CHAPITRE LXXI
ÉVÉNEMENTS MILITAIRES
Siège (le Uanizig. — Capitulation de Dantzig. — Actions d'éclat de plusieurs officiers et soldats. — Décret qui confère au maréchal Lefebvre le titre de duc de Dantzig. — Capitulation des places de Neiss, Koscl et Glalz en Silésie. — Ouverture (Tune nouvelle campagne par le général Benigsen. — Affaires de Spanden et de Lomitten. — Affaire de Gutistadt.— Plan des Russes déconi^rié.— Retraite de Benigsen sur Heilsberg. — Bataille d'Heilsberg. — Bataille de Freidiand. — Entrée des Français h Konigsberg. — Retraite des Russes au delA du Niémen. — Suspension d’armes entre les Français et les Russes. — Armistice séparé entre les Français et les Prussiens.— Proclamation de Napoléon à l'armée.
L'une des causes qui , indépendamment des inconvénients de la saison, avaient déterminé l'empereur à suspendre les combats, était la nécessité qu'il y avait pour lui, avant d'aller plus loin , de SC rendre maître des places de Üantzig et de Colberg. Il n’atteignit ce but qu'à moitié; de ces deux places, une seule capitula: ce fut Dantzig. Pour commencer le siège de cette place, il avait fallu rassembler l'artillerie , les munitions et tout le matériel qu’un siège exige ; on les tirait de Stettin , de Glogau , de Breslau et de Varsovie. Les arsenaux des places prises fournissaient les moyens de prendre celles qui voulaient résister. Le lO” corps , récemment formé à Thorn par le maréchal Lefebvre, se composait principalement de troupes étrangères , de Polonais , de Badois et de Saxons. Elles vont rivaliser avec les troupes françaises, de vaillance et de dévouement. Les Polonais surtout, quoiqueorganisésde la veille, le disputèrent aux vieilles troupes en ardeur et en intrépidité. Dirigés par le brave général Dombrowski, dès longtemps déjà . placé à un rang honorable dans nos armées, ils débutèrent avec d'autant plus d'éclat qu'affranchis d'un jour ils combattaient contre leurs maîtres de la veille. Après avoir, le Ü février, repoussé sur i Dirschau un corps prussien de quinze cents hommes, ils forcèrent la ville et emportèrent, nonsans une vive résistance, un cimetière et une église où les Prussiens s'étaient retranchés dans l'espoir d'étre secourus. En effet, une colonne de deux mille hommes était sortie de Daiitzigavecquelqucs pièces de canon pour les soutenir, mais elle se trouva cou- |
pée à Dirschau par le général français Ménard, que Dombrowski avait envoyé dans cette direction, à la tète des troupes badoises, pour tourner la ville par sa gauche et couvrir la roule de Dantzig. Ceux des Prussiens enfermés dans Dirschau , qui ne périrent pas en combattant, essayèrent de se sauver dans l'Ile de Nogat; un grand nombre d'entre eux se noyèrent dans la Vistule. La colonne sortie de Dantzig y rentra en laissant sur le terrain huit cents hommes tués on blessés. De ce jour, le général Manstein , qui commandait à Dantzig, en attendant l’arrivée du maréchal Ralkreuth, renonça au projet de défendre les approches de la place, et le corps assiégeant s’avança pour prendre ses positions. Le 12 mars, la place fut resserrée ; le 18, elle était entièrement investie ; les travaux du siège ne furent poussés avec une grande activité qu’à dater du 1” avril. Sans entrer dans le détail de ces travaux, nous ferons connaître, par l'indication seule des difficultés, l'habileté et le courage qui en triomphèrent.
I.a ville de Dantzig, longtemps objet de la convoitise de la Prusse , tombée enfin au pouvoir de cette puissance, par le dernier partage de la Pologne , en 1 795, est admirablement défendue par sa position seule, et, depuis la bataille d'Iéna, l'art avait réparé ce qui manquait à scs anciennes fortifications. Située sur la Vistule , traversée par la petite rivière de la Mottau, dont les eaux entretiennent l'inondation autour de son enceinte, elle communique avec Pillau et Konigsberg, par l’Ile de Nchrung;avec la mer, par l'Ile d'IIolmetparrem-