‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 235 sur 298 · CHAPITRE LX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LX

d'an haut prix qae la concession du plénipotentiaire russe à l'égard de la Sicile. Si ce traité avec la Russie eût été ratitié par l'empereur Alexandre, l'Angleterre aurait fini clle-inéine par être contrainte de céder sur ce point. La concession au reste n'était pas ciilicrcment gratuite. Sans contredit Napoléon, malgré les torts de Gustave, n'avait nulle intention de nuire à la Suède, et il tenait peu à se venger de ce prince; mais il devait mettre plus d'inicrét encore à ménager la Prusse, cl il n'cùt pas hésité à faire, de la Poméranie suédoise, un moyen de compensation au prolit de la cour de Berlin, à laquelle il faudrait bien reprendre le Hanovre, puisque, sans la restitution de cet électorat, toute paix avec l'Angleterre serait impossible. Il faisait donc, de son oAtc, une concession a la Russie en consacrant le maintien de rinlégralilé du territoire suédois.

Ces trois articles secrets du traité du 20 juillet sont peut-être une des transactions qm prouvent le mieux avec quel dcdalii les puissaiicu» du premier ordre prononcent sur les destinées de tout ce qui n'est pas du même rang qu'elles. Analysons rapidement ces articles.

On dépossède uncanciennedynastied.'unroyaume héréditaire; un destine, il est vrai, à la famille dépouillée une nouvelle possession , mais bien inférieure à celle qu'on lui enlève. Celle possession nouvelle devrait du moins devenir le partage du roi régnant? Non , il y a anliripatiun d'hérédité. Üu vivant du roi, son Gis lui succède. Ferdinand IV et la reine sa femme ne sont pas même admis à séjourner dans le nouveau royaume. On remet la Gxation de leur sort à des arrangements ultérieurs. L'indemnité que l'on promet au Gis de ce prince est sans doute un domaine vacant dont les deux puissances ont droit de disposer? il n'en est pas ainsi; c'est la propriété d'une tierce puissance que l'on ne consulte pas, cl à laquelle on devra plus tard en demander la cession. El si elle s'y refuse? On peut . croire que la France se propose de dédommager ' l'Espagne aux dépens de la cour de Lisbonne; mais si la paix se fait avec l'Angleterre, elle embrassera aussi nécessairement le Portugal , et le dédommagement de l'Espagne sera au moins bien ajourné.

Ainsi, dans ces articles si peu nombreux, que de germes de malentendus et d'embarras pour l'avenir! Mécontentement bien naturel de la dynastie dépouillée; mécontentement de l'Angleterre qui veuf maintenir en Sicile l'ancien possesseur; mécontentement de l'Espagne de qui l'un doit exiger une cession probablement gratuite ou dont l'indemnité serait toujours très-hasardeuse; mécontentement même de' la Prusse, qui , malgré sa ré-

serve à l'égard de la Poméranie suédoise, devra être étonnée d'être engagée par Napoléon à respecter ce pays, lorsque naguère c'était lui qui la pressait de s'en emparer.

Quelle que soit la gravité de ces stipulations, la dilGcullé disparaîtrait en grande partie si la Russie et la France étaient parfaitement d'accord. Ccrlaincnienl en souscrivant de telles conditions, H. d'Oubril était convaincu qu'elles seraient rati- Gées par son souverain. Pourquoi ne le seront-elles pas? Parce que, dans l'intervalle, un changement s'est opéré dans la politique du cabinet. Nous avouons sans peine que la formation de la confédération du Rhin, qui n'avait point arrêté M. d'Oubril, pouvait être à Pélersbourg l'objet de sérieuses rénexions; mais celle considération seule eùl-ellc suffi pour faire refuser la raliGcalion du traité , si un esprit différent de celui qui avait fait envoyer M. d'Oubril en France n'cùt prévalu tout à coup dans les conseils de l'empereur Alexandre? C'est une autre question.

Il était naturel que M. Fox, qui s'était montré Gdèle à l'alliance de la Russie en insistant auprès du gouvernement français pour uue négociation commune aux deux puissances, se fût plaint à Pétersbourg d'une désertion non méritée. Ce ministre avait dù employer tous lus moyens qui dépendaient de lui pour empêcher la raliGcalion d'un traité dont il n'était pas en son pouvoir de prévenir la signature; et ces efforts que faisait M. Fox par une politique de raison, toujours dans le but de la paix, mais d'une paix plus favorable à son pays, étant appuyés par une politique de passion qui ne respirait que la guerre, la cour de Russie avait éprouvé un mouvement d'opinion qui Gnit par se résoudre en un renouvelletnenide personnes.

En arrivant à Pétersbourg, le 0 août, M. d’Oubril y trouva le parti anglais aux prises avec celui qui avait voulu une paix particulière avec la France. Ce dernier parti succomba , et le ministre des affaires étrangères qui en avait été l'organe , le prince Adam Czartoriski , fut obligé de quitter ce ministère , où il eut pour successeur l'un des chefs du parti opposé, le baron do Budberg.

L'autocratie russe en cette circonstance procédait selon la méthode des gouvernements constitutionnels. En renouvelant le ministère, elle épargnait au nouveau ministre la responsabilité des actes du ministère précédent. Dès lors un système nouveau prit la place de celui qui venait d'être vaincu. On noliGa ^ sur-le-champ aux ambassadeurs étrangers le refus fait par S. M. impériale de raÜQcr le traité signé à Paris le 20 juillet, et

' Le 3 — 15 août.

politiqi:e extérieure.

ane publication '«insérée dans le journal de Francfort, apprit à l’Europe que « non -seulement le > plénipotentiaire russe s'était écarté des instnic- » tinns qui lui avaient été données, mais qu’il avait i> agi d'une manière directement opposée au sens » et é l'esprit des ordres qu’il avait reçus, w L’empereur de Russie témoignait d’ailleurs qu’il était disposé i renouer des négociations de pais, « mais » seulement sur des bases qui s’accordassent avec » sa dignité » Il n’est pas très-démontré que la dignité de ce prince fftt blessée par le traité du 20 juillet. Lorsque la remise des bouches du Cattaro, frauduleusement occupées par les Russes, devait avoir pour résultat la restitution de Raguse i son ancienne indépendance, et surtout l'évacuation de l’AllemagDc, on ne voit pas bien ce que , pouvait désirer de plus l'empereur Aleiandrc, à | moins de demander, comme le faisait l’Angleterre, | l’annulation des avantages que la France avait re- | cueillis d'un traité, le traité de Presbourg, dont la ; défaite cl la retraite des Russes avaient forcé l'Au- • trkhe de subir la loi. Sans doute il est du devoir j des princes de ne souffrir aucune atteinte à leur : dignité, mais ce sentiment serait poussé jusqu'à l’absurde, s'il leur imposait le devoir de regagner par la négociation tout ce qu’ils auraient perdu sur le champ de bataille, surtout après que des traités solennels, conclus par leurs alliés, auraient assuré à leurs adversaires les bénéfices de la victoire.

Le moment où la conclusion d'uiic paii parliculiève avec la Russie promenait la conclusion prochaine de la pais avec l’Anglaterre fui, on doit en convenir, une belle illusion pour la France. L’empereur Napoléon eut le tort de s'abandonner à un cxrès de confiance qui devait être trompé; mais, après tout, le principe de cette confiance n'avait rien que d’honorable pour lut. L'homme, qui à Ausieriilz avait laissé ouvertes, pour la retraite des Russes et d'Alexandre lui-méme, des routes qu'il aurait pu fermer, avait quelque droit d'atteodro qu’un traité de réconciliation, souscrit par un plénipotentiaire porteur de pouvoirs inimités, lorsque, en fait, les conditions arrêtées étaient satisfaisantes pour les deux pays, ne serait pas rejeté par le monarque russe. Ce r^jel ne fut pas un simple ajournement pour arriver à une modification qui fil cesser une dissidence temporaire. C’était une déclaration de nouvelle guerre, un retour i une coalition nouvelle et presque aux exigences qui avaient

* En date du 13^ Î5 «oâi.

* Od pourrait croira que ce aont lea aniclaa sccrata, dont noua avoea fait meniioD, qoi ont blaaié la digoiié ruaic. Lea exigcocaa da aabinal de Pélerabourg auront,

1 aicvov.

fait la base de la dernière coalition. On dirait que le génie de la guerre , impatient de rallumer ses torches à peine éteintes sur le continent, eût voulu, en s’opposant à la ratification d'un acte qui stipulait l'évacuation de l’Allemagne, ménager à l’empereur Napoléon le droit de laisser sur ce sol de l'Allemagne ses redoutables phalanges, aflnqu’elics fussent plus tôt prèles à répondre aux provocations qui allaient lui dire incessamment adressées. N'oublions pas que, dans ce même moment, cinq i six jours avant la révolution ministérielle de Russie , l’armée prussienne venait d’élro mobilisée, c’est-édire, mise sur le pied de guerre.

Pour justifier le refus de ratification fait par l’empereur Alexandre, quelques écrivains se sont appuyés sur une réOexion du comte d'Yarmoalh. D’après la disposition de M. d'Ûubril, écrivait* ce plénipotentiaire, la paix sera signée, et pas un bataillon français ne ferir, en conséquence de celte signaUirc^ufi’uiouvement rétrograde de vingt-cinq lieues. Ce trait d'ironie anglaise est une médiocre autorité pouikfoodcr un semblable jugement. C’est d’ailleurs, en quelque sorte, une injure pour la Russie elle-même dont il semble que la France eût pu se jouer avec impunité. Lorsque la condition fondamentale de la paix entre Paris et Pétersbouj^ était l’évacuation de l’Allemagne, il est ridicule de supposer que l’empereur Napoléon pût avoir la pensée de se soustraire à un tel engagement , qui d'ailleurs, par la remise des bouches du Cattaro, se liait aossi à l’exécution du traité de Presbourg.

Le séjour forcément prolongé des troupes françaises sur le territoire germanique a été l'une des circoniUnccs qui ont fait naître le plus de préventions injustes contre l'empereur Napoléon. Une foule d’esprits superficiels , et même de ces écrivains * qui ne voient que la face extérieure des faits, se sont laissé influencer par les apparences, i défaut de connaître les causes. Après la paix de Presbourg, l'arnièe française devait évacuer l’Autriche daiis un délai de deux mois, à l'exceptioo de la place de Braunau, qui devait être occupée un mois de plus. Le territoire autrichien , moins Braunau , avait été évacué dans le temps prescrit. place de Braunau elle -même allait l'éire à sou tour, mais c'était dans rhypoliièse de l’exécution complète du traité de Presbourg par l'Autriche comme par la France. Est-ce la faute de la France, si ce traité est enfreint, si une perfidie antriehienae, partie soit du gouvernement méaxe,

comme nous le verrooi bieoiôt, d'autres objets et une tout lutre étendue.

* Le 1Û juillet.

' Montgaillsrd «t autres.

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