‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 237 sur 298 · CHAPITRE LXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXI

POLITiyCE EXTÉRIEURE.

Nature du mandat doiini^ A lord Laiiderdale. — Rélracinlion de I.t conceasion faite par lord Yarniouth. — llilclaratinn propliétique relativement à la Hollande. — Persévérance de lord l.auderdale dans le principe de Vuti pottideli» et ilemande «le passe-ports. — Réplique ferme de M. de Talleyrand et envoi de passe-ports. — .Modification des prétentions de la France. — Mort de M. Fox. — Cessions eonsenties par la France. ~ Satisfaction de rAn|;leterre en ce qui la concerne. — Difficulté sur la Dalniatie dont la Russie exi(;e l’évacuation. — Disposition de Napoléon S se «lésister de la demande de la Sicile. — Offre de C.orfou la Russie. — Réponse de M. de Talleyrand à la demande délinitirc de passe-ports faite par lord Laudcrdale. — Résumé de la né|{(»riation. — Première époque de la négociation. — Deuxième époque. — Troisième époque. — .Motifs de Napoléon pour vouloir éviter la ({uerre avec la Prusse. — Observations sur les véritables causes de la rupture «le In négociation. — Politique «le Napoléon, «l.mgerciisc pour lui, sage pour I.ouis XIV.

La menace de la guerre, que l'empereur Napoléon avait aperçue du côté de la Prusse cl de la Russie, ne se montrait pas moins à scs yeux dans le ton tratichant du nouveau plétiiputcnliairc anglais, le comte de Laudcrdalc. Si l'abandon de la Russie, qui avait signé une paix séparée, avait dOt blesser le gouvernement britannique, l'orgueil de ce gouvernement avait essuyé uti échec plus sensible encore par la maladroite condescendance du comte d'Yarmoutb qui, apres avoir lotigtcmps refusé de remettre ses pouvoirs, en avait donné cuminunication le lendemain de la défection russe. Il était donc dans l'ordre naturel des choses que tout ministre anglais, ami de la paix ou de la guerre. Fox ou Grciiville, s'attachât à convaincre la France que cet acte de faiblesse était l'œuvre d'un individu cl non du gouvernement. Il était dans l'ordre que l'on relevât un abaissement déplacé par un langage plus forme et plus fier; mais la ligne qui sépare une noble fierté d'une hauteur inconvenante, n'est pas toujours facile à saisir. Un tel discernement n'entrait pas surtout dans les facultés du lord Laudcrdale.

Le but de l'Angleterre étant d'attendre quelle serait la détermination de l'empereur Alexandre sur le traité signé par M. d'Oubril, le nouveau plénipotentiaire fut chargé de mettre de nouveau en avant, pour préalable de toute négociation, la base de l'w/t po$*idetia qu'avait abandonnée le mi-

nistére lui -même, à l'exemple de son premier agent, le comte d'Yarmoutb. Ce fut l'objet d'une note que lord Laudcrdalc remit le 7 août, note où l'on ne retrouvait plus les formes modérées et courtoises des communications précédentes. I.a réponse * du goiivcrnemeiil français ne fut pas moins vive. L'uft possûtelis, disait le plénipotentiaire français, général Clarke, appartient plutôt à un armistice qu'à un traité de paix. Si, dans scs traités de paix, l'empereur en eût exigé l'application, les trois quarts du continent seraient en son pouvoir. D'ailleursccprincipcqu'oninvoqucaudétriinciildc la France, on le viole par une exception ( la restitution du Hanovre) au profit de l'Angleterre. Cette ré- ]>onsc renfermait surtout uii passage prophétique dont le sens ne fut pas alors entièrement compris. •I En supposant même, ajoutait le général Clarke, » que le Cap, Surinam cl autres possessions hollann daiscs eussent pu être détachées définitivement » du royaume de Hollande, n'est-il pas certain que X l'incorporation de ce royaume à l'empire fraii- X çais eût été la suite nécessaire du refus qu'aurait X fait l’Angleterre de lui restituer scs colonies? X (}ucl serait en efTel le moyen de maintenir une X nation qui n'aurait plus que des dettes, cl à la- X quelle l'absence absolue de tout commerce 6tc- X rait tout moyen de les payer? Il est cxlrémc-

' En «taie du R août.

POLITIQUE F.XTÉWEURE.

» nient différent pour la Grande-Bretagne de voir n le Texel et l’embouchure du Rhin et de la Meuse n soumis aux douanes françaises, ou de les voir souri mis à celles des Hollandais. Ainsi donc, sans la Il restilulion de scs colonies, la Hollande devicn- SI drait forcément une province française, car, en Il acceptant la couronne de Hollande, le prince Il Louis a déclaré > formellement son intention d’y » renoncer, si les colonies hollandaises n'étaient » restituées à la paix générale. » Cette insinuation menaçante prouve que si, dés lors. Napoléon n’avait pas le projet de réunir la Hollande lâ la France, c’était du moins une chance qu’en certaines hypothèses il ne jugeait pas impossible, et il en faisait un argument qu’il supposait devoir être de quelque poids auprès du gouvernement britannique. J.e raisonuement n’était pas dénué de justesse et même de solidité. Sans colonies en effet, que serait 1a Hollande?

A cette réponse de la France il fut répliqué ^ par une persévérance invariable dans le principe de l’u/t poMidetis et par une demande de passe-ports. Le lendemain, le surlendemain, la même demande fut reproduite. En vain les plénipotentiaires français (M. de Champagny avait été adjoint au général Clarke), afin de savoir quels engagements ils contracteraient par l'adoption de la base proposée, désirent connaître ^ n quelles sont les conquêtes U que l’Angleterre veut garder, quelles sont celles » qu’elle veut rendre à la France, et quelles sont » les conquêtes de la France dont elle veut la resli- » tution, n les négociateurs britanniques insistent * pour l’adoption pure et simple de cette base, sans vouloir entrer dans aucune explication préalable. Quelques notes furent encore échangées qui constataient seulement que la France voulait éviter la rupture de la négociation, mais sans qu’il fût fait un seul pas en avant. Dans cet intervalle lord Yarmouth était retourné en Angleterre. Lecomte de Lauderdale, resté à Paris, semblait ne s’y trouver encore que pour renouveler la demande ^ de ses passe-ports et annoncer à tous moments le terme de sa mission. Les discussions verbales n’avaient pas plus de suecès avec lui que les argumentations écrites. Pour mieux lui faire sentir que le cap de Bonne-Espérance , Malte et le Hanovre formaient une paix assez honorable pour l’Angleterre, on avait beau lui donner à entendre que, si elle s’y refusait, le sort du Hanovre ^ pourrait, dans qua-

' On s'est amusé à relever eette assertion, attendu que le roi Louis n’avait rien déclaré de semblable. Qu’importe? S’il ne l’avait pas fait, il aurait dù le faire.

* Le 9 août.

' Note do 11 août.

rantc-huit heures, être fixé autrement d’une manière irrévocable, le comte de Lauderdale, immuable dans sa position, sans égard pour les insinuations Oatteuses ou comminatoires, n’opposaità tout que l’éternelle demande de l’wlt potsidelis.

Blessé à la fin d’une conduite aussi étrange, le gouvernement français laissa éclater son mécontentement dans une note dont la franchise alliait des formes décentes au langage sévère de la vérité. En se plaignant que le comte de Lauderdale eût fait prendre une direction inattendue à une discussion qui jusqu’alors avait été calme et modérée et qu’il voulût tracer autour du gouvernement français le cercle de Popilius, M. de Talleyrand ajoutait : •< Si effectivement la mission ^ du plénin potenliairc britannique a été de rompre la négo- V dation déjà si avancée; s'il a voulu, en faisant » succéder au langage doux et conciliant qui avait n rapproché les deux gouvernements, le ton iropé- » rieux du reproche et de la menace, prolonger » les calamités qu'il était dans son devoir de faire n cesser, lord Lauderdale a la triste gloire d’être » arrivé à son but. » Gomme on reconnaissait l’impossibilité de conclure la paix avec un plénipotentiaire v dont toutes les demandes étaient des offen- » ses et toutes les démarches des traits d’Iioslilité,» on lui expédiait enfin les passe-ports qu’il avait demandés avec tant de persévérance.

Depuis le commencement du mois d'août, M.Fox était atteint de la maladie qui allait bientôt le ravir à son pays et à riiumanité. Si ce ministre avait voulu, par la fermeté d’un second négociateur, réparer l’imprudence du premier, il avait probablement été servi au delà de scs intentions. Le parti de la guerre s’était accru dans le gouvernement anglais de toutes les forces que perdait le ministre mourant, et la négociation n’était plus qu’un jeu auquel on avaitcesséd'attachcr une véritable importance. D'un autre côté , après la note accusatrice que M. de Talleyrand venait de remettre à lord Lauderdale, il semblait que ce plénipotentiaire ne devait pas demeurer à Paris un seul instant de plus; mais tout à coup la scène change; le gouvernement français reçoit la nouvelle que l’empereur Alexandre a refusé de ratifier le traité du âO juillet. Par ce refus les positions respectives ont cessé d’étre les mêmes. Napoléon, qui d’ailleurs aspire si souvent à dominer les choses et les hommes, se soumet à la loi de la nécessité. Il fait

4 Noie du même jour.

* Notes des Ü, 93 et 90 août.

* Voir la dépêche de lord Lauderdale, du 99 août.

7 Note du é septembre.

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