CHAPITRE LXV
POLITIQI'E ET CliERRE.
Prupoaiiiun d'Armùticc fiiiie pâr le roi lie PruMc. — Refus de Napoléon. — Proclamation de Napoléon à U naiiou MKonoe. — Renvoi dei priioniiiera u&ont. — Imprévoyance du gouvernement pruuien. — Capilulaiion d’Er*furt. — Pourauiie des Prussiens par les Français. — Pépite de la réserve pruuiennc à Hall. — Honneur décerné au maréchal Davousl d’entrer le premier k Berlin. — Napoléon au tombeau de Frédéric k Posidam. — CapitU' lation de Spandaii. — Entrée de Napoléon à Berlin. — Arrestation et mite en liberté du prince iTUaufeld. — Egards de Napoléon pour la Famille royale. — Paroles plut que séréres de Napoléon sur la cour de Prusse. Témoignages de satisfaction donnés au corps du maréchal bavoust. — Proclamation de rerapercur It farmée. — Opérations militaires. — Capitulation du prince de Iluhenlohe à Preoulau, — Le prince Auguste Ferdinand fait prisonnier. — Capitulation de Steliio. — Poursuite du corps de Bluchcr par le prince de Ponte-Corvo, — Attaque de Blucher k l.ubeck. — Capitulation de Bluchcr k Ratkau. — Capitulation des places de Hsmeln et de Nienbourg. — Prise de C/tenslukau. — Entrée de l’armée Française en Pologne, — Activité de la vie politique de Napoléon. — Sévérité de l’empereur envers le dur de Brunswick. — Criefii de la France contre Télecteur de Heuc. — Tentative de négociation faite par ce prince. *— Occupation des possessions du prince d'Orange- Fuld. — Orcupalion du duché de Mecklrnbourg-Schwerin. — Procédés bienveillants de l'empereur envers l’électeur de Haxe. — Différence du jugement des peuples sur l'électeur de Saxe et l'éleeleurde Hesse. — Traité de paix avec U Saxe. — Article remarquable de ce traité. — Accession de plusieurs princes k la confédération du Rhin. — Négociation avec la Prusse. — Conditions proposées par l'empereur. — Refus hnpolilique de Lucchesini de souscrire k ees conditions. — Refroidissement de l’empereur pour la conclusion de la paix. Remarque déplacée du marquis de Lncchesini. — Hulifs de Napoléon pour ne pas conclure une paix partielJe avec la Prusse. — Conclusion d’une suspension d'armes. — Conditions de cette suspension d'armes. — Refus du roi de- la ratiKer. — Organisation d'une administration française pour les psys conquis. — Prestation de serment à Napoléon par les autorités prussiennes. — Contributions extraordinaires de guerre. — Exemples antérieurs imités par Napoléon. — Exemple d’une junte aulricliieaoe établie k Coodé en 17b3. — Paroles de Napoléon au ministre turc à Berlin.
En ruyaiit des champs d’Auerstacdl, le roi de l’rus.se coinpiail du moins sur te triomphe de ses deux autres armées. Il fui aticint dans sa Tuile par la nouvelle de leur déroule comtnune. Le malheur eût dépassé toute borne pour qui en eût calculé la chance. devail-il être là où la possibilité n'en avait pas été admise? Peu d'heures avant ce cruel déiioùment.» la reine rêvait encore à Weimar de chimériques victoires, et ce n’était pas sans peine qu'on l'avait décidée à partir. Arrive à Sominerda, le roi relui la lettre de Napoléon qu'il avait reçue AU cumnienccmeut de la bataille. Il sc hâta de répondre et proposa un armistice. Celte réponse Tut |>urlèe à l'empereur par M. de DœnhoT, l'un des aides de camp du roi. L’empereur dcvail il accepter colle proposition? Sans nous arrêter à la question militaire qui ii'cst pas douteuse, il ne le |h>u-
vaitpAS même comme un homme d'ÉUil. La Prusse, eùt-elle été par lui relevée de sa ruine , n'cùl pas été pour la France un meilleur allié qu'avant celte dernière humiliation. D'ailleurs derrière la Prusse s'avance la Russie, et dans la Russie c'est l'Angleterre que Napoléon va combattre. Il est une conquélc qui lui échappera toujours et qu’il est condamné à toujours poursuivre, c'est la conquête de la paix maritime. Quand il la demandera de concert avec la Russie même, il ne l’obtiendra pas. Comment eùt-il pu s'arrêter à léna? La proposition du roi de Prusse ne fut pas acceptée.
Aux succès de la guerre, l'empereur ne négligea point de joindre ceux de la peditique. Parmi les prisonniers faits à Ictia se Irouvairnt six mille soldats et deux à trois cents ofliciers saxons. Toujours il avait parlé avec les plus grands égards du sage
POLITIQUE ET GUERRE
prince qui gouvernait la Saxe, se plaisant d'ailleurs à rappeler que, depuis deux cents ans, ce pays avait été sous la protection de la France. Peu de jours auparavant il avait aussi adressé à la nation saxonne une proclamation par laquelle il lui annonçait qu'il venait la soustraire à la honte de devenir une province prussienne. «Demain, disait-il, les Prus- » siens demanderaient la Lusace ‘ ; après-demain, :> la rive de l’Elbe. )Iais que dis -je? N'ont -ils » pas tout demandé en forçant votre souverain à » reconnaître une souveraineté qui , étant impoli sée immédiatement , vous effacerait du rang des » nations? »
Les actions de l'empereur furent d’accord avec scs paroles. Il renvoya les ofliciers et soldats saxons à leur prince sous la seule condition de ne point servir contre les armées françaises. Sa générosité ne fut point mal placée. L'électeur, qui d'abord obtint la faveur de rester neutre, entra peu de temps après dans l’alliance d'un ennemi qui avait été pour lui un libérateur.
Dans les guerres ordinaires , une bataille perdue n’avait été jusqu'alors qu'un premier accident qui n’cmpéchait pas de disputer encore le terrain à l'ennemi sans compter les places fortes dont le vainqueur avait à faire le siège. En Prusse, la monarchie tout entière a été mise sur un coup de dé. 11 était si vrai que ce n'était qu'une guerre de passion, une guerre commandée par les femmes, que les hommes y avaient oublié les précautions de la prudence la plus ordinaire. Nulle mesure pour le ralliement de l'armée en cas d'une défaite ; l'armée de réserve, au lieu d'étre à proximité pour favoriser ce ralliement , était à Hall , où elle sera battue dans une affaire partielle. Nulle mesure pour la sûreté des places; on n’a pas même songé à y mettre des hommes qui aient la volonté de s'y défendre. De là cette série de capitulations , tant de places de guerre, que de corps d'armée en rase campagne, série inconcevable qui étonnera les siècles à venir.
Le jour qui suivit la bataille vit la première de ces capitulations. Dès le 15 à midi , le graiid-duc de Berg avait cerné Erfurt. Cette place , abondamment approvisionnée en vivres et en munitions de guerre, renfermant en outre un grand parc d'artillerie, eût difficilement fait une longue défense par l'encombrement et la confusion qu'y produisait la multitude des fuyards. Cependant on devait s'attendre à quelque résistance. Elle n'en fît aucune. Le soir même, à onze heures, la capitulation fut signée. La garnison déposait les armes et res-
' Le fatal congres de 1815 a fait voir si Napoléon jiige.iii bien In Prusse.
tait prisonnière de guerre ; les officiers étaient renvoyés sur parole. Sur quatorze à quinze mille hommes qui étaient dans cette place, il y avait six mille blessés. Au nombre des prisonniers étaient le feld-maréchal Mollendorf, qui s’y trouvait retenu par ses blessures , le prince d'Orange , le lieutenant général Grawert et deux généraux majors.
Ce même jour, 15, les corps fugitifs, pressés par les Français , invoquaient , comme un préservatif, la demande d’armistice faite par le roi à l'empereur. « Que voulez -vous de nous? disait le maré- » chai Kaikreuth au maréchal Soult qu'il avait fait I) prier de se rendre aux avant-postes. Tous nos » généraux sont tués ou blessés , vos succès sont n assez grands. Le roi a demandé à l'empereur Il une suspension d'armes; il est impossible qu’il Il ne l’accorde pas. » — « L’empereur, répondit le Il général français, ne fera plus une telle faute. Il Après la bataille d'Austerlitz il accorda un ar- » mistice à l'armée russe, et voilà cette armée qui » marche aujourd'hui contre nous. » On se sépara. Soult attaqua le corps du maréchal Kaikreuth à Greussen , le chassa de cette ville , l'atteignit de nouveau à Nordhausen , d’où il le déposta encore en lui prenant du canon et quelques centaines d'hommes. Le reste de ce corps n’échappa qu'en SC jetant dans les montagnes du Harz.
Moins loyal que le maréchal Kaikreuth, le général Blucher qui, dans sa fuite avec cinq à six mille chevaux, avait rencontré une brigade de dragons français à Weissensée, ne s'était fait nul scrupule d'assurer au général français Klein qu'il avait été conclu un armistice de six semaines et de l'aflSrmer sur sa parole d'bonneur. Le général français lui ouvrit un libre passage. Croire à l'honneur d'un ennemi peut être une faute , mais qu’il faut plaindre celui pour qui un faux serment devient un moyen de salut ! Dans les campagnes de la révolution, des généraux autrichiens ont eu aussi recours à cette étrange ruse de guerre ; des généraux français, jamais.
Pour être battue, une armée n'est pas détruite. H était à prévoir que l'armée prussienne se rallierait sous Magdebourg, place indiquée par le roi, comme point général de réunion. Ce ralliement ne s'exécuta pas. I.a présence seule du souverain eut pu l'opérer. Ce prince suivit d'autres conseils. Il laissa au prince de Ilohenlohelc commandement en chef de tontes les troupes qui avaient combattu à léna , annonça l'intention de couvrir Postdam et Berlin, et, s'il ne pouvait y réussir, de se retirer derrière l'Oder pour aller au-devant de scs dernières réserves. Une telle résolution ne pouvait que compléter la dissolution de rarinéc.
L'empereur, malgré son désir de ne pas laisser
CHAl'ITUE LXV.
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