu’il prit à l’événement fut -elle de nature à lui donner droit a d’extraordinaires récompenses? Il ne le croyait pas luiméme, et le jour où il fut le geôlier des directeurs Collier et Moulins n'était assurément pas, à ses propres yeux, un des feuillets brillants de son histoire.
GUERRE EN ITALIE