CHAPITRE LXIV
I^VÉ^EIIENTS MILITAIRES.
Pr^mirr plan de ranipa(^e du dur de Bnmsn'irk. Erreur du duc de Brunswick, adribucc aux rapports de .M. dr Lurchesini. — Deuxième plan de camptfpic, — Troisième plan, adopté d'après les niourcineata de Napoléon. — Marche de l'armée française. — Combat de Schleiiz. — Combat de Saalfcld. — Découragement produit dans l'armée prussienne par la mort du prince Louis. •— MAn<riiTres préparatoires des deux armées. Position des deux armées. — Traraux nocturnes ordonnés par Napoléon. Allocution de l'empereur aux soldats. — Bataille {Tléna. — Bataille d'Aiiersiaedt. — Beroadotle puni d'une mauvaise action par la gloire (Tiiii nval. — Pertes de* deux armées.
Les deux artnéeA sont en présence; bîcnldl elles vont être aux prises l'une arec l'autre; mais quelle difTérence dans les conseils qui les ont respectivement amenées sur le terrain où elles vont combattre! D'un côté, adoption successive de plusieurs plans dont la variation semble avoir eu pour objet d’arriver an pire de tous; de l'autre, Ûxilé d'idées ou promptitude dans les modifications, qui semble deviner le secret de l’ennemi.
D'après le premier plan adopté à Berlin , l'armée prussienne devait déboucher par la droite sur i Francfort; par son centre sur Wunboorg; par sa ; gauche sur Bambe^. Dans ce système, l’aile gauche, commandée par le prince de Hohenlohe et à laquelle se réunirent les dix- huit mille hommes fournis par réleclcur de Saxe, se serait portée par la route de Freyberg, WicLan et Hof aux sources de la Salle, de l'Ëger et du Meyn. I.»e roi, avec le centre, cOt marché sur Vacba et Fuld. Le général Ruchcl, avec l'aile droite, eût couvert les deux autres armées.
Ce projet d'une ofTensive hardie allait peut-être jusqu'à ta témérité; mais exécuté avec célérité et vigueur en surprenant Napoléon autant qu'il était possible de le surprendre, il aurait pu amener des chances qui, plus ou moins heureuses, n'auraient pas été sans gloiraet sans quelques succès partiels.
On a prétendu qu'une fausse opinion avait abusé le duc de Brunswick; que, trompé par les documents du ministère, surtout par la correspondance du marquis de Lucchesinî, il s’était persuadé que
Napoléon, dans la crainte de paraRre l'agresseur, se tiendrait sur la défensive en Franconie. Pour SC disculper d'avoir élé cause de cette méprise, le marquis de Lucchesini a répondu que sa cour avait eu connaissance du langage que l'empereur lui avait tenu le 7 septembre; que loi-méme, à son retour de France, il en avait, le Ü du même mois, in.struit le duc de Brunswick, cl qu'ainsi l'erreur du duc n’était que le résultat particulier de la disposition de son esprit. <,)uoi qu'il en soit des circonstances qui inOuèrent sur la (emporisalion du commandant en chef de l'armée prussienne, au moment où il commençait l'exécution du premier plan, il reconnut qu'elle n'était plus praticable en raison des mouvements qu'avait déjà faits l'armée française. On en adopta un second dans les derniers jours de septembre.
Moins étendu, quoique toujours offensif, comme le premier, il tendait encore à porter la guerre sur le Meyn et i couper la ligne qui servait de base aux opérations de l'armée française, mais en res- .serrant beaucoup le terrain sur lequel on devait agir. Le centre, commandé par le roi, et les deux armées de Hohenlohe et de Ruchel, réunies en une masse redoutable , devaient passer la forêt de Thuringe pour pénétrer vers le Meyn, ayant seulement pour les couvrir deux petits corps d’observation, à l’aile droite celui de Bluchcr, du cété de la Hesse; à l’aile gauche celai de Taueniien, dans le pays de Bayrcuth.
{> plan, plus défcclucux encore que le premier, avait le grave inconvénient de laisser libres les
CHAMTRE LXIV.
routes de Dresde, de Lcipsig et de Naumbourg, ce qui pouvait livrer à l’ennenn les principaux magasins de l'arinéc. Un abandonnait d'ailleurs de belles positions pour aller chercher des embarras cl des périls dans la forêt de Tliuringe. li'arméc se mil en marche vers cette forêt, toujours d’après la présomption que l'armée française ne sutigeail qu’à s'assurer en Franconic une position inexpugnable, présomption furtiticc par la direction donnée aux troupes venant de France, qui étaient acheminéos de Francfort sur Asebaf* fenbourg et Wurzbourg. I^s 5 et 6 octobre, nouveaux conseils tenus par le commandant en chef, délibération sans résultat, mais plus grande incertitude dans les mouvements. C'est par suite de celte mobilité dans les conseils que le corps de Htucher, faisant partie de l'aile droite, après avoir traverse Cas.sel, le ü octobre, pour suivre la route de Francfort, rétrograda le ti par la même ville et marcha sur Kisenach.
La prévention du duc de Brunswick ne se dissipait pas. Le 9, il ordonnait au duc de Vt'eiiuar, qui coiimiandait un corps de cavalerie légère, de passer la forêt fie Thuringe cl de commencer les hostilités le jotir suivant. Ce jourdà seulement, le 10, le projet de >apuléon se dévoila aux yeux du général prussien. Alors il fallut renoncer au plan d'üiïensivc par la forêt et faire de nouvelles dispositions. L’ortlre fut donné pour la réunion de l'armée principale à Erfurth, de celle de Rucbcl à (iulha, de celle du prince de Hohenlohe auprès île Hochdorf. La réserve, commandcc par le prince Eugène de W'irteinbcrg, devait rester près de Hall. Cette exposition des marches et contre-marches du due de Brunswick, qui ont absordé un temps dont il eût été possible de faire un mcilloiir usage, était nécessaire pour expliquer le choix <lu champ de bataille où vont se mesurer les deux armées.
temps ainsi consume par les Prussiens n'avail pas été perdu pour leur vigilant adversaire. Napoléon, arrivé à Bamberg le 6, avait presque toute son armée sous la main. Le 8, il quitta B.vniberg à trois heures du matin et se rendit à Cronac.
L'aile droite, composée des corps de Soull, de Ney et d'une division bavaroise, marchait sur Uof.
Le centre, que formaient les corps de Davoust et du prince de Poiilc-Corvo, la réserve de cavalerie commandée par Mural et la garde impériale, se dirigeait par Saalbourg, sur Schleilx et Géra.
l.a gauche, composée des corps du maréchal Lannes et de relui d'Augereau, s’avancait par Co- Ixmrg et Grafciilhal sur Saalfcld.