‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 244 sur 298 · CHAPITRE LXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIII

POLITIQUE EXTÉEIEDRE.

Itktubordioatioa de Pannée prouienae, — Potîtion ei politique coairadicioirea ea Prutae. — Rapprochement UrUIf de la Pmaae et de PAalflaieiTe. — Réeonctiialioa de la Pruue et de la Suède. — Recours de la Prusse à la Russie.

W marches de la Praase à Vienne. — Instructions données par M. Fox k M. AdatCf ministre k Tienne. — Nature de la neutralité de rAulriefae. — Eapérance de la Prusse sur un soulèvement de l'Espa(pM. — Paroles adressée! par Mapolénn au marquia de Luccbesini et au géaéra] Knobelsdorf. — Injustice d'un repruebe fait k Napoléon. — Dernières offres de Napoléon au roi de Prusse. — Notes échangées entre la Prusse et la France. — Départ du roi pour Tannée. — Révuluiion dans Tespril de Tarmée pruuicnne. •» Lettre de Nnpotéon aux princes de la confédération du Rhin. — Arceaaion du grandtluc de Wurxbourg k la confédération du Rbin. — loTstion de la Saxe par les Prussiens. Instances de la Prusse auprès de Télectcur de Hesse. — Demandes de la France k Télecteur de Hesse. — Violstioo du territoire bessois par Tarmée prussienne. — Refus de iVIecteiir de meure son armée sur le pied de paix. — Erreur du jugement porté sur la position de la Hesse. ~ Départ de Napoléon pour Tarmée.— de la Prusse.— Examen des demandes de la Prusse. — Commuoiealioos de Temperrur au sénat. — Manifeste prussien publié k Erfurtb. — Position husse de la Prusae qui imprime un caractère de fauaseté k tous ses actes. — Prodamation de Napoléon k Tarmée ^ançaise. — Proclamation du roi k Tarmée pruasienne. — Remarques sur les deux proclamations. — Réponse de Napoléon k 1a lettre du roi. — Observations •ur celte lettre.

Celte armée, si célèbre par soit esprit de régalarilé et d'ordre, avait brisé tous les liens de la subordination. Le roi n'est plus le maître de choisir Tbeure du combat. Une politique judicieuse aurait dû quelque temps dissimuler ses préparatifs et tenir les troupes dans leurs cantonnements jusqu'au jour où les armées rtisses auraient été près de loucher le sol prussien. Malgré sa prévoyance, Napoléon anrailétécondamnéà une inaction prolongée, n’ayant pas devant lui une année déjà rendue sur le terrain ; mais, pour le gouvernement prussien, tant de circonspection n'est plus possible. Depuis que Icsjeunes ollicicrs de la garde royale vont aiguiser leurs épées devant l'Iiùlel du ministre de France, le gouvernement n'est plus dans le roi; il est dans les liculenaiils des gardes, dans les enseignes et dans quelques coteries de jeunes femmes qui encouragent leur indiscipline. I..es troupes ne pouvant plus être contenues dans la capitale, il fallut les en laisser sortir. Le 30 août, la garnison de Berlin quitta celte ville, sous les ordres du duc de Brunswick tunmilueusement

' Mou' egeli inhtti da BerUno con un rserriio tumul-

el avec une impatience de combattre qui menaçait d’aller jusqu'à la sédition. Il semblait à celte jeunesse présomptueuse que marcher, c'était vaincre. On partait pour aller à la rencontre des Français comme pour aller à une fête.

A Tinslanl où le roi et son ministre se voient entraînés à une guerre dont ils aperçoivent toutes les chances, la prudence leur commande de chercher des alliés partout où la France a des ennemis déclarés ou des alliés peu sûrs. l.a Frusse s'adresse donc à TAiiglcterre, à la Russie, À l'Autriche , à l'Espagne, et elle redouble ses instances auprès des deux cours électorales qui sont à sa portée, les cours de Saxe cl de Hesse -Casse!; mais comment n'élre pas frappé de la singulière position où SC trouve la Prusse quand elle fait ainsi un appel à l'Europe contre le gouvernement françaisîQueltes sont les causes de sa mésiolelligcDce avec ce gouvernement? Deux objets, sur lesquels le reste de l'Europe est, moins encore que la France, favo*

tuante e gik vicino di levarii a sedirione per Tinipalienxa iTandare ad incontrar Tioimieo.

( Marquis de Loccbesmi. )

CHAPITRK I.XIll.

rable à ses prétentions. Sur l'un des deux, l'acquisition du Hanovre, Tempereur Napolcun seul avait pu être sincère avec elle. S'il consent aujourd'hui à rendre cet électorat à l'Angleterre, il ne fait qu'ubéir à la nécessité. L'empereur Alexandre ni François U n'avaient au contraire jamais approuvé que ce pays devint une province prussienne, (^uant à son autre grief contre la France, les obstacles mis à la formation de la confédération du Nord, là encore se trouvent opposées à ses desseins l'Angleterre, ta Russie et l'Autriche. Bien plus que la France, l'Angleterre repousse tout arrangement qui tendrait à mettre tes villes anséaliques dans la dépendance de la Prusse. L'Autriche et la Russie n'ont pas clé dans le cas de s'expliquer; il n'en a pas clé besoin; mais, de l'avcu même des apologistes du cabinet de Berlin, ni rAulriclic ni la Russie ne voyaient avec faveur un projet de confédération dont l'effet devait être de placer le nord de l’Allemagne dans la dépendance de ce rabincl. Rien donc de plus ahsunle que la situation où la Prusse se trouve. I.es faits et sa conduite forment un véritable contre-sens. Le roi va faire la guerre à la France, parce que la France a consenti à rendre ' le Hanovre à l'Angleterre; et les auxiliaires qu'il va invoquer dans cette guerre contre la France, c'est l'Angleterre, qui exige, comme condition absolue de la paix, la restitution de cet électoral; c'est la Russie, i'Aulricbe, qui toujours ont voulu celle restitution. Cependant, malgré des dissenlitiicnls si marqués entre la Prusse et les trois puissances. il est pour elles toutes un scnlimeiil eommun devant lequel disparaît l'absurdité de la {mlilique prussienne. i)c point de réunion est l'esprit | incurable d'Iiostililé de ces diverses cours contre ! la puissance française. Du moment que la cour de Berlin fait à la France seule un crime de ne pas lui accorder ce que toutes clics lui refusent, du moment que c'est à la France seule qu'elle s'apprête i en demander raison, toutes les barrières tombent, toutes les animosités s'évanouissent, rAnglcIcrrc, la Russie sont aussitiH ses alliés; I'Aulricbe ellc-méiiic consentirait à l'èire, mais à une condition, c'est que la Prusse gagnât la première bataille. Voilà en masse les dispositions des puissances auxquelles va recourir le gouvernement prussien.

Pour opérer son rapprochement avec l'Anglclerrc, les premières ouvertures de ce gouvernement furent faites à M. Thorntun, agent britannique à Hambourg. Le baron de Jacobi, ministre prussien à Londres, d’où il n'était revenu que dans

' She wrnt lo w.vr bt-cauM Franee woiild not Ict her relata ihe lerriiory wicii she had violeotly, ami wiiboot i

le mois d'aoùt, avait à peine touché le continent, qu'en conséquence du rapport de N. Thornton il reçut des passe ports pour retourner au poste qu'il venait de quitter. Le blocus des fleuves de l'Allemagne septentrionale fut levé le 23 septembre, et lorfi Morpeth fut envoyé à Berlin pour aplanir les diflicullés qui divisaient les deux puissances. Avant que ce négociateur puisse arriver à sa destination, le roi de Prusse aura quitte sa capitale pour aller se mettre à la tête de son armée. C'est au quartier général de Weimar seulement que lord Horpeth ;H)urra joindre S. 91. prussienne, et dans quel moment? le 12 octobre, moment délicat où le cabinet prussien ignorait lui-même quelle serait sous peu de jours sa situation déGniUve. Tout en invoquant l'Angleterre contre la France, la Prusse ne voulait pas faire, à la possession du Hanovre, une renonciation prématurée. Aussi le comte d'Uaugwiz , pour prévenir toute explication avec l’ambassadeur britannique , évite-l-it de te voir. I.cs écrivains anglais prétendent même qu'on manqua aux égards dus à l'envoyé de leur souverain. Cet envoyé, ne {Kjuvant parvenir jusqu'au ininislru principal de S. U. prussienne, s'adressa au marquis de Lucchesini, qui se trouvait alors au quartier général , et celui-ci ne lui dissimula pas que, de la j bataille qui allait se livrer, dépendrait le succès de sa négociation; c'était dire assez uuverlemenl que, si le roi gagnait celle baUiilIc, l'Angleterre pourrait bien avoir tort de compter sur la restilu- I lion de l'éleeloral. C'est sur la France que la Prusse ; se propose de conquérir le Hanovre! Du reste elle ]>eul impunément agir ainsi avec l'Angieterre. Celle-ci ne lui en muiilrera pas le moindre ressentiment. 11 n'y a rien qu'elle ne pardonne à quiconque combat contre la France. La première et seule entrevue de lord àlorpeth avec le comte d'Haugwix aura lieu à Frankenhausen, le 13 octobre, lendemain de la bataille d'Iéna. On conçoit qu'alors la restitution du Hanovre par ta Prusse, qui n'en est plus maîtresse, ne ruticoiUrera plus de diflicullé.

I,a récnncilialion du roi de Prusse avec la Suède avait éprouvé moins de retard. Klle s'était établie sur le principe de laisser la question du Hanovre en suspens. Dès le 17 août, Gustave IV ayant annoncé qu'il était prêt à lever le blocus des {Mjrts prussiens, si on ne s'opposait point à l'entrée de ses troupes dans le duché de Lawenbourg, cet arrangement fut admis; les troupes suédoises occupèrent ce duché au nom de la Grande-Bretagne. Le reste des possessions continentales de S. M. bri-

a «liadow of justicf, «eited Front ibe king oF EagUnd. üdinbnrg Rctiete lie 1813.

POLITIQUE EXTÉRIEURE

tanniqae continuait à être occupé par les troupes prussiennes.

A Pétersbonrg, la nouvelle des dispositions guerrières de la cour de Berlin fut reçue avec la plus vive joie; mais, comme on avait déjà été trompé par les variations de cette cour, on hésitait à croire à l'immutabilité des déclarations de son ministère. Il fallut les lettres confldentiellcs du roi, portées par N. de Kruseniark à l’empereur Alexandre, pour inspirer une pleine confiance à la Russie. Ce général était parti de Berlin dans les premiers jours de septembre. L'empereur Alexandre promit surle-champ l'envoi immédiat d'une force de soixantedix mille hommes, et il écrivit au roi que nousculeniciit l'allié serait fidèle à son allié, mais que l'ami marcherait eu personne au secours de sou ami, à la tâte d'une armée nombreuse et choisie.

Les démarches de la Prusse auprès du cabinet de Vienne n'eurcnl pas le meme succès, mais ne la laissèrent pas non plus sans espérances du moins éventuelles. Le comte de Stadioii , qui dirigeait alors ce cabinet, était connu comme aussi franchement ennemi de la France que dévoué à la Russie. Un corps d'armée assez considérable se rassemblait dans la province de l'Autriche supérieure et dans le royaume de Bohème. lx>rsque les troupes françaises firent quelques mouvements en conséquence de l'attitude menaçante de l'armce prussienne, une partie de ce corps d'armée autrichien se réunit dans le voisinage de la forteresse d'Egra. Il était donc naturel que, malgré le refus fait par l'empereur François II de se déclarer ouvcrlemenl, la cour de Berlin crût pouvoir compter sur son accession prochaine à la nouvelle coalition, et qu'elle redoublât d'instances pour en accélérer le moment. Elle faisait valoir la certitude du concours de la Russie et des secours de l'Angleterre. « C'était » pour l'empereur, disait l'agent prussien comte » de Finkenstein, l’instant de se joindre à Frédé- » ric-Guillaume; de guérir les plaies faites à la » monarchie autrichienne par la paix de Pres- » bourg; de recouvrer le Tyrol toujours fidèle et » impatient du joug de la Bavière; de venger tous » les affronts reçus de la France et de prévenir des » affronts nouveaux. Les haines et les rivalités de

* « Co$i adoperava il Fox, ingiiislaniODic iuiilol.-ito > <ln Napoleone l'ulliino sosirgno delle p.scifîi-he dispo- » lizioni ncl gabinclto di San-Janies. » — (Marquis de Lnerhesini.)

’ Pour suivre ces relations, M. Fox tenait l'Autriche informée de la marche de la négociation qui avait lieu â Paris. M. Adair avait dit au comte de Stadion que lord Yarmouth n’échangerait pas ses pleins -pouvoirs, à moins que les bases fondamentales de In paix n’eussent été consenties. Nous avons vu comment lord Yar-

X la Prusse et de l'Autriche n’appartenaient plus à » l’époque nouvelle; elles avaient été ensevelies n sous les ruines de l’empire germanique. Il n’y » avait plus pour les deux puissances qu’une seule X ressource contre un ennemi odieux à l’une et à t» l'autre, c’était, dans le danger commun, de met- » tre en commun leurs conseils et leurs armes. » Ces remontrances du cabinet prussien avaient un appui naturel à Vienne dans le ministre d'Angleterre, mais cet appui ne fut pas tel que la Prusse avait pu l’espérer.

Le ministre britannique auprès de l’empereur François II était alors M. Adair, ami intime de M. Fox. Les instructionsqui lui avaient été données étaient de celles que la politique peut hautement avouer. Il ne devait point solliciter l’Autriche de reprendre les armes ni l'y pousser par l'appât des subsides; mais s’il reconnaissait que cette puissance, par un mouvement spontané, par les nécessités de sa position , voulût recommencer la guerre et recourir à scs anciens alliés, M. Adair pourrait, dans ce cas, assurer le monarque autrichien que l'Angleterre serait prèle à lui fournir tous les secours d'argent nécessaires dans une telle circonstance. De ces instructions données à M. Adair, le marquis de Lucchesini conclut que Napoléon avait tort de regarder M. Fox comme le dernier ' soutien de dispositions pacifiques dans le cabinet de Saint -James. Cette cohséquence ne semble pas exacte. Tout en négociant de trèsbonne foi avec la France, .M. Fox ne devait pas négliger d'entretenir sur le continent des relations ^ qui pourraient être, dans de certaines hypothèses, de la plus haute importance pour sou pays. C'était déjà donner une assez belle preuve de son amour pour la paix que de s’abstenir de toute provocation auprès du cabinet autrichien, quoique sous la réserve de tirer parti d’un retour de co cabinet à des vues qui sc trouvassent convenir à l'intérêt de l'.Viigletcrrc.

En même temps que l'Autriche était poursuivie par les instances prussiennes, elle n'était pas à l'abri de quelques représentations de la part du gouvernement français, qui, dans chaque mouve- : ment de scs troupes, voyait un sujet d'inquiétude

I mooth s'était laissé dérider k i'cchange de ers pleins- , pouvoirs, s'avançant ainsi plus que n'avait voulu M. Fox.

; A la noiivrlle de cet échange, M. de Stadion crut que I le gouverneinent anglais le trompait. Ou eut beaucoup ! de peine à lui persuader que lord Yarmouth avait dépassé ses instructions. J'ai entendu ce fait de la Itoiiche de M. Adair dans un entretien où nous parlions de l’époque impériale de Napoléon, comme on parle de l'histoire ancienne.

aiAlMTKE I.XIII.

oH-i

sur lequel il se h^ltail tii: deinatidrr des expliealioiis. vœux, les afTeclions de la cour de Vienne élaient pour les ennemis de la France, mais il res< tait à juger ce que commandait son iiilerél, ce que permetlaietil ses moyens. Ses flnances avaient clé ruinées par la dernière guerre, l^a réiluction de son territoire et rèpuisemcnt des provinces conservées diminuaient ses recettes. L'inrantcrie n’é-' lait pas au complet; ta cavalerie avait beaucoup de recrues; rarlillcrie à la vérité avait recomposé son ntalérici , mais elle manquait de canonniers habiles. Ü'apres ces considcraliutis , l'archiduc Charles était d'avis de ne point se départir d'un système de neutralité provisoire, cl de ne prendre conseil que de révénciiient. Ce parti ayant clé adopté, le cabinet autrichien fll à l'ambassadeur de France les protestations les plus traiKjuillisanles, et, pour prouver son peu de disp4VsUion à entrer dans 1rs projets de la cour de Berlin, le comte de Sladioii lui communiqua la correspondance du ministre prussien comte d'IIaugwix. Nous laissons à juger si celte commuiiicalion , donnée comme un gage de franchise, ne pouvait pas aussi avoir pour objet réel d'attiser le feu de ta haine entre les deux puissances. Ccpcridaiil Napoléon n'ajoutait aux dcmonslralions paciQques de 1a cour de Vienne qu'une cunUance mesurée. Il recommandait à ses maréchaux de se maintenir dans la meilleure intelligence avec toutes les autorités dé|>endanlcs de cette cour, mais il prenait en meme temps les précautions necessaires pour rester mai- Ire de la frontière de l'Inn et empêcher que la Bavière ne fût compromise, • si les choses tournaient * » de manière qu'il y eût des hostilités de la part » de l’Autriche. » (^luclles que fussent les intentions secrètes de la cour de Vienne pour des temps ultérieurs, au muinenl où les deux grandes armées de F'rancc et de Prusse sc disposaient à se heurter entre elles le 0 octobre, il sortit de la chancellerie d'Éui une circulaire adressée par le comte de Sladion à tous les ministres étrangers, par laquelle il annonçait la ferme résolution prise par l'cmpcrcur François de sc maintenir, pendant la guerre dont l'Allemagne était menacée , dans les bornes de la plus stricte iicutraiilc.

Parmi les chances de succès dont la Prusse sc plaisait à se flatter, elle avait, suivant le marquis de l.ucchesini. fait entrer, comme moyen d'une puissante diversion, un soulèvement combiné de l’Espagne et du Portugal. Nous verrons ultérieurement à quoi se rèduirunl les espérances que la Prusse aurait pu fonder sur t'énergic du cabinet espagnol.

' l.enre Un priucf dt* NeuR-liitel au roide Bavière, en (laie du iu >c|i(eiubre.

Tandis que le gouvernement prussien s'adressait aux cours de Londres , de Pélersbourg et de Vienne, il paraissait donnera l'empereur Napoléon une preuve île bonne amitié et de déférence en faisant remplacer le marquis de Lucchesini par un digne organe de loyauté et de l>orinc foi, H. le général de Knobclsdorf. Si l'on devait en croire les apparences, la Prusse en celle occasion aurait suivi une politique peu scrupuleuse, mais d’un cfTel presque infaillible. Son envoyé é Paris devait d'autant mieux tromper la France qu'il serait trompé Jui-méme, Nous ne pensons pas qu'au départ du général Rnobelsdorf telle ait été l'intention du roi ni du comte d'IIaugwix; mais le roi s'étant trouvé conduit, par degrés, à des actes qui rendaient la guerre inévitable, il arriva naturellement que, pour prolonger l'incertitude de l'cmpcrcur Naftoléon, on laissa le général Knobelsdorf continuer à Paris des prulcslalions qui d'abord avaient été sincères de la part du roi, et dont la répétition était toujours sincère de la part de son envoyé qui n'avait point reçu d'instructions nouvelles.

1.C 7 septembre, le marquis de Lucchesini remit à Na|K»léon ses lettres de rappel, et 11. de Knobelsdorf ses lettres de créance. L'empereur leur donna en commun une audience dans laquelle il s'expliqua devant tous deux avec une franchise qui, en faisant comprendre à la Prusse le danger de son isolement, aurait dù l'arrêter encore, ou du moins retarder le combat. Il lit dire au roi Frédéric-Guillaume, par celui des envoyés de ce prince qui retournait auprès de lui, que «< la rupture de la nén gocialion avec la Russie ayant alTaibli l'cspén rance de niaintcnir la paix sur le continent et I» rendu plus opiniâtre la guerre maritime, il pren- » drait le pa.ssé pour maître du présent; que, s’il » se trouvait dans la nécessité d'en venir aux mains » avec les armées prussiennes , il était résolu, en •* raison de reslimc qu'il avait pour elles, de les I» attaquer avec des forces supérieures; qu’il ferait >• aussi tous ses elTorls pour s'assurer la victoire , » avant que la réunion des armées d'Alexandre et » les secours des ennemis les plus acharnés de la » France vinssent la rendre moins certaine comme » plus sanglante, et faire chanceler la nculralitc peu sincère de l'Autriche. »

A l'exception de traits de même nature qui appartiennent encore à Napoléon, il n'y a pas dans l’histoire d'exemples d’une politique plus patente, plus indiscrète même, si l'on veut, dans sa manifestation envers ses adversaires; cl celte politique, il faut l'avouer, serait absurde, si elle n'était jointe à la puissance et à la force. La même marche avait été suivie à l'égard de l'Autriche en 180S. Na|H>iéon lui avait déclaré qu'il n'atlciidrall pas l'arrivée

POLITIQUE EXTEUIEURE.

des Russes. Il ne les rencontra en effet qu'à AuslerliU. Celle fois il ne les trouvera que dans les champs de la Pologne. Comme l'Autriche, ta Prusse aura beau précipiter ses tnoarcmenls pour sur> prendre son ennemi, celui-ci, quoique lunglcmps immobile en apparence, sera aussitôt qu'elle sur le champ de bataille.

Ce que je viens de citer du langage de Napoléon est rapporté par le marquis de Luccbesiui lui'Dicme. Il est par là évident que, le 7 septembre. Tempe' rcur était encore, à l'egard de la Prusse, dans un état d’inquiétude vague qui ne roulait que sur des présomptions générales. Quoique disposée éven* luellcment à la guerre, cette puissance avait tenu une conduite toutà fait inverse de celle qu'on tient ordinairement en des cas semblables. Au lieu de cbercher à niuUver d'avance la guerre par des réclamations justes ou injustes, elle ne faisait porter à la France que des paroles de paix. La dernière lettre du roi était très^micalc. Plus de reiiiontran* ces concernant les abbayes d'Essen, Elten et Werden. Sur celle question et sur toute autre, les plainlesavaient cessé. Jamais à Parison n’eUt dû croire la paix plus profonde et mieux assurée.

Nous ferons remarquer ici Tiqjustice d'un reproche adressé au gouvernement français à l’occasion d’un article du Moniteur en date du 13 août. Cet article annonçait qu’en conséquence du traité de réconciliation signé avec la Russie et de Tapiaiiis&ement des difficultés qui avaient existé avec l’Autriche, «les ordres se préparaient à Télal-major M pour le retour de la grande armée, et que les » fêtes de la paix auraient lieu à la Qn de seplem- » bre. » Est-il vrai que, par celle annonce, l'empereur ail voulu tromper l’Europe? Non, assurément. La date seule de cet article détruit une telle supposition. C'est Je 10 du mois d'aoùl que fut donné Tordre de la inubilisation générale de Taroiéeprusstcnne^ c’est le 3—18 août queTempereur Alexandre exprimait son refus de ratifier le traité de paix signé à Paris par son plénipotentiaire. 1/cmpereur Napoléon est-il donc coupable d'avoir ignoré, le 13 août, ce que le roi de Prusse n’a décidé que le 10, l'empereur Alexandre que le 13?

Dans ce que le marquis de Luccliesini a rapporté du langage de Napoléon envers lui et le général Knobelsdorf, cet écrivain a été véridique, mais il iTa pas répété tout ce qu'avait dit l'empereur. Relativement au Hanovre, Napoléon, après avoir déclaré que ce iTétail pas à cet électorat qu'avait tenu la question de paix, avait ajouté que, si on était tombé d'accord sur les autres articles dans le système de la restitution du Hanovre à TAngletcrrc, «t il aurait pris quinxe Jours pour s'entendre avec » le roi et examiner avec lui quelle autre iiidcm-

n nilé aurait pu être donnée à la Prusse. • Du reste, Tempereur témoignait quÜ était prêt i régler ses mouvements sur ceux de S. M. prussienne. Il offrait «de retirer ses troupes de la Westphalic B et des frontières de la Hollande, si le roi voulait N renvoyer les siennes dans leurs catilonncmcnls. >• 11 hissait i la Prusse liberté entière de changer, si elle le jugeait à propos , sa position à Tégard de la France. L’alliance subsistait toujours, puisque rien ne Pavait rompue encore. «Le roi voulait-il » la rompre? L'empereur était disposé à y consen- H tir. » D'après cette conférence, le marquis de Lucchesini était lui-niéine convenu que, surtout depuis le refus fait par Tempereur Alexandre de ralilier le traité du SOjuillel, S. M. prussienne ayant dû reconnatirc qu’elle avait élédans Terreur, il no lui restait plus qu'à désarmer. Le général Rnobelsdorf était persuadé que les explications données par Tempereur ramèneraient le calme à Berlin. L’empereur n'élail pas non plus éloigné d’en avoir l’espérance.

Sur ces entrcfailes, et lorsque le marquis de Lucchesini venait de se mettre en route pour relouruer auprès de son souverain, le gouvernement français reçut les nouvelles les plus authentiques sur ta marche des troupes prussiennes dans une direction agressive contre la France. CeXul le sujet d'une note remise, le 11 septembre, par M. le prince de Rénévent au général Knubelsdorf. En s'affligeant des influences malveillantes qui voulaient mettre aux prises les deux États, te ministre français disait que les sentiments de Tempereur pour S. M. prussienne ne seraient point changés ni affaiblis, « aussi longtemps qu'il ne serait point • forcé à penser que les armements de ta Prusse » fussent le résultat d'un système d’agression com- » biné avec la Russie. >• Malgré les indices qui pouvaient faire croire que les prcparalîfs de la Prusse n’claicntquc la conséquence d'un tel système, il déclarait que, «même après la publicilè des me- » sures auxquelles Tempereur avait dû recourir, » S. H. n'en était pas moins di$|K>$ée à croire que N Tarmement de la cour de Berlin n’élail que Tcf- » fet d'un malentendu, produit lui-mème par des » rapports mensongers. »

Le ministre prussien, M. de Knobelsdorf, se hâta de répondre « que les motifs * qui avaient B engagé le roi son maître à faire des armements B avaient été l'effet d’uno trame des ennemis de M la France et de la Prusse; » et dans la conviction où il était que le rapport qui serait fait au roi par le marquis de Lucchesini ferait cesser tout rassemblcoicut hostile, il demandait que,

' Note de M. de Koobclidorf.

Page 1