CHAPITRE LXVn
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rcslémaüredeâbautcors enlre Anklappeii elLam> pascb, conlinuail d'ctre ainsi fort en avant sur la gauche de l’armcc ennemie.
A raile droite, Beiiigsen n'était pas moins vi> j veinent pressé par le maréchal Ney. Ce maréchal , . dans sa poursuite du corps prussien, n’avail, comme nous venons de le dire, atteint que l'arriéregarde de ce corps. Il l'avait battue au village d'AIthof, s’était emparé de ce village et, tandis que Lestocq défilait derrière l'amiéc russe pour en secourir l'aile gauche, il avait attaqué et pris le village de Schlodiltcn , sur lequel s’appuyait la droite, commandée par Toulscliof. Soutenu à Schlodiltcn par la cavalerie légère du maréchal Soult, Ncy s'éLail porté sur le village de Scliiuoditlen où il s'établit. Vaineineiil Benigsen, pour dégager son aile droite, dirigea contre Schumodil- (en une colonne de grenadiers. Celte colonne fut reçue à bout portant, repoussée à la baïonnette et mise dans une complète déroute. La fortune avait ; fait perdre au tnarécli.*il Ney la plus grande partie | du jour ; elle n'avait pas voulu que les derniers | moments en fussent sans éclat pour lui. Après cet | échec, Renigsen lit cesser le feu â dix heures du soir et donna l'ordre de la retraite. Dès huit heures, Napoléon avait fait allumer les feux de bivac sur toute sa ligne, comme pour annoncer In vie- ! luire à son armée et montrer à l'eiineini qu’il ne , craignait pas de lui ouvrir les chemins d’une attaque nouvelle. Olui'ci ne songeait qu'à profiler des ténèbres pour se retirer dans le meilleur ordre possible. De son cùlé, l'empereur Napoléon était | aussi dans le doute s'il ne disposerait pas sa retraite pour le lendemain. Kn terminant ce récit d'une bataille où les Français vainquirent, mais où les Russes ne cédèrent pas. la justice nous commande lie rendre hommage à la brillante valeur du corps prussien auquel, de leur propre aveu, les Russes durent leur salut '.
Les premiers rayons du jour ne monlrèrcnl le lendemain aux Français que quelques cosaques éclaireurs de l'arrière-garde. Dans sa marche sur Konigsberg par Mulliauscn, l'armée russe av.vii passé la rivière la Fritching, et était arrivi'e dans la matinée à Wittemberg. Toujours fidèle à ses habitudes de forfanterie, Benigsen s'était fait précéder à konigsbergdu bruit d'une éclatante victoire.
A ta vue du désordre de scs divisions, l’elTroi remplaça cette joio d'un instant; quiconque avait les
' • Les Riiurs Ftirenl asiu*/. i^ênérrux pour cr»m<*iiir • qu'ils leur avaient dû leur snliil. •
itfriNmn'j rfe Af. Lombard.
* Plus lard, le 13 mars, après avoir reçu cet Clal. il l'épood b riniendant général : • Par 1rs reoscignenicnu
moyens de fuir, quittait à la hile une ville où l'on craignait do voir se renouveler les roaibeors qui avaient précédé la capitulation de Lubeck. Napoléon, dont l'armée n’avait pas moins besoin de repos, ne pensait nullement à le suivre. 11 se contenta d'envoyer après lui le grand-duc de Berg, qui s'avança jusqu'à quelques lieues de Konigsberg , et recueillit dans sa roule les hommes que l'épuisemoot avait forcés de s’arrêter en arrière. Le plus grand nombre des prisonniers consistait dans les blessés restés sur le terrain. Il n’y en avait pas moins de six mille. Les Français avaient pris en outre seize drapeaux et vingt -quatre pièces de canon, trophées bien modestes pour une si longue et si terrible journée! L'issue de cette bataille avait trompé les calculs des deux chefs opposés, ceux de Napoléon qui avait espéré rejeter l'armée russe sur la rive droite de la l'régcl, et s'emparer de Konigsberg; ceux de Benigsen qui s'était flatté de renvoyer l'année française sur la rive gauebe de la Vistulc , et de débloquer les places de DanUig ,
Graudcfitz et ^
L'emperi'iir Napoléon , par Ses bulletins, disait que les Rtivses avaient eu sept mille hommes tués, il avouait, du cété des Français, dix-neuf cents hommes tués cl cinq mille sept cents blessés. Nous devons croire que, de ivoire c<Hc, le nombre des morts était plus considérable; mais, à l'égard des blessés, l'empereur n’en avait point déguisé le nombre réel. Ce qu'il annonçait, il était ,'iatorisè à le croire vrai. L'état des blessés, entrés aux hùpilaux un mois après, le 8 mars, ne montait qu'à quatre mille six cents. Il s'en étonnait. • J'avais, écrivait-il » à l'intendant géoéral, calculé sur sept à huit > mille » ; cl il lui demandait à cet égard un état positif 2 et détaillé. Celle correspondance constate qu'il n'y avait point chez lui autant de disposition qu'on le prétend à déguiser les faits, quand ils n'élaicnt point à son avantage. Le champ de bataille d'Eylau était une de ces horreurs célèbres que l'imagination seule semble c.npahle de concevoir, niais dont il riait réservé à un grand talent * de retracer la sanglante et glaciale image dans son épo«vantablr vérité.
O terrain sur lequel rartilirric avait roulé , où 1.1 cavalerie avait combattu, c'était en |iarlic des marais et des lacs, recouverts de plusieurs pieds de neige, qui auraient pu, s'il était .survenu im prompt dégel, renouveler celle fois, pour l'une et
• qm> vont me tlonnez, je vola que nnu ne sommes pas O loin «te eompie. Il y » eu k U balaxHe d'Eylau qiMin-e
• nu cinq mille blessés et un millier aux coiuImU «la ■ Mohritngen et antres qui ont préeétié la Uaia'iilc. ■
* M. Gros, l'un de nos prinires les plus distingués.
[IftOT]
POLITIQUE EXTÉlUEUriE.
Taulre armée, les engloutissements d’AustcrliU. Napoléon resta neuf jours «Ions les positions qu'il avait prises le jour et le tendemain de la bataille. Le 17, il commença le mouvement |>our concentrer son armée sur la ligne de la Passarge. Si la bataille d'Kylau n'avail point décidé la grande question de la guerre, elle avait eu pour lui l’im- (kortant avantage de faire échouer les projets agressifs des Russes, de lui permettre de faire reposer son armée dans des quartiers d’hiver, ce qui avait été dans son intention dés son arrivée sur la Vistule , de recevoir des renforts et des munitions, enfin de presser, dans cel intervalle, le siège des diverses places qu'il avait fait bloquer, surtout le siège de Danliig, dont la prise aurait nécessairement une grande influence sur le succès de la nouvelle campagne qu’il aurait à ouvrir plus tard.
Tandis que les diflerents corps étaient en mou> vemenl pour prendre les caulomiemenls qui leur étaient assignés, l'empereur recevait la nouvelle d’un important avautage remporté par le général Savary, qui commandait le S* corps en l'absence du marécbal Lannet. I.a destination de ce corps était, comme on sait, de maintenir sa position sur le Bu^ et de se borner i couvrir Varsovie. Ce fut le général Essen , commandant le corps russe d'observation, qui prit rofTensive. Ce général, dont le corps était d'à peu près vingt -dcui mille hommes , l'était mis en marche sur Oslrolenka, le IG février, par les deux rives de la Narew. Celle de ses colonnes, qui suivait la rive droite, fut repoussée par ta division Gaxan. Celle qui marchait par la rive gauche pénétra dans OstrolciiLa , mais les généraux Ruflin cl Campana l'arréiércnt dans les rues, la chargèrent trois fois à la baïonnette et la forcèrent de se retirer sur des monticules de sable qui couvrent la ville à 1a rive gauche. Un renfort paillant était arrivé au général Savary. Le général Oudinot, qui de Varsovie devait se rendre à WiUemberg avec sa division de huit à neuf mille grenadiers, avait en ordre de se tenir, tout en suivant sa route , à portée de prêter secours au d* corps, si Celui-ci venait à en avoir besoin. Informé de la marche des Russes sur Ostrolenba, Oudfnot y était aussilét accouru. Il forma Paile gauche du corps commandé par Savary; la division Suchel formait le centre; la brigade du général Campant, la droite; la brigade du général Ruflin, la réserve. Tel fut l'ordre dans lequel on marcha contre l'ennemi. Les grenadiers d'Oudinot eurent bientôt culbuté l'aile droite des Eusses; toute la ligne française suivit le mémo mouvement, gravit les monticnles et en chassa l'ennemi qui fut poursuivi jusqu’à plus do deux lieues. Il resta sur le champ de balaiilc treize cents morts, parmi lesquels se trouvait
le lils du fameux générai Suwaref. On fil à peu prés autant de prisonniers. I.e lendemain la cava- * lerie continua la poursuite des Russes; Suchet se plaça en avant sur la route de Nowogrod ; Savary réunit à Oslrolenka le reste de ses troupes, et Ou- I dinot reprit sa marche sur WiUemberg où il devait flanquer la droite des rantonnemeiils de l’armée. L’un des plus utiles résultats du succès qui venait d’élre obtenu , était de permettre rétablissement d’une communication directe entre Varsovie et le quartier impérial. Pour mettre ce corps d’observation en état de remplir plus sûrement la tâche qui lui était imposée, l'empereur le Ht renforcer par une division bavaroise sous les ordres du général Wrrde.
Le 2» février, l'armée française occupait les positions où elle va rester pendant plusieurs mois. Sa gauche s'appuyait au Frisch-Flaf; ta ligne suivait, en le rrmonlanl, le cours de la Passarge; le centre couvrait les débauchés sur Osterode; la droite était en avant entre le Passarge et l'Aile. Tous les corps étaient tellement répartis que chacun d'eux eût pu se réunir sur Ostermle en deux marches au plus. Bu reste, l'empereur avait agi dans l'hypothèse de modifleations possibles. Il n'entendait, écrivait-il L « occuper la rive droite de la Vistule que comme n mancBuvrc de guerre. Il ne voulait y avoir aun cune espèce d’embarras qui put le gêner soit dans n les mouvements offensifs, soit pour évacuer ce » pays , si telle était son intention. » l.e quartier impérial, «glacé d’abord à Osterode, fut peu après porté au château de Finkenstein.
Au moment où l'empereur se disposait à prendre ses quartiers d'hiver, il en avait instruit l'armée par une proclamation qui rappelait aux soldats ce qu’ils venaient défaire. «Ayant ainsi déjoué tous » les projets de l'ennemi , ajoutait-il , nous allons » nous rapprocher de la Vistule et rentrer dans nos K cantonnements. Qui osera en troubler le repos, R s'en repentira. ■ I.e repos de l'armée fut peu troublé en effet ou ne le fut pas impunément. Beiiigsen ne manqua pas de s'avancer sur le terrain que l'armée française laissait libre et se décerna à lui-méme les honneurs du triomphe dans une proclamation insensée. Il envoya des partis de cosaques harceler nos avant-postes et fil quelques tentatives partielles qui n'eurent aucun succès.
La plus importante fut celle que dirigea le général lycslocq , à la télé de sept mille l'russiens et de cinq mille Russes, dans le dessein de gagner KIbing et de se mettre en communication avecDanlxig. l<e général Dupont, appartenant au corps do prince de Pontc-Corvo fut chargé de marcher con-
■ 1.^ 94 février.
rnAriTRE i.xvn.
trc l'ennemi avec sa division cl la cavalerie du gênerai Lahoussaye el de le rejeter au delà de la Passarge. T/afTairc Tut irès-honorablc pour le général Dupont. Leslocq, chassé des villages de Zagern et de HaliCiidurr, après avoir vainement renouvelé le combat dans Rraunsberg. fut forcé d’abandonner celle ville, laissant quinic cents prisonniers, deux drapeaux et plusieurs pièces de canon. Les autres combats, qui curent lieu et dans les derniers Jours de février et dans le mois de mars, méritent peu que l'histoire en conserve le souvenir.
Dans cet intervalle de repos pour l'armée, les événements militaires les plus glorieux seront ceux qui auront lieu devant Dantzig; mais parleur nature même, et à cause de la multiplicité des détails, nous serons à peu près forcés de les passer sous silence. La direction va en être confiée au maréchal Lefebvre, qui vient d'organiser à Thorn le dixième corps avec loquet il doit reiilreprendre, et qui se forme en partie d'alliés de la f'raiicc. de Baduis, de Saxons et de Polonais. Déjà deux divisions de Polonais secondent activement l'armée de qui ils attendent leur délivrance. La division desliiire à prendre part au siège de Dantzig est sous les ordres de Dotnbrowski. L'autre, coriiinaiidée par le général Zaionschock, est entrée en ligne avec la grande armée et a ses cantonnements à Neidenbourg. Six semaines avaient sulli aux Polonais pour mettre sur pied près de trente mille hommes.
Pour assurer le re|>os de ses quartiers d'hiver , l'empereur fil fortifier les ponts de ü^iiden et d'KIditlen sur la Passarge. Indépendamment des létes de pont qu'il avait , avant la bataille d'Eytau, à Praga , a Sicrock , à Modlin et à Thorn , il en fît établir deux autres à Marienwerder et à Marienburg.
Tandis que l’armée avait fait la pénible campagne d'Eylau, le corps du prince Jérôme, en Silésie, et celui du maréchal Mortier, en Poméraoie, n’étaient pas restés inactifs.
Rn Silésie, Glogau avait ouvert scs portes aux Français le 2 décembre; Brcsiau, le 6 janvier; Brieg , le 1 1 du même mois ; et Scliweidniz , le 7 février. Les autres places toniberunl quelques mois plus tard.
Le maréchal Mortier, qui précédemment était entré dans le Mecklenbourg , avait occupé la plupart des points importants des deux Poinéranies ; Anklam et Wollin, dans la Poméranie prussienne; Woifgasl, Grcifswald et Grimmen, dans la Poméranie suédoise. Les troupes suédoises s'étaient retirées dans Slralsund. Mortier, dont le corps était
' l,e 8 mars.
• U 1i iti.
I peu considérable, sc borna d'abord au blocus de I cette place, faisant des préparatifs pour en former ' plus lard le siège. De son côté , le gouverneur de la place, le général d’Armfeld qui. indépendamment de sa garnison de douze mille hommes, avait organisé les habitants en milice auxiliaire, faisait (te temps en temps des sorties, afin d'cmpéclier ces préparatifs. Tous ces combats étaient sans importance. La guerre avec la Suède ii’étail pas celle que Napoléon avait le plus à cœur. Immédiatement après la bataille d'iéna , il s'était montré même dis|)osé à oublier tous les écarts de Gustave; des ouvertures avaient été faites à la légation suédoise à Hambourg, et il avait dépendu de ce prince de SC réconcilier avec la France. Aussi lorsque,
{ dans le mois d’avril, le général Essen proposera un armistice, le général français ne fera aucune difiicullé d’j consentir.
Ces corps d’arroce qui agissent séparément , j l'empereur les suit de l'œil, règle leurs mourcmcnls, précipite ou suspend leur action; mais l'un des soins qui l’occupent jour et nuit, c’est l'approvisionnement de l'armée. « Vous ne sau- » riez 1, écrit-il à l’inteodanl général, employer M trop (le moyens pour noua approviskmncr ; car * ioui ett /à... I» « Que les voituriers de Thorn à » Oslerodc soient contents et largement payés. >• Il ordonne, il indique lui -mémo une foule de dispositions; il répète sans cesse que « sa silua- » tion 2 dépend des vivres; qu’il est victorieux. » s’il en a; mal, s'il en manque... n Cependant il I ne demande pas fimpossiblc au pays. Ainsi il écrit au général Duroc : m II ne faut pas envoyer H à l'arniée des farines sur des voitures venant de » Breslau, c'est trop exiger des gens. » « Nous n arrivons, mande-t-il on autre jour ’ à l'intcn- ; » dant général, i une saison où il y aura des fiè- » vres. Prenez des mesures efficaces pour vous ! » procurer une grande quantité de quina. N'épar- ! » gnez pas l'argent pour faire acheter des médicai M mcnls; que les hôpitaux ne manquent point de I B vin, achetez en. » Par diverses lettres, il de- I mande sans cesse des boulangers, des infirmiers.
; des chirurgiens. Il veut que tous les hommes de ces ! professions, attachés à l'armée, soient sur la droite de la Vislule; il a raison de le vouloir, mais son extrême impatience ne laisse pas à l’expression de sa volonté le temps de l'exécution. A l'égard des boui langers restés en arrière, il s'écrie : « Manque-t-il* I » donc de femmes... ou bien avez-vous pensé que, \ B comme dans les guerres de Perse, les boulangers I B prussiens pouvaient empoisonner le pain? » Ces
* Le 17 mam.
, * Letire du 3 mars.
[Ifl07]
POMTIOÜE EXTERIEURE.
boutades, injustement placées, ont rexcusc d’un sentiment très-louable en soi ; mais on aime mieux retrouver dans ses expressions une teinte de bonté et d'inlérét pour un dévouement courageux dont il est témoin, u l'cnscx-vous, dit-il toujours à l'intcn- Il dant général, que les commissaires d'E>rurtli et n autres aient plus de peine à trouver des employés Il ou des femmes que ce pauvre M. Lombard et les Il commissaires du quartier général? M. Percy ‘ a » fait continuellement le métier d’infirmier. » Du reste, par quelques-unes des demandes que l’empereur faisait à son intendant général, on jugera s’il était facile à satisfaire. « Je vois ^ que vous avez n (ait une disposition de cent mille boisseaux d’a- » voinesur Marienwerder; mais qu’est-cc que cela? n Comment ^ n’ai-jc pas .‘$,000,000 de Imisscaux !> d’avoine sur le canal , depuis Custrin jusqu'à « Rromberg? Comment n’ai-jc pas à Bromberg » 400,0(XI pintes d’eau-de-vie? Enfin, comment n’y >1 ai-je pas 100,000 quintaux de farine et SO.OOO » quintaux de blé? » J’ai cité sans scrupule ces passages qui semblent de vifs reproches pour M. Daru; mais tout en parlant avec cette apparence de mécontentement, l’empereur savait mieux que personne avec quelle ardeur de zèle il était servi par cet habile administrateur; mieux que personne il appréciait une aolivité qui répondait à la sienne, et il n'était si exigeant envers son intendant général , que parce qu’il était accoutumé à lui voir faire des choses qui pour tout autre eussent été impossibles. Jamais les ordres d'un prince ne reçurent un accomplissement plus fidèle, plus rapide. De l’Elbe et surtout de l’Oder à la Vislule, de Stettin, de (iustrin, de Brcsiau, de Varsovie au quartier général, les rivières, les canaux, étaient chargés de barques, les routes couvertes de voitures, portant à l’armée française des subsistances et des fourrages. Ce mouvement soutenu, perpétuel, offrait à l'œil du voyageur * l’image du commerce le plus animé dans les plus beaux jours de la paix. L’époque du séjour de Napoléon aux quartiers généraux d'Osterode et de Kinkenstein est peut-être celle de sa vie où il montra le plus d’empire sur luiméme, le plus de ce courage si rare dans les hommes de son caractère, celui de la résignation et de la patience. Cette circonstance d'une impérieuse nécessité, qui va, pendant quatre mois, le retenir à cinq cents lieues de sa capitale, fit sentir vivement à la nation française l’inconvénient de voir son existence politique reposer sur la tête d’un monarque guerrier et, à Napoléon lui-méme, l’in-
• Lettre du 50 m«r». M. Percy était chirurgien en chef de l'armée.
’ Lettre du 54 avril.
stabilité d’un état de choses où le sort de tout l'empire était lié à celui d'un seul homme. Il ne lui était pas permis d'étre vaincu une fois; seulement équivoque, la victoire était pour lui une défaite. L'indécision de la bataille d'Eylau avait jeté I dans Paris une consternation incroyable ; l'envie se vengeait des fatigues de l’admiralioti; le parti ennetni de l'empire déguisait , sous une feinte douleur, la joie que lui causait un désastre public. Une baisse sensible s'était opérée dans les fonds. L’empereur ne s'abusait point sur sa situation. Il comprenait que le seul moyen de rassurer la France et de dompter les partis, était de préparer de nouveaux triomphes. L’armée, que laissait reposer un moment son génie militaire, se réorganisait et se vivifiait par sa puissance administrative.
De l’empressement de Napoléon à prendre des quartiers d'hiver aussitôt après la bataille de Pullusk, de son retour à la même résolution après la bataille d’Eylau, les écrivains étrangers s'évertuent à tirer des conséquences plus ou moins vraies. Pour tout motif, il alléguait l'inlcmpérie de la saison et la difliculté des chemins. On ne se contente pas de ces raisons; il n’avait donc, a-t-on dit, vaincu ni dans l’une ni dans l'autre bataille, puisqu'il n’a pas cherché à profiter de la victoire; puisque d'Eylau surtout il n'a pas marché sur le Prégel pour couper l’armée russe et l'écraser dans Konigsberg ! Sans contredit les deux batailles d'Eylau et de Pultusk n'ont pas été tellement décisives que l'empereur eût la certitude de pouvoir, d'un seul coup , anéantir l'armée ennemie, et dès qu’il était possible que ce dernier succès fût rapidement dispute, la prudence lui défendait de le poursuivre ; mais, indépendamment de cette considération, plusieurs autres causes non moins graves lui commandaient la même réserve.
N’était- il pas indispensable, sous le rapport militaire, qu’avant de se porter si loin, il fût maître de quelques-unes des places bloquées par scs troupes et particulièrement de Dantzig. D’ailleurs des insurrections avaient éclaté sur quelques points de l’Allemagne; dans la Silésie, sous la conduite d’un prince d’Anhalt-PIcss, qui s’etait composé, d’un mélange de paysans et de prisonniers évadés, un corps de sept à huit mille hommes; dans la Poméranie , où des partis armés se montraient aux environs de Colberg, sous les ordres du lieutenant Schill que nous verrons, quelques années plus tard, obtenir par le même moyen une plus grande célébrité; dans l’électorat de Hesse et
’ Lettre du 3 mai.
* Expression de l'Jnnual J?eÿiafer.