‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 251 sur 298 · CHAPITRE LXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIV

nicllrc à l'a vanl-gardc de la sienne. Ce général chargea rinfanterie française avec beaucoup de vigueur; mais, formée en carrés impénétrables, clic reçut, à bout portant, les charges répétées de rennemi, sans qu’un seul bataillon se laissât entamer. Elle lui causa même une perte assez considérable ; et quelques escadrons français qui, en sortant du défilé, s’étaient portés sur Puiischcrau, étant tombés à l'improviste sur cette cavalerie prussienne, la jetèrent dans la plus grande confusion et la forcèrent à une fuite précipitée. Blucher, dont le cheval fut tué, eut à peine le temps de prendre celui d'un trompette et fut entraîné à plus d’une lieue du champ de bataille.

Tandis que la division du général Oudin soutenait seule une attaque à laquelle avaient pris part les trois divisions de Sclimettau, de Warlenslelven ctdu prince d’Orange, la division du général Friant s'était portée sur sa droite, avait chassé l’ennemi d’une hauteur couronnée de buis où il était établi, et avait enlevé le village de Spil berg, débordant ainsi l’aile gauche de l’année prussienne.

Après avoir échoué dans la tentative qui avait été faite à la droite des Français pour les couper des défilés de Kœsen, un pareil cflurl fut tenté à leur gauche par les divisions de Schmettau et de Wartenslebcn. Cette attaque, conduite par le duc de Brunswick en personne, fut repoussée avec une héroïque énergie par l’infatigable division du général Oudin. Les deux divisions prussiennes furent en un instant privées de leurs généraux et même du généralissime. Le duc de Brunswick, le général Schmettau furent blessés; Waslenslebcn, renversé de cheval et mis hors d’activité. Cependant, malgré cette belle défense, la division Oudin, accablée par le nombre, commençait à perdre du terrain, lorsque la division Morand, après avoir à son tour franchi le défilé, vint lui rendre l’avantage, reprendre le village de Hassen-iiausen et menacer la ligne ennemie qui se reformait en face de ce village; mais tout à coup cette dernière division eut clle nième à subir une rude épreuve. Elle vil s’avancer contre elle un corps nombreux de cavalerie à la tète duquel marchait le prince Ouillaume, frère du roi, qui venait essayer à la gauche du corps français ce que n’avait pu opérer à sa droite le général Blucher. L’attaque fut encore plus vive; elle ne fut pas plus heureuse. Cette belle cavalerie se brisa contre les rocs de fer que lui présentèrent les carrés français. Foudroyée , dispersée par les décharges de l’infanterie et par la mitraille , plusieurs fuis elle se rallia cl vint renouveler des efforts toujours sans succès, jusqu’à ce qu’ayant fait d’énormes pertes et le prince Guillaume ayant luiméme été blessé, clic se retira dans le plus grand

désordre et cessa de prendre une part active au combat.

Délivré de ces charges de cavalerie, le général Morand se hâta de reprendre l’offensive contre l’infanterie prussienne, qu’avaient ranimée un renfort de quelques troupes fraîches et la présence d’un nouveau commandant en chef, le feld-maréchal Kalkrcuth. Dans ce nouveau choc, le général Morand s’empara du moulin d’Emsen, le général Gudin emporta la position essentielle de Tauschwiz, tandis que le général Friant, qui avait continué de tourner l’aile gauche de l’ennemi, avait enlevé à la baïonnette le village de Poppel que défendait le prince Henri de Prusse, appartenant à la division du prince d’Orange. Dans l’attaque de ce village vivement disputé, fut tué le général de brigade de Billy, seul officier d’un grade supérieur que la France ail perdu dans les deux batailles d’iéna cl d’Auerstaedt.

Il semblait que les généraux prussiens, débordés sur leurs ailes, repoussés par le centre, eussent dû songer à la retraite. Le roi en jugea autrement. Ce prince, qui n’avait pas quitté un moment le champ de bataille, voulant à tout prix s’ouvrir un passage vers Nauembourg, porta en avant les deux divisions de réserve d’Arniin et de Kunheim qui avaient débouché par Auersiacdt, cl, les appuyant de tout ce qu’il put réunir de cavalerie, les plaça derrière un petit ruisseau qui coule de Poppel à Béhausen, afin que les autres divisions vinssent se reformer derrière celle nouvelle ligne, et que toutes ensemble exécutassent un mouvement général auquel il serait difficile que les Français pussent résister. Après tant de chocs partiels, c’esi comme une nouvelle bataille qui se prépara; mais au moment où le maréchal Kalkrcuth s’ébranle pour se réunir aux divisions de réserve, les Français, dont l’ardeur redouble en voyant grossir le nombre de leurs ennemis, se précipitent sur ces divisions découragées, qui, dans leur désordre, entraînent la réserve avec elles; ils s'emparent de leur artillerie cl les poussent, de position en position, jusque sur TEkarlsbcrg où elles espèrent enfin avoir trouvé un poste inattaquable. Elles se trompent. Les Français ne croiraient pas la victoire complète s’ils les laissaient respirer un moment. Tandis que les généraux Friant et Morand marchent contre les deux ailes de la ligne prussienne, le maréchal Davoust, à la tète de la division Gudin, n’hésite pas à sc diriger contre le plateau central de l’Ekartsberg. Le général Petit, avec quatre cents hommes d’élite, bravant, sans tirer un coup de fusil, le feu meurtrier des Prussiens, les aborde le premier à la baïonnette, cl, soutenu par la brigade du général

ÉVÉNEMENTS «lUTAIIlES.

Grandeau-Dabancourly il enfonce, culbute tout ce qui ose résister, sc rend maître d'une batterie de TÎngt deui pièces de canon qu'il tourne aussitôt contre les Prussiens, et qui les écrase dans leur fuite. A la droite, à la gauche, le succès avait été le même. Le peu d'ordre que tâche de conserver l'armée vaincue disparaît entièrement lorsque, prenant la direction de Weimar, elle a|>erçuit devant elle des bivac^ français qui lui annoncent que cette route lui est désormais fermée. Chaque régiment, chaque bataillon cherche à trouver une issue particulière. Le roi Iui*méine, suivi d’un seul régiment et d'un bataillon de grenadiers des gardes, qu'il prend à Wickerstedt, ne s'échappe que par de longs détours, et arrive à Sommerda bien avant dans la nuit. I,a cavalerie du général Vialannes qui, malgré son petit nombre, avait rendu les plus grands services dans tout le cours de l'action, poursuivit les fuyards jusqu'à trois lieues de l'Ekartsberg. Il était cinq heures du soir lorsque le canon cessa de retentir. La journée avait été longue, et les Français étaient las de vaincre.

Il avait été au pouvoir du prince de Ponte-Corvo d’abréger les fatigues et d'agrandir les avantages. Plusieurs officiers avaient été envoyés par le maréchal Davoust pour s'assurer si quelqu'une des divisions du 1*' corps n’aurait pas débouché sur Coinbourg. Le général Dupont y était cffcctiveinenl arrivé de bonne heure. Le secours de cette division seule aurait pu, dès le milieu du Jour, décider le sort de la bataille et en étendre considérablement les résultats. Le prince de Ponte-Corvo, trop accessible à un sentiment peu honorable de jalousie, sans tenir compte ni des dangers du maréchal Davoust ni de ses propres devoirs, allégua le vain prétexte de l'obligation où il était de se conformer strictement aux ordres de l’cmpcrcur. C'était un acte de mauvais i citoyen dont il fut puni en laissant une plus ample moisson de gloire à son rival. Toute la part qu'il eut aux batailles d'Aucrstacdl et d'Iéna fut de recueillir quelques l>ataillons prussiens, égarés dans leur marche, qui, |>ar ignorance de ce qui s'était passé ailleurs, vinrent SC jeter au milieu de son corps d’armée.

En rapportant avec quelque détail la bataille d'Aucrstaedl , j’ai voulu payer une dette à la justice et à la vérité. Le succès du maréchal Davoust était tel que l'empereur Napoléon eut d'abord beau-

’ Dan» tr« premier» moments de son indigoaiioa, retapereur parlait de foire Fusiller le pHoce de Pomv-

coup du peine à y croire. Aussi quelques lignes seulement de ses bulletins furent consacrées à l'affaire d'Auerstaedt. Elles disaient cependant que le maréchal Davoust « avait fait des prodiges; « qu'il avait montré une grande fermeté de caractère, première qualité d’un homme de guerre. L'empereur louait aussi la belle conduite des généraux Friant, Morand, Gudin et de leurs inlrépidcs soldats, mais l'éloge était bien au-dessous de la réalité du service. Il est constant que les rap|>or(s du maréchal Davoust lui avaient d'abord paru exagérés. Ainsi l'erreur du premier jour avait pu paraître excusable. Le tort fut de ne l’avoir pas rcclilléc par un supplément d'explications dans les bulletins suivants. Accoutumé à vouloir que toute gloire se perdu dans la sienne, il n'eut pas le courage de reprendre, sur la part qu’il s'ctail faite, ce qui devait appartenir au maréchal Davoust. Cependant l’ingralilnde n'était point un de scs défauts, et, à cette occasion même, nous le verrons (bulletins à part) SC montrer reconnaissant, magniiiquc même dans sa reconnaissance.

Il était impossible qu'un triomphe aussi disputé que l'avait été celui du maréchal Davoust ne lui eût pas roùlé une perte très-sensible, vu l’énorme disproportion de ses forces et de celles auxquelles il avait en affaire. Celte perle, appréciée avec exactitude, fut de sept à huit mille bummes. A ranncc de l'eiiipcTcur, il n'y en avait pas eu plus de trois ou quatre mille mis hors de combal. (gluant à la perle des Prussiens, les historiens allemands ne la portent pas eux-mémes à moins de cinquante mille hommes, tués, blessés ou pris.

Sans vouloir établir une comparaison offensanle pour l'armée vaincue, nous ferons seulement une remarque fondée sur la différence inévitable qui existe entre une armée aguerrie par des combats de chaque jour et une armée déshabiluée de la guerre. Ainsi à léna cinq carrés d'infanterie prussienne avaient été enfoncés par la cavalerie française. De pareilles charges ayant eu lieu en sens inverse à Auerslaedt, nul carré français ne fut entamé par la cavalerie prussienne. Napoléon put donc dire avec vérité que, comme notre infanterie, notre cavalerie n’avait plusd'égalc. l/e coup décisif de celle époque de la guerre étant porté, je me bornerai désormais à en présenter rapidement les résultats.

Cnrvo. En Faisant un acte de juilice, il aurait, uns le savoir, tué nne dynastie.

CIIAI'ITRK LXV.

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