CHAPITRE lAX
ces réserves üc vieux généraux, devenus membres du sénat «ill faut, disait-il, qu'à la vue de cette » triple barrière de camps qui environne notre ter- M ritoire, comme à l’aspect du triple rang des pla* » CCS fortes qui garantissent nos plus importantes » frontières, nos ennemis ne cunçnivenlaucunc es* M pcrancc de succès, sc découragent et soient ra- » menés cnlin,par l'impuissance de nous nuire, à ■ 1a justice, à la raison.» Par scs messages, presque toujours l'empereur parlait bien moins au sénat qu'à la France et à l'Europe. A la nation fran^raise s'adressait particulièrement le tableau des batailles gagnées, des fleuves franchis, des places prises elle prodigieux dénombrement des pièces de bataille, des pièces de siège , des prisonniers, des drapeaux prussiens ou russes, dirigés vers la France pour y attester l'héroïsme de ses enfants, u Les sables de » la Prusse, ajoutait-il, les solitudes de la Pologne, » les pluies de l’automne, les frimas de l'hiver, i> rien n'a ralenti leur ardent désir de parvenir à » la paix par la victoire, et de sc voir ramener sur * le sol de la patrie par des triomphes. » A l'Europe comme à la France s'adressaient les déclarations de l'empereur sur ses dispositions paciliques. « Notre politique est llxc, continuait-il, nous avons » offert la paix à l'Angleterre avant qu'elle cùl fait » éclater la quatrième coalition; cette paix, nous n la lui offrons encore... Nous sommes prêts à con* » dure avec la Russie aux irièmcs conditions que
<• son négociatctir avait signées Nous sommes
» prêts à rendre, à ces huit millions d'habitants » conquis par nos armes, la tranquillité, et, au roi » de Prusse, sa capitale » Ces déclarations n'é-
taient efl'rayanlcs que pour la Prusse, appelée à porter la peine d'une guerre témcrairemciiL entreprise. Au reste, la prudence de Napoléon aura été utile sans être nécessaire. Les quatre-vingt mille hommes de la conscription de 1808 ne prendront aucune part à la guerre.
Le changement de ministère opéré à Londres, ne permettait pu de douter que les nouveaux ministres, anciens compagnons de M. Pittet héritiers de son esprit, ne fissent de prompts efforts pour opérer, par la jonction de troupesanglu-banovricniies aux Suédois, une attaque contre l'aile gauche de l'armée française. Pour s'assurer contre cette chance, l'empereur Napoléon, outre le corps du maréchal Mortier, qui était dans la Poméranie, prit soin de former un corps d’observation sur
l’Elbe. Dans ce dessein, il avait tiré de l'Italie les deux divisions Roudet et Mulilor. C'était l'Espagne qui devait compléter ce corps d’observation qu’il voulait porter à cinquante mille hommes.
Si l’empereur demande beaucoup à la France, il lui épargtie aussi tout ce que, sans injustice, il peut faire peser sur ses alliés. L'Espagne en ce mo* I ment lui doit une réparation. Il se garde bien de . la laisser échapper.
j Une longue digression sur ce qui se passait de- I puis quelque temps dans la Péninsule serait ici peu t à sa place, et cependant on ne connaîtrait qu'incomplclctnenl les résultats qu'a produits la bataille d'Iétia pour l'empereur Napoléon, si l'on ignorait que, comme elle a empêché en Allemagne la cour de Vienne de se déclarer contre lui, elle a de même garanti la France d’une attaque imminente du côté des Pyrénées.
Nous ferons connaître plus tard les imprudences du cabinet espagnol, et ses armenienls contre un I ennemi qu'il ne nomme pas, mais que désignent . les proclamations indiscrètes du prince de la Paix. I Pour le moment nous nous bornons à faire remar- I quer que, convaincu d'une malveillance impuissante. le prince de la Paix se trouve hors d'état de se refuser aux demandes de la France. L'empereur envoie en Espagne des prisonniers de guerre prussiens, et il appelle en Prusse un corps de quatorze mille Espagnols. Ce cor|>s, commandé par le marquis de la Komana se mit en route dans le mois de mars et fut rendu en mai sur les bords de l'Elbe,
Non content de se procurer un nouvel auxiliaire en amenant l'Espagne sur les champs de bataille du continent. Napoléon avait cherché à se réconcilier ou du moins à neutraliser un de ses ennemis. La guerre entre la France et la Suède avait tou- I jours été à ses yeux un contre-sens qui ne pouvait I avoir de durée. « Le sang suédois, portail le 62* ' » bulletin, doit-il être versé pour la défense de I N l'empire ottoman ou pour sa ruine? I^it-il être » versé pour maintenir l'équilibre des mers ou ; » pour leur asservissement? Qu'a la Suède à crain- I Tl dre de la France? Bien. Qu'a-l-clle à craindre » de la Russie? Tout. » D'après ces principes, il avait, dès l'ouverture de la campagne, ordonné à ses généraux de traiter les Suédois coiiiiiic des amis 3 avec lesquels la France était brouillée, mais avec lesquels la nature des choses ne devait pas
' Le prince de la Paix avaii ofFcrt à l'empereur le choix du comniAndant de ce corps, en lui draii'oanl particulièremcDl les généraux Cutanoa et 0-Farill. La réponse de Napoléon s'éiaot lait attendre, le commandement ne fut donne ni à l'un ni à l'autre, et celle cir-
coQsiance n'est p.is indÜfereoie. Si le corps espagnol avait eu pour chef le général Castanos, eeini-ci n'au- I rait point battu le général Dupont h Baylen; ai 0-Farill, I la désertion du corps espagnol n'aurail pas eu lieu, i * Même bulletin.
Digttir— -byGwqglc
AFFAIRES INTÉRIEÜIIES F.T EXTÉRIEURES.
[lüori
Urder à réUblir U paix. « Je regretle déjà ce qui » s'cst fait, ^rivait'il au maréchal Mortier. Je s suis fâché que le beau faubourg de Siralsund ait » été brûlé. Est-cc à nous à faire du mal à la Suède? H Ceci n'est qu'un rêve. C'est à nous à la défendre » et non à lui faire du mal. Faites-lui-cn le moins M que vous pourrez. Proposes au gouverneur de » Stralsund un armistice, une suspension d’armes, » afin d'alléger et de rendre moins funeste une H guerre que je regarde comme criminelle, parce M qu’elle est impolitique. » Par une lettre du 8 mars, il avait expliqué au maréchal Mortier que la véritable destination de son corps n’était point de prendre Stralsund ni de causerâ la Suède des dommages dont nous aurions un jour des regrets, mais d'observer Berlin, Hambourg et SietUn, de défen* dre les bouches de TOder et de protéger le blocus de Colberg. En conséquence de œs instructions, le maréchal Mortier avait porté du cûté de Colberg une grande partie de ses forces, ne laissant devant Stralsund que la division très*faible du général Grandjan.
Le général Essen, gouverneur de Stralsund, ayant en cette circonstance reçu un renfort asscx considérable, sortit de la place pour attaquer le général français, le débusqua successivement de plusieurs positions où il voulut se défendre, et le força de se retirer jusque dans la Poméranie prussienne. A la première nouvelle qui en parvint au maréchal Mortier devant Colberg, cc maréchal se rendit sur-le-champ i StcUiii , Ut marcher au secours du général Grandjan, établi à Passewalk, les régiments qui se trouvaient le plus à sa portée, de manière à former par leur jonction un total d'à peu près douze mille hommes; il attaqua et battit les Suédois à Belling, les chassa de poste en poste jusqu’à Anclam, où les Français entrèrent avec eux, et les obligea de repasser la Peene. Dans la dernière affaire qui eut lieu, le général d'Armfeld fut blessé. C'était le plus fougueux des adversaires de la France. La promptitude des mouvements et la vigueur des attaques du maréchal Mortier ayant déconcerté le projet du général suédois qui était de découvrir Berlin et de couper les principales communications sur les derrières de l'armée française, le général Essen se souvint alors (les dispositions conciliantes qu’avait précedemment témoignées le maréchal français cl lui lit proposer une entrevue. Gustave-Adolphe l'y avait d'avance autorisé, par suite de son irritation récente contre le gouvernement anglais qui, sous le ministère des lords Uowick et Grcnville, s’était refusé à faire dans le Nord des expéditions et à fournir des subsides, ainsi que l'avaient désiré la Suède et la Russie. Les deux généraux se réunirent
à Scblalkow. )ls y convinrent, le 18 avril, d'une suspension d'armes dont voici les principales conditions : Les Mes d'Iisedoni et de Wolliii étaient remises aux troupes françaises. La Peene et la Trébel formaient la ligne de séparation entre les deux armées. Nul secours direct ni indirect ne devait être fourni par les Suédois aux villes de Colberg et do Dantzig, non plus qu'aux troupes d'aucune des puissances en gnerre avec la France ou avec ses alliés. Nul débarquement de troupes des puissances en guerre avec la France ne pouvait s'effectuer à Stralsund, dans la Poméranie suédoise ou dans l'Me de RQgen. Ces conditions étaient aussi favorables que la France pouvait le désirer, mais le délai de dix jours seulement pour dénoncer l'armistice. en rendait l'avantage illusoire, surtout dans un moment où, par suite du changement de ministère qui venait de s'opérer à Londres on pouvait craindre l'envoi prochain d'un corps anglohanovrien pour agir avec l'armée suédoise. Napoléon demanda que le délai de dix jours fût transformé en celui d’un mois. Pour appuyer celle demande, il ordonna au maréchal Brune qui commandait le corps d'observation entre l'CIbe et l'Oder d'envoyer quelques troupes au maréchal Mortier. Le général Essen consentit au changement proposé, et rarliclc additionnel voulu par l’empereur fut signé le 20 avril. Dès lors plusieurs régiments du corps du maréchal Mortier purent être dirigés sur Naricriwerder cl Dantzig, et ce maréchal se porta iui-méine vers Culherg, pour en renforcer le blocus.
Au moment où l'empereur Napoléon réussissait à paralyser la Suède et à faire arriver des troupes espagnoles dans des pays qui n'en avaient pas vu depuis Charles-Quint, sa politique lui assurait des appuis plus éloignés par des alliances avec les cours de Téhéran et de Constantinople. Dans les premiers jours de mars, Varsovie, seconde capitale de la France, avait reçu dans ses murs un ambassadeur de la Sublime-Porle et un ambassadeur persan, envoyés l'un et l'autre auprès de rempercur des Français. Ces deux ambassadeurs ne le virent point dans la pompe de sa cour; mais pour les oricnlaui euxmémes, la tente d'un monarque guerrier, à cinq cents lieues de sa capitale, frappe bien plus l'imagination que ne pourraient le faiçc la magnificence et le luxe de ses palais. Ce n'était point pour la politique générale une circonstance iiidiiïérente, que la réunion d'ambassadeurs de Turquie et de Perse dans les camps de Napoléon. Lui .seul alors en effet paraissait capable d'arrêter dans son cours la puissance dont les envahissements progressifs rcs-
• Le 8 avril.
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nilM'iTUE IA\.
serraient sans cesse la frontière de ces deux grands empires, cl les refoulaient dans l’inférieur de l’Aste. Un traité oflorisif et défensif fut conclu avec l’amtiassadcur persan qui. étant obligé de retourner aupre^s de son souverain, eut, le 17 mai, son audience de congé à Klblng. II fut convenu que Fe* (hali .Schah aurait une iégalîon en résidence à Paris, et un ambassadeur français, te général Gardanne, partit pour Téhéran, atln d'aiïermir les nouveaux rapports des deux empereurs. Ce général était accompagné de quelques ofliciers habiles, destinés à éclairer les Persans sur le Imn emploi de leurs forces. Il est à remarquer que, par un gto> rieux privilège, toujours et partout la France porte à ses alliés des connaissances utiles, la science de la guerre comme les arts de la paix. De nouvelles stipulations. convenues avec l'ambassadeur ottoman, fortiflérent aussi l’union du gouvernetnent français et de la Sublime-Porte. Cet ambassadeur aurait désiré faire admettre une clause portant que les deux États ne feraient la paix que de concert. Il ne convenait pas à rcin|>ercur de s'imposer une entrave d'une telle nature, et il dut en décliner la proposition, mais en assurant d'ailleurs qu'il n’en mettrait pas moins d'importance à ménager les intérêts de son allié. Lorsque l'ambassadeur ottoman lui fut présente t, il lui dit que la main droite et la main gauche ne sont pas plus inséparables que l'empereur Sélini et lui. Du reste, quoique ces nouveaux liens de Napoléon avec les deux sultans ii’offrisscnt point de dangers imméilials pour les cabinets de Pétersbourg et de l^undres , l'inlimilé de Téhéran et de tNinslaïUinople avec la France, consacrée dans le château de Finkeiistrin, ne |>unvail manquer do produire une certaine impression, et d’exercer quelque inQucnce sur les conseils de l'Angleterre et de la Russie.
Des la On de janvier, l’empereur Napoléon qui, comme nous l'avons rapjwrlé, avait, dans une lettre au général Marmont. commandant l’armée de Dalmatic, exprimé l'intention h) potliélique de détacher d'Italie vingt-cinq mille hommes pour agir avec les Turcs sur le Bas Danube, avait chargé en même temps son ambassadeur à Cunslantinuplc , le général Sebastiani, d'obtenir du Grand-Seigneur la liberté de passage pour ce corps à travers la Bosnie, la Varédoinccl la Bulgarie. La négociation était délicate. Les premières ouvertures en furent reçues avec un certain embarras qui décelait de ta méliance; mais cependant, la proposition de la France oITranl l'espoir de reconquérir la Bassarabie. peut-être la Crimée, les difiicultcs s’aplanirent, le conscntemcDt de la Porte fut accordé. Déjà on
‘ Le 98 mai.
donnait desordres pour déterminer les é(a|>es, pour préparer des vivres , lorsqu’un incident inattendu vint changer les dispositions de l’empire olloman. Les viltesde Parga. Prévésa et Butrintho. anciennes dépendances de Venise, avaient été redemandées par l'empereur Napoléon, pendant la mission du général Brune. De plus grands intérêts avaient depuis fait négliger cette réclamation. Tout à coup un apprend à Constantinople que le gouverneur français des Sepl-Iles, le général César Berthier, a somme le pacha de Janina de lui remettre ces places, avec menace, sur son refus, d’employer la force pour s'en rendre maître. C'était la suite d’anciens ordres mal compris ou réveillés mal à propos. Ce gouverneur fut rappelé, mais le mal clail fait. La coïncidence de retic sommation avec l'introduction prochaine d'un corps de troupes françaises sur I le territoire ottoman, inspira des inquiétudes à la I iliiblime-Porle qui demanda la suspension du mou- I vcmcnl convenu. Au reste, quand le projet n'au- I rail pas rencontré ret obstacle, le temps, vu la I rapidité des victoires de Napoléon eu Pologne et en I l’russe, aurait manqué à l’exécution.
\ O n’est pas seulement une combinaison de scs forces de terre avec celles des Turcs qui occupe ]'cm(>ereiir, il a conçu aussi la pensée de réunir cinq à six vaisseaux français à l'oscadre ollomane, pour faire des incursions dans ta mer Noire. Celte idée est développée dans une longue lettre à son ministre de la marine, oiï il passe en revue tout ce qu'il a <le vaisseaux et de frégates, en mer, dans les bassins, sur les chantiers, tout ce qui est à sa dis|Kt5ilion en Hollande et en Espagne comme en France. Il voudrait que vingt-neuf vaisseaux, qui seront bientêl en état d’agir, ne lui fussent pas inutiles dans la guerre où il est engagé. Il donne des I indications, il provoque des conseils; il ne lui manque qu’un homme qui entende la guerre de tner comme il entend celle du continent et qui, par des entreprises bien calculées, fasse concourir à ses succès rallîaiice de la Turquie et même celle de la I Perse.
La dernière de ces alliances n’est pas non plus I |M>iir lui une simple démonstration. Son esprit actif espère bien en tirer un plus grand avantage. Dans une autre lettre par laquelle il annonce au minis- I Ire de la m.irinc que l'empereur de Perse lui de- I mande quatre mille hommes d’infanterie, dix mille I fusils et une ciiiquanlaine de pièces de canons, il ajoute : « t^ïuand pourraionl-ils partir, el où pourn raient-ils débarquer? Ils feraient un point d'apa pui, donneraient de la vigueur à quatre-^vingt I» mille hommes de cavalerie qu’il a , el obligerait • le$ /iuesee à um dicereion coneidêrable, n 11 informe ensuite le ministre qu’il envoie le général
AFFAIRES INTÉRIEURES ET EXTÉRIEURES
Gardanne comme ambassadeur à Téhéran, et avec lui plusieurs ofliciers d’artillerie et de f^ênic. » Un n ingénieur de la marine, continue-t-il, qui verrait » les ports, serait d'une grande utilité dans cette n ambassade. « Le ministre est chargé en conséquence de lui présenter une note sur une expédition en Perse.
Un allié plus voisin s'offrait à l'empereur, c'était le pays devenu son champ de bataille, la Pologne; mais pouvait-il accepter cette alliance dans toute sa plénitude sans se livrer lui-méme, sans livrer les Polonais à des chances trop dangereuses ? Appeler tonte la Pologne aux armes, c’eût été autoriser l’Autriche à se déclarer sur-le-champ contre lui. Soulever même seulement la totalité des provinces polonaises, appartenant aux deux puissances avec lesquelles il est en guerre , aurait aggravé itiHnimenl les difficultés de la paix, et rendu la lutte interminable, à moins qu'il n'eùt voulu ensuite sacrifier les provinces insurgées, pour prix de sa réconciliation avec ses ennemis. Quoiqu’il eût évité de prendre aucun engagement, ce qui résultait de tons ses actes, c’était sa volonté, sinon de rétablir la Pologne, entreprise inexécutable alors, du moins de redonner l'existence à une partie de cette ancienne république. Là finissait pour lui la vraisemblance de la possibilité, et sa conduite se réglait sur cette hypothèse.
Indépendamment des corps de troupes polonaises organisés par ses décrets précédents, il prenait à sa solde, le 12 mars, un régiment de chevaulégers levé par le prince Jean Suikowski; il ordonnait, le 6 avril, la formation d'une légion polacoilalienne et, le même jour, celle d’un régiment de chevau-Iégers destiné à faire partie de sa garde. Le 16 mai, il autorisait le gouvernement provisoire à disposer de créances prussiennes * jusqu'à la eoncurrcnce de six millions de francs et de domaines royaux jusqu’à celle de dix-huit millions; mais en même temps il s’attachait à réprimer l’essor que voulait prendre le gouvernement provisoire qui, par un sentiment bien naturel, tendait à reeomposcr l’ancienne patrie. Par une lettre du 27 mai, il chargea le commissaire impérial à Varsovie de prévenir ce gouvernement qu’il devait se renfermer dans les limites du territoire déterminé par le décret de son institution. Cette réserve, dont on lui a fait un crime, est au contraire un trait des plus dignes d'éloges. Une extension de projets, sur laquelle il eût fallu revenir, eût été une barbarie
' La PniMe, pour meure on valeur la partie du territoire polonais qui lui était échue, y avait versé des fonds considérables.
^ Osterode, le 7 mars.
I pour les malheureux Polonais. Quant à la portion de pays qu’il avait, en l’organisant, pris, pour ainsi dire, sous sa sauvegarde, il était juste qu’il cherchât à fortifier la confiance ties habitants, et tel était le but des mesures que nous venons de rapporter ainsi que de deux décrets rendus le 4 juin, la veille de la reprise des hostilités. Par le premier de ces décrets, il remettait le prince Poniatowski en possession d’une starostic dont l’avait dépouillé le gouvernement prussien; par le second, il prescrivait au gouvernement provisoire de tenir en réserve une valeur de vingt millions de francs de biens nationaux pour être donnés en récompense aux militaires qui auraient rendu le plus de services dans cette guerre.
Parmi ces dispositions d’ensemble ou de détail, préparatifs de guerre, négociations réelles ou simulacres de négociation, qui animaient l’immobilité du quartier général français, rien de ce qui intéressait la prospérité intérieure de la France n’échappait à la surveillance de l’empereur. Les ordres du conseil, publiés par le gouvernement anglais pour entraver le commerce des neutres, n’étaient pour lui qu’une raison de plus de chercher à tirer parti de ce commerce. Si quelques-unes des mesures qui furent prises dans ce but ont été blâmées par ceux mêmes dont il cherchait à servir les intérêts , ce n’était cependant jamais sans de sérieuses méditations qu’elles avaient été adoptées. Il juge, par exemple, que ce pourrait être un avantage d’exiger que u les navires neutres qui arriveront it dans les ports de l’empire , chargés de denrées n coloniales on d’autres objets venant de l’étrann ger, soient tenus d’en exporter la contre-valeur n en produits du sol de France ou de son indus- » trie. » Quoique cette idée lui plaise au premier coup d’œil , il veut qu’elle soit d’abord l’objet de disensions préalables, et il charge ^ le ministre de l’intérieur de la soumettre à l'examen du conseil d’ÉUt.
Il appelle do même les réflexions du conseil d’État sur la meilleure manière de venir au secours des manufactures ^ et des fabriques en souffrance. Convient-il de faire aux fabricants un prêt sans in- ' térêt, égal à la valeur de la moitié des marchandises qu’ils voudraient mettre en dépôt? Cette question revient dans plusieurs de scs lettres. Dans la crainte des lenteurs du conseil d’État, il dit au ministre de l’intérieur : « Allez * de l'avant par
n exemple, je suppose qu'Oberkampf^ ait des mar-
’ Même jour, 7 mar».
4 Lettre du 27 id.
* M. Oberkampf, luivant U déclaration de aon fils, n'a point en effet reçu de secourt de celte nature, mais
cn,\PITRE LXX.
» chandises fabriquées qu'il ne peut vendre et » que sa manufacture sojt sur le point de chômer. Il vous lui prêteriez ISO, 000 francs sur 300,000 » francs de marchandises. » A ce propos l'empereur fait des observations d'une profonde sagesse. Il n’entend pas venir au secours des nécessiteux, U mais des manufactures qui, faute de débit, » seraient dans le cas de suspendre leurs travaux. » Mon but n’est pas d’empécber tel négociant de i> faire banqueroute, les flnanccs de l’Elal n’y suf- » (iraient pas, mais d'empéchcr telle manufacturo » de se fermer... Les comptes que vous me rendrez » doivent se réduire à cette formule : J’ai prété » tant à cette manufacture, qui a tant d'ouvriers, n parce qu'elle allait être sans travail. » Il destinait d'abord à cet usage une somme de six millions, mais il se proposait d'aller beaucoup plus loin. «J'approuve • fort, écrivait-il au ministre,
» ce que vous avez donné à MM. N N C’est
» justement pour cela que j'ai imaginé la mesure. >• Mon but est de suppléer à la vente... Si cette me- I» sure n'était que temporaire et que je ne voulusse » y employer que six millions une fois payés, je n serais de votre avis et je ne craindrais' pas le ris- :> que de perdre quelques cent mille écus; mais, » comme cette première mesure est un essai sur » lequel je veux bâtir un établissement stable et » perpétuel, que je veux doter de quarante ou cin- II qualité millions, de manière que le défaut de Il débit soit moins cruel pour les manufacturiers, » vous sentez que la mesure ne peut être bonne » qu’autant que je n'y perdrai rien.» Celte pensée était vraie. Un grand instrument de secours, tel qu’il l’entendait, ne saurait être fondé sur le principe d’une perte quelconque, l'our qu'il y ail sécurité, au lieu d'une perle, il faut au contraire un bénéfice. Le gouvernement alors était tout cl se mêlait de tout. Il était naturel que l'empereur se présentât comme banquier direct, comme prêteur sur consignation au commerce et à l’industrie ; mais en général cl dans des temps ordinaires il serait désirable qu'une telle idée put s'accomplir par une association qui aurait pour base l'intérêt particulier, et c'est ainsi que de grands capitalistes en ont depuis formé le projet qui, par un hasard malheureux, a trouvé des obstacles dans le gouvernement *.
Outre les manufacturiers ayant des ateliers, des magasins, ou une simple boutique , il existe dans plusieurs grandes villes, cl surtout à Paris, des
il n'en est pas moins honorable pour lui d'clrc le premier auquel Napoléon ail pensé, lorsqu’il cherchait à soutenir la Imnnc, la véritable industrie.
• Finkenstein , le 27 mai.
artistes et ouvriers, vivant d’une industrie, isolément, on chambre, et, pour celle raison, nommés chamberlan». Cette classe n’est point oubliée non plus par l'empereur, et il destine une somme particulière pour les mettre en état de continuer leur travail.
L’un des premiers auxiliaires de l'industrie est nalurcllcmcnl et doit toujours être la dotation de la liste civile. Les manufactures de Lyon ont reçu des commandes considérables. Les fabriques de cristaux, de serrurerie et autres obtiennent le meilleur genre d'encouragement, celui qui, en faisant travailler, demande de beaux produits. Grâce à l'économie qui règle, sans le diminuer, le luxe de la représentation impériale, la caisse particulière de la liste civile est assez riche pour dépenser par anticipation. L’empereur autorise le ministre à se concerter avec les architectes et avec les administrateurs de scs palais, de manière à faire des achats non-seulement pour les besoins présents, mais pour ceux de l'année suivante.
A ces dispositions intérieures, l’empereur n’a pas négligé de joindre une ressource non moins précieuse, la multiplication des débouchés au dehors. D'anciennes prohibitions sont maintenues en Espagne. Il charge le ministre de l'intérieur ^ d'écrire sur-le-champ à l'ambassadeur français à Madrid de faire lever celles qui existent dans ce royaume sur les soirics de Lyon , de Tours et de Turin. Il recommande aussi d'assurer un pareil accès aux draps de Carcassonne, à la toile de Rrctagne cl à la quincaillerie française. Dans le même temps, des instructions analogues sont adressées à l'ambassadeur par le ministre des affaires étrangères.
Un changement de politique vient de s’opérer en Orient. L'empereur y voit aussitôt une nouvelle voie ouverte aux produits de nos fabriques. D'après les événements de Constantinople, les marchandises anglaises ayant été prohibées dans l'empire ottoman, il appelle ■* le commerce à y diriger les nôtres, et particulièrement les draps nommés chaalonâ, dont les Turcs eux-mêmes font déjà la demande. Les expéditions auraient lieu par Trieste et autres routes neutres.
Assurément dans tous ces soins de Napoléon, on peut voir l'action de l’inlérêl privé, la prévoyance, d’un prince nouveau qui doit craindre le mècoittcntemcnl d'une population non encore associée par le temps aux destinées de sa famille; mais le carac-
’ Sous l'administration de M. de Corbière.
^ Lettre du 7 mars.
4 Lettre au ministre, de Finkenstein, le 14 avril.
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AFFAIRES INTÉRIEURES ET EXTÉRIEURES
1ère de durée, qu’il désire imprimer aux amélio* rations dont il s’occupe , montre , d’autre part un homme qui n’est pas dominé seulement par la crainte du jour et par les besoins de la circonstance.
Des promotions nombreuses ont récompensé les braves qui se sont distingués dans le cours de la campagne; mais il doit aussi un souvenir à ceux qui ont péri sur le champ de bataille. En même temps qu’il donne au pont bâti en face de l’école militaire le nom de pont d’Iéna , il veut que de nouvelles rues portent le nom du général et des colonels tués à cette bataille.
L'empereur songe beaucoup à récompenser ; il punit peu et rarement avec rigueur, mais c'est surtout par une active surveillancequ’il cherche â prévenir ou à faire cesser la fraude. Dans une des grandes villes de l’empire, l’administration des octrois est suspecte de dilapidation, et les soupçons n’épargnent pas le préfet. L’empereur ordonne > au ministre de prendre, dans le corps principal de cette ville, des informations confidentielles, son intention n’étant pas, dit-il, d’abandonner les contributions payées par les citoyens « à la cupidité de qui que ce soit. »
Lors même qu’il est fondé à former quelques plaintes contre un agent, mais des plaintes qui ne touchent pointé l’honneur, rien n’égale le soin qu'il met à lui adoucir un simple changement de fonction ou de poste. Cette manière de procéder appartient à tout son règne. Je la signale encore ici parce que j’en ai des exemples sous les yeux dans des correspondances datées d'Osterode et de Finkenstein.
De ces quartiers généraux où s’agitent tant d’objets divers, il part aussi d’utiles réOexions et de précieux encouragements pour les sciences, les belles-lettres et les beaux-arts.
D'Osterode, il ordonne de placer la statue de d'Alembert ^ dans la salle des sciences de l'Institut. Il veut que cet hommage rendu à celui des mathématiciens qui, dans le dernier siècle, a le plus contribué à l’avancement de cette science, soit pour la première classe une preuve de son estime et de l’importance qu’il attache à ses travaux.
 Finkenstein , apprenant que le prix qu’il a institdé pour la science galvanique a été mérité , il prescrit sur-le-champ au ministre * de faire remettre au vainqueur la somme promise, sauf la régularisation ultérieure des formes de comptabilité.
' Lettre du 34 mai.
’ l.eitre du 17 mars.
Par une lettre du 12 décembre 1800. l’empereur avait invité le ministre de l’intérieur â lui proposer les moyens « de donner une secousse à toutes X les branches des belles-lettres qui ont illustré la a Fraitce. » Dans le travail qui lui fut soumis par ce ministre, il retrouva des vues conformes à celles qui avaient déjà été consacrées par le décret d’Aixla-Chapelle du 24 fructidor an XII (11 septembre 1804), pour la fondation de plusieurs grands prix, et, à ce sujet, il fit rappeler à l’Institut que le moment de la distribution do plusieurs de ces prix ne devait pas être très-éloigné. Il adopta d’ailleurs avec quelques modifications fort sages plusieurs moyens nouveaux proposés par le ministre. Dans le projet, le soin de former le tableau des ouvrages distingués était déféré à une commission, ce qui pouvait donner plus d’influence au gouvernement. L’empereur voulut que la formation de ce tableau fût tout entière laissée à l’Institut.
L’un des moyens indiqués par le ministre était la création d’une espèce de Port- Royal. Avant d’exprimer une opinion, l’empereur demanda le développement de cette idée. Ce développement donné parle ministre ne le satisfit pas.
C’est une chose curieuse de le voir se débattre dans les dillîcultés d’une question que sa position ne lui permet pas de résoudre. Cette question est celle de la liberté de la presse , meme dans son application seule à la littérature. L’abus de la liberté le blesse et, d’un autre côté, il reconnaît les inconvénients de la servitude. Dans son opinion, un moyen efiicace d’encouragement serait u l’exisn tence d’un bon journal dont la critique fût éclai- » rée, bien intentionnée, impartiale et dépouillée » de cette brutalité injurieuse qui caractérise les n discussions des journaux existants et qui est si » contraire aux véritables mœurs de la nation. » L’esprit de dénigrement qui s’est attaché à l’empereur a fait répéter plus d’une fois que c’était lui qui favorisait les violences littéraires des journaux, afin de distraire les esprits de l’examen des questions politiques. On voit par là si ce reproche était fondé, u Les jourmanx actuels, poursuit-il, ne » critiquent pas dans l’intention de dégoûter la » médiocrité, de guider l’inexpérience, d’encoura- » ger le mérite naissant. Tout ce qu’ils publient n est fait pour décourager, pour détruire. » Le jugement qu’il portait alors était vrai. Il voulait réprimer le mal et il avait raison; mais accoutumé à faire tout dépendre du gouvernement, il prenait une mauvaise voie : <i Peut-être le ministre de » l’intérieur devrait- il intervenir pour y porter
* Lettre du 7 mai.