CHAPITRE LXVHI
cira désormais, el la France peut justement récla- | mer l'honneur d'avoir puissamment contribué à faire entrer cette puissance dans la voie de la ci- , vilisalion. !
Tandis que les Turcs , par ce respect tout nou- ! veau pour le caractère d'agent public, faisaient un I pas en avant dans la carrière sociale, les Russes y faisaient un pas rétrograde. Après avoir donné au consul général de France à Yassy, M. Reinhart,des passe-ports pour se rendre en Autriche, le prince Dolgoruki le faisait enlever par un détachement de cosaques et l'envoyait en Russie. Mousiapha Ilaïractar, averti à temps, se saisit de M. Chirico, consul de Russie à Bucharest, et l'emmena prisonnier par représailles pour la sûreté du consul de France.
Oucllc avait été la cause de l'invasion précipitée de la Moldavie , en pleine paix el sans égard pour la satisfaction donnée aux plaintes de M. llalinski? Les dépêches adressées à ce ministre par le baron de Budberg, dépêches qui furent interceptées, en donnent une explication franche et naturelle. Aussitôt que le cabinet de l'étersbourg avait, par la soudaine destitution des deux vaivodes qui lui étaient dévoués, reconnu l'accroissement rapide de l'inOuence française à Constantinople, il avait jugé qu'il n'y avait pour lui qu'un parti à prendre, celui de porter la terreur dans cette capitale, et de retenir, par la force, dans son alliance le divan trop disposé à s'en affranchir. L'expédition de Moldavie avait donc été arrêtée sans hésitation. La nouvelle reçue peu de jours après de la condescendance du cabinet ottoman aurait dû faire révoquer des ordres dont l’exécution commençait à |)cine. Rien n’y fut changé, et tandis que l’armée était en marche, on se hélait au contraire de demander au gouvernement anglais toute l'activité de son concours. De son côté, ce gouvernement avait aussi les yeux ouverts sur les fluctuations de la Turquie, el tenait dans l’Archipel, sous les ordres du contre-amiral Thomas Louis, une petite escadre d'un vaisseau et de trois frégates, pour appuyer au besoin el seconder son ambassadeur. Un vaisseau de celte escadre, le Canopuê, et une frégate, VEndymion , avaient seuls passé les Dardanelles el mouillé dans le port de Constantinople. C’est sur le vaisseau que s'etait, comme nous l'avons vu, embarqué M. Italinski , et la frégate servira plus lard pour la retraite de M. Ârbuthnol. La surveillance du gouvernement brilauiiique n’avait rien que de raisonnable.
t^u'il tâchât de conserver auprès du divan les positions dont il était maître, el d'empécher la Sublime Forte de se joindre à ses ennemis, c'était une politique de raison cl de devoir; mais de là au ren-
versement de l’empire turc il y a loin , et , pour plaire à la Russie , on va se prêter à des mesures qui ne tendent à rien moins qu'à préparer la ruine de cet empire. Le cabinet britannique n’avait voulu ni se porter caution des emprunts que l'empereur Alexandre avait demandé à faire en Angleterre, ni envoyer d'expédition militaire dans le Nord. Pour faire oublier ces refus , il fallait bien donner quelque part preuve de dévouement à la Russie , et cette preuve , la Russie l'attend devant Constantinople. C'est à ce prix seul qu'elle portera toutes scs masses contre Napoléon. Dès lors, pour le cabinet de Tendres, périssent les Turcs, pourvu que Napoléon soit atteint en même temps !
I>a flotte, commandée par l'amiral Duckwortb, qui croise sur les eûtes d'Espagne, flotte composée de sept vaisseaux et de plusieurs frégates , reçoit ordre de faire voile pour la Méditerranée. Vers le commencement de février die sera rendue à Ténédns. De nouvelles instructions ont aussi été adressées à M. Arbulhnot. Le 2tS janvier, dans une conférence avec les ministres ottomans , il leur fait connaître les volontés réunies des cours de Pélcrsbnurg cl de Londres. Après de vives plaintes sur la partialité du divan pour le gouvernement français, sur les égards qu’on avait eus pour les exigences de l'ambassadeur de ce gouvernement, sur l’interdiction du passage par le Bosphore faite aux bâtiments russes, sur la destitution des deux vaivodes cl sur la lenteur de leur réintégration, M. Arbuthnot demande que la Sublime-Porte renouvelle son alliance avec l’Angleterre et la Russie , et qu’elle renvoie l'ambassadeur de France. En cas de refus, la rupture avec le gouvernement anglais est inévitable. Le ministère turc était bonteux encore d’avoir cédé naguère, avec un empressement peu honorable, aux menaces d'un jeune secrétaire d'ambassade. Les circonstances d'ailleurs étaient changées. On venait d'apprendre les triomphes des armées françaises en Prusse , la chute de plusieurs places de l'Oder, et les premiers succès de Napoléon en Pologne. Ces nouvelles, arrivées à l'ambassadeur de France, avaient été sur-le-champ communiquées par lui au cabinet ottoman, et avaient forliiic les bonnes dispositions de la partie du cabinet qui penchait pour le système français. On répondit négativement aux demandes de l'envoyé britannique.
C'était un usage établi que l'ambassadeur de France reçût, le dimanche, tous les Français en résidence à Constantinople. Après avoir parlé des victoires de la grande armée, le général Sébastian! fil aussi connaître à cette réunion de Français le décret de Berlin , relatif au blocus continental, en
POLITIQUE EXTÉRIEURE
appuyant sur l'article qui ordonnait l'arrestation de tous les sujets de la Grande-Bretagne, tant dans les pays occupés par les troupes françaises, que dan$ les États alliés de la France, et en y ajoutant la simple redexion ; la Porte est notre alliée. Le but de ce mot significatif était d'inquiéter le ministre d’Angleterre et de le jeter peut-être dans quelque fausse démarche. On peut croire qu'il contribua effectivement à une résolution brusquement prise et exécutée par cet ambassadeur.
D'un autre cOté, M. Ârbuthnot venait d'apprendre que l'escadre de l’amiral Duckworth était arrivée dans l'Archipel. Sur-le-champ il se décide à la rejoindre avec tous les Anglais qui sont à Constantinople; mais le secret est nécessaire pour l'exécution de cette mesure. La présence du contreamiral Louis et de la frégate l’End/tnion qui était à l’ancre à la pointe du sérail, lui en fournit le moyen. Ce contre-amiral adresse à tous les chefs des maisons anglaises une invitation à dtner sur la frégate avec l'ambassadeur. Ceux-ci y accourent comme à une fête. A six heures du soir, M. Arbuthnot s’y rend avec sa légation tout entière. A onze heures, les câbles sont coupés, on s'éloigne et bientôt la frégate est réunie à l’escadre en station à Ténédos. En séparant ainsi les sujets britanniques de leurs familles et de leurs biens, M. Arbuthnot n'a point laissé sans protection leurs intérêts d'affection ni de fortune. Par une lettre qui ne sera remise qu'après son départ, il les a placés sous la sauvegarde du général Sébastian! , confiance honorable qui ne sera point trompée et à laquelle M. Arbuthnot avait droit de croire, parce qu'en une position semblable il en eût été digne.
Les écrivains anglais ont attribué à une autre cause le départ de leur ambassadeur. Suivant eux, il aurait pris ce parti, dans 1a persuasion que, placé à bord ’ de la flotte, il serait mieux écoulé du divan qu'en négociant sur le rivage. Dans cette hypothèse, il aurait enlevé avec lui les négociants de sa nation par la crainte que, s'il fallait en venir à l'attaque de Constantinople, ils n'eussent été exposés aux fureurs populaires. Au reste, même en admettant l'interprétation anglaise sur la cause première du départ de M. Arbuthnot, il est trèsprobable que la possibilité de l'application du décret de Berlin dans l’empire ottoman eut aussi sa part d'influence sur la détermination de cet ambassadeur.
■ Il came (O ciiforcc ibe demands oF lhe brilish ambauador, who, calculating ihnt be woiild bave a betler chance oFsiiccess by ncgociating on Imard lhe Hcct ihan by ncgociating on shore, wilh the fleet lo lapport hiro, had quilted (lie port lo search for sir Thomas Duck-
Après avoir fait déclarer la guerre à la Russie, il restait au général Sébastiani à obtenir une semblable déclaration contre l’Angleterre. L'empereur Napoléon, très-satisfait du premier succès de son ambassadeur, lui avait prescrit de ne rien négliger pour compléter ainsi son ouvrage. La retraite de M. Arbuthnot fut, sousce rapport, unccirconstancc dont le général Sébastiani s'empressa de profiter. Elle lui donna plus de facilités pour vaincre les incertitudes de la Porte- Ottomane. La guerre fut aussi déclarée à la Grande-Bretagne.
C'était un grand pas. En même temps il eût fallu pourvoir aux moyens de se défendre contre cette dernière puissance. Sur ce point, l’ambassadeur de France fut moins heureux. Scs conseils furent froidement écoutés. Quoique M. Arbuthnot eût renouvelé scs demandes, le jour même de son départ, il l’avait fait dans des termes ménagés, de manière à tromper le ministère ottoman et à le distraire de toute précaution défensive. En vain le général Sébastian! prédit une attaque infaillible, prochaine; en vain il insiste pour faire armer promptement les châteaux des Dardanelles. S'il parvient à faire donner la direction de ces travaux à son aide de camp, M. de Lascours celui-ci est entravé dans tous scs efforts par Fezi Effcndi qui SC trouve alorsaux châteaux, et par l'intermédiaire duquel M. Arbuthnot cherche à renouer la négociation avec la Porte. Le capitan-pacha, dont l’escadre est à l'ancre à la pointe de Nacara, ne songe pas davantage à la mettre en sûreté. Tous deux sont dupes d'un drogman adroit que M. Arbuthnot a mis en rapport avec eux, et ils négocient au lien de se préparer à combattre. Sous peu de jours , ces deux personnages expieront leur aveugle confiance. L’un, le capitan-pacha, tombera en disgrâce; l’autre aura la tête tranchée; mais aujourd'hui, dans leurorgucillcuse sécurité, ils repoussent tous les conseils, traitent avec dédain les représentations de M. de Lascours, et refusent encore de croire au projet des Anglais de forcer le passage quand déjà le passage s'exécute Déjà les vaisseaux anglais ont dépassé les châteaux extérieurs, sans avoir fait attention au feu des Turcs. Ce n'est qu’au moment où ils arrivent à la hauteur des châteaux d'Europe et d'Asie que, pressés entre les feux croisés des deux châteaux , ils se voient obligés d'y répondre. La position des Anglais eût pu être périlleuse; mais le capitan-pacha, qui était à terre,
worlh and bad retiirned with the sqiiadron lo propose bis lcrms.
Edinburgh lierietc de 1813.
’ Aujourd'hui membre de la chambre des députés.
’ I.c 30 février.
CIUrtTRE LWIII.
effrayé é la première décharge de rarlillcrio anglaise, ayant donné rciciiipie d’uite honteuse retraite, tous les Turcs quittèrent leur poste, et il ne resta aux batteries que M. de Laseours avec quelques Français indignés de tant de lâcheté jointe â tant d'orgueil. I>e vaisseau et les frégates, stationnés dans le canal, que le capilan-pacha aurait pu sauver, furent pris cl brûlés par les Anglais, t'n seul bâtiment avait fait une belle défense. La llamme de l’incendie porta la terreur dans le sérail. A quatre heures , l'amiral Duck^orlh avait pris sa station auprès du l'ilv des Frinces. Les Anglais ont vivement reproché t à cet amiral de n'avoir pas jeté l'ancre sous les murs même du sérail.
Une heure après, un parlementaire remit à la Porte un uHimalum dcrambassadourd'Anglelcrre. Les principales eundilioDB exigées étaient l'expulsion immédiate du général Sébasliani , la reitoncialion à l’alliance française, le reiiouvullemeiit de ralliaiice russe et britannique, la liberté de passage par les Dardanelles ponr les raitteaux de yuerre ruetet, et la remise de l'escadre turque comme dépôt jusqu'à la paix. Üii demandait une réponse prompte et péremptoire avec menace de commencer immédiatement l'attaque et le boitibardcnieiil de la ville.
On SC figurerait difficilement la consternation des Turcs. Malgré les avertissements réitérés de l'ambassadeur Sébasliani , ils étaient pris au dé- |M>urvu. Une seule batterie était en étal de tirer, celle de Tophana. Les autres n'auraient pu faire aucun service. Si les Anglais avaient su profiter du moment, nul doute que la Porte n’cùt accédé à leurs propositions. La première pensée <lu divan fut la soumission. six heures ilu soir, un drogman vint annoncer au général Sébasliani l'arrivée du grand-ccuyer de la couronne qui se rendait au palais de France. L'ambassadeur comprend sans peine l'objet de celle démarche. Il s’entoure aussitôt de tous les membres de son ambassade pour donner à la réception de ce haut personnage une solennité qui puisse produire quelque impression sur l’esprit du Grand-Seigneur. Sur la demande faite par le grand-écuver de l'entretenir secrètement, il lui témoigne qu'assuré de la discrétion de ses officiers, il ne peut entendre qu'en leur présence les propositions qu'un veut lui faire. Le messager impérial lui communique alors la sommation îles Anglais; il proteste de l'inaltérable aliachcmcnt de son maître pour Napoléon; mais il déclare positivement que Constaïuifioplc, surprime sans défense, n’cUnl
' To ihe tiirprUe of every body ihc Knglith squadroD, tntiead of Mpiiig slraighl lo lhe seraglio poiol, l»rc «wftj for lhe priocec Ulanda, acnl look a auiion Ihree
pas en étal de résister tui forces britanniques, le sultan se voit réduit à U cruelle obligation de céder momentanément aux exigences injurieuses de l'Angleterre. Il termine son discours en disant que la populace accuse l'ambassadeur de France d'étre la cause de la guerre, et qu'à peine le gouvernement peut-il répondre de sa vie. Des dangers personnels touchent peu le général Sébasliani. Il répond à l'envoyé du sultan qu'il est à Constantinople parles ordres de son souverain; qu'il n'en sortira que par des ordres émanés de la même source, à moins qu’on ne l'cn arrache de vive force. «> Il ne ■ s'agit ici, ajoule l-il, do rien moins que de l'hon- B neur, de ta sûreté et de l'indépendance de l'cin- « pire ottoman. La ffotte de l'amiral Duckworlh » peut incendier une partie de la ville, faire périr I» un certain nombre d'habilanU; mais privée de » l'appui d'une armée de terre, elle ne peut s'em- X parer de cette capitale, alors même que vous » voudriez lui en ouvrir les portes et la lui livrer B sans défense. Vous supportez tous les ans les pern tes occasionnées par de fréquents incendies, les » perles plus cruelles qu'amène la peste. Montren riez-vous moins de fermeté pour la défense de B votre religion et de votre plrie? L'empereur B Sélim ne voudra pas, par une faiblesse indigne B de lui, descendre du haut rang où l’ont placé » scs glorieux ancêtres. Vos remparts ne sont pas » armés, mais vous avez du fer, des munitions, des I» vivres, des bras; ajoutez-y du courage, et vous » triompherez de vos ennemis. Je vous priede dire B à voire auguste maître que j'attends avec con- M fiance une résolution digne de lui cl de l'empire B qu'il gouverne. » A l'instant même où le grandécuyer va rendre compte au Grand Seigneur de celle réponse, l'ambassadeur français met en action tous scs moyens d'influence auprès du grandvisir, de l'aga des janissaires, des ulémas et des ministres. Messages directs, agents intermédiaires, il emploie tout pour faire révoquer la fatale résolution qui vient de lui être annoncée. A deux heures du matin , Sélim lui fait dire qu'il a l'intention de se défendre , et rînvite à se rendre à trois heures dans le sein du divan.
Ce grand conseil était composé de quarante membres , tous anciens ministres ou ministres actuels, le grand -visir, le capitan- pacha et le chef des ulémas. La question do défendre Constantinople ou d'accepter les propositions anglaises, fut discutée avec calme et maturité. Feu d'avis timides se manisfestèrent. Le parti de la défense fut
milet front any <poi Front wheace offensive operations could be roderiaken.
Kiiinburgk /treiew (.Mémoire de M. Adair).
1*ÜUTH,)LE EXTEBIEU\E.
Ùol
généralcuieril embrassé avec ardeur. Dans le premier nioincnl, on voulail même opposer un refus lier cl baulain aux demandes de H. Arbuthnot. Le général Sébastian! fil sentir l'impradencc d'un tel procédé et l'importance de gagner du temps, en laissant tout espérer à rennemi, sans prendre toutefois d'engagement formel. Il dicta lui-méme une note qui exprimait, au nom de la Forte, le désir du rétablissement de Talliancc avec S. M. britannique, et qui annonçait la nomination d'Alelt- Effendi pour travailler à cet heureux ouvrage. Les Anglais, trompés i leur tour par la dissimulation musulmane , tombèrent aussi dans le piège où les Turcs venaient de se laisser prendre.
En se déterminant à défendre sa capitale, Sélim a mis à la disposition du général Sébastian! toutes ses forces de terre et de mer. Le front de Constantinople, menacé par l’escadre anglaise, est divisé en sept quartiers ; la défense de chaque quartier est confiée à un ministre. Toutes les directions, les ordres même partent de la lente de l'ambassadeur, que Sélim a fait dresser avec magnificence dans les jardins du sérail.
La crise où l'on se trouvait ii'élail pas un accident imprévu pour le général Sebasliani. Dès le commencement du débat entre la Russie et 1a Sublime -Porte, jugeant bien que l'union des Anglais aux Russes ne tarderait pas à faire courir d'autres dangers aux Turcs, il avait demandé à l'empereur Napoléon de lui envoyer quelques officiers de l'artillerie et du génie. L'empereur ne les lui avait pas fait allcodre. Lu colonel d'artillerie cl un chef de bataillon du génie, l'un et l'autre accompagnés de deux capitaines de leur arme, étaient rendus à Constantinople pour le moment où leur secours allait y être le plus utile. Ces officiers, les aides de camp du générai Sébastiani, les secrétaires de l'ambassade, les jeunes de langue un voyageur français qui se trouve i Constantinople, M. de Fonlécoulant, l'ambassadeur d'Espagne, M. d'Alménara, tous auxiliaires actifs du général Sébastiani , dirigent et pressent l'exécution de ses ordres. L'ambassadeur de France est en même temps le premier ministre et le connétable du Grand-Soigneur. 11 préside à tout, détermine les emplacements susceptibles d'étre fortifiés, indique, prescrit cl surveille les travaux. Un accord
' nênomination d(>« jeuoe» gens entretenus à Consisnlioopte pour y apprendre les langues orientales.
* Dans son inspection, Sélim ayant vu M. de Pnntéroulanl, qui dirigeait des constructions importantes, demanda qui il était. Le drogman répondit que c'était un ami de i'ambaaaadeur, sénateur français, un des quatre-vingts qui avaient choisi Napoléon comme era-
admirable règne entre les Français et les Turcs. C'est le triomphe de l'intelligence sur la force matérielle, de l'instruction sur l’ignorance. Celle-ci a reconnu son infériorité. Chaque Français, établi sur un point déterminé, UevieDl un chef d'action que les Ottomans secondent avec un zèle admirable. Pour ceux-ci, les Français ont cessé d'étre des infidèles ; ce sont des amis , des frères. Ce sont même des maîtres dont ils écoutent les conseils, dont ils altendenl le commandement. Le patriarche grec, respectable vieillard, qui a beaucoup contribué à maintenir sa nation dans le devoir, donne, avec son clergé, l'exemple du dévouement et de la subordination. Il en est de même du patriarche arménien. Toutes les nuances de religion, de nation, ont momentanément disparu. Tout ce qui est sujet du sultan Sélim déploie une égale ardeur pour repousser l'Iiivasion étrangère. Sélim lui-méroe visite > les postes principaux et encourage les travailleurs par sa présence. Des constructions défensives de diverses espèces sont élevées de toutes paris. Des batteries sont dressées à la fois sur les eûtes d'Europe cl d'Asie; on en place jusque dans les jardins du sérail; on fait passer de l'artillerie et des trou|>es dans les lies des Princes. Les ateliers de la marine offrent la même activité. On complète les équipages de l'escadre turque ; on dispose de vieux vaisseaux |K>ur former une ligne d'embossage qui protège l'entrée du port; on arme des chaloupes canonnières, au nombre de quarante-cinq, pour inquiéter les Anglais, surtout pendant la nuit. Partout les ouvrages avancent avec une prodigieuse rapidité; les remparts sont hérissés d'une formidable artillerie. Le septième jour, six cents bouches à feu sont prêtes à tirer, et dans ce nombre sont quarante mortiers. Seize grilles à rougir les boulets menacent d'incendier la fiollo ennemie. On ne se borne plus i vouloir l'cloigner de la capitale, on songe à lui couper la retraite de la Proponlidc. Un officier français a été envoyé aux Dardanelles, avec mission d’y armer les châteaux, de manière à rendre aux Anglais, pour peu qu’ils perdent de temps, le retour désastreux et même impossible.
Que font cependant l'ambassadeur d'Angleterre et l'amiral Duckworth? Us envoyent et reçoivent des parlementaires. M. Arbuthnot, déji malade
pereur. Le sullan aauilôt fît  M. de PonlécouUni un salut très-gracieux, et, d'après le principe des princes d*Orieot dont les présents, quels qu'ils soient, honorent toujours, il lui ht donner une poignée de sequint par un oSeier du palais. On juge bien que le« seqiiins Furent sor-le-ehamp disirilmét aux travailleurs.
CllAPlTRB LXVin.
depuis quelque temps , s'élant trouvé hors d’état do suivre la négociation, ce soin reposa sur l'amiral, dont le début ne fut pas heureux. Le 21 février, cet amiral accordait au divan nne heure pour lui répondre. Il déclarait, le 22, que, comme on abusait de son indulgence pour fortifier la ville , <i il » était de son devoir de ne plus perdre de temps; » le 25, il en perdait toujours en renouvelant la meme déclaration; le 24, il demandait si on négociait de bonne foi, ou si on voulait lui en imposer : u dans Il ce dernier cas, il prévenait la Sublimc-I'orte qu'on n n'y réussirait pas; » le 25, on y avait réussi et il commençait à s’en apercevoir. Cependant le 26, il communiquait encore au ministre turc des instructions d'une inconcevable naïveté qu'il avait fait préparer pour le contre-amiral Louis. >i L'ambas- » sadeur de France, disait-il, a été vu sur le rivage a dressant des batteries et assistant le gouverne- >1 ment dans toutes les mesures de défense qu'il a n jugé à propos de prendre... » Lorsque le gouvernement anglais avait envoyé les ordres par suite desquels H. Arbuthnot avait fait les demandes dont il était chargé, « on avait été bien loin de soupçonn ner à Londres que l'ambassadeur de France au- » rait été choisi pour directeur en chef des opera- II tions militaires des Turcs. » Il eût été düTicilc de louer plus délicatement le général Sébastiani. Dans ces derniers moments, l'amiral voulait bien ne pas insister pour faire chasser avec éclat cet ambassadeur ; il se bornait à proposer l'adoption d'un article confldentiel et secret qui assurerait son éloignement prochain. L'heure était déjà loin où les propositious anglaises, même adoucies, eussent pu être admises. C'était pour la flotte britannique que déjà existait la nécessité d’un prompt éloignement. Constantinople était en sûreté; le péril n’existait plus que pour l'audace qui oserait l'attaquer. L’illusion était évanouie; seulement l'orgueil de l’amiral Duckworth ne lui permettait point de paraître abandonner en fugitif une mer où il s'était montré avec l'espoir d’un facile triomphe ; quelques jours s'écoulèrenten un vain échangede paroles perdues, et, Ici"' mars, la flotte disparut. La retraite ne s'effectua pas sans perte. Les châteaux, quoiqu'ils ne fussent encore qu'incomplélement armés, firent sentir aux Anglais l'effet de leur lourde artillerie. Des boulets de granit, d'un poids énorme, atteignirent plusieurs vaisseaux, endommagèrent leur mâture et tuèrent un assez grand nombre d’hommes. Deux corvettes furent coulées et échouées sur la côte d'Europe. Quelques jours de plus, cl le retour eût coûté extrêmement cher par ce même passage où, en entrant, on u'avail trouvé aucun obstacle.
Durant quelques jours encore, les travaux des
I fortifications sc continuèrent. Le 4, le sultan Sé- I lim s’étant rendu vers midi à la batterie du Kiosk I vert, envoya chercher le général Sébastian! qui I était à la batterie de Tophana. Il lui dit qu'il avait choisi celte heure, parce qu’il savait que c'était I celle où l’ambassadeur venait ordinairement aux batteries; il donna les plus grands éloges au zèle, aux talents des Français, et se félicita d’avoir eu à sa cour, dans celte grave circonstance, un ambassadeur tel que le général Sébastiani. Il était naturel que l'ambassadeur répondit à ces flatteuses démonstrations en louant de même l'activité des ministres, le courage, rinlclligcnce des ingénieurs turcs et l'admirable dévouement de la population tout entière. De part et d'autre l'éloge était mérité.
Lorsque le péril n'existait déjà plus, de nouveaux auxiliaires étaient encore envoyés au général Sébastiani par l'empereur Napoléon. L’armée de Dalmatie avait reçu ordre de faire partir sur-lecbamp pour Constantinople plusieurs colonels de l’artillerie et du génie. L'un d'eux était ce général Foy, alors colonel , qu'un autre genre de gloire attend dans l'avenir, et qui, après avoir vaillamment servi son pays sur les champs de bataille, obtiendra des succès plus brillants encore en défendant les libertés publiques dans les combats de la tribune. Le colonel Foy conduisait avec lui cinq cents canonniers. Ce détachement était déjà en Thessalic, lorsqu'une dépêche de l'ambassadeur annonça qu'on pouvait le renvoyer à Raguse. Les colonels Foy , Uaxo cl Sorbier, et le capitaine de Tracy, furent seuls appelés à Constantinople. Ils visitèrent les deux passages par lesquels celle capitale communique avec la Méditerranée et la mer Noire, en levèrent le plan et rédigèrent des mémoires sur les meilleurs moyens d'en assurer la défense.
Après l'important service rendu à la Sublime- Porte par l’ambassadeur Sébastiani, l'influence française dut naturellement dominer dans les conscilsdu Grand-Seigneur. L’amiral Duckworth étant retourné à Ténédos, y fut rejoint par la flotte russe sous les ordres de l'amiral Siniawin, qui avait à son bord un plénipotentiaire impérial. L’amiral russe engagea l'amiral anglais à repasser avec lui riicllcspunt, à reparaître ensemble sous les murs du sérail; mais ce dernier refusa de recommencer une operation dont il avait apprécié tous les périls. L’escadre combinée resta quelque temps à l'entrée des Dardanelles, cherchant, mais en vain , à rouvrir des négociations sérieuses avec la Porte-Oltoniane. Les notes du plénipotentiaire russe étaient remises à l’ambassadeur de France qui en rédigeait la réponse.
POLITIQUE EXTÉRIEURE
Les ducunients publiés en Angleterre n’avoucnl pas qu'un ait, comme l'assurent les rapports français, exigé formellement la cession de la Moldavie et de la Valachie aux Russes, ou seulement l'adhésion de la Porte à l'occupation de ces provinces , jusqu'à la paix générale; mais la proclamation du général qui les avait envahies, et les dépêches in- I tcrccptécs de H. de Budberg , en mettant à leur ’ évacuation des conditions à peu près impossibles , I n’avaicnt-elles pas fait pressentir la demande d'une cession définitive? Et d'ailleurs , réclamer pour les Russes le droit d'envoyer des bâtiments de guerre dans la Méditerranée , anéantir la marine ottomane en lui enlevant tous ses vaisseaux, n’était-ce I donc pas déjà un assez fort oubli de la vieille et , fondamentale politique de l'Angleterre? La cession des deux principautés, et d'autres changements plus funestes encore , paraissaient alors dans toute | l'Europe tellement probables, qu'aux exhortations i de l'ambassadeur de France auprès de la cour de Vienne , pour porter cette cour à s'y opposer, le comte de Stadion répondait que la conservation de l'intégralité de l'empire ottoman n'était pas d'un assez haut prix pour qu'on dût, à ce sujet seul , se brouiller avec la Russie. Lorsque l'Autriche et l'Angleterre jetées, par leur haine contre la France , loin de la voie de leurs véritables intérêts, conspirent ainsi la ruine de l'empire turc an
■ Lors de sa rupture avec l'Angleterre, la Russie lui reprochera d’avoir tenté Tinvasion de l’Égypte, dans un moment où l’on était fondé A croire que les forces
[ profit des Russes, c’est la France, c’est l’influence de Napoléon qui le sauve malgré elles et pour elles.
Quoique l'incendie de l’escadre turque, brûlée par l'amiral Duckworth,à son entrée dans les Dardanelles, sans qu’il y eût encore aucune déclaration de guerre entre les deux puissances, soit peu susceptible de justification , du moins existait-il , aux yeux de cet amiral, un commencement de rupture, manifesté par la retraite de l'envoyé anglais, M. Arbuthnot. Mais quel motif pourrait légitimer l'invasion d'Alexandrie, par une expédition partie de Messine le 6 mars, c'est-à-dire, résolue et arrêtée à Londres dans un temps où il était impossible de prévoir quel serait le résultat des négociations tentées à Constantinople? On conçoit qu'attaquer, quoique injustement, les Turcs dans leur capitale, ce soit servir la Russie de ce cûté , en échange des efforts qu’elle fait ailleurs contre Napoléon; mais dans la prise d’Alexandrie, quel autre intérêt domine que l’intérêt immédiat de l’Angleterre ? Ne pourrait-on pas en conclure que l’Angleterre en se montrant, au gré de la Russie, hostile contre Constantinople , n'avait voulu que tirer de cet état d'hostilité, avec la Porte-Ottomane <, le droit d'envahir l'Égypte? Là est véritablement la clef du système de l'administration Fox et Grcnville, système dont nous allons suivre le développement.
employées à ccitc expédition devaient , dans l’intérét commun, se porter sur les eûtes de Naples.
IIUAPITRE LXIX.
[îW7j
OiSI