CHAPITRE LXIX
POLITIOrK F.XTÈRIF.I KF.
r.hnngcnHMii daa« l'esprit du cabinet anglais. — Nouveau plan de finances. — Différence de la politique de N. Piit et de celle de M. Fox. — Caractère de rexpéditioa d’Ègypic. — Remarques sur l'abandon d'Alexandrie. — Prise de Curaçao. Expédiliont d.ins rAmériqiie méridionale. — Remarques sur ces expéditions. — Discuations du parlement. — Changement du ministère à roccaalon d'un bill en faveur des catholiques. — Abolition de la traite des noirs. — Rejet d'une loi sur tes Franches -lemires. Voie de remcrciinents pour la bataille de Maida. Ordre du conaeif du 7 janvier 1807. — > Traits distinnifii de l'administration fox et Grenville. ~ Cumposiiioo du nouveau ministère. •>- Rejet de la proposition «rexprimer des regrets sur la retraite des ministres. — Rejet d*uuc proposition contre les engagements à prendre parles ministres. Xouveati parlement. — Addition aux rigueurs de U loi sur rinaurreeiion d'Irlande. — Traités de subsides avec la Suède et la Prusse.
Depuis le commencement de la guerre jusqu’à 1801 , toute la science de M. Pitt avait consisté à soulever et à solder le continent, n'adineltaiit de conciliation possible avec la France que par iere* placement de cette puissance dans son ancienne frontière. Vaincu par la nécessité, s’il avait quille un moment le gouvernail de l'État et laissé à d'autres le soin de faire l'essai d'une paix établie sur des conditions dilTérentcs, sa politique ctlui-méine étaient rentrés dans le conseil peu de temps apres la rupture de la paix d'Amiens. Ea note fameuse de I8U5 et le traité de Pciersbourg du 1 1 avril ont fait connallrcjusqu'oCi ses prétentions conlinuaienl à s'étendre. Ces grands projets échouèrent; la bataille d'Austerlitx entraîna Bf. Pitt dans la tombe. Là change pour la première fois depuis quinze ans la marche du cabinet de Londres. Jusqu'à ce jour on avait fait profession d'allumer et de payer toutes les guerres que les puissances du continent voudraient entreprendre. Sous la nouvelle administration, on ne refuse pas assurément le secours des puissances continentales , on approuve ntéme toutes lesguerrcsqu'ellesvculenl faire à la France, mais un ne veut point que ce soit l'appàt des suh- | aides qui seul les y délermine. C'est dans ce sens : qu'étaient conçues les instructions données par ' M. Fox à M. Aüair dans sa mission i Vienne. Il y a dans cette manière de procéder non-seulement plus de modération, mais plus de justesse de calcul. L'Angleterro en effet n’a-t-elle pas vu ta Prusse
en 1794, l'Autriche en 1797, en 1800 ci en 180)5, se séparer d’elle malgré les traités de subsides qui existaient encore? Le nouveau ministère britannique entendait donc que, si des puissances du continent voulaient entrer en lutte avec la France, c’était avant tout sur elles -mêmes, sur leurs propres ressources, qu'elles devaient compltT, quoique d'ailleurs il fût toujours disposé à leur prêter son appui, mais dans un intérêt spécial pour l'Angleterre. Ainsi en 1800, lorsqu’il voit la Prusse descendre dans l'arène cl la Russie prête à l’y suivre, le cabinet anglais renonce aux iiitctilions paciliques qu'il avait pu sincèrement avoir au romnicnccmcnt de la négociation ; il entrevoit dans cette guerre de nouvelles chances dont il songe à tirer parti , mais ce n'est pas lui qui a poussé la Prusse dans la carrière; pendant plusieurs mois il ne l'y a pas inéme soutenue , et son indifférence ou son peu d’activité à cet égard sera le texte de violentes accusations qu'il aura bientôt à subir. D'après le même principe il s'était abstenu de garantir les emprunts demandés par l’empereur Alexandre, et il n’accordera même à S. M. prussienne qu'un médiocre secours, malgré réUi de détresse où ce prince sc trouve. Dès 1806, cette réserve, cette économie des deniers publics étaient un acte de prudence suflisamment justifié par le triste résultat des sacrifices antérieurs. Quoique la gnerre eût ouvert d'abondantes sources de richesses, les charges publiques, celles surtout qui por-
POLlTlyUK EXTÉRIEURE.
Uienl sur les consemmalions, étaient arrivées à un point où elles ne pouvaient plus s’accroître. Celte élévation excessive des charges et raugnieiitalion proportionnelle de la dette devaient donner de vives inquiétudes à des hommes moins violents que M. Pitl et en qui le désir d’accahler la France n'allait pas jusqu'à vouloir le faire au prix de la ruine de leur propre pays.
L'uii des principaux soins du ministère avait donc été de préparer un plan de nuances qui permit de continuer la guerre, aussi longtemps qu'on le jugerait nécessaire, mais sans établir de nouveaux impôts. Ce plan, ouvrage de sir Henry Petty >, avait pour base la possibilité de vingt ou au moins de quatorze années consécutives de guerre. Pour 1807, 1808 et 1800, il admettait un emprunt de 1S,000,000 de livres sterlings chaque année; pour 1810, un emprunt de 14,000,000 de livres, et des emprunts de 16,000,000 pour chacune des dix années suivantes. Les taxes de guerre devaient être spécialement affectées à l’acquittement de ces emprunts. Si la guerre durait quatorze ans et au delà, les taxes ne pourraient subir qu’une décroissance graduelle, et il faudrait quatorze années complètes de paix pour les faire cesser entièrement. Du reste c’était pousser la prévoyance assez loin et préparer à la guerre une large proie à dévorer. Cependant par le fait elle n’était pas suffisante encore. Le plan supposait que les dépenses de la guerre n’iraient pas au delà de 53,000,000 de livres par an, et, dans quelques années, elles ont, de beaucoup, dépassé cette évaluation. A la vérité, les calculs de lord Henry Fetty pour une guerre de vingt ou de quatorze ans reposaient sur l’hypothèse qu’il ne serait pas formé de coalitions qui exigeassent de la part de l'Angleterre un payement de subsides aux puissances étrangères. Nous retrouverons ici, appliqué aux Giiances, le principe de la politique du cabinet existant, c’est-àdire, que tout en se montrant disposé à poursuivre, dans des intérêts anglais, une guerre animée contre la France, de concert avec toute puissance qui voudrait y concourir, on n'entendait nullement continuer à faire les frais des armements et des opérations de ces puissances.
Par ces premiers faits, la conduite de l’administration Fox et Grenville se trouve déjà suffisamment expliquée relativement à la politique extérieure. Dans le système de M. Pitt, affaiblir, anéantir la puissance française, était avant tout le but de la guerre, sauf à faire sortir de l’abaissement de la France tous les avantages possibles pour l’Angleterre. Dans le système de l’adminis-
' Depuis marquis de Landsdowne.
1 RIQSOn.
tralion de Fox, le premier but est de tirer de la guerre tous les avantages possibles, sauf à faire en même temps des grands efforts pour affaiblir la France. En deux mots, M. Pitt et ses partisans voulaient le mal de la France d’abord, puis le bien de l'Angleterre. Fox et scs amis voulaient le bien de l’Angleterre d'abord, puis le mal de la France. Ce dernier système était moins barbare; s'il eût été constamment suivi, les résultats auraient prouvé qu'il était aussi le plus politique. C'est parce que les écrivains des coalitions n’ont pas compris ce nouveau système de l’administration Fox et Grenville qu’ils se sont livrés à de si violentes sorties contre elle, et lui' ont adressé les reproches de faiblesse et d’incapacité. Le marquis de Luccbesini lui-méme n’épargne pas les injures à cette administration ;''mais peut-être chez lui n’est-ce pas manque de pénétration; peut-être sa colère ne vient-elle que de trop bien comprendre une politique qui ne s’accorde plus avec les passions continentales. Ainsi l’expédition pour l’Égypte confiée au général Fraser, met au plus grand jour la vraie politique du gouvernement. Elle est l’œuvre d’un calcul purement anglais; c’est un intérêt purement anglais qui en a fait naître la pensée et amené l’exécution. La possession de ce pays était, à tort ou à raison, l’une des conquêtes les plus propres à flatter la nation britannique. En tournant ses efforts de ce côté, le ministère répondait à un vœu national, et la nouvelle de la prise d'Alexandrie causa en effet uue vive joie à la masse de la population; mais les partisans du système de Pitt auraient préféré, à cc succès lointain, un débarquement contre les Français dans le nord de l'Allemagne. Aussi, dès qu’ils auront, ce qui doit arriver bientôt, ressaisi le pouvoir, c’est du nord de l’Allemagne qu’ils s’occuperont, et, soit différence d’opinion sur Tutilitc de la possession de l’Égypte, soit rivalité peu honorable et dédain affecté pour une acquisition procurée à leur pays par d’autres qu’eux-mémes, ils ne prendront aucune mesure pour la conserver. L’expédition n’avait été que de cinq mille hommes; mais ou pourrait aisément y envoyer des renforts de Messine et de Malte : on ne le fera pas. Le général anglais Fraser, craignant de manquer de vivres à Alexandrie, sent l’importance de s’assurer de Rosette. Un corps de quinze cents hommes doit s’emparer de cette place, mais l'entreprise coûte trois cents hommes et elle échoue. Une seconde tentative est faite avec des forces plus considérables. Deux mille cinq cents hommes marchent contre Rosette, sous les ordres du général Stewart. Ce corps se trouve
’ Mois de mars 1807.