TI\E V
GDERRE EN ITALIE.
par la ville. La ville fut emportée, et les Aulrichicns se retirèrent dans le fort. Ce n’était qu'un demi-triomphe. Si l'armée avait suivi la roule de la ville, le fort l’aurait écrasée de son artillerie. On fut réduit à tailler le roc comme Annibal. On ouvrit dans la montague, ou plutôt dans le rocher d'Albarédo, une espèce d'escalier par lequel on Ht filer les hommes et les chevaux. Pour rarlilleric, ce chemin était impraticable. Nul autre passage n'était possible que celui de la ville de Dard. La nécessite, commandait; le péril ne pouvait être évité; on dut se borner à le restreindre. Les roues des voitures, des caissons, furent entourées de paille; le chemin fut couvert de fumier , de matelas, de tout ce qui pouvait amortir le bruit du transport. Grâce à cette ^ précaution, l'artillerie passa pendant la nuit, non 'sans la perte de quelques braves, tués par les boulets et la mitraille, que, dans l’obscurité, le fort lançait au hasard, mais du moins la perte fut vingt fois moins grande qu'elle ne l'eût été sans cet expédient. Le commandant du fort, complètement trompé par ce stratagème, en annonçant au général ' Hélas qu'il était entré en Italie environ trente mille* Français et trois ou quatre mille chevaux, se faisait fort d'empêcher qu'il y arrivât de l’artillerie.
Cependant le général Lannes s’était présenté devant Ivrée le 24. Il y avait, dans cette ville, cinq à six mille hommes, dont trois de cavalerie, force peu utile pour la défense d’une place. La ville et la citadelle furent enlevées en un jour. Le 26, le 'corps autrichien ayant prié position à Romano, derrière la Chiusella, fut culbuté et rejeté sur Turin. L’avant -garde française s’établit aussitôt à Chivasso, où le premier consul la passa en revue le 28. Dès la veille, toute l’armée était rendue à Ivrée 'avec son artillerie.
Dans le même temps, le général Thnrreau , avec trois raille hommes , avait attaqué le Hont-Cenis , s’en était emparé, et avait pris position entre Suse et Turin; diversion qui devait partager l’attenlion cl les forces du général Hélas, dont le quartier général venait d'élre établi dans la capitale du Piémont. Alors aussi s’avançait par le Saint-Go-' Ibard, sous les ordres du générai Moucey, le corps de quinze à dix-huit mille hommes détaché de l’armée d’Allemagne, dont le ministre delà guerre, Carnot , avait été chargé d'assurer le départ et la marche pour l'Italie. Une colonne de ce corps, sons les ordres du général Bethancour, se dirigeait sur Domo d'Ossola. Dans la position où se trouvait le premier consul, plusieurs partis s’offraient à son choix. Le plus audacieux, et peut-être par cela même le plus prudent, fut celui qu'il adopta. U se jeta dans la Lombardie. Vainemerit les corps que le général Mêlas avait laissés pour garder les dé-
ni
bouchés de la Suisse, ef les divisions de cavalerie et d'artillerie qu’il n’avait pas conduites avec lui pour son expédition de Gènes et de Provence , voulurent empêcher nos troupes de passer le Tésin. Le passage fut forcé. Le premier juin, le général Lannes s’empara de Pavie, où il trouva des magasins considérables et près de deux cents bouches à feu, parmi lesquelles trente pièces de campagne. Le 2, le premier consul entrait dans Milan. Les Milanais étonnés avaient peine à en croire leurs yeux. Jamais peuple ne passa plus inopinément do sommeil de la servitude â une existence politique. La république cisalpine fut une seconde fois proclamée, ün frémissement de joie agita tous les cœurs italiens, tant la domination oppressive de l’Autriche avait été prompte à faire regretter les Français, même par la portion des habitants qui s’était réjouie de leur départ.
Tandis que le premier consul recevait à Milan les hommages de la reconnaissance, l'activité de scs mouvements n'était pas interrompue. Le 4 juin , la division Duhesme occupait Lodi : peu do jours après, ce général cerna Pizzighitone, s’empara de Crémone , et jeta l'alarme jusque dans Mantoue. D’un autre côté , Murat s’était porté contre Plaisance, avait surpris la tête de pont; et, après quelques combats livrés aux portes mêmes de la ville, il en élait.resté maître. La veille, le 6 juin, le général Lannes avait passé le Pô, à Dclgioso, auprès de Pavie, avec son avant-garde et le gros de l’armée. Le 8 juin , le premier consul fit défiler devant lui le corps du général Honcey, et dirigea l'une des divisions de ce corps sous les ordres du général Lapoype, pour border le Pô depuis Pavie jusqu'à la Dora , et éclairer les mouvements de l’ennemi. L’armée de réserve était tout entière arrivée à sa destination : clic s’élevait dans
sa totalité à près de soixante mille hommes. C’était avec cette force (]uc le premier consul avait â lutter contre une armée supérieure du double; mais la ligne d’opération du général autrichien était cou-' péc; une partie assez considérable de ses troupes devait cire retenue par le blocus do Gènes; et le premier consul, à son départ de Milan le 8 juin, pouvait former les plus brillantes espérances. Débloquer Gênes surtout était une chance des plus probables, et Masséna aurait, avec les braves qui lui restaient, mis un grand poids dans la balance : il était trop tard. Apres les affaires les plus brillantes pour lui-même , pour le général Soult et pour tous les officiers et soldats ; après des épreuves plus pénibles que celles du champ de bataille, les souffrances et la mortalité produites par la famine, Masséna, cédant à une nécessité irrésistible, avait non pas capitulé, il en avait repoussé le mot
CHAPITUK V.
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»;ul arec iüdtgtialiuti, mais consenti à sortir de I Gênes arec armes cl bagages.
Cet incident inattendu changeait singutièrcmcnl la situation de Parmeo française, lui Atait l'espoir fPun puissant renfort, et, en revanche, rendait A la disposition de Pennenii iin corps considérable. Le coniniandant de ce corps, ce même général OU. avec lequel Alasscna avait traite le 4 juin, était venu en deux marches à Tortono, et avait poussé son avant-garde jusqu’à Plaisance, se Qaltant d'arriver lui-mérne assez tùl pour empêcher les Français de passer le P/>. Son projet ayant échoué, ce générai avait pris une bonne position à Castoggio et à Monlcbello, avec ta résolution de combattre sur ce terrain. Celle résolution ne pouvait que convenir à l'armée française, qui, vu son infcciO' rite numérique , devait trouver dans des engagements partiels plus de chances heureuses el de moindres dangers. Le général tannes n'était pas homme à refuser le combat; mais ii'ayanl avec lui que huit miilc hommes contre dix-huit à vingt mille, cl d'ailleurs attendant le corps du général Victor, qui n'était qu’à trois lieues de distance, il n'avait pas intérêt à commencer Paffairc. Il fut prévenu. Celte Journée fut une des plus glorieuses de la campagne, sortoul pour ce général qui, seul pendant plusieurs heures, fit des prodiges, jusqu'à ce que, vers midi, Parrivée du général Victor décida complètement U victoire, f^c général OU eut trois mille bommes tués, et laissa cinq niillc prisonniers entre les mains des Français. De cette bataille sortira, pour le general Pannes, le titre de duc de Montebello que, depuis, tant d'autres l>caux faits d’armes ont encore illustré. Les deux jours suivants furent employés par le premier consul à concentrer son armée, à établir des ponts et des télés de pont sur le PA, afin d'avoir des )M)inls de retraite assurés contre tous les événements. Ce fut là . dans la position de Slradella, que. le 1 1 juin, il fut rejoint par le general Desaix.
Parli d’Égypte avec des passe ports du commodore Sidney-Sinilh, ce général n'en avait pas moins éprouvé, de U part de l'amiral Keith , les Iraitemenls les plus injurieux. Débarqué à Livourne, il s'était hâte, aussilAi sa quarantaine Unie, d'accourir auprès du premier consul pour partager la gloire el les périls de l’armée. Réunis tous deux sur un terrain nouveau et ilans une position nouvelle, Bonaparte cl Desaix passèrent une grande partie de la nuit à s'entretenir et de l'Égypte, cl
’ Ce* ÔO.OOO homme* claieni rép.iriis de l.i manière fiuivanie ; Division* XValrin et M.viiioni ; lieutenant général Lanne*. — Division* Boudel, Monnicr. Lapoype; Iteuicnnni général Desaix. — Divisions Aardanoe cl
des Anglais, et des Turcs, et de l'espèce de nostalgie du général en chef, qui avait voulu, à tout prix, la convention d’KI-Arisch, dont Desaix avait etc le négociateur, cl du réveil héroïque qui avait si noblement racheté dans Kléber l'erreur de ses premières idées, en lui prouvant à lui-inémc qu’il était en état de garder ce qu'il avait si bien su reconquérir. Les talents el l'ardeur de Desaix ne pouvaient pas rester oisifs; le premier consul mit sous son coinmamlement les divisions Roudel, Xotinicr cl Lapoype : ce dernier, dépendant du corps du général Honccy , qui était sur la rive gauche du PA , reçut ordre d’aller promptement rejoindre le nouveau corps dont il allait faire partie.
Des soixante mille hoiunies dont l'armée se com- |M>sait, la moitié se trouvait en dehors de l’action principale. Le général Thurreau était dans la val-* léc de Susu. La division du général Chabran, laissée au siège du fort de Bord dans la valtéc d'Aoste, avait rempli sa mission en huit jours. Une pièce de canon, montée sur le clocher d'Albarédo, avait servi à ouvrir la brèche et contraint la garnison de capituler. Un clocher, changé en batterie cl lançant des boulets contre un fort, est une des singularités des dernières guerres, si fécondes d'ailleurs en étranges innovations. Cependant le général Chabran cl le général Thurreau étaient retenus dans leurs positions respectives par la présence d'une forte garnison autrichienne à Turin. Le général Monccy, avec dix à douze mille hommes, occupait la haute Lombardie. Duhesinc, avec sept à huit mille, bloquait Pizzîghitone ainsi que le château de Plaisance, et couvrait l’année contre l'incursion des troupes autrichiennes que le général Mêlas avait laissées dans le voisinage de Mantouc, dans la Marche d'Anrême et dans le duché de Parme. D’après celte dissémination forcée, le premier consul ne p^mvait mettre en ligne qu'à peu près trente mille hommes*. Tandis que l'armée française gardait sa position de Slradella, le général Mêlas concentrait scs forces devant Alexandrie, où était son quartier général. Les deux armées étaient ainsi en présence sur la rive droite du Pô. dans un sens inverse de l'ordre naturel, les Aulrtciiiens adossés à la France, les Français, aux possessions autrichiennes.
(^tuuiqu'il existât pour le générai Mêlas plusieurs moyens de rejoindre les troupes dont il était séparé, de manière à pouvoir ensuite accabler son ennemi de tout le poids de ses forces rassemblées.
Chambertac ; Heutenaut gcDéral Victor. — Caraiene .' Murat, Krllrrmana, Champeaux , Rivaud, à {>eu près 5,700 homme*.
guehhk kn Italie.
ce général chuisit entre tous ccs moyens le plus hardi cl le plus honorable, celui de s’ouvrir un passage sur le corps de Parméc Trançaise. Cette coiiGancc n'avait rien de présomptueux. Son armée, pourvue d’une nombreuse artillerie, montait au moins à quarante mille combattants, parmi lesquels sept à huit mille hommes d'une excellente cavalerie, tous soldats éprouvés et fiers encore des succès de la dernière campagne. Le 12 juin, l'armée française passa laScrivia. Des détachements de cavalerie légère ayant, par ordre du premier consul, battu la plaiue qui s'étend entre cette rivière et la Bormida, reconnurent que le village seul de BTarengo était occupe par un corps ennemi qui paraissait être de quatre a cinq mille hommes. Le général Victor fit enlever le village, repoussa le corps autrichien jusqu'à scs retranchements, mais fut obligé de s’arrêter devant l'artillerie des tètes de pont établies sur la Bormida. Cette fois le premier consul fut sur le point d’étre pris en défaut. La solitude de la plaine de llarengo, où il s'attendait à trouver l’ennemi, lui ayant persuadé que le général Mêlas, au lieu de songer à livrer bataille, faisait quelques mouvements ou sur le Tésin, ou sur Gènes, ou contre Suchet , il avait détaché sur son extrême gauche le général Desaix, dans la direction de Rivalta et d'Âcqui. Il reprenait lui-même la route de Voghera , quand divers avis lui firent connaître le péril de sa trompeuse sécurité et la résolution habilement déguisée du général autrichien. Le temps était court, la nuit restait seule pour SC préparer au combat, et, quelque célérité que dût mettre dans sa marche le général Desaix, qu’il se hâta de rappeler, ce général ne pouvait être revenu que dans l’après-midi du lendemain. L’ennemi commencerait l'attaque avec toutes scs forces. On n’aurait à lui opposer que dix-huit mille hommes d’infanterie et deux mille de cavalerie. Ce n'est pas à vaincre, c'est à n'étre pas vaincu que, jusqu’au retour de Desaix, doit aspirer le premier consul. C’est dans ce système qu’il doit régler l'emploi des troupes qui sont sous sa main. Tout le poids de la première partie de la journée presque tout entière va donc tomber sur les lieutenants généraux Victor et Latines, ayant chacun deux divisions sous leurs ordres. Leur tâche sera pénible, et le sort des armes paraîtra quelque temps plus que douteux.
Après avoir, pendant près de quatre heures, résisté au choc de l’infanterie, aux charges de la cavalerie, au feu de rarlillcrie autrichiennes, Victor, obligé d'abandonner le village de Marengo, par-
' Le général Bonaparte a dit de celte journée , et ce jogenient le pliisaiinple en est peut être le meilleur : « Il
courut dans sa déroute un espace d'environ deux lieues, avant de pouvoir rallier scs troupes en désordre. Le général Lannes, qui s'était porté à sa droite pour le soutenir, repoussa d’abord rcniiemi cl regagna du terrain, mais il aurait tout compromis en essayant de poursuivre ce succès. 11 dut aussi faire un mouvement rétrograde, et ce mouvement fut admirable. Attaqué par la plus grande partie de l'armée autrichienne , si ce général recule, il recule en héros, il ne cède que le terrain qu’il ne veut pas garder ; il met trois heures à parcourir un espace de trois quarts de lieue en arrière. Le premier consul venait de mettre en jeu tonte sa réserve. Les neuf cents grenadiers de la garde consulaire, placés dans une position bien choisie, formèrent comme une redoute vivante que les Autrichiens n’osèrent laisser derrière eux , cl contre laquelle le général Elsnitz, commandant de la cavalerie légère, perdit en inutiles efforts un temps qu’il eût pu employer à compléter la déroule des corps CD retraite. Le général Carra Saiut-Cyr, avec le reste de la réserve, disputait à l'ennemi et finit par conserver le village important de Castel- Ceriolo. Enfin, vers trois heures de l'après-midi on vit arriver les premiers régiments des divisions du général Desaix. L’ennemi croyait la bataille gagnée ; et Mêlas, rentré dans Alexandrie, laissait à son chef d’état-major, le général Zach, le soin présumé facile de recueillir les fruits de la victoire. Présomption fatale! La bataille gagnée n’était qu’une bataille d'allenlc *. C’est maintenant que la véritable bataille commence. Le premier consul a fait de nouvelles dispositions. Tous les corps sont prêts pour un mouvement combiné; les divisions de Victor sont elles-iiiémcs ralliées et vont rentrer dans la carrière. Partout où le premier consul a paru, les esprits se sont ranimés. « Soldats, dit-il, » c'est assez reculer, marchons eu avant; vous » savez que je couche toujours sur le champ de bail taille. » Dans ce moment s’avançait avec l’orgueil d’un succès assuré une colonne de cinq mille grenadiers hongrois, conduite par le général Zacb, chef d'état-major de Hélas, et destinée à consommer la défaite de l’armée française. Desaix marche à sa rencontre; au moment de toucher les rangs autrichiens , il démasque une batterie de quinze pièces de canon, dont l’explosion inattendue déconcerte et rend un moment immobile la tête de la colonne autrichienne. Desaix a saisi l’instant, il commande la charge , il va se précipiter sur l'ennemi. Une balle le frappe au milieu de la poitrine, et il tombe dans les bras du colonel le Brun, aide
» y a eu (leux batailles; j'ai perdu la première et gaenc » la seconde. »