‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 247 sur 298 · CHAPITRE LXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIII

toujours ccttc année comme la première de l'Europe, n'élail pas cependant disposé à entrer dans la carrière avec elle, tant qu’un heureux début n’aurait pas donné un Tavorablc augure pour les suites de la guerre. En vain on le pressait de joindre ses troupes aux troupes prussiennes ; en vain le général Ruchel ^ s’était rendu auprès de lui pour opérer cette réunion ; en vain le roi, pour l’y décider, lui offrait le commandement des armées d’Hanovre et de Weslphalie; en vain on voulut faire occuper par les troupes prussiennes diverses positions de son territoire sur le cours de la Fuidc; l’électeur opposa un refus asser ferme à ces diverses demandes; mais en même temps qu’il se montrait réservé sur des actes caractérisés qui auraient pu le compromellrc prématurément avec la France, il rappelait les semcslriers à leurs corps. Il mettait sa petite armée sur le pied de guerre, atin de pouvoir, disait-il, maintenir sa neutralité. Four éviter d’avoir à répondre aux questions du gouvernémeiit français sur les armements de l'électeur, le ministre de ce prince en France avait quitté Paris sous des prétextes d’intérêt particulier. Les dernières communications curent ainsi lieu à Cassel. Les demandes de la France se réduisaient aux termes les plus simples. L’électeur voulait-il ou pourrait-il rester neutre? Voulait- il se joindre à la Prusse ou se réunir à l’alliance française? Le miuistre de France ne lui demandait que de s’expliquer sur ces questions. L’électeur protestait que rester neutre était son plus grand désir ; mais lorsqu’on lui demandait s’il resterait neutre malgré la volonté contraire de la Prusse, il ne faisait que des réponses évasives.

Dans les derniers jours de septembre, le ministre de France à Cassel reçut ordre de se rendre à Mayence auprès de l’empereur. De son côté l'électeur partait pour aller à Weimar auprès du roi de Prusse. Avant le départ de l'un et de l'autre, il fut convenu qu’ils tâcheraient d’obtenir respectivement de chacun de ces deux souverains son consentement à la neutralité de la Hesse. Le ministre de France ne trouva plus l’empereur à Mayence ; mais le prince de Bénévenl, d’après les ordres de Napoléon, le renvoya sur-le-champ à Cassel en l’autorisant à conclure ^ une convention de neutralité avec l’électeur. « Si l’électeur veut rester neutre, n portaient les instructions données par le prince

n corps d'uniciers qui existe, cl d'ufficiers tous nobles, > monsieur!* Quelque temps après. Napoléon étant â Postdam , demandait à ce ministre qu’il avait appelé auprès de lui : a F.h bien, que pense maintenant l'élcc- ■ teiir de scs officiers nobles? Il itc sait donc pas que j'ai « des maréchaux qui sont des fils d'artisan? *

a de Bénévent, il convient qu'il le déclare moins n encore par des paroles que par des faits. La situait (ion géographique de la Hesse ne lui permet » guère d’étre à la fuis neutre et armée... L’em- » percur respectera fidèlement la neutralité de la n Hesse tenant scs troupes sur le pied de paix et n ne recevant aucunes troupes prussiennes.» Muni de ces pouvoirs, le ministre de France était de retour à Cassel le 4 octobre. L’électeur ne revint que dans la nuit du if au 0, mais dans ce court intervalle un grand événement avait eu lieu. Le 5, un corps prussien de quatre à cinq mille hommes avait violé le territoire de la Hesse et traversé la ville même de Cassel. Le prince électoral , revêtu de l’uniforme de lieutenant général prussien, était ailé au-devant de ces troupes et avait marché à leur tète avec le général Bluchcr. Le lendemain, sur de nouveaux ordres du commandant en chef, le duc de Brunswick, motivés par les mouvements de l’armée française, ce même corps de Bluchcr rétrograda au travers de Cassel, non pour quitter le territoire hessnis, mais pour le suivre dans une autre direction. Rien cependant à la rigueur n’était compromis encore. Il était toujours au pouvoir de l’électeur de conclure avec le ministre de France la convention de neutralité à laquelle l’empereur Napoléon avait consenti; mais le roi de Prusse n’avait pas eu pour l’électeur la même condescendance. Quelles qu’eussent été les paroles échangées entre eux, à peine l’électeur était-il de retour qu’il lui arrivait d’heure en heure des courriers prussiens qui le sommaient de se déclarer pour ou contre. On savait bien qu’on pouvait sans risque lui laisser l’alternative. Pour gagner du temps, l’électeur envoya ^ son principal ministre le baron de Waitz, auprès de S. M. prussienne, et provisoirement il évitait de se prononcer d’une manière formelle, mais il ne tenait pas la balance égale; car, tandis que la France lui demandait, comme condition de neutralité, de remettre son armée sur le pied de paix, il complétait son état de guerre, faisait des levées et augmentait ainsi des forces qu’assurément , dans aucun cas, il ne se proposait d’employer en faveur de la France. I/e jour même de la bataille d'iéna, le 14 octobre, il n’osait pas promettre encore qu’il pùt rester neutre, si S. M. prussienne n’y consentait pas. Il paraissait même penser que la France devait lui tenir

• Le 20 août.

’ M. le priuce de Bèuévent me donna un employé des affaires étrangères qui vint avec moi à Cassel et qui devait lui rapporter de suite la conventiou que J'étais autorisé à conclure.

’ Le 7 octobre.

POLIT^UIE EXTÉRIELRB.

rom|>(c de son hiaclioti provisoire, nllendu, disaitil, qu'il n'aurait tenu qu'à lai de marcher avec vingt mille hommes sur Francfort. Comme il s’agit ici d’un prince qui sera bientôt dépouille de ses États, nous avons dù présenter avec quelques détails les circonstances qui précédèrent cet événement. Par les faits qui viennent d’étre rapportés, il nous semble que la position de l’électeur de Hesse se trouve mise au jour de la manière la plus manifeste, c’est-à-dire, qu'il est démontré que, dans le cas d’une bataille gagnée par la Prusse, ses troupes tenues prêtes à entrer en campagne auraient été sur-le-champ se réunir à l’armée victorieuse. Après la bataille d'icna, frappé de cette nouvelle comme d’un coup de foudre, il flt ce qu’il eût dû faire auparavant, ce que n'avait cessé de lui demander le ministre de Franco, il désarma; ses troupes rentrèrent dans leurs cantonnements; il était trop tard.

A l'exception des écrivains anglais qui disent que ce prince afTeclail la nenlralilé, dans l'espoir d'obtenir des subsides pour la rompre la plupart des autres historiens le considèrent comme ayant éprouvé le sort commun à tous les États de second ou de troisième ordre qui prétendent rester neutres entre deux grandes puissances. Celle situation, où un Étal faible est plus à plaindre qu'à blâmer, n’était point, comme on vient de le voir, celle de l'électeur. La conduite de ce prince n’avait point été impartiale, car lorsque l'une des deux puissanses rivales conseniait à le reconnaître pour neutre, pourvu qu'il mit ses troupes sur le pied de paix; lorsqu'elle consentait à lui garantir à ce prix ses possessions et son existence, c'est lui qui ii'a pas voulu de ces garanties et qui, en s’obstinant à tenir son armée sur le pied de guerre, se réservait la faculté de se déclarer contre elle, dans le cas où elle aurait essuyé les premiers revers. La justice exige donc que ces considérations ne soient pas perdues de vue dans le Jugement à porter sur le parti que prendra bientôt l'empereur Napoléon à l'égard de cet électorat.

Du côté de la France comme de celui de la Prusse, tout était prêt pour un combat à mort, et, d’après le nouveau système adopté par la cour de Berlin, quand la guerre était dans tous les actes, la paix était encore dans les paroles. L'empereur Napoléon avait compris ce qu’on ne lui exprimait pas. Parti de Paris le 2$ septembre, il était, le 28, à Mayence; le 2 octobre, à Wurzbourg; le 6, à Bamberg. Jusque-là U avait pu dire à U France et à l’Europe qu'il ne savait ce que voulait la Prusse,

' In cxpecUtioQ of a cubskly front Eogland, affecied nrutraliiv.

OU. avec plus de vérité, que la Prusse ne lui avait pas fait connaître ce qn'ellc voulait. Ce fut à Bamberg, le 7 octobre, qu’il reçut la noUHcation des volontés de cette puissance , consignée dans deux pièces que le général Knobelsdorf avait fait parvenir à M. le prince de Bénévent ; l’une é'ait une lettre du roi, en date du 221 septembre, l’autre, une note de l'envoyé prussien, datée du U* octobre.

L'empereur a dit que la lettre du roi de Prusse était un mauvais pamphlet > dans le genre de ceux que publiaient les écrivains à la solde de l’Angleterre. Sans l’en croire sur parole, reconnaissons du moins qu’une lettre de vingt pages ne peut être en aucun temps un bon moyen de conciliation, et, si l’on doit juger du style do celle du roi par celui d^ la note siinultanémcnl remise, comme par le manifeste qui sera publié sous peu de jours, on u’a pas de peine à s'expliquer l'impression qu’elle dut faire sur l’esprit de l'empereur.

note signée par le général Knobelsdorf avait peut-être surpris cet envoyé plus qu’elle ne surprenait Napoléon. Organe sincère de protestations amicales, ce ministre de paix qui n'a point eu de négociation à suivre, est chargé de remettre on ultimatum; il reçoit tout à coup ordre de déclarer que le roi attend de S. H. impériale :

V Que les troupes françaises , qu'aucun litre » fondé n'appelle en Allemagne, repassent incesn sammenl le Rhin, toutes sans exception, en com- « mençant leur marche du jour même où le roi se H promet la réponse de l’empereur, et en la pourn suivant, sans s'arrêter; car leur retraite instante, » complète, est, an point où eu sont les choses, » le seul gage de sûreté qne le roi puisse admet- » tre ;

St* H Qu’il ne sera plus mis, de la part de la n France, aucun obstacle quelconque à la forma- » lion de la ligue du Nord , qui embrassera, sans a aucune exception, tous les Etats non nommés n dans l'acte fondamental de la confédération du B Rhin ;

3” B Qu'il s'ouvrira sans délai une négociation B pour fixer enfin d'une manière durable tous les B intérêts qui sont encore en litige, et que, pour M la Prusse , les bases préliminaires en seront la n séparation do Wescl de l’empire français, et la B réoccupalion des trois abbayes par les troupes B prussiennes, b

Jamais sommation d’une telle nature n'avait eu lieu entre de grandes puissances sans avoir été du moins précédée de négodalions dont l’inutilité

• hulkiio.

CUAPITHR LXIII.

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reconnue eût rendu indispensable un si grave résultat. Tout ici est extraordinaire. La veille, paix absolue dans le langage, pas même de discussion suivie sur aucun objet de quelque importance ; le lendemain ultimatum impérieux, comme l’Angleterre, à une certaine époque, en a remis à Naples et en Toscane. Les écrivains favorables à la Prusse posent en principe qu’en formant ces demandes, elle ne devait pas désirer que Napoléon les acceptât, puisque, s’il s’était replace derrière le Uhin, le roi aurait été obligé de renvoyer son armée dans ses cantonnements, et que ce prince, épuisé par plusieurs armements que la guerre n’aurait pas suivis, se serait trouvé hors d'état d’entrer en rampagne, si, un mois après. Napoléon eut voulu punir l’injure dont il aurait momentanément subi l’apparente ignominie. Étrange aveu! Quelle est donc la position d'une puissance qui, poussant ses demandes jusqu’au dernier degré où elle puisse les cotiduirc, est condamnée encore à faire des vceux pour qu’on ne les accepte pas! Jetons un coup d’œil sur ces demandes de la cour de Berlin.

Klle exige d’abord que l’empereur Napoléon replace immédiatement sur la rive gauche du Bhin ses troupes, « qu’aucun titre fondé n'appelle en Il Allemagne, n

Les troupes françaises ont été retenues en Allemagne par la violation du traité de Presbourg. La |>aix signée avec la Bussie ayant, par la promesse de la remise des Bouches du Cattaro, levé cet obstacle, les troupes françaises n'attendaient, pour retourner sur la rive gauche du Rhin, que la ratiiication de ce traité. Dans la confiance de cette ratification prochaine. Napoléon avait révoqué l’ordre qui avait suspendu la marche de trente mille prisonniers autrichiens et les avait retenus en Souabc. Cette restitution de trente mille hommes à l’Autriche est seule sans doute un gage de bonne foi. C’est alors qu’il apprend tout à coup, d'une part, que la cour de Russie refuse d’approuver le traité signé par son plénipotentiaire, et, d’autre part, que la Prusse mobilise son armée. Autorisé par la paix de Presbourg à conserver Braunau et à se maintenir en Allemagne jusqu'à son entière exécution, doit-il renoncer à ces droits incontestables et rappeler scs armées en France à la seule menace de l'armée prussienne?

Dans la seconde demande de la Prusse, il y a un mélange de gaucherie et d'absurdité. Déclarer la guerre au gouvernement français, parce qu’elle ne peut pas, au gré de ses désirs, former une confédération du Nord, embrassant tous les États non

• I.’inrorporaiion de We$el à la France n’avait point encore été prononcée. Seulement , comme place de

compris dans la confédération du Rhin, ce que d’ailleurs ni l’Angleterre, ni la Russie, ni l’Autriche n'élaient pas, plus que la France, disposées à soulTrir, est un délire d’ambition qui va jusqu’au ridicule. Nul des États qu’elle veut faire entrer dans sa confédération n'y donnant un consentement volontaire, c’est la violence qu’elle veut qu'on lui permette d’employer pour les ranger de force sous sa dépendance, comme elle vient de le faire à l’égard de la Saxe, en occupant son territoire.

La troisième demande n'est pas plus fondée que les deux premières. On y trouve à la fois inexactitude et réticence.

La Prusse veut qu’il s’ouvre sans délai une négociation pour fixer tous les intérêts qui sont en litige. La France répond qu’il n'y a nul intérêt en litige entre les deux pays. Une seule diOiculté existait, celle qui concernait les abbayes d’Kssen , Eltcn et AVerden. Les troupes françaises ont été retirées du territoire de ces abbayes; et si cette question de peu d’importance n’a pas été réglée , c’est que la cour de Berlin a cessé d’en faire mention; mais cette cour prétend davantage; elle veut que, pour base préliminaire de la négociation à ouvrir, AVcscl' soit séparé de l’empire français. Demander la rupture d'un traité sous la menace d’une guerre, c’est trop ; élever une telle prétention sans en faire connaître de valables motifs, c’est trop peu.

La colère de la Prusse, nous le supposons, a sa source dans le consentement donné par la France à la restitution du Hanovre comme l’une des bases de la paix maritime. Pourquoi se taire sur ce motif? Si la Prusse annonçait que le gouverncmcnl français ayant admis le principe de la restitution de , cet électorat, elle veut régler le dédoininagcment qu’elle recevra en échange, cette demande serait juste ; mais la Prusse ne le fait |ias, parce que, tout en s’appuyant de l’Angleterre contre la France, si elle obtenait l’avantage sur celle-ci, elle ne serait nullement disposée à rendre le Hanovre à S. M. britannique.

La note du ministre prussien se terminait par une pressante invitation faite à l’empereur de faire parvenir sa réponse au quartier général de S. M. prussienne pour le 8 octobre. «Maréchal, dit l’em- •• pereur au prince de Neufchàtel, on nous donne » un rendez-vous d’honneur pour le 8; jamais un » Français n’y a manqué; mais, comme on dit qu’il » y a une belle reine qui veut être témoin des cora- » bats, soyons courtois, et marchons, sans nous » coucher, pour la Saxe. » Ce mot eût été excusa-

giicrrc, Wesel avait été déclarée faire partie d’une divi- »ion militaire.

POLITIQUE EXTERIEURE

Lie; il eût fallu s’arrOler là. « L'empereur, ajoute » le bulletin gavait raison de parler ainsi; car la » reine de Prusse est à l'armce, habillée en Ama- » zone, portant l’uniforme de son régiment de dran gons, écrivant vingt lettres par jour pour exciter Il de toute part l'incendie. Il semble voir Armidc Il dans son égarement mettant le feu à son propre » palais. Après elle le prince Louis de Prusse, i> jeune prince plein de bravoure et de courage. Il excite par le parti , croit trouver une grande ■> renommée dans les vicissitudes de la guerre. A » l’exemple de ces deux grands personnages, toute n la cour crie à la guerre; mais quand la guerre se » sera présentée avec toutes ses horreurs, tout le n inonde voudra s’excuser d’avoir été coupable et » d’avoir attiré la foudre sur les campagnes paisi- » blés du Nord. » Il y avait de la dureté dans ces paroles, mais elles exprimaient de terribles vérités. Il était trop vrai que la reine s’était attachée aux pas du roi dans la crainte que quelque incident ne vint changer sa résolution. Elle croyait sans doute obéir à un sentiment héroïque; elle se regardait coninie la gardienne de l’honneur politique et militaire de son mari; mais, quelle que soit en de telles circonstances la pureté, la noblesse même des intentions, il est toujours malheureux que la femme d’un roi se constitue juge de questions qui peuvent entraîner de sanglantes batailles, la chute d’un État, et la ruine de millions de sujets.

Une lettre de l’empereur Napoléon , datée de Bamberg, le 7 octobre, en portant au sénat français la correspondance de son ministère avec M. de Knobelsdorf et V ullimalum remis par cet envoyé, annonçait qu'il allait marcher contre les armées prussiennes. « Toutefois, nous devons le dire, por- » tait celte lettre, notre coeur est péniblement » affecté de la prépondérance qu’obtient le génie » du mal, occupé sans cesse à traverser les desseins » que nous formons pour la tranquillité de l’Eu- » ropc, le bonheur et le repos de la génération pré- » sente , assiégeant tous les cabinets par tous les » genres de séductions, égarant ceux qu’il n'a pu >• corrompre, les aveuglant sur leurs véritables inté- » réts et les lançant au milieu des partis sans autre

• 1" bulletin, 8 octobre.

’ Des journaux anglais du temps comparèrent les pl.'iiutcs de la Prusse à celles d'une femme déshonorée qui reproche h son séducteur toutes les faiblesses qu’elle a eues pour lui.

’ Dans les premiers Jours de son arrivée h Berlin, où je ven.vis d'étre appelé, l'empereur me dit : o Qui a ré- » digé le manifeste? Lombard?» Je répondis que je ne le croyais pas; que c'était plulÿt Pouvrage de Gentz ; que M. Lombard ne lui aurait “pas donné un tel caractère, mais que peut-être il avait été obligé de le traduire. Il

.tPO

I) guide que les passions qu'il a su leur inspirer, a Cette communication donnée au sénat fttt le seul manifeste de la France. Il n’en fut pas ainsi du côté de la Prusse. Le 0 octobre, il parut à Erfurtli une longue exposition des griefs de cette puissance contre le gouvernement français, élucubration laborieuse et inexplicable, bizarre enfantement d’une haine aveugle qui semble n’accuser la France que pour s’accuser elle -même; qui ne s’appesantit sur la longue série de prétendus forfaits dont ce gouvernement se serait rendu coupable pendant dix à douze ans que pour mieux faire ressortir l’infatigable patience de sa complicité Les traits Il 'en sont pas seulement dirigés contre le gouvernement français comme |>uis$ance. Les plus acérés s’adressent à la personne même de l’empereur, et tel est particulièrement celui qui se rapporte à la mort du duc d’Enghien, événement qu’il n’appartenait guère à la Prusse de rappeler, elle dont les Dotes complaisantes à Ralisboniic avaient cherché à en étouffer la mémoire et à en empêcher la vengeance. Jamais gouvernement, pour en faire haïr un autre, n’avait, avec moins de pudeur, prononcé sa propre condamnation. La violence des sorties auxquelles l’empereur Napoléon se laissera eiitratticr, surtout contre la reine, sera impardonnable; mais, sans l'excuser, on ne doit pas cependant perdre de vue qu'au milieu de ses prodigieux succès, son imagination va être poursuivie par les reproches de la lettre en vingt pages du roi de Prusse, par l’insulte de VutUmatum, et plus encore par le manifeste ^ tout personnel du 9 octobre. En mettant à part tout ce qu'il y avait de faux ou d’exagéré dans le manifeste prussien (et j’ai cité relativement à l’électeur de Hesse une allégation tout à fait mensongère), ce qui prouve combien ce manifeste, qui sous peu de jours sera désavoué * par le ministère prussien, était un hors-d'œuvre maladroit et inutile, c'est que, dans les trente ou quarante pages d'accusation qui s’y trouvent entassées contre la France, le vrai grief qui a porté la Prusse à prendre les armes n’y occupe que sept à huit lignes. Sur ce grief, sur cette cause principale de la guerre , tous les écrivains, partisans déclarés

m’inteiToropit par ce* mot* ; « Bah ! bnb ! la manie des ■ phrases! • Il savait que M. Lombard avait le goût de la littérature et menait beaucoup d'importance i son talent comme écrivain.

‘I Le ministre d'Espagne è Berlin , le général Pardo, s’étant plaint de quelques mots offensants pour sa cour, le comte d'Haugwiz, par une note datée de Custrin, le 23 octobre, lui répondit qu’une pièce qui n’éuit pas signée du ministre dirigeant des affaires étrangères, n’avait aucun caractère officiel.

CIIAIMTnK i.xm.

[tiWfl]

de la Prus»e. MM. Saalfdd, Srhœll , Lucchoini et | Lombard» sont parfaitement d'accord. Le Hanovre | ronao^aiV > de tout ou eerrait de ruptèdeâ /oui. Aussi ; les historiens anglais» qui ne s*j sont pas trompés, * ont -ils moniré une franche satisfaction que ta Prusse, après avoir, suivant eux, tratiqué de son honneur, ait été fraudée du prix.

Ce malheur de position, qui ne permet pasi la cour de Berlin d'avouer ses véritables motifs, donne Un caractère de fausseté i tous scs actes. Ce caractère, empreint dans son uliimatum et dans son manifeste, se retrouve jusque dans la proclamation adressée à l'armée prussienne. On n'a pas manqué d'établir entre cette proclamation et celle de l'empereur i l'armée française un parallèle tendant k rabaisser cette dernière. La meilleure méthode pour les juger serait, i ce qu'il semble, de se de- i mander laquelle des deux était le plus propre à enflammer l'âme des soldats.

Après avoir dit aux siens que des fêtes triomphales les attendaient en France, l'empereur ajoutait :

U Des cris de guerre se sont fait entendre â Berlin;

» depuis deux mois nous sommes provoqués tous M les jours davantage; la même faction, le même H esprit de vertige qui, à la faveur de nos dissen-

* sions inlcsliries, conduisit, il y a qualurxe ans,

* les Prussiens au milieu des plaines de la Cham- » pagne, domine dans les conseils... Ils veulent

» que nous évacuions l'Allcinagnc à l'aspect de leur |

■ armée! 1/CS insensés! qu'ils sachent donc qu'il | *• serait mille fuis plus facile de détruire la grande ' » capitale que de flétrir l'honneur du grand peu-

» pie cl de scs alliés... Soldats, il n'est aucun de » vous qui veuille retourner en France par un aun (re chemin que par celui de l'honneur. Nous ne

* devons y rentrer que sous des arcs de Irium- » phe.... Mais déjà les Prussiens sont arrivés sur » nos avant-postes. Marchons donc.... Qu'ils ap- <• prennent que, s'il est facile d'acquérir un ac- » croisseinent de domaines et de puissance avec M l'amitié d'un grand peuple, son inimitié, qu'on

■ ne peut provoquer que par l'abandon de tout » esprit de raison et de sagesse, est plus terrible » que les tempêtes de l'Océan, n

La proclamation prussienne s'exprimait ainsi :

« Tous vos efforts et ceux de vos plus proches al-

* liés pour conserver la paix ont été vains, et si

» nous ne voulons abandonner au despotisme d'un O implacable ennemi et livrer à scs armées devas- N lalriccs tout le nord de l'Allcinagne el peut-être » toute l'Kuropc, la guerre est inévitable. S. M. l'a » résolue parce que l'honneur et la sûreté de l'Étal » sont en danger S. M. avait reconuu que de-

' fxprrMÎonsileM. Lombard.

• puis longtemps l'armée souhaitait la guerre

M Hile est convaincue que le soin de conserver iiiu tacLs l'honneur national et la gloire que le génie n du grand Frédéric répandit sur scs Prussiens

• suffira pour exciter l'armée à combattre avec sa » valeuraccouIumée,elà supporter avec constance a les fatigues inévitables. Mais cette guerre a en- » corc pour objet un intérêt plus général.

» Nous avons affaire à un ennemi qui autour » de nous a battu les armées les plus nombreu- » ses, humilié les plus puissants États, anéanti les

• plus respectables constitutions, ravi à plusieurs M nations leur indépendance, effacé meme leur » nom.

a Un sort pareil était destiné à la monarchie n prussienne; des armées nombreuses menaçaient I» nos frontières el s'augmentaient de jour en jour; n votre tour était venu de servir un dominateur a étranger, et déjà son orgueil et sa rapacité rêa valent le partage de l'Allemagne du Nord... I.ca quel d'entre nous pourrait supporter de devenir a la proie de l’étranger? Mais pendant que nous a combattons pour notre propre salut, pour nous H défendre du plus profond avilissement dont une a nation puisse être menacée, nous sommes les a sauveurs, les libérateurs de tous nos frères, nos a concitoyens allemands; les regards de tous les a peuples sont Axés sur nous comme sur les dera niers soutiens de toute liberté, de loulc sécurité, a de tout ordre social en Europe. »

Ces citations n'ont pas pour objet de faire juger deux souverains comme on juge des rhéteurs. Je ne ferai qu’une seule remarque sur ces proclamations. L'empereur, dans la sienne, n'offre à ses soldats qu'une idée et c'est une idée vraie, l'injure de la sommation insolente qui leur est faite d'évacuer à l'instant rAlIcmagnc. La position fausse de la Prusse l'oblige au contraire de recourir à des allégations dont l'inexacliludc est reconnue par l'armée elle -même. L’armée prussienne sait bien que c'est elle et non la France qui a voulu la guerre; elle sait bien que Napoléon ne songeait point, comme on l’avatice, à porter ses armées dans le nord de rAlIcmagnc; clic sait bien qu'il ne songeait point à détruire la monarchie prussienne. La proclamation rédigée sur ces bases reconnues fausses par l'armée peut donc être très -brillante, mais il lui manque ce fond de vérité qui retentit au fond de l'âme de celui auquel on s'adresse, el qui constitue la principale force de l'éloquence.

Quoique la lettre du roi de Prusse, dont les vingt pages contenaient au moins beaucoup de reproches, si elles ne contenaient rien de plus, n’eût guère été propre à produire un rapproclienicnl que ne voulaient pas ceux qui l'avaiciu dictée, l’empereur.

Bigitizïid by Co—^lc

après quelques jours d'une Tire irrilalion, crut cependant devoir une réponse à S. H. prussienne. Il conGa celte réponse, pour la porter au roi, à H. Eugène de Uonlesquiou . l'un de ses oITiciers d'ordonnance. Quand cette lettre serait parvenue au roi ce jour-là même, ainsi que devait le penser Napoléon, il est pou vraisemblable qu'elle eût rien changé aux dispositions prises, mais enfln c'était une chanoe encore, et cette chance fut détruite par un rigorisme de formes cl des lenteurs hors de saison. M. de Montesquiou fut arrêté comme pri* soonier par les troupes prussiennes, attendu qu'il aurait dâ être précédé d'un trompette, en sa qualité de parlementaire, cl il fut conduit au quartier général du prince de Ilohenlohe. Là il lui fallut attendre, le 1S, le retour du prince qui ne rentra qu'à dix heures du soir. Le prince lui-méme, comme s'il eût ignoré de quelle importance peut être ta rapidité des communications entre deux souverains, garda H. de Montesquiou toute la nuit; et, le matin, lorsqu'il le faisait partir avec un chasseur, chargé de scs rapports pour le roi, il entendait les premiers coups de canon d'une bataille qu'il était loin de croire aussi prochaine. Le roi, à qui la lettre de Napoléon eût pu être remise le 13, ne la reçut ainsi que le 14 au moment de la bataille. I.cs yeux de la prévention ont voulu voir dans cette réponse de l’empereur « une provocation * outra- » geante sous le voile de paroles pacifiques. » En voici quelques passages. L'eoiperear commence par témoigner au roi qu'il ne lui attribue pas les choses contenues dans la lettre do SK septembre, attendu qu'elles sont contraires au caractère de ce prince et à l’honneur de tous deux, « V. M., pour- » suivit-il, m'a donné rendez-vous le 8; en bon ebe- M valicr,]e lutni tenu parole; je soisMlsilîeu de » la Saxe. Qu'elle m'en croie; j'ai des Ibrees telles « que toutes ses forces ne peuvent balincer long- » temps la victoire. Mais pourquoi idpandre tant » de sangT dans quel but?.... Si V. M. m'eût de- M mandé des choses possibles par sa note, je les lui » eusse accordées; elle a demandé mon desbon- » neur, elle devait être certaine de ma réponse. La ■ guerre est donc faile entre nous, l'alliance rom- » pue pour jamais; mais pourquoi faire égorger M nos sujets? Je ne prise point une victoire qui » sera achetée par la vie d’un bon nombre de mes >• enfants. Si j'étais à mon début dans la carrière n militaireetsi je pouvais craindre les hasards des a combats, ce langage serait tout à fait déplacé. » Sire, V. M. sera vaincue, elle aura compromis N le repos de ses jours, l'existence de ses sujets, H sans l'onibrc d'un prétexte. Elle est aujourd'hui

' $Aalffld, tome I, pige 505.

t DIGVOV.

» intaele et peut traiter avec moi d'une manière I» conforme à son rang;cllc traitera, avant un mois, » dans une situation diiïérentc... Sire, je n’ai rien n à gagner contre V. M. , je ne veux rien et n’ai n rien voulu d'elle. La guerre acluclle est une

» guerre impolitique » L'empereur sent très-

bien que la confiance avec laquelle il parle de l'issue de la guerre peut blesser l’amour-propre du roi. 11 Uchc d’adoucir ce qu’il y a de péuihle à entendre dans ce langage, en appuyant cette confiance sur l'étendue de ses forces si supérieures à cellesde la Prusse.* Ce n'est pas pour l'Europe, ajoate-l-il, » une grande découverte d'apprendre que la Franco <• est du triple plus populeuse et qu'elle est aussi ■ brave et aussi aguerrie que les États de V. H.... N Si V. M. ne retrouve plus en moi un allié, clic » retrouvera un homme désireux de ne faire que

I des guerres indispensables à la politique de mes •> peuples, cl de ne point répandre le sang dans

• une lutte avec des souverains qui n'ont arec moi » aucune oppoiiUon d'induetrie , de commerce et n de politique. Je prie V. M. de ne voir dans celle » lettre que le désir que j'ai d'épargner le sang « des hommes, cl d'éviter à une nation, qui géo-

• graphiquement ne saurait élre l’ennemie de la M mienne, l'amer repentir d'avoir trop écoulé des " sentiments éphémères qui s'excitent et se cal- >1 ment avec tant de facilité parmi les peuples. ■ Nous laissons à juger si c'ctail outrageusement provoquer le roi de Prusse que de lui montrer ainsi l’inégalité du coml>al entre une population de neuf i dix millions d'hommes cl le cotosse'de l'empire français, comme aussi la folie d’une f Jarre entre deux nations que nulle rivalité d'intérêts n’appcilc à être ennemies. Sans doute la nature des sommations, des lettres et des manifestes si récents du roi de Prusse ne semblait guère permettre un brusque changement de conduite de la part de ce souverain, mais sans les inexplicables retards du quartier général du prince de Ilohenlohe, celle lettre eût pu élre dès le IS entre les mains du roi. Or, le 13, après les deux aiïaircs malheureuses de Schleilz et surtout de Saalfcld, il y avait déjà dans rarmée prussienne «• confusion disette, décou- » ragcmcnl cl pressentiment pénible d’une ruine

II imminente. •• Pourquoi, dans de telles circonstances , la voix de l'empereur des Français n’aurait-elle pas été entendue? Il ouvrait une voie de (ransaclion en disant qu'on pouvait cesser d'être alliés, sans combattre, sans verser le sang des peuples. Ce mot seul changeait la position des deux pays. I.c Hanovre , qui , selon l'expression de M. Lombard, consolait de tout ou pourait élre un

* Uistoirr de Napoléon par Saalfrld, lome I, page 597.

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