‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 259 sur 298 · IMO · texte numérisé non relu

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mots doivent s'appliquer i la condoile des séna- ’ leurs, étaient la conséquence forcée des institutions. Quand un peuple, d'ailleurs, est sous le | charme de l’admiration, quand il est enivré de sa propre gloire , est-il quelque sacrifice qui lui coûte ' pour se soutenir à la hauteur où il se trouve placé? Ce n'était point par une passion aveugle que l'empereur, dans ses proclamations, avait rappelé et le manifeste du duc de Brunswick, et l'eutrée des i Prussiens en Champagne. Ces retours sur le passé, ' dont certains historiens font gravement la critique, trouvaient de la sympathie dans toutes les âmes encore empreintes des premiers souvenirs de la révolution. La bataille dTéna fit peut-être en France une impression plus vive que celle d'Auslerlili. Tant de fois déjà nous avions, en Italie, en Suisse , en Allemagne et en Hollande , battu les Autrichiens et les Russes, séparés ou réunis! 11 restait à vaincre avec éclat ces Prussiens , que leur tactique tant vantée faisait regarder comme plus redoutables que tous nos autres ennemis, llyavait tout i la fois à laver la vieille France, des humiliations que lui avait fait subir Frédéric II, la France nouvelle, de menaces insolentes qu’elle n'avait pas oubliées et de l'envahissement de son territoire, opéré à la faveur de ses discordes civiles. masse de la nation française savait gré à l'empire de se montrer l'heureux vengeur des injures faites à l'ancienne monarchie et à la république. Le séuatus-eonsulle, par lequel fut remise à l'empereur, au commencement de lë07, U conscription qui n'eût dû être levéeque neufmois plus lard, est donc bien moins condamnable en lui-méme que comme premier pas dans une voie funeste , comme source première desanlicipalions plus étendues, auxquelles plus lard il n'aura pas te courage de se refuser.

L'adresse du sénat à l'empereur exprimait deux sentiments, sincères alors; l'admiration pour les prodiges opérés par l'armée et par sou chef, la haine pour le gouvernement anglais. « Ce gouver- » nement, disait le sénat, a appelé la barbarie ;

• qu'il CD éprouve les malheurs! Qu'un mur d'ai-

» rain le repousse loin du continent Que

n l'Europe , dont il a voulu faire rétrograder la ci- « vilisalion, soit pour lui une terre inhospitalière!* L'adresse annonçait ensnile que quatre-vingt mille braves de plus allaient marcher pour partager la gloire de leurs atnés ; •> et cependant, sire, le sénat,

* dévoué comme le peuple i votre personne sacrée,

» glorieux de vous transmettre les senUmenls de > la nation, faitlaire cette voix secrète qui réclame » la présence de Votre Majesté. ■ Ce vœu du sénat,

' Leiire du 91 novembre.

* Lettre de Varsovie, le 19 janvier.

malgré la timidité des termes dans lesquels il s'enveloppe, était un appel à la réflexion de l’empereur sur le danger de porter plus loin le théâtre de la guerre. La députation de douxe membres, envoyée auprès de lui à Berlin , avait ordre de donner verbalement plus de force à l'expression de ce désir do sénat, et elle ne manqua point à sa mission. Ce genre de remontrances était nouveau pour l'empereoV; aussi en éprouva-t-il d’abord une impression peu agréable. Après avoir répondu qu’il ne dépendait pas de lui seul de terminer la guerre ; qu'il avait fait en vain tout ce qui était en son pouvoir pour hâter la conclusion de la paix, il témoigna quelque surprise qu'on eût choisi le moment où les armées russes arrivaient au secours des Prussiens, pour se porter i une démarche propre à faire supposer de la mésintelligence entre le premier corps de l'État et le chef du gouvernement. 1.4 conduite du sénat , en cette occasion , est certainement digne d'éloges ; mais l'empereur, qui savait trop bien comment se prenaient les résolutions de ce corps , ne vit, dans des représentations trèssages en elles-mêmes, qu'un acte semi-hostile de quelques hommes, dans lesquels il ne mettait pas une entière confiance. Les complaisances volontaires, forcées ou politiques , auxquelles le sénat s'était prêté jusqu’alors, avaient peu préparé Napoléon à recevoir scs conseils sur les questions de la guerre et de la paix.

Au milieu des inlérôls divers et si importants, qui occupaient l'empereur à Berlin, tels que son décret contre l'Angleterre, ses négociations avec la Prusse, et ses opérations militaires, il lui restait du loisir, même le jour où il proclamait le blocu» des lies britanniques, pour se plaindre au ministre de rintérienr qu'on eût chanté de mauvais vers à l'Opéra. «I Prend-on donc à lâche en France, disail- » il de dégrader les lettres?... Témoigne! mon

* mcconlenlemenl, et défendes qu'il soit rien X chanté â l'Opéra , qui ne soit digne d'un grand

* spectacle. » Peu de temps après, son intention fut remplie. L'Opéra entendit des chants dusâ une muse d'un autre ordre, u Exprimot ma satisfac- » lion â l'auteur, écrivit-il > aussitôt à son minis- » Ire : J'avais ordonné qu'on lui fit un cadeau pour n sa pièce de Jo$éph Rendex-moi compte de » cela; toutefois, donnex-lui une gratification. En H général, la meiüeurt maniéra dt tna lonar, êêt de » fàire det cAoaea qui inepirenl dee ientiments hé- » roïquee à la nation, à la jeunesse , à l’armée. » Ces pensées de l'empereur appartiennent à sa correspondance secrète. La raison doit lui savoir gré

* Tragédie de H. Baour-Lormiao.

AFFAIRES INTÊlUEljRES ET EXTÉRIEURES.

Cîfl

de son désir d'ennoblir le caractère national, comme le bon goût, de ses efforts pour épurer la littérature. S’il est permis aux Alexandre d’ambitionner les louanges des Athéniens, il était d’nn tact délicat pour Napoléon de ne pas vouloir de louanges exprimées en vers vulgaires, qui pussent blesser les imaginations ou les oreilles françaises.

En même temps que l’honneur de notre littérature occupait l’empereur Napoléon jusque dans le palais des rois de Prusse, il ne se montrait pas non plus indifférent pour les hommes de mérite qui se trouvaient alors dans cette capitale. M. de Humbuldt, l’abbé Denina >, furent admis par lui en audience particulière et accueillis avec de grands égards; mais l’homme qu’il distingua le plus, avec lequel il prolongea le plus ses entretiens, fut l’hist(^n de la Suisse, Jean Muller. Plus tard, il le fera appeler aux fonctions de ministre secrétaire d’Etat du royaume de Westphalie.

L’historien du Danemark et de la Hesse, M. Mallet de Genève, recevait une pension de l’électeur de Hesse et une du duc de Brunswick. Dès que l’empereur en eut été informé, il ordonna que ces pensions continuassent à être payées sur les revenus de ces pays.

L’anniversaire du 3 décembre n’était pas de ceux que put oublier l’empereur. C’était le 2 décembre que son décret sur le blocus continental avait été en France communiqué au sénat. Le 3 décembre, il parla ainsi à son armée : u Soldats, il y a au- » jourd’hui un an, à cette heure même, que vous » étiez sur le champ mémorable d’Austerlitz. Les n bataillons russes épouvantés fuyaient en dé- » route, ou, enveloppés, rendaient les armes à » leurs vainqueurs. Le lendemain ils firent enten- » dre des paroles de paix, mais elles étaient troni- » peuses. A peine échappés , par l’effet d’une gé- » nérosité peut-être condamnable, aux désastres » de la troisième coalition , ils en ont ourdi une » quatrième; mais l’allié, sur la tactique duquel » ils fondaient leur principale espérance, n’est » déjà plus. Scs places fortes, ses capitales, ses ma- » gasins, ses arsenaux, deux cent quatre-vingts n drapeaux, sept cents pièces de bataille, cinq )• grandes places de guerre, sont en notre pouvoir. » L’Uder, la Wartba, les déserts de la Bologne, les » mauvais temps de la saison n’ont pu vous arrê- X 1er un moment. Vous avez tout bravé, tout sur- » monté; tout a fui à votre approche.

» C’est en vain que les Russes ont voulu défenn dre la capitale de cette ancienne et illustre Bo- » logne; l'aigle française plane sur la Vistulc. Le

' L’abbé Denina vint en France et l’empereur le nomma son bibliothécaire particulier.

n brave et infortuné Bolonais , en vous voyant , n croit revoir les légions de Sobieski de retour de » leur mémorable expédition.

» Soldats, nous ne déposerons point les armes n que la paix générale n’ait affermi et assuré la » puissance de nos alliés, n’ait restitué à notre n commerce sa liberté et ses colonies. Nous avons a conquis, sur l’Elbe et l’Oder, Bondiebéry, nos n établissements des Indes, le cap de Bonne-Espén rance et les colonies espagnoles. Qui donnerait » le droit de faire espérer aux Russes de balancer » les destins? Qui leur donnerait le droit de ren- » verser de si justes desseins? Eux et nous ne a sommes-nous pas les soldats d’Austerlitz ? a

Cette proclamation chaleureuse et fière m’a paru devoir être conservée comme remarquable même dans quelques-unes des promesses qu’elle renferme et que le temps ne confirmera pas. Beut-être l’empereur n’a-t-il pas une foi absolue à ce qu’il an- ' nonce; peut-être n’est-il pas bien certain d’avoir j reconquis nos établissements des Indes sur l’Elbe . et sur l’Oder, mais l'assurance qu’il en donne a toujours l'effet qu’il désire sur l’àme des soldats. Au milieu de cette exagération, on voit dominer son idée principale, c’est que la monarchie prussienne doit être la rançon des colonies de la France et de ses alliés. C’était faire trop d’honneur au gouvernement anglais. <> A Londres, dit M. Lombard, on Il n’eùt pas sacrifié une hutte de nègre pour nous n sauver des couronnes. »

A la proclamation de l’empereur était joint un décret du même jour dont les événements ont entravé l’exécution, mais dont le projet seul était fait pour Qatterdes Ames guerrières. Ce décret portait qu’il serait élevé, sur l’emplacement de la Madeleine à Baris, un monument avec l’inscription : K L’empereur Napoléon, aux soldats de la grande » armée. » Dans l'intérieur devaient être inscrits, sur des tables de marbre, les noms de tous les hommes qui avaient assisté aux batailles d’Ulm, d’Austerlitz et d’Iéna ; sur des tables d’or massif, les noms de tous ceux qui étaient morts sur le champ de bataille. I.A devaient être déposés les armures, statues, monuments de toute espèce, étendards, drapeaux, enlevés par la grande armée dans ces deux campagnes. Tous les ans une grande solennité aurait rappelé la gloire de ces journées mémorables. Bar une disposition d’une modestie orgueilleuse peut-être, mais du moins louable dans son orgueil, il était défendu que, dans les discours, odes, etc., il fût fait aucune mention de l’empereur.

L’empereur s’occupa de la réalisation de ce projet ; il demanda des plans pour la construction de l'ouvrage et chargea le ministre de l’intérieur

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d*«cbeter les chantiers enTironnants, •> afin de faire n une place circulaire autour de laquelle on bâU- • rait des maisons d'un pian uniforme. »

Comme un décret antérieur avait ordonné que la Bour$e de Paris serait établie sur ce même emplacement de la Madeleine, il rapporta ce décret et chargea le ministre de l’intérieur de lui proposer pour cette autre destination un emplacement vaste et isolé. U Mon intention, écrivait-il est de faire » construire une Bour$e qui réponde à la grandeur n de la capitale et au grand nombre d'affaires qui » doivent s'y faire on jour, k lie là ce magnifique palais de la Bourse achevé après lui, mais dont il avait jeté les fondements.

L'arrivée de l'empereur Napoléon à Posen était un grave épisode de la guerre de Prusse et soulevait une question que nulle puissance n'était en état de résoudre par sa seule volonté. Des historiens et des auteurs de mémoires posent, comme un fait constant, que jamais Napoléon n'a voulu de bonne foi le rétablissement de la Pologne. Cette assertion vient, chci les uns, de ce qu'ils n'ont vu qu'un cèlé des choses; chez les antres, deTintérél qu’ils ont à faire prévaloir telle ou telle opinion. A peine l'empereur était entré à Berlin qu'ilarriva auprès de lui des députés de la Prusse méridionale, pour le prier de prendre sous sa protection celte partie de la Pologne, Déjà dans la campagne de 1809, les habitants de cctle contrée lui avaient proposé de joindre leurs armes aux siennes. 1^ paix de Presbourg avait cmpéché ce projet d'avoir son exécution. En 1806. les circonstances étaient plus favorables. La pro|K>silioQ fut acceptée. Dès les premiers jours de novembre, une proclamation signée par le général Dombruwski ^el par Wibicki, l'un des loyaux défenseurs de la constitution du 3 mai 1791, avait appelé au secours de la patrie la jeunesse du duché do Posen , et plusieurs bataillons s'étaient formés en peu de jours. l<es Français étaient reçus comme des amis; l'arrivée de Napoléon surtout excita le plus vif enthousiasme. Dans ses plus simples paroles on aimait à trouver des motifs d'espérance. Cependant l'empereur s'abstint de prendre avec ce pays des engagements prématurés et téméraires. Un bullelion * du 1*' décembre renfermait les deux paragraphes suivants : •> L'amour de la patrie et le H sentiment national est non-seulement conservé ■ en entier dans le cour du peuple, mais il a été » retrempé par le malheur. Sa première passion ,

' Leure du 7 mars 1R07.

* Dombrowiki éuit «‘mployé k l'armée <TIuilie; mait en conimençanl la guerre de PniMe, la prévoyance de Napoiéoo l’avait 6iit venir à »oo quartier général pour agir, an besoin, en Poigne.

» son premier désir est de redevenir nation. Les

• plus riches sortent de leurs châteaux pour venir M demander à grands cris le rétablissement de la n nation et oflTrir leurs enfants, leur fortune, leur t> inlluence. Ce spectacle est vraiment touchant.

» Déjà ils ont partout repris leur ancien costume.

I» leurs anciennes habitudes.

» 1-e trône de Pologne se rétablira-t-il, et cetie » nation reprendra-t-elle son existence et son indé-

• pendance? Du fond du tombeau renaltra-t-elleà

• la vie ? Dieu seul , qui tient dans ses mains les » combinaisons de tous les événements, est l'arhi- » tre de ce grand problème politique; mais certes,

I» il n'y eut jamais d'événement plus mémorable, n plus digne d'inlérél. » La réserve de ce langage était un acte de loyauté et de droiture.

Un Polonais qui, par goût ou par posilion^f a mieux aimé attendre l'émancipation de son pays de la Russie que de la France, rapporte que, parmi les interprétations auxquelles ce bulletin donna lieu en Pologne , « les amis ^ de la liberté se dcmatit> datent si l'on pouvait espérer la restauration de <» la république de Pologne d'un homme qui avait » détruit la liberté de son propre pays. » Il y a peu de bonne foi, à ce qu'il nous semble, à établir ainsi une sorte de confusion entre les mots liberté et indépendance, et à vouloir, du peu de respect que Napoléon aurait montré en France pour la liberté, faire sortir la conséquence nécessaire que, comme politique et homme d'Élal, il ne voulait pas l'indépendance de la nation polonaise. Ce genre d'argumentation est surtout étrange de la part d'un homme qui, à une autre époque, était allé, avec raison, implorer pour la Pologne les secours du cabinet très-peu libéral de Constantinople. Ce même écrivain, habile comme Unld'aulrcsà saisir unéve- I nement pour s'attribuer une prophétie, assure que pour lui il pensait et disait que « si même Napoléon » parvenait à occuper ‘ la Wolhynie et la Lithua- H nie, il en ferait des duchés séparés, de même •• qu'il en ferait un, des provinces polonaises reprin ses à la Prusse, en le nommant duché de Var- » sorie ou de Hazovie, mais jamais duché ou ■ royaume de Pologne. » Cette prévoyance de sa part s'appuyait , dit-il , sur des considérations qui avaient frappé les personnes les plus réfléchies, et l'une de ces considérations était « que Napoléon n ne pouvait avoir l'idée de rétablir la Pologne I* puissante et indépendante, comme elle avait

» if 5<v

t Mémoires du comte Ogioski, publiés en 1896, t. W, page 339.

* IM., page 343.

AFFAIRES INTÉRIEURES ET EXTÉRIEURES

* existé autrefois, car cela ne s'accordait point n avec ses vues et le système qu'il avait toujours » suivi jusqu'alors, n On doit s'étonner qu'un ancien agent diplomatique, d'un côté, parle du rétablissement de la Pologne comme d'un acte tout simple pour lequel eût pu suffire le bon plaisir seul de Napoléon, et qu’ensuite il prétende que si l'cm|)ereur eût pu rendre indépendantes toutes les provinces polonaises, il en eût, par son propre choix , fait des gouvernements isolés et sans con> sislancc. Que Napoléon désire n'avoir, dans son voisinage et en contact avec lui, que des Etats faibles plus faciles i dominer : ce calcul s'explique ; mais lorsque son intérêt voudrait qu'il se créit, A une grande distance do son empire, sur le sol de l'ancienne Pologne, un point d’appui formidable contre la Russie et même contre l'Autriche, n'eslil pas insensé d'admellrc qu'an lieu de s'assurer un allié puissant, de fonder un Étal destiné à lui être utile eu raison de sa force, il préférât former plusieurs Étals faibles, qui lui échapperaient le lendemain pour tomber dans U dépendance de leors voisins immédiats? La fausseté d'une telle supposition saule aux yeux de tout homme de sens. C'est évidemment une mauvaise jQslificalion imaginée par l'auteur des Mémoires que nous avons cités pour excuser le système qu'il a suivi. En réponse à de tels arguments, il suffit de laisser parler les faits.

L'une des inadvertances les plus singulières des hommes qui reprochent i Napoléon de n'avoir pas rétabli le royaume de Pologne est l'espèce d'oubli où ils laissent, non par ignorance sans doute, mais par distraction, les difficultés existantes i cet égard du côté de la monarchie autrichienne. Us paraissent avoir perdu de vue que plusieurs millions de Polonais sont sujets de celle monarchie; que l’idée d'alTrancbir un seul hameau de la Pologne suffit pour donner de l'inquiétude A la cour de Vienne; que les actes de Napoléon seraient une agression contre elle, s'ib étaient réputés s'étendre au delA du territoire appartenant aux puissances avec lesquelles il est en guerre, et qu’il ne convient pas A l'armée française , placée sur la Vîstuie , de provoquer un ennemi de plus et un aussi redoutable ennemi. Par l'état des rapports de Napoléon avec l'Aulriche, on va juger si la plus grande circonspection n'était pas pour lui un devoir.

Depuis que celle puissance, cédant au souille de prospérité qui servait si bien la France, avait, par l'abdication de la dignité d'empereur d’Aticmagne, couronné l'ceuvre de la confédération do Rhin, tes relations des deux cabinets avaient paru très-amicales , quoique le ministère autrichien , en apprenant, avec une joie mal dissimulée, le désaveu du traité de Paris par l'empereur Alexandre, |

ne fût pas sans quelque regret d'un acte de complaisance qui, de sa part et contre toutes ses habitudes. avait été A la fois précipité et gratuit. On serait même, s'il eût été possible, revenu volontiers sur des concessions faites un peu légèrement à la fortune. L'un des points auxquels on avait consenti était la reconnaissance d'un frère de Napoléon pour roi de Naples, à la vérité sous la condition qn’aoparavant une autre grande cour en aurait donné l'exemple. La Prusse qui, déjA résolue ou prête A se résoudre A la guerre contre la France, continuait d'alTcclcr l'apparence d'une grande intimité avec elle, %ant nommé un ministre, M. de Humboldt, pour résider A Naples auprès du nouveau roi, le gouvernement français Gt réclamer A Vienne l'exécution d'une promesse attachée A une condition qui venait d'étre remplie. LA commencèrent les tergiversations. Ce n'était plus seulement par une grande cour que l'on désirait être précédé dans cette démarche, mais par une cour qui eût des liens de famille avec le roi Ferdinand, notamment par l'Espagne. La France n'insislr point; elle avait alors d'autres intérêts à ménager.

La question des places du Catlaro, momentanément tranchée par le traité de paix avec la Russie, revivait par la non-raliGcation de ce traité. La négociation de Paris n'avait pas empêché les tentatives faites pour recouvrer ces places en conséquence désordres sincères ou mensongers, envoyés aux commandants russes par l'ambassadeur Rasumowski;mais en défliiilivc les commissaires autrichiens avaient été méconnus, et il avait été répondu au général comte de Bcllcgardo que l’on coulerait bas tout bAlimenl, quel qu’il fût, qui tenterait un débarquement. Alors an.ui se débattait entre le cabinet des Tuileries et de Vienne la Gxalion des limites de l'Autriche et du royaume d'Italie; mais l'affaire importante du moment était pour eux celle des Bouches du Catlaro, cl elle devint le sujet d'une convention qui fut signée , dans les premiers jours d'octobre, entre le comte de Stadion et l'ambassadeur de France, M. de la Rochefoucauld. L'objet de cette convention était de régler l’action combinée du général autrichien, comte de Hcllcgarde, auquel on envoya des renforts, et celle des généraux français pour la reprise des postes contestés.

De part et d'autre, et surtout du côté de l'ambassadeur français, il avait été jeté quelques mots pour un rapprochement pins étroit entre les deux puissances. Une lettre de l'empereur Napoléon, datée de AVQnbourg, témoignait qu'il ne voulait plus de rapports particuliers avec la cour de Bcr- I lin, dont la duplicité avait passé toute mesure. Le

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