‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 242 sur 298 · CHAPITRE LXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXII

Français, a besoin d'èlrc expliquée. Comment le ; disculper de malveillance envers la Prusse, lorsque d'an côté il forme la confédération du Rhin sans ' son concours , et que de l'autre il promet à l'An- | gleterre la restitution du Hanovre, dont il a ga- ' ranti la possession à S. M. prussienne? Le dernier ! de ces faits est assurément le plus grave. En con- I sidérant comment il eut lieu on se convaincra qu'il était malaisé à l'cmpcrcur Napoléon d'agir autreinent.

Un incident particulier amène des ouvertures de paix entre la France et l'Angleterre. Pour préalable à toute négociation, l'Angleterre pose en principe la restitution du Hanovre à S. M. britannique. Avant même que la négociation soit entamée, faut-il que le gouvernement français la termine ^ par le rejet absolu de cette demande? Plus d'une I autre dilTIculté existe entre les deux puissances. Cependant, un Jour ou l'autre, il faudra bien que la guerre ait un terme. Pour préparer la paix, pour en avancer l'époque, il importe de savoir quels sont les points principaux qui s'opposent à : un rapprochement, quels sont les obstacles susceptibles d'être levés et ceux qui sont invincibles. Si ! l'on veut obtenir cette connaissance , il faut , de I part et d'autre, énoncer des vues, articuler des pré- -j tentions. La France admet le principe voulu par l'Angleterre et elle négocie.

Üe la France à la Prusse, dit-on ici, le crime est consommé. La France a violé le traité d'alliance fondé sur l'acquisition du Hanovre par la cour de Berlin. Cette cour a droit de lui demander compte d'une telle perfidie ; en un mot, par le fait de Napoléon, l'état de guerre existe entre les deux puissances. Toutes ces conséquences nous semblent forcées, fausses ou certainement du moins prématurées.

D'abord on négocie, mais est-il certain que la paix doive être conclue? Cette certitude existe si peu que la négociation échouera ; mais, si on était tombé d'accord sur le reste, qui peut répondre que la concession relative au Hanovre eût été déünitive? Admettons-la telle, si l'un veut, dans la pensée de Napoléon. Son crime envers la Prusse est donc un crime hypothétique, éventuel? Ce crime a été commis intentionnellement, soit ; mais enfin i il ne se réalise pas. Est-ce là un motif suflisanl de j guerre? Si la France a pu juger que la violation | de l'alliance ne lui produirait aucun avantage, peut-être est-ce une raison pour qu'elle y tienne plus fermement à l'avenir.

Une autre objection s'élève. Si le gouvernement français a reconnu que, sans la restitution du Hanovre, toute paix avec l’Angleterre est, pour le moment du moins, impossible, il eût dû, en allié [

loyal, en instruire le cabinet prussien. C'était entre son allié et lui que devait se débattre la question de savoir lequel était préférable ou de poursuivre une guerre vigoureuse contre l’Angleterre, ou de chercher les moyens de donner à la Prusse un dédommagement de la possession à laquelle il lui faudrait renoncer. A la rigueur, et selon les règles de la probité privée, il semble que le gouvernement français eût pu être astreint à celte marche. Cependant, même dans le système d’une délicatesse si rare en politique, est-il bien constant que l’on dût soulever une question, dilRcilc peut-être, sans aucune nécessité, puisqu'il se pouvait, et c'est ce qui a eu lieu, que la négociation avec l'Angleterre se rompit par d'autres causes? Le gouvernement français ne pensa pas ainsi. Il crut devoir s’abstenir de se créer gratuitement des embarras à Berlin avant d’être assuré de s'entendre sur les autres objets en discussion avec la cour de Londres. Il trouva que c’était assez d'un débat à la fois; il laissa ignorer au cabinet prussien la concession qu’il faisait au ministère britannique; il entretint la securité de ce cabinet en affectant au contraire de ne pas Oécliir sur la question du Hanovre, et, lorsque plus tard la dissimulation .sera devenue inutile, il tAchcra de la justifier en alléguant avec vérité que ce n'était pas là le seul point qui formât empêchement à la conciliation de l’Angleterre et de la France. Dans cet état de choses. Napoléon étail-il volontairement hostile pour la cour de Berlin? Non. Il n’y a pas en lui volonté malveillante; il y a gêne de position et une alternative véritablement embarrassante. Doit-il subordonner l’intérêt de la Prusse à la paix avec l'Angleterre, ou la paix avec l’Angleterre à i’intérét de la Prusse? Là est toute la question, et encore il y a ici une distinction à faire. Il ne s'agit pas pour la Prusse d'un intérêt absolu, mais d'un intérêt relatif. Pour celte puissance assurément, ce sera un malheur de perdre le Hanovre ; mais cette perte peut avoir un adoucissement, et il est dans l'intention du gouvernement français de lui procurer en ce genre toutes les satisfactions qui dépendront de lui.

En remontant plus haut, on retrouvera encore que l'origine du mal est dans l'obstination du gouvernement français à forcer S. M. prussienne de prendre possession du Hanovre qu'elle voulait ne garder qu’en dépôt; mais Napoléon, quand il lui a imposé cette conquête, avait entendu se faire de la Prusse un allié ardent et à toute épreuve contre l'Angleterre ; et il n'a trouvé qu'un allié froid ou même suspect. En eût-il été autrement, peut-être eût-il dû agir, comme il le fait, pour rinlérël de la France, mais a-t-il pu hésiter, s’il se figure que rien n'est moins solide que l'alliance prussienne;

[1S0CJ

POLITIQUE EXTEBIEIRE.

qu'i Berlin on ta regarde comme une chaîne qu'on est impatient de rompre; s’il lui revient de toutes parts qu'il n’a d'amis dans celle cour que très-peu de personnes, qu'un seul ministre, que le roi, et seulement encore en de certams jours, i de certaines heures; que du reste tout est russe ou anglais; que l'esprit, qui en 18015 amena le traité de Polsdam , domine entièrement les alentours du trône; que la reine est plus que personne animée de celespril;qne la haine de la gloire de la France, devenue la haine de la France même, estune mode, une frénésie pour la cour et la jeunesse de l'armée? Toutes ces réflexions, il les a nécessairement faites et elles pourraient l’affranchir de tout scrupule ; mais, au milieu des nuages formés par des passions folles et passagères,' il voit toujours l'in-

qu'il ne doit point affaiblir la Prusse; que, s'il est condamné à le faire, il lui importe à lui-méme de j lui rendre, autant qu'il sera possible, l'équivalent | de ce qu'elle aura perdu. Rien au monde pour lui n'est comparable à l'avantage de faire la paix avec l'Angleterre; l'avenir du inonde est là; mais si cette paix coûte à la Prusse un grand sacriGco , il ne négligera rien pour l'cn dédommager. Voilà le système tout entier de Napoléon. Devait-il raisonnablement en avoir un autre?

second fait, qui devient un sujet de malentendu entre la Prusse et la France, est la formation de la confédération du Rhin. conduite de Napoléon, sous ce rapport, a-l-cUe été offensive pour le gouvernement prussien? Primitivement elle ne l’était pas, clic le deviendra peut-être; mais ce seront des incidents nouveaux qui opéreront ce changement.

Pendant le séjour du comte d'Haugwix à Paris, dans les mois de février et mars, l’empereur, sans rien exprimer de positif sur un projet qui ii'élait pas arreté encore, en indiquant à ce ministre la possibititéd'arrangements à prendre pour placer le mididerAlicmagnesousIa protection delà France, lui avait laissé entrevoir que, dans ce cas, il ne s'opposerait point à des mesures correspondantes pour placer le nord de l'Allemagne sous la protection de S. M. prussienne. De retour à Berlin et ne recevant aucune information à cet égard, le comte d’Haugwix en témoigna plus d’une fois son inquiétude au ministre de France. Le silence du gouvernement français avait été tout naturel. Par la manière prompte dont cette affaire fut couduile et consommée (du 6 au 1ï juillet), il eût été impossible que le cabinet des Tuileries entrât en discussion préalable avec la cour de Berlin. La transaction conclue , on ne perdit pas de temps pour on instruire celle cour. Dès le 18 juillet, l'ordre

en fut expédié à M. de Lafurél. Ce n'élail encore qu'une notification provisoire qu'on s'empressait de lui faire, mais on ne voulait pas «t que la Prusse B .vpprlt, comme tout le monde, rcxisteocc d'un » {)Ian dont elle devait être la première à recueillir H le fruit. » On ii'a pas oublié qu'il y eut un intervalle de six jours entre la signature de l'acte de la confédération et sa ratificalion par l'empereur, intervalle donné aux négociateurs anglais pour juger s'ils ne croiraient pas devoir faire quelque sacrifice afin de prévenir toute innovation dans l'état de l'Allemagne. C’était donc seulement après ce délai que la France avait pu en donner communication formelle au dehors.

A défaut d'avis directs du gouvernement français, le cabinet prussien avait, par la voie de Ralisbonne, reçu, concernant l’aclc de la confédération, des notions dont il n'avait pas été satisfait. Aussi la première notification que lui en fil le ministre de France, fut-elle reçue avec quelque froideur; mats on accueillit avec empressement la notification officielle. Celle-ci effccliveoienl était de na- I lure à flatter les désirs ambitieux de la cour de Berlin, àl. de Laforél fit sentir au comte d'Ilaugwix que le moment était venu pour le cabinet prussien d'agrandir et de fortifier son système. ■ S. M. prussienne, dit cet envoyé, peut réunir » sous une nouvelle loi fédérative les États qui » appartiennent encore à l'empire germanique, et n faire entrer la dignité impériale dans la maison • de Brandebourg. Elle peut, si elle le préfère, » former une fédération des États du nord de l'Al- M Icmagne qui se trouvent plus parliculièrcroent n placés dans sa sphère d’aclivitc. L'empereur ap- » prouve dès aujourd'hui toute disposition de ce > genre que la Prusse jugerait à propros d'adop- » Jcr. ;» C'était beaucoup promettre. Plus tard ces promesses paraîtront démenties par les procédés du gouveroemeot français; mais, dans l'intervalle, les circonstances aarool cessé d'èlrc les mêmes. Lorsque l'empereur faisait donner à la Prusse des assurances aussi satisfaisantes, il n'avait nulle raison d'être de mauvaise foi. Sou inlércl au contraire devait le porter à vouloir très-franchement contenter celte puissance, ne fùl-ce que pour la trouver ensuite plus traitable, lorsqu'il faudrait entrer avec elle en explication sur le Hanovre , et la décider à s'en dessaisir contre un équivalent quelconque, u On avait pu craindre, écrivait te B ministère français ^ à son envoyé, que la Russie » ne voulût intervenir dans les affaires de l'Allc- B magne, mais il n'en est rien. La paix a été signée « avec celte puissance, et les affaires de l'Allema-

uy Googk-

’ I.C jiiillel.

Page 1