OUTIQUE EXTÉniEUUE
Tailcyrand forent : •> Les sentimenls de la France M sont entièrement changés ; Taigreur qui caracté* a lisait le comniencemenl de celte guerre a cessé, n et ce que nous désirons le plus, c'est de pouvoir N vivre en bonne intelligence avec une aUssi grande n puissance que la Grande-Bretagne. %
Tel est le teite presque littéral du compte que lord Yarmouth rendit, le 13 juin, à M. Fox, des deux entretiens qu'il avait eus avec M. de Talieyrand. Dans le cours des discussions ultérieures, l'exacliludc ou du moins l'interprétation de ce texte sera un objet de débat sous plusieurs rapports. Nous verrons les deux puissances s'écarter l'une et l'autre de ces bases ou bien vouloir en forcer le sens selon leurs intérêts. Le gouvernement français s'en éloignera sur le fait de la Sicile, mais sans détour et en proposant des compensations. Celle dérogation sera admise, puisqu'on ouvrira la discussion sur la nature des compensations proposées. L'Angleterre, de son côté, forcera le sens j des mots sur deux points. Elle prétendra que la I France a reconnu le principe de potêidetii. I On se souviendra que celte reconnaissance aurait été tout au plus tacite, car c'est lord Yarmoutb | seul qui dit avoir vu l'équivalent de cette rccon- ! naissance dans les termes : « Nous ne vous deman- I* dons rien, n de M. de Tallejrratid. Elle insistera, en second lieu, pour une négociation commune avec la Russie. Il y a ici une distinction à faire. Sous l'administration de M. Fox, cette prétention sera abandonnée, ou du moins on s’en désistera dans la pratique. Plus tard il y aura peu de bonne foi i y revenir ou du moins i s'y attacher avec obstination. SicUe, uti poêiideliê,nègocùUiOH unieou êéparéCy voili les trois questions, on pourrait dire, les trois roots sur lesquels vont rouler des discussions qui dureront plusieurs mois. Ces divergences cependant ne deviendront pour la paix des obstacles invincibles qu’au rooroent oà la maladie, que suivit la mort de M. Fox, placera dans d'autres mains la direction de la politique anglaise. Jusque-lâ ou avait porté dans la négociation le désir de pouvoir s’entendre, et on avait fait quelques pas qui permettaient d'en attendre une heureuse issue.
Entre les objets sur lesquels roulait la communication dont lord Yariiiouth avait été l’organe, on a remarqué un point essentiel surlequel nous aurons à revenir plus lard, comme ^nl l'un des germes de la guerre de Prusse, c'est^lo promesse faite à l’Angleterre du la restitution du Hanovre.
Au retour du comte d'Yarmoulh à Paris, le 16
' Dépêche du cooite d’Yarmoulh à M. Fox, du lU juin.
juin, M. de Tallevrarid lui fll entendre que quelques changements étaient survenus pendant son absence, allusion facile à saisir sur la promptitude de la disposition que venait de montrer la Russie A conclure une paix séparée avec le gouvernement français. Ce changement avait encouragé la France A changer elle-méme d’avis sur l’un des points convenus, celui qui concernait la Sicile. Maintenant l’empereur prétendait que, d'après les lettres de ses généraux et de son frère Joseph, la possession de celte Ile était indispensable à la conservation du royaume de Naples. On pensait A Paris, et l’on répéta plusieurs fois au comte d’Yarmoulh que le Hanovre, pour l'honneur de la couronne. Malle pour l'honneur de la marine, et le cap de Bonne- Espérance pour l’honneur du commerce britannique, devaient être des appâts ca|iables de déterminer le ministère à faire la paix. La modification voulue par le gouvernement français était importante, mais aussi ses concussions étaient larges cl franchement articulées.
D'après raccroissement delà puissance française depuis la paix d’Amiens, on sentait que la Grande- Bretagne pouvait prétendre i une augmentation proportionnelle. C’était à régler celle proportion que consistait la difficulté. Du reste le ministère français pressait le comte d'Yarmouth de s’expliquer sur ses pouvoirs. « En politique, disait l'einn pereur, on ne peut parler la même langue, si l’on » n'y est également autorisé. » M. Fox envoya en effet des pleins pouvoirs > A lord Yarmoulh, pouvoirs qui lui permettaient de traiter coi^omtomanf ou êéparimoHl avec les ministres tant des puissances alliées que des puissances ennemies; mais, en lui laissant une si grande latitude, il lui prescrivait de n'en faire usage que dans une hypothèse donnée. Ce ne fut pas la faute du gouvernement français si le plénipotentiaire britannique s'affranchit de celle restriction. H est donc de fait que le cabinet de Londres s'est complètement désisté de la résolution d'abord exprimée de ne traiter que conjointement avec la Russie. Seulement M. Fox explique celte disjonction en disant que, si la Russie offre de traiter séparément, c'est dans le sens ' entendu par lui-méme, c’esl-A-dire, « séparément I* dans la forme mais de concert l'un avec l’au- » tre. Le point auquel M. Fox tenait véritablement le plus, était le maintien du roi Ferdinand en Sicile. Si la Franco cédait sur ce point, le comto d'Yarmouth, quoiqu'il dût parler de Naples et de rislrie, ne devait pas faire de ces objets des conditions absolues.
* Cm pouvoirs sont datés du 26 juin.
’ Lattre de H. Fox, du 26 Juin, à lord Yarmoulh
ClUnTflR MX.
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Cciil ici qu'il faut bl.lincr ou plaindre Napoléon d'aroir épousé les vanités e( adopte les calculs des vieilles dynasties, en atlachanl rifilérétdc la France à raiïermissemenl d’un tr6nc dévolu à l'un des membres de sa famille. Sans ce système, qui peut RC défendre sous certains rapports^ mais devenu fatal dans cette circonstance particulière, le seul obstacle qui ait empêché la paix avec le gouvernement anglais dirigé par M. Fox, ce seul obstacle eut facilement disparu. Kn admettant que la sûreté ou même la vengeance de Napoléon eût exigé qu’il reléguât en Sicile, comme il l'avait fait, le roi Ferdinand ou pliitiH la reine Caroline, il eût pu laisser à Naples un lils de ce prince; et, dans sa négoci.ilion avec i'Aiiglelerre, la Sicile n'eût pas dû être réclamée par la France comme la première stipulation de la paix. O n'est pas qu'en celte conjoncture rmipercur s'écartât des voies ordinaires de la politique. Sa position était devenue meilleure; il cherchait à en profiter. Voici comment les chances étaient devenues plus favorables pour lui.
L’occupation des bouches du Cattaro lui avait fourni un puissant moyen d'action à Vienne, et, par Vienne, à Pétersliourg. Informe que les escadres anglaise et russe dans l’Adriatique avaient trouvé des secours dans les ports autrichiens, Napoléon, d'une part, demandait que ces ports fussent fermés aux Russes et aux Anglais; d’autre part, dans le cas où tes Russes refuseraient de se dessaisir des bouches du Cattaro et où l’Autriche ne voudrait pas les y contraindre par la force, il exigeait que les ports de Trieste et de Fiume lui fussent livrés jusqu'au moment où cette puissance serait remise en possession des places que les Russes occupaient. Quelle qu'eût été la première cause de la violation de la paix de Presliourg, la cour de Vienne, lasse d’expier celle faute par l'occupation prolungee de Braunau et par la présence des Français sur la frontière, elTrayéc en outre de sommations menaçantes et difficiles à éluder, avait insisté à l*étcrshourgaHn de faire cesser un état de choses dont les conséquences étalent si fâcheuses pour elle. Scs instances avaient 6ni par être entendues. Dans les premiers jours de mai, l'empereur Alexandre avait déclaré à l'ambassadeur autrichien, comte de Nccrfcidl, « qu'il donnait ordre â ses Iroupi^ » d'évacuer les places qu'elles occupaient dans » rAlbanioctIa D ilmatie.« Son ministre des affaires étrangères, le prince (Izarloriski, avait de plus exprimé l'espoir qnc celte détermination pourrait hâter un rapprochement que la cour de Franco paraissait désirer, cl il avait annoncé qu'il allait envoyer des pouvoirs à l'ambassadeur russe à Vienne, comte Rasumowski, pour tenter ce rap-
prochement. Il parait que U cour de Russie, voyant l'Angleterre cl la France prêtes à traiter sérieusement de la paix, et considérant surtout les sentiments connus de M. Fox, craignit que son allié, maître de Uv négociation , ne la dirigeât dans un intérêt tout britannique et ii'ohttiil seul les honneurs comme les avantages d'uiic paciflcalion à laquelle la Russie ne ferait qu'accéder. Frévoyant d'ailleurs que la retraite des troupes françaises sur la rive gauche du Rhin serait la suite necessaire de la paix generale, le cabinet de l'élersbourg jugc-a plus utile ou plus glorieux que rAutriche et l’Allemagne tout entière ne dussent qu’â lui leur affranchissement. Le 37 mai, un envoyé russe, M. d'Oubril, était arrivé à Vienne avec t'aulorisalioii de se rendre â Paris, sous prétexte d'arrangements relatifs aux prisonniers de guerre, et en effet arec la mission de proposer des bases d'accoinmodmieril entre les deux puissances. En ce moment tout annonce la franchise. M. d’Oubril avait apporté au comte Rasumowski des pouvoirs pour ordonner la remise des places du OUaro. Un secrétaire de l'ambassade russe part, accompagné d'un officier autrichien, pour porter ccl ordre au commandant militaire qui occupe ces places. Le général aulrichicit, comte de Bellcgarde , chargé de les recevoir, s'embarque à Trieste avec deux mille hommes de troupes hongroises, t'ette question semble terminée. Les faits ne répondirent point aux paroles. Ou bien des instructions secrètes empêchent l'exécution des ordres ostensibles, ou bien le commandant russe se serait rendu coupable d'une incroyable insubordinaliuii. A la vérité ce commandant, après avoir quelque temps différé de répondre, allègue que l'étal des affaires a été changé en raison de l’occupation de Raguse par les Français, mais il devient évident que celte allégation n'csl qu'un prétexte. En vain on entre en pourparlcr afin de combiner l'évacuation de Raguse et celle du Catlaro. Pour rompre ce projet, le commandant supérieur des forces russes fait intervenir l’évéque des Monténégrins, qui demande impérieusement que les Français évacuent d’abord Raguse et quittent entièrement le pays avant que tes Russes puissent abandonner l'Albanie. Cependant à Paris ce jeu de ta diplomatie russe était loin d'étre soupçonné, ci, le l^Muitlet, M. dcTilleyrami s’était empressé de faire savoir à -U. Fox que les troupes françaises avaient dû entrer au Cattaro le 39 juin. Lorsque plus lard la vérité fut connue, comme on croyait avoir la certitude que, si la Russie avait manqué de bonne foi sur ce point, elle était sincère dans la négociation tonnée à son agent, M. d’Oubril, on n'aUacha qu'une importance secondaire â une question que trancherait nécessairement la conclusion
EXTERIEinK.
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tiwwi l•ÜMTI(^)lîE
de la paix définilive. (l'claU celte confiance dans Il sÎQCCriU du %<cu de la Russie pour la paix, qui, dans la négociation avec l’Anglelerrc, avait délermille la Douvollc prèlenlion èlevce par le cabinet des Tuileries. Cette prétention avait ralenti les cun* rércnces entre M. ücTalleyrand cl lord ïarinoulh. Elles continuaient encore, mais elles seniblaienl sans cesse prêles i se rompre.
Le plénipotentiaire anglais avait déclaré qu'il avait ordre de ne pas y donner suite, «à moins que » le gouveriiemeut français ne renonçât * à la nom » vcllc demande {celle de la Sicile) qui changeait » totalemenlla hase proposée. >• La France n'élait nullement disposée à renoncer à celle demande, mais elle en abandonnait d'autres qui avaient aussi leur importance. Elle avait, j>ar exemple, insisté pour que l'Angleterre reconnût les nouveaux Étals créés par Xa|K>Iéoii. Cette condition et l'acquiescernent que devait y donner l'Angleterre étaient un fait grave. Elle consentait à dégager le gouvernement anglais de cette concession, et le Hanovre en conséquence devenait un équivalent pour la Sicile. Le ministre français avait soin de faire renia rquerqu'aussi longtemps que dure rail la guerre, les choses ne p«)uvaienl pas rester immobiles. Que rAnglelcrre eût Irailé trois mois plus tùl, on eût pu arranger U question de Naples de la manière Ja plus satisfaisante pour elle; un mois plus tôt, il en eût été de même de la Hollande. Au reste le gouvernement français, en réclamant la Sicile, ne la voulait pas sans indemiiitc, et il offrait, comme établissement pour S. M. sicilienne les villes anséatiques, dont les troupes anglaises pourraient prendre possession en même temps qu'elles oceupcraîenl le Hanovre. Cette proposition était faite dans une telle forme qu’à tort ou à raison le comte d'^armouth se persuada qu'il serait loisible à l'Angleterre, pourvu qu'elle donnât une indemnité à S. M. sicilienne, de réunir les villes anséatiques aux domaines allemands do S. M. britannique.
L'oITre ne fut pas acceptée à Londres, M. Fox trouvant que les villes anséatiques ne rempliraient* pas l'intention d'un juste équivalent pour la Sicile, quand même il n'y aurait pas eu d'autres objections à cet arrangement; mais par cela seul que M. Fox, en repoussant l'offre des villes anséatiques, alléguait pour motif de son refus l'insuflisancc de cette indemnité, le principe de l'échange ou du moins de la possibilité de rechange se trouvait admis. Il ne restait plus qu'une question, celle de quotité.
' Leiire de ce plénipoieutiaire k M. Fox, ea date du l*-' juillet.
’ Dépêche du coroie d'Yarmoulb, du juillH.
Quoique le comte d'Yarniouth annoiiçâl toujours au ministère français que, si on ne se désistait de la demande de la Sicile, il ne pouvait entendre aucune autre proposition, il sc hâta néanmoins de faire savoir à son gouvernement que, pour iiidcinnilê de cette lie, la France proposait la Dalmatie. l'Albanie cl llagiisc. En ce moment, plusieurs circonstances se réunissaient pour tempérer les exigences du gouvernement britannique. Les principales de ces circonstances étaient l'arrivée à Paris du plénipotentiaire russe, U. d'Oubril, et le bruit qui commençait à se répandre d'innovations prêles à s'introduire dans l'état de rAllemagnc.
Plusieurs fois M. de Tallevrand avait averti le comte d'Yarmouth que, plus r.ângletcrrc larderait à SC décider, plus on courrait le risque de voir éclore des événements qui feraient naître des difiicullés nouvelles. K l'égard des mutations qui devaient s'opérer en Alloiiiagne, il lui avait dit que tes changements préparés louchaient à leur terme, mais que, si on faisait promptement la paix, ils pourraient n'élre pas publiés. Suivant le pléiiipulenliaire anglais, on avait pareillrmerit protesté à .M. d’Oubril que, moyennaiil une paix immédiate, rAltcmagne resterait dans son état présent. Cos faits ne sc trouvent rapportés que dans la dépêche de lord Yarmuulh, du 0 juillet, et c’est le 12 de ce même mois que va être signée la confédération du Rhin. Cette signature, qui suivra de Iroisjourst'avis donne au cabinet britannique, semblerait prouver peu de bonne foi de la part du gouvernement fran çais, puisqu’on n'aurait pas laisse à ce cabinet le delai nécessaire pour prendre parti sur cette circonstance nouvelle, cuiiinie M. Fox s'en plaindra plus lard; mais, quoique l'acte de la confédération eût été signé le 19; U publication n'en fut p.is immédiate ; elle eût pu4kiêi»e ne p<as avoir lieu, si le ministère briUniiiqtÿéett, ainsi que M. de Talleyraiid en avait exprimé le vœu, adopté promptement une résolution franche de conclure la paix sans aucun retard. Ce ne fut que dans la nuit du 17 au 18 juillet* que l’acte, signé le 12 par tous les membres de la confédération, sortit des mains de M. de Tallcyrand,qui en était demeuré le gardien exclusif, pour passer dans les mains des divers signataires, le gouvernement français ayant, à celte date <Iu 17, obtenu la certitude que. d'une part, la suspension des changements en Allemagne n'accélérerait pas la paix avec l'Anglelerrc, et, de l'autre, ne nuirait pas à la paix avec la Russie.
Relativement à i'écbangc de U Sicile, le gouver-
^ LeUre de M. Fox à loni Yjrcnuutb, du 5 juillet.
^ Il ne Fut même raiifiê que l« lU par l'cmpemir Napotêon.
CHAI'ITUE LIX.
ncmenl britannique a cessé de refuser la discussion. Seulement il désirerait pour S. M. sicilienne une compensation plus ample. 11 voudrait qu’à la proposition de la Dalmatie , de l'Albaiiie et de Ragusc, la France joignit encore l'istrie et une portion du territoire vénitien de terre ferme en y joignant Venise même, s'il était possible. « Dans » ce cas, la proposition ne serait pas tout à fait » inacceptable ‘ pour S. M. sicilienne. « Cette condescendance du cabinet de Londres était la suite du changement de dispositions qu’il avait remarquées dans la cour de Russie, quoiqu’il ne sût pas jusqu’où s’étendaient les dispositions de cette cour; car, leISjuillet, il chargeait encore lecomted'Yarinouth de faire sentir an plénipotentiaire russe, M. d’Oubril, combien il était important « de con- » tinuer à combiner entre les deux cours les ine- » sures de paix et de guerre, et de ne pas laisser )• à l’ennemi l'espérance de conclure une paix sé- » parée avec l'une des deux puissances alliées. •• Déjà le comte d’Yarmouth avait agi en ce sens auprès de M. d'Oubril ; mais scs cfTorts avaient été sans succès.
Du cûté du gouvernement français, pas une heure n’avait été perdue. Le général Clarke avait été nommé le 10 juillet pour traiter avec H. d'Oubril ; chaque jour, depuis ce moment, les deux plénipotentiaires n’avaient pas cessé d'avoir ensemble de longues conférences. Le négociateur russe avait avoué sans détour au comte d’Yarmouth que, U voyant le danger ^ de l'Autriche, s'il pouvait la » sauver, il croirait de son devoir de le faire, meme » par une paix particulière. » En vain l’agent anglais voulait ralentir la marche de .M. d'Oubril. Il paraissait évident que ce dernier était venu à Paris avec une résolution prise « de faire une paix, » bonne ou mauvaise, avec ou sans le concours de » la Grande-Bretagne. » Le âO juillet, au matin, lord Yarmouth, perdant auprès de M. d'Oubril d'inefficaces paroles, tâchait de lui faire comprendre qu'il était prêt U à écouter des propositions d’in- » deronité pour la Sicile, si elles étaient faites par » lui. H M, d'Oubril ne s’expliquait pas. Du ministre russe qui se renferme dans le silence, lord Yarmouth court vers M. de Talleyrand; il né peut le voir. Quelques heures après il retourne ehcx le plénipotentiaire russe, force sa porte et obtient de loi un aveu qui l’accable; la paix est signée. Le lendemain , il se présente de nouveau chez M. de Talleyrand. Il trouve le ton de ce ministre plus ferme que les jours précédents, mais beaucoup
' Leiirc de M. Fox, du 18jtiille(.
* Dépêche de lord Yarraoulh, du lOjuillet.
* Dépêche du 31 juillet.
moins que ne devait le lui faire craindre k la soudaine défection’ de la Russie. « Le Hanovre, Malte, le ('.ap, l'Inde’, restent toujours des points intaets ’ aux yeux du comte d'Yarmouth. Il proteste qu'il ne souffrira pas qu’on les remette en discussion. M. de Talleyrand insiste pour qu'il exhibe ses pouvoirs. Pour l'agent britannique, c’était le moment de s’y refuser plus que jamais et de ne rien hasarder sans avoir reçu de nouveaux ordres de son gouvernement. Sa perspicacité ne va pas jusque-là. Il ; cède précisément en raison de la circonstance qui I eût dû le rendre inOexible. Ses pouvoirs sont produits. L'empereur Napoléon saisit l’avantage du moment. Le juillet, il nomme le général Clarke son plénipotentiaire. La négociation est ouverte, le 23, dans la forme la plus officielle.
Le général Clarke commence par dire que, la : signature de la paix avec la Russie équivalant pour j la France au gain d'une bataille, pourrait l’autori- I ser à revenir sur quelques-uns des objets à l’égard { desquels on est tombé d'accord, mais que l'empereur n'entend point du tout s'en prévaloir. Toutes les questions ébauchées avec M. de Talleyrand sont reprises et discutées avec plus de précision comme avec plus de développement.
En stipulant la restitution du Hanovre , le gouvernement français désirerait faire insérer dans un article patent la promesse que S. M. britannique ne mettrait pas d'obstacle à ce que la Prusse , qui devrait s'en dessaisir, obtint en échange quelque nouveau territoire. Sur cette demande, le comte d'Yarmouth, frappé de l'idée qu'on voulait disposer des villes anséatiques, déclara que la Grande- Bretagne ne tolérerait pas une pareille acquisition. On SC hâta de le rassurer. On lui dit qu'il s'agissait de Fuld, de Hoya et de quciquesautres principautés sur lesquelles on étendrait la souveraineté de S. M . prussienne.
L’Ilc de Malte resterait à l'Angleterre en toute souveraineté. On déclarerait, relativement à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, que les deux par- ; ties contractantes n'en reconnaissent plus l’existence.
Le Cap appartiendrait pareillement en toute sou- I veraincté à S. M. britannique, mais avec la condition qu’il y serait établi un port franc.
L'intégrité de l’empire ottoman et de la Suède serait confirmée.
Les demandes de la France, pour elle et pour ses alliés, étaient 1a restitution de Pondichéry, de Sainte-Lucie, Tabago, Surinam, Gorée, Démérari,
’ Il n’y avait encore en sur Plnde que de vagues pa- . rôles.
I ’ Pure and unsullied.
PüLlTl(,iUE EXTEIUEIIIE.
lierbice et És6qui)>o, ainsi que la recunnaissance (les (JifTérciiles branches de la ramille régnante, des nouveaux grands-ducs de Berg , de Darnistadl et de Bade.
Le plénipotentiaire britannique se garda d'adtnetlre que les restitutions demandées pussent être ' consenties par son gouvernement, mais il s'empressa de rendre compte des propositions de la France.
11 était inévitable que ce plénipotentiaire serait bllmé par sa cour pour avoir présente ses pleins pouvoirs le lendemain du jour où ia France avait signé la paix avec la Russie. Il le fut en ciïet, comme il avait mérité de l'être, cette production intempestive n'ayant pu que faire naître « une irn- ■ pression défavorable > au progrès ultérieur de la j " négociation. » Cependant les motifs qu'il allé- i guait pour sa justification n'étaient pas sans solidité. Les mesures qui avaient fixe le destin de Naples et celui de la Hollande, avant son entrée en fonction, lui avaient paru n'êtrc que le prélude ^ de changements plus grands encore. Le ministère I français s'élait montré jaloux d’entrer en négocia- I tion, avant que l'accomplissement des plans de j l'empereur fût venu la rendre impossible. M. de j Talleyrand lui avait dit: Si prcccdeniment l'Angle- j terre avait voulu négocier d'une manière sérieuse, I nous n’aurions pas poussé plus loin les affaires d'Allemagne. Maintenant rarraiigcmcnl est fait;
M MOUS n’en reviendrons jamais, i* D’autres considérations avaient encore agi sur l'esprit de lord Yarmoulh. Une armée s'assemblait à Bayonne i contre le Portugal. La Suisse était, disait-on, menacée d'événements nouveaux. I..a Prusse demandait i la France une déclaration péremptoire concernant le Hanovre. « I.a déclaration une fois N faite, nous ne pourrons plus la rétracter. Vnu- > lex-vousque nous rompions avec la Prusse, quand » nous ne pouvons pas même dire que l'Angle- » terre nég<x;ie avec nous? » Ainsi lui avait parié M. de Talleyrand. Os discours et les bruits publics lui avaient fait craindre que l'obstination de scs refus n’amcnàt un bouleversement dans la situation de la Suisse et du Portugal, et la confirmation de la Prusse dans la possession du Hanovre. Ces explications n’étaicnl pas dépourvues de vérité, mais il ne pouvait convenir au gouvernement britannique de les admettre. Précisément en considération de l'exclusive condescendance de son plénipotentiaire, ce cabinet crut devoir se replier sur lui-méme et revenir sur ses concessions anlérien-
' Lettre de M. Fox, du 90 jtiillel.
* Dépêche de lord Yarmoiitb. du 30 juillet.
* Eo dite du 3aoâi.
rcs. Un nouveau plénipotentiaire, te comte de I^auderdale, fut associé à lord Yarmouth, et même ce dernier recul, peu de temps après, l'autorisation de retourner en Angleterre.
Le but de la mission de lord Lauderdale était franchement exprime dans une lettre ’ de M. Fox en rcpoiise à celle du comte d'Yarmouth qui lui avait porté la mortifiante * nouvelle de la signature de la paix entre la France cl la Russie; ce hnt était de replacer la négociation sur le terrain qu’elle avait quitté. «■ L’admission de la possibilité d'un n équivalent pour la Sicile n'avait été consentie, n disait ce ministre, qu'en conséquence du désir n de N. d'Oubril et dans le dessein de maintenir, n s'il était possible, l'union de vues et de mesures n entre l'Angleterre et la Russie; mais, par la pron duction de vos pleins pouvoirs, vous avez en H quelque sorte fait prendre à Sa Majesté l'enga- I* gement de continuer la négociation. C'est dans n cet état qu'il a été jugé à propos de vousadjuin- ■ dre un plénipotentiaire clranger^à tous les actes n antérieurs, n
Arrêtons-nous ici un moment et constatons de quel point on était parti, à quel point on était arrivé. Au commencement de la négociation, deux bases étaient impérieusement réclamées par l’Angleterre; celle d’une négociation commune avec la Russie, celle de Tuf) possùMts, notamment par rapport à la Sicile. A l’égard de la première, l'Angleterre avait persisté à déclarer inadmissible toute proposition de paix séparée, lungtempsaprèsqueta résolution de traiter .séparément avait été prise à Pélersbourg. En effet, tes pouvoirs donnés à M. d'Oubril, en date du 30 avril, style russe, l'avaient autorisé à signer la paix avec la France, et seulement U à la préparer entre les autres puissances » belligérantes de l’Europe, a L’insislancc de i'Aiiglcterrc sur ce point ayant donc été rendue nulle par le fait de son allié, le ministère britannique luiméme avait fini par se résigner à celte disjonction.
f^Hianl à la base de l'u/i potttiUittf dont il avait assuré ne vouloir s'écarter jamais, cette base, que ta France prétend n’avoir point admise (et nous avons vu sous quelle forme elle était censée exi.s(crdan$la première communication dont lord Yarmoulli avait été rinlermédiaire), le gouvernement anglais l’a évidemment lui-méme abandonnée, du moment où il a consenti à ouvrir une discussion oOiciclle sur la nature de l’indemnité qui pourrait être donnée i S. H. sicilienne. C'est à reconquérir ces deux bases dontlord l'armonth s'est départi, (jueva s'at-
* ExpreMîon de M. Fox.
* A Freab oegociator.
niAPITllK UX.
(achcj )e nouveau négociateur anglais, lord I^uderdale. Jusqu'au moment où les deux cabinets de Paris et de Londres recevront l'avis de la délermî* nation de i*eni|>ereur Alexandre, i l'égard du traité signé par M. d'Oubril, la négucialion, sans être rompue, n'oiïrira qu'une agitation sans progrès, l'Ai>gIelerrc prclendant ressaisir les postes d'où elle est descendue; la France voulant suivre la route
ouverte, à partir du point où les deux cabinets s'y soiU trouvés en présence l'un de l'autre. F^aissant un moment de côté celle lutte de prétentions opposées, dont nous nous occuperonr plus tard, nous allons rapporter les faits qui se sorti eonsommes pendant la négociation de lord^rmouth, la signature de la confedérafion du Rhin et écÜe de la paix entre la France et la Russie.
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POUTIQÜE EXTÉRIEUUK.
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