‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 239 sur 298 · CHAPITRE LXl · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXl

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Dans la première, qui apparlient spccialemenl A M. Foi, une assez longue correspondance entre les deux ministres des alTaires étrangères, corres* pondance qui est un modèle de convenance et de bon goût , a roulé sur la question de savoir si le gouvernement anglais négocierait conjointement avec la Russie, ou si seulement, comme la France y consentait, il pourrait stipuler, dans des articles patents ou secrets, ce qui intéresserait cette puissance. Cotte question de forme a clé tranchée par la Russie qui a envoyé un plénipotentiaire à Paris avec des pouvoirs pour traiter sc(>arétiicnl. L'Angleterre elle-même a renoncéà sa première prétention, et des pouvoirs pour une paix séparée ont été pareillement donnés à lord Yarmoulh. Les pouvoirs ntême de lord Laudcrdalc portaient encore aussi cette autorisation. A ce premier débat un autre a succédé, et ici c'est la France qui revient sur une concession verbale faite par U. de Talleyrand. La France demande la Sicile après avoir dit qu'elle ne la demanderait pas , mais elle 1a demande moyennant indemnité. A celte prcteiilion de la France M. Fox oppose l'espèce d'assentiment qu'elle a donné au principe de l'u/i pouitUiii, particulièrement à l'égard de cette Ile. Après quelques hésitations, l'Angleterre cède ou du moins admet ta discussion sur riiidciunilé ; elle n'est pas satisfaite de celle qui est nlTcrle; elle en voudrait UDC plus avantageuse; la difficulté n'est maintenant que du moins au plus. Ainsi le cabinet de Londres a fléchi sur deux objets importants. D’abord il consent à une paix séparée; en second lieu il ne repousse plus la cession de la Sicile, mais il l'admet, sous la condiliun d'un dédommagement à régler, ce qui constitue une dérogation formelle au principe de rufipo««i</e/û. Sur ces cnlrefailes. II. d’Üubril signe une paix séparée pour la Russie. Le lendemain, le comte d‘\armouth remet scs pleins pouvoirs et entre dans des conférences officielles avec le plénipotentiaire français, général ClarLe. On procédait naturellement à |>arlir du point où on était arrivé, la Sicile ayant cessé d'ètre un obstacle capital, d’autant plus que la Russie, par le traité du âO juillet, s'était prêtée à ce que le roi Ferdinand reçût pour indemnité les Iles Baléares. Malgré l'avantage de sa position nouvelle, la France n'en consent pas moins à la restitution du Hanovre et à la conflrmation de l'Angleterre dans la position de Malte cl du cap de Bonne-Espérance. Là commence la seconde époque de la négociation.

Nous reconnaissons sans pciitc que le comte d'Yarmoiilh avait montré trop d'empressement à ouvrir des conférences officielles sans attendre de nouveaux ordres de sa cour après la signature d’tinc paix sé(»arée par la Russie. Il riait raisonna-

ble que le ministère britannique cherchât à relever sa dignité compromise par une démarche qui avait un caractère évident de faiblesse. C'était ce que voulait M. Fox et il devait le vouloir, mais alors commençait la maladie dont il mourut. Chaque jour les symptômes en parurent plus graves et l'espoir de la paix s'éteignait avec lui. Chaque jour, dans la même proportion , le langage de lord Laudcrdalc devenait plus sec, plus impératif. Assis sur la base de I'n/i po«st</e/is commesnr un rocher inébranlable, il y resta immobile jusqu'au moment où on reçut à Paris la nouvelle du refus fait par l’empereur Alexandre de ratifier le traité du 120 juillet. I.a négociation va prendre ici une face nouvelle.

L'empereur Napoléon reconnaît que sa position est changée; il sent bien qu'il ne peut plus obtenir la pais aux conditions mises en avant jusqu'alors; mais de leur côte l'Angleterre et la Russie ont élevé leurs prétentions beaucoup plus haut, ou plutôt la Russie seule, car ce ne sont plus que les demandes de la Russie que l'Anglelerrc va soutenir. La Russie veut l'évacuation de ta Dalmatie et de l'Albanie par les Français; elle veut maintenir le roi Ferdinand en Sicile, faire indemniser ce prince pour Naples, et reproduit la demande longtemps oubliée d'une indemnité pour le roi de Sardaigne. C'était presque se replacer sur le terrain où clic était en 18011 avant la bataille d'Austerlitx. Napoléon a promis de grands sacrifices; il ne les a pas promis en vain. Â la restitution du Hanovre, à la cession de Malte cl du Cap . H ajoute dans l'Inde celle de l'ondichcry, Mabé et Chandernagor ; en Amérique, celle de Tabago. Satisfait et surpris de ces sacrifices directs, le plcnipolenltaire anglais lie demande pas davantage à la France. L'empereur va plus loin, il est prêt à céder Surinam; il est possible qu'il renonce même à la Sicile, premier sujet de tant de débats; mais là n'est plus la question. L'Angleterre, qui d'ailleurs n'a plus rien à désirer pour son compte, ne s'occupe plus d'ellcméme; elle n’a plus qu'une pensée, ce sont les volontés seules de la Russie qui lui tiennent à coeur; clic veut absolument tout ce que veut la Russie. Ce fait est tellement incontestable que plus lard l’Angleterre ne craindra pas elle-même d'en convenir publiquement. Dans une déclaration qu’elle publiera contre la Russie le 11) décembre 1807, son cabinet dira de la manière la plus formelle : ■ La dernière négociation entre la • France et l'Angleterre a été rompue pour des » points qui touchaient immédiatement, non fea X intérélM de S. M. britannique, maie ceux de son a allié impérial. » Ainsi, de l’aveu de la cour de Londres, fait deux .innées après l'époque où nous

POLITIQUE EXTÉRIEURE

sommes, c’est le prétexte seul des rolontés russes qu'elle a pris pour se soustraire i la signature d’une paix à laquelle il n’y avait plus d'objection de sa part , la France ayant consenti à tout ce qu’elle demandait dans son intérêt direct. Si aujourd'hui l’empereur Napoléon n'Mcède pas à toutes les prétentions de la Russie, il ne se refuse pas cependant à lui donner une satisfaction raisonnable. Le négociateur français offre Corfou. A peine lord Laudcrdale daignc-t-il écouter cette proposition ; il rompt la négociation et part pour l'Angleterre.

En cette dernière circonstance, qui de l’Angleterre ou de Napoléon voulait ou ne voulait pas la paix?

Par les cessions auxquelles s’est résignée la France, l’Angleterre est complètement désintéressée. Tout ce qu’elle a désire pour elle-même, elle l’a obtenu ou pu l'obtenir. En 1811 elle n’obtiendra pas au delà de ce qui lui est proposé en 1806. La conclusion pourrait donc être immédiate. Pour s’y soustraire, elle n'a qu’un moyen et elle l’emploie, c’est de se réfugier derrière les demandes nouvelles de la Russie, sans vouloir admettre sur ces demandes aucune transaction. Napoléon eùt-il cédé sur tout, absolument sur tout, peut-être est-il douteux que la paix eût été conclue. Le gouvernement anglais, maître de nouveau à Pétersbourg, voit la Russie préparer ses armes; la Prusse qui , en guerre nominale avec lui , n’en est pas moins un allié effectif, s’est déjà portée sur le champ de bataille; il ne désespère pas d’y ramener encore l’Autriche, pour peu que la France éprouve de revers; le continent va être en feu une quatrième fois; cette grandeur française, qui parait si bien affermie, peut de nouveau être remise en problème; devant une telle considération , toutes les autres disparaissent. La monarchie prussienne peut y périr, et qu’importe? l’Angleterre n’en restera pas moins la souveraine de l’Océan ; que le continent SC déchire, lui-même qu’il nage dans le sang, que les trônes s'écroulent, que les rois soient chassés de leur capitale et leurs Étals dévastés; toute guerre nouvelle est une chance contre Napoléon... L’Angleterre ne voulait pas la paix.

Napoléon était-il plus sincère? outre que sa bonne foi est attestée par l’étendue des sacrifices auxquels il a consenti, nous pouvons ajouter : il ne désirait pas la guerre avec la Prusse pour plusieurs raisons, et c’était franchement qu’il avait proposé au cabinet de Londres de faire, de la paix entre l’Angle- | terre et la France , un moyen d’arrêter la guerre \ sur le continent. Il n'aimait ni n’estimait le gou- | verneroent prussien avec sa politique actuelle, mais ! l’esprit de ce gouvernement ne pouvait pas être i

toujours le même. Tout en comptant sur sa fortune, Napoléon croyait que frapper la Prusse, c’était ôter à la France un point d’appui dans l’avenir. Renverser cette monarchie qui était un État affermi, investi de la sanction du temps, pour mettre à sa place des États nécessairement faibles par leur nouveauté seule, n'était pas à ses yeux un avantage-, surtout un prix suflisant d’une guerre heureuse; enfin, s’il ne voulait plus agrandir cette puissance; si, par le besoin de la paix maritime, il s'était disposé même à l'affaiblir en lui enlevant le Hanovre, il eût voulu cependant la conserver. A ces considérations politiques, nous joindrons un motif personnel. Ce n’était point avec une pleine sécurité et surtout avec la certitude de succès extraordinaires que Napoléon marchait contre la Prusse; il craignait peu d’être vaincu, mais il craignait beaucoup de n’obtenir que des avantages vivement disputés, des avantages non décisifs et qui , par cela seul qu’ils ne seraient pas inouïs, formeraient pour sa gloire une véritable décadence comparativement à l’éblouissante campagne de 1808. Napoléon voulait la paix, et, si M. Fox eût vécu, la paix eût été faite, probablement avant la campagne de Prusse, certainement avant ou immédiatement après la paix de Tilsitt.

De ces observations , qui me paraissent rigoureusement vraies, sur les sentiments respectifs de l’Angleterre et de l’empereur Napoléon, il sort pour nous aujourd’hui une réOexion afUigeante, c’est que la destinée dece grand empire français, si beau, si riche , si bien défendu par le Rhin, les Alpes et les Pyrénées, appuyé sur un système fédératif déjà si bien établi , ait dépendu de la cession ou de la conservation de pays qui aujourd'hui nous sont si indifférents, la Sicile et surtout la üalmatie; mais dans tous les temps et dans tous les lieux, c’est sur la situation présente des choses que les gouvernements règlent leur conduite; ce qu’ils examinent, ce sont les forces relatives de leurs rivaux, les risques à craindre ou les avantages à espérer, les efforts que leur ont coûté tels ou tels résultats, et les inconvénients de leur abandon, surtout si les autres puissances avec lesquelles on traite ne font pas des concessions proportionnelles. Il faut donc se rappeler combien alors étaient importants pour l’empire français les deux points auxquels Napoléon se montrait si fermement attaché, la Dalmatie et la Sicile.

Relativement à la Sicile, ce serait une étrange méprise de supposer que le seul but de l’empereur fut de procurer à son frère Joseph la totalité des États du roi Ferdinand. L’objet véritable, le digne objet de la politique de l’empereur, quand il se voyait contraint d’abandonner Malte au pouvoir

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