‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 232 sur 298 · CHAPITRE LX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LX

POUTIQüE EXTÉRIEIRE.

Retoar de la France à l'idée d'une ligue germanique. — Averaion de la cour de Prusae pour ralliance fraoçaiae.—

Confédération du Rhin soua le protectorat de Napoléon. — Réflexion du siarquia de Liiccbeaini aur le mode de

la concluaion du traité. — Diapositiona principales du traité de la confédération du Rhin. — Acquisitions faites é *

par les princes confédérés. — Résultats de la confédération k l'avantage de la France. — Respect du protecteur

pour l'indépendance du gouvernement intérieur des Etats confédérés. — Effets utiles de cette indépendance

pour les Etats confédérés. — Politique bien entendue des princes confédérés. — Avantages du protectorat fran- ,

çaia pour ces princes. — NotiRcation du traité de- confédération k la diète germanique. — Rennnriaiion de

François II an titre cTemperetir d'Allemagne. Texte de cette renonciation. — Déclaration de Napoléon sur la

limite du Rbin. — Traité de paix entre la France et ia Russie. — Conditions principales de ce traité. — Articles

secrets. — Germes de guerres renfermés dsns les articles secrets. — Changement de système à Pétersbourg.— *-

Reaipisoement du prince Curtoriski par le baron de Budberg. — Refus d'Alexandre de raiiber le traité signé

par M. d'Oubril. CoLucidence du refus de la ratiBcation russe et de la mobilisation de Parmcc prussienne.

— Légitimité de la prolongation du séjour des Français en Allemagne. — Libelles contre Napoléon payés par *

rAnglcierre. — Jugement à mort du libraire Palm. — Seosaiion produite par ce jugcmeui.

Noos avons lignalé, en 1801, l'origine d’un projet d'association germanique, destiné à produire un jour la confédéralion du Rhin, l/idéc première de ce projet, suggérée par le baron de M ails, minisire principal de l'élecleur de Hesse, dans l’inlenlion de soustraire son souverain à la vassalité de la Prusse, transmise à Paris par le ministre de France é Cassel, avait été accueillie avec faveur et était devenue l'objet d'une attention particulière dans te séjour que l'empereur Napoléon avait fait à Mayence; mais l'exécution en avait été ajournée. La considération principale qui faisait alors écarter son application, était l’espoir que conservait le gouvernement françaLs de conclure une alliance prochaine avec la cour de Berlin, hypothèse dans laquelle le projet de confédcralion eut pu être entièrement abandonné. A tort ou à raison, ralliance de 1a Prusse était, depuis plusieurs années à Paris, une sorte de fantaisie superstitieuse. L'Autriche et la Russie formant deux masses redoutables presque toujours unies contre la France, le cabinet des Tuileries ne demandait pas mieux que de contribuer ii l'accroissement de la monarchie prussienne, pourvu que l’épée de Frédéric II fût mise dans le même côté de la balance, avec l'épée de Napoléon. Cétait surtout celle espérance qui jusqu'en 1806

avait empêché de donner suite au projet d'aiie association germanique sous la protection de la France. Nous avons vu récemment comment cette alliance prussienne, tant de fois sollicitée en vain, décidée par U bataille d'Auslcrlilx, dissoute à Berlin et refaite en de plus mauvais termes à Paris, avait flni par n'élre qu'une sorte d'union discordante, dictée par la force sans croire i sa durée, et acceptée par la faiblesse avec 1a volonté d'en rompre le joug aussitôt qu'elle eo aurait le pouvoir. C'était un contrat tellement dépourvu d’affection et de bonne foi que, de part et d'autre, on se dispensait presque de lui prêter le mensonge des apparences et le voile de l'hypocrisie.

Du côté de la Prusse, le duc de Brunswick, dont la vieille réputation militaire, quoique ternie en Champagne, semblait encore une espèce de providence pour l'armée prussienne, avait été envoyé * à Pétersbourg peut-être pour travailler de bonne foi à la paix générale; mais probablement aussi en cas do dilBcultés, avec autorisation d'agir, selon que la disposition des hommes et des choses présenterait les chances les plus favorables.

 Berlin, l'aversion pour l'alliance française, à

' A la fin de janvier.

citAPiraK i.x.

peine conclue, ne $e <li$siinuUit ni à ta cour ni l dans plusieurs ministères. La politique do gouver- . ncmenl était soumise à une double influence dont ^ chacune détruisait l'ouvrage de sa rivale. Tandis ; que, d’après les eng.igemenls pris arec la I-ranco, ! les ports du nord de rAHeitiagnc élaient fermés au i commerce anglais, le ministère britannique rece- | rail secrèlemenl l'assurance que l’exécution de ce , système exclusif étant dans les mains de ministres qui ne l'approuvaient pas, ne serait rien moins ; que rigoureuse et n'anrait pas une longue durée. , Eu effet, aussitôt après les déclarations du cabinet de Saint-James, la cour de Berlin montra un penchant visible à se relâcher de ces dispositions plutôt comminatoires qu'effectives, et des ordres > furent donnés à Slcttin et à Colberg, ainsi que dans les ports de la Baltique, sinon pour révoquer for- I niellemcnt les mesures prescrites, du moins pour I en atténuer ou même en éluder reffet. Telle était | enfin la conduite de la Prusse que, de l’aveu même | des écrivains anglais. Napoléon eût été insensé de j mettreen elle la moindre confiance. C’est une faute ! qu’il ne commit pas. De là, dans sa négociation | avec l’Angleterre, la déclaration que « le Hanovre j N ne formerait pas difnculté. n

L'alliance prussienne n’utTranl ainsi au gouvernement français aucune sorte de garantie, il était naturel que ce gouvernement éprouvât 1c besoin de se créer en Allemagne de meilleurs points d’appui. Ce fut au commencement du mois de juillet que l'empereur prit la résolution déGnilive d'assurer, sans plus de delai, sous le litre de protecteur, sa domination surceux des Étals germaniques qui, dans la crainte de se voir enlever un jour les avantages qu’ils devaient à la France, élaient impatients * de se confédérer avec elle. L'exécution fut prompte, l'ouvrage ayant été ébauché de longue i main, et la promptitude était de nécessité pour pré- [ venir le croisement des intérêts, les rivalités cl le I repentir. Du 6 au 12 juillet, tout fut consommé. N. de Talleyrand traita séparément avec les envoyés de chacun des Étals destinés à entrer dans la ronféilcration ; il offrit à chacun une part d'avantages propre à déterminer son adhésion, sans qu'aucun d'eux sût ce qui était accordé aux autres princes. Les arrangements partiels étant ainsi terminés, tous CCS envoyés furent réunis, le 12, chex

' jInnuaJ lirçùler.

* Che di ronFederarti coo la Francia ai raonairavano tanto impaxieoti.

(Harqiiia de Luccheaint.)

* Lord Yarmoath, nef aiio diiparcio de* 9 luglio, ha

conaerraio qucaiu monuraento del diapregio in cui ai lenevano i nuovi alleati. (/S.)

le ministre français. Ils entendirent la lecture de reiiscmblo des articles qui composaient l’acte de la confédéralion, et connurent alors seulcntent la totalité des cessions et des réunionsqui intéressaient les divers souverains. L'acle, signé le 12 juillet, resta secret et en dépôt jusqu’au 18 dans les mains de M. de Talleyrand, qui, comme nous l'avons va, avait dit au négociateur britannique que la conclusion de la paix, si elle était immédiate* pourrait empêcher la publication des changements préparés pour l’Allemagne.

Dans cette conduite du gouvernement français, l'historien de la confédération, marquis de Lucchesini, affecte de voir une marque éclalante du mépris * de la France pour scs nouveaux alliés. Cette susceptibilité nous parait poussée outre mesure. Four tous les peuples du contineni, comme pour la France, la paix arec l’Angleterre eût été un objet capital. Heureux présorvatifeontre le retour de guerres prochaine.s sur le continent, elle eût été pour les confédérés un si grand bienfait en les air(-rmi&.sant dans les possessions dont les avaient enrichis les guerres précédentes, qu’ils eussent sans peine renoncé aux avantages qui leur élaient promis par le pacte nouveau. H y a au reste, dans les réflexions de cet écrivain sur celle circonstance, des contradictions assez étranges. A l’en croire, lorsque l'acte de la confédération fut arrêté le 12 juillet, les envoyés d’Allemagne qui en étaient les signataires rougirent * de leur ouvrage et s'en alüigèrent, mais trop tard; et, tout d'un coup, oubliant ce qu'il vient de dire, il ajoute qu'ils furent troublés et confondus^ par le retard de quelques jours qui fut mis à sa publication.

Les princes signalairesélaienl les roisde Bavière eide Wurtemberg, l’électeur archichancelier, rélecteur de Bade, le duc de Berg et de Clèves, le landgrave de Hesse-Darmstadt , les princes de Nassau- Usingen et Nassau-Weilbourg. les princes de Hohenzollern-Hechingen et llohcnzollern-Sigmaringen, les princes de Salm-Salm et Salm-Kirbourg, le prince d'iscnbourg Birslcin , le duc d'Aremberg, le prince de Lichtenstein, et le comte de la Leyen.

Parmi les trente-neuf articles dont se composait l'acte de la confédération, les plus importants étaient ceux qui changeaient la situation politique de scs membres. Tels étaient :

L'article 1'' qui les déclarait séparés à |>erpétuilé du territoire de l'empire et unis entre eux par une confédération particulière ;

t ArroMirono e si dolsero îoiirme, ma iroppo lardi.

(Marquis de Litrehesini.)

‘ Li conturbô poi e vie piè sbigoiti U Josu înaspettamenie data alla publicatione del tratuio. ( /A. )

POUTJQUE EXTÉRIELRE.

L'arlicle 7 qui proclamait leur indépendance de toute puissance étrangère à la confédéralion ;

L'article 19 qui reconnaissait pour protecteur S. H. rempereor des Français;

Et surtout l'article 39, portant qu'il y aurait entre l'empire français et les États confédérés, col* I iectivement et séparément, une alliance en vertu de laquelle toute guerre contiocntale que l'une des parties contractantes aurait à soutenir, deviendrait immédiatement commune i toutes les autres. I

Les articles désignés pour la plupart au déve- | loppeinént de ceux que nous venons de citer, in- ' diquaient quelques-unes des bases del'organisation | que la confédération devait recevoir, déterminaient ; les titres nouveaux que devaient prendre plusieurs princes , réglaient les contingents à fournir par I chaque Étal , ou roulaient enÜn sur des cessions et des réunions de territoire.

L'électeur arcbicbancelier recevait le titre de prince-primat et d'aitessccmincnlissimc; l'électeur de Bade, le duc de Berg et le landgrave de Hesse- Darmstadt, le litre de grand-duc; le chef de la maison de Nassau, le litre de duc; le comte de la I#eyen, le titre de prince.

L’acte de la confédération, outre qu'il aiïran- | chissail tes Etals confédérés de toute dépendance | envers l'empereur d'Allemagne, portail avec lui , pour chacun d'eux, désavantagés matériels assez considérables par les cessions cl réunions qui s'y trouvaient stipulées.

Les cessions ^ étaient des échanges entre les divers princes confédérés pour la rcctiOcalion de leurs frontières. Cet arrangement avait été fait ! conformémenl à leurs intérêts respectifs. I

l^s réunions ^ n'étaient pas une opération aussi innocente, puisqu'elles se composaient d'.'icquisilions nouvelles, soit de villes restées indépendantes | jusqu'alors, soit de commatidrrics do l'ordre Tcu- j tonique, soit d'autres portions de territoire oubliées en quelque sorte dans les précédents partages. Les villes impériales de Francfort et de Mu- | remberg passaient, la première au prince-primat; la seconde, au roi de Bavière. Francfort devait cire : le siège de la diète dont le prince - primat serait | président.

L’objet des articles 94 et 9S était de terminer de , longues contestations qui avaient souvent troublé le repos de l'Allemagne. Ils conféraient aux mem* ' bres de la confédération les droits de souveraineté.

Le premier, sur celte fourmilière de princes et

• Articln 1S, H, 15 et 10.

* Ariid’-* 17 à 98 iocliuivenent.

de comtes dont était couvert le territoire germanique et qui, en leur qualité d’États immédiats, ne relevaient que de l’empereur et de l'empire.

Le second , sur les terres équestres enclavées dans leurs États.

Assurément la justice distributive a pu recevoir quelque atteinte dans ces diverses innovations, mais elle n'élail blessée que sous le rapport de pouvoir politique et non sous celui de propriété. Si les princes et comtes souverains, ainsi que la noblesse immédiate, perdaient leur supériorité territoriale , tous, comme propriétaires privés, conservaient leurs domaines et leurs revenus. L'acte de la confédération ne faisait qu’achever pour l'Allemagno ce que depuis longtemps les rois de France avaient fait à l'égard des grands vassaux et des fiefs. « Cet » acte, dit M. SchcelLpeut être regardé comme la » conséquence ^ nécessaire du traité de Presbourg.i» Après un aveu si raisonnable , on s'éloniic de voir cet écrivain se répandre en longues invectives sur la destruction de l'ancienne constitution germanique, comme s'il y avait eu, de la part des Étals confédérés, un crime nouveau , un crime irrémissible , dans ce qu'il reconnaît lui-méme être la conséquence nécessaire du traité souscrit par le chef de l'empire. L’amcrlumedcsdutéanccs auxquelles se livre cet écrivain n'est surpassée peut-être que par les virulentes lamentations du marquis de Luc* chesini, singularité tout à fait inattendue, l'un de ces écrivains ayant été et l'autre étant au service de la Prusse , c'est-à-dire , de celle de toutes les puissances qui longtemps s'élail montrée la plus ardente à presser l'anéantissement de ce corps en dissolution, dans l'espoir d'obtenir une large |>art de ses dcpouillcs. Pour ressusciter à Berlin le culte des anciens autels, pour ramener dans la langue de cette cour des invocations à l'honneur allemand et à la loyauté teutonique, il avait fallu que les débris des temples renversés tombassent en d'autres mains que les siennes et devinssent des barrières ou même des places d’armes contre elle.

L'efTel naturel de la confédéralion était d'alTaiblir la Prusse comme l'Aulricbc de tout ce qui était ajouté à la puissance française, de consacrer pour la France un ascendant fixe et régulier sur une grande partie de l' Allemagne mlcrdiic désormais à toute autre inOuence, de fortifier i'empire de Napoléon sur la rive droite do Bhiri par une ceinture d'Élals dévoués à ses intérêts en conséquence de leurs intérêts mêmes, puisqu'ils ne pourraient conserver que par la France ce qu'ils n'avaient acquis que par elle. Ainsi presque tout le midi de l'Alle-

» Tome VIII, pag®

CUAPITRE LX.

(ISIU]

magne était devenu une partie essentielle du système rédèralirde Napoléon. 1/armce française était grossie de toutes les forces des Étals confédérés. Les contingents réunis de ces États prcsentaietil un total de cinquante-trois mille hommes qu'un recruicmcnl éventuel devait, en cas de guerre, entretenir toujours présent sous le drapeau. Outre que ce corps formait pour l'armée française une véritable avant-garde, les places de Lindau et d'Augsbonrg que devait fortifier et approvisionner le roi de Bavière, étaient des points d'attaque assurés en tout temps à la France contre l'Autriche.

Ces résultats , on ne peut en disconvenir, étaiont d'une grande importance pour le gouvernement français et surtout sous le rapport militaire; mais ce point de vue fut le seul auquel s'attacha l’empereur Napoléon. Les seules prérogatives qu'il sc réserva furent le droit de nommer le successeur de chaque prince-primat, et celui de convoquer les contingents que chaque État devait fournir. (^)uotqu'il fût en son pouvoir de s'attribuer des droits beaucoup plus étendus par le moyen <lu statut fondamental à la rédaction duquel il était maître de présider, il s'empressa de poser les limites où son action , comme protecteur, devait s'arrêter, et les membres de la confédération ii’auraicnt pas pu resserrer ces limites plus qu’il ne le Gl lui-méme. •I Nous avons, disait-il contracté la double obÜi> galion de garantir le territoire de la confédéram lion contre les troupes étrangères , et le terri- » loire de chaque confédéré contre tes entreprises » des autres.... mais là sc bornent nos devoirs cna vers elle. Nous n’entendons en rien nous arroger n la portion de souveraineté qu'exerçait l'empereur » d’Allemagne comme suzerain.... Les affaires in- N térieurcs de chaque État ne nous regardent pas. •< Les princes de la confcdcralion sont des souve- > rains qui n’ont point de suzerain. Ce ne sont a point des rap|H)rts de suzeraineté qui nous lient n à la confédération du Rhin, mais des rapports a de simple protection. Plus puissant que les puisa sances confédérées, nous voulons user de la suit périorilé de notre puissance , non pour restreina dro leurs droits de souveraineté, mais pour leur a en garantir la plénitude. » Ces déclarations n'étaient point de vaines promesses que les faits soient ensuite venus démentir. Bonaparte, dit M . Schœll tint parole en laissant les princes confédérés dans la tranquille jouissance de ce pouvoir absolu qui leur était si cher.

Ce pouvoir absolu que l'on a tant reproché à Napoléon d'avoir conféré aux princes confédérés , n'etait au fond que le pouvoir de réprimer les usur-

’ Lettre du 11 •eptcoibre 1800,

pelions oppressives des corps aristocratiques qui |)artou4 tenaient la pins grande partie de la population dans la servitude et la misère. Lorsque les gouvernements de Bavière, de Wurtemberg, de Bade, de Hesse-Darmstadt et autres ont élevé leur autorité sur celle des corps privilégiés qui. dans leurs possessions anciennes ou nouvelles, opprimaient les villes et lei «ampagnes sons des noms divers, lorsqu'ils ont aboli de prétendus corps d'ÉlaU qui se portaient pour les représentants du pays, ils n'ont oboli en effet que la représentation des abus, que des représesiiatlons mensongères consacrées au maintien des envahissements de la force sur la faiblesse. Comise la réduction d'un millier d'Élats .souverains à un nombre de trente à quarante seulement a été un bienfait immense pour l’Alleinagne sons le rapport militaire et politique, c'élait, dans l’intérêt général du genre humain, un bienfait non moins grand pour les populations diverses dont se cohtposait chaque Étal conservé, que l'asstmilalion de toutes ces populations entre elles cl leur assujeULssrment commun à un système égal, uniforme, de législation et d'impét.

Quant aux volumes de dérlam.vtions entas.sées contre les princes allemands qu'on accuse d'avoir, par la conféiicralion du Rhin, vendu leur honneur à la France, l'histoire du passé et le présent même ont suffisamment justifié la conduite de ces princes. Depuis longtemps il n'existait plus, s'il avait existé jamais, un corps germanique qui assurât de véritables garanties à tous ses membres. Il n'y avait en Allemagne que des États forts et des Étals faibles, des oppresseurs et des opprimés. La diète de Ratisbonne n’était qu'une Sorbonne féodale où des pédants, livrés à de.s arguties scolastiques, s’é-^ vertuaient à rédiger d'énormes et ennuyeux prnlocoles, tandis que le fond des affaires sc décidait à Vienne ou à Berlin. Souvent, pour les membres de ce corps, l'ennemi le plus dangereux était le chef même de l’empire. Quelle reconnaissance , quelle affection devait la Bavière à cet empereur d’Allemagne qui plus d'une fois avait voulu la tr,insfurmer ! en province autrichienne cirincorporer à ses États?

: Que devaient tous les princes de l'Allemagne méridionale à la cour de l'russc qui, depuis 1793, s'était enrichie par sa neutralité, tandis que, dominés par l'Autriche et U Russie, ils avaient été obligés de combattre en esclaves au service des coalitions, de combattre sans profil et sans gloire, réservés mémo I à une ruine infaillible, si la politique du vainqueur n'cûl voulu leur conservation cl même leur agrandissement?

Aujourd’hui, dira-t-on, ils se livrent à un maître I • Tomp VIII. page IHl .

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PüI.mvlJK KXTlilUELRK.

étranger ! Ils ne seront plus que les instruments | de l'ambition française! Mais, s'ils n'ont que le J choix d'un mattre, ne doivent-ils pas préférer celui { qui est le plus éloigné d'eux, qui se mêlera le moins de leurs affaires domestiques; qui, au lieu de soutenir, eontre leur autorité, de petits princes et corn* tes souverains, des villes, des abbayes, des nobles immédiats, enclavés dans leur territoire, leur soumettra toutes CCS souverainetés incôinmmodes qui pèsent sur les populations et entravent le bien qu'ils veulent faire? Vaudrait-il donc mieux, dans leur j intérêt, servir l'ambition autricliteii|i», anglaise «t russe? Le succès même des coalîMqjA contre la^ France aurait pu leur être funeste. I/accroissemcnt de la puissance autrichienne n'eùt fait que resserrer la chaîne de leur dépendance, si même il n’eùt compromis leur existence politique. Liés à l'Au- I triche et à la Russie, et, comme ces deux puissan- : ces, soldaLs mercenaires à la paye de l'Angleterre, ils n'ont pendant dix ans connu que des défaites. Liés à la France, si le protecteur les appelle à la guerre, la guerre avec lui ne sera ppint stérile; leurs drapeaux s’ennobliront en s'unissant à des drapeaux qu'accompagne toujours la victoire; l'as- | sudation ne sera point inégale; ils auront leur | part d'honneur, leur part d'avantages; ils étendront leurs territoires ; ils illustreront leurs bannières. La Bavière, le Wurtemberg, Rade et Darmstadt auront de braves armées, et leurs années de braves capitaines. Lors même qu'un jour, infidèles à celui qui les avait élevés, ils décideront sa perte en se tournant traîtreusement contre lui, la grandeur qu’ils conserveront sera encore son ou- : vrage. Il continuera de les soutenir après qu’ils auront contribué à l'abattre. L’indépendance, les ! domaines, les titres qu’ils ont reçus de lui seront | respectés; et l’influence de ses actes, si utile pour les princes, ne le sera pas moins pour les peuples. lAi temps n'est pas éloigné où les gouvernements de Ravière, de W urtemberg et antres, plus occupés de leurs affaires intérieures, introduiront dans ces j jmys un meilleur système d'administration. Le ! bienfait de ce changement remontera encore à Na- | poléon qui, en formant, de mille États divers, quel- . ques masses homogènes, aura préparé et facilité l'application d'un ordre de choses que la bigar- i rure de souverainetés disparates et incohérentes i eût à jamais rendu impossible.

Assurément cette dernière pensée n’avait pas été le mobile de la conduite de l’empereur des Français, et on n’avait pas droit de l’exiger de lui; mais les secousses qu'un gétiic extraordinaire donne ^ au monde produisent presque toujours des effets qui tournent à l'avantage de l’humanité. De la part de Napoléon, tout était et devait être calculé î

dans l’intérét de la France. Condamné par sa position à prévoir, au sortir du combat, la possibilité prochaine de combats nouveaux , n'ayant pu se fortifier en Allemagne, comme il le voulait, par la Prusse et avec la Prusse , il s'y était établi , par le moyen de la confédération du Rhin, au préjudice de la Prusse comme de l'Autriche. La cour de Vienne sut se résigner à propos; la Prusse ne le sut pas.

Le 1°' août, il fut fait à la diète de Ratisbonne une double notification du traité de la confédération du Rhin, l'une par le chargé d'affaires de France , l’autre par les princes confédérés euxménics. L'une et l’autre alléguaient , pour motifs de cet acte, les changements apportés à l'état antérieur de l’Allemagne , la contradiction existante entre les anciennes luis et la situation où divers princes avaient été placés par le traité de Presbourg,ciiGn l’insullisance et la caducité d'une constitution respectable autrefois, mais devenue inapplicable au temps présent. En même temps que l'empereur des Français déclarait qu'il ne reconnaissait plus l'exislcncc de la constitution germanique, en reconnaissant néanmoins la souveraineté entière et absolue des princes dont l'Ailemagne était composée, les membres de la confédération annonçaient de leur cùlé qu'ils SC dégagaient des liens qui les avaient jusqu'alors unis à l’empire.

Quand la révolte a gagné les principaux rangs d'une armée, et qu’elle est soutenue par une force irrésistible du dehors , le parti le plus sage pour le général abandonné est celui d'une renonciation franche au commandement. C'est le parti que prit l'empereur François II. Cette renonciation aurait eu plus de prix , si elle eût été entièrement spontanée; elle ne l'était pas. Le 1*' août, un courrier français arrive à Vienne; deux notes sont aussilùt remises par l’ambassadeur de France au cabinet autrichien , et, le même jour, il est convenu que S. M. l'empereur d'Autriche renonce au titre d'empereur d'Allemagne. Ce prince s’engage aussi à reconnaître le frère de Napoléon pour roi de Naples et des Deux-Sieilcs. Seulement, en sa qualité de gendre du roi Ferdinand, l'empereur François II désire ne faire cette reconnaissance qu'après y avoir été autorisé par l'exemple d'une autre grande cour. Ce n'est pas une difliculté d’affaires; c'est une délicatesse de famille.

Dans cette condescendance si subite sur deux objets si graves, qui ne reconnaît l'influence du traité de paix signé à Paris par le plénipotentiaire russe? Ainsi, d'un succès qui n'est qu'apparent, puisque le traité ne sera pas ratifié. Napoléon a déjà fait sortir un avantage certain. Le ministère

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