CHAPITRE I.XXI
boucliurc de la Vislulc que protège le fort de AVeichsel-SIuiide. I/ilc du Ncliruiig est une langue de terre très-étroite, bordée d’un cAlè par la mer, de l’autre par la Vistule et le Prischc-Haf. Pour réduire celle place à scs seules ressources , il faut donc couper scs comniiinicalions , en s’emparant, à droite, de l’ile de Nchrung, de manière à lui Oter toute possibilité de secours par Konigsberg et Pillau; à gauche, de l’ilc d’IIolm et surtout du fort de \\ eidisel-Mundc, pour empêcher l’arrivée de tout secours par mer. L’une de ces communications fut enlevée à la ville dès le 20 mars. L’occupation de l'Ile de Nehrung , confiée au général Schramm, fut exécutée avec beaucoup d’adresse cl de vigueur. Ce n’csl que le 7 mai qu’on se rendra maître de l’Ile d'Holm. Le fort de NVcichscl- Munde conservera libre l’cmbouchurc de la Vislulc , mais sans communication avec la place. Des combats de chaque jour éprouvaient l’ardeur des assiégeants cl la fermeté des assiégés. D’une part, des sorties fréquentes, souvent prévues et par conséquent presque toujours malheureuses ; de l’autre une suite de progrès menaçants, une attaque vraie sur le fort de Hagelsbcrg, des attaques fausses sur la basse Vislulc cl sur le Rischopsberg, cl, à celle occasion, des afT.iircs très-vives où les deux parties rivalisaient d’audace cl de léinérilé. Plus d’une fuis le maréchal Lefebvre marcha lui-iiièmeâ la lèlcdcs colonnes cl se jeta le premier dans la mêlée. Le 30 avril , la ville, foudroyée par l’artillerie des assiégeants, avait déjà vu éclater plusieursinccndics.Lc 0 mai, on enlevait l’Ile d’OIiva avec un millier de Russes qui en formait la garnison.
Ce|ieiidanl des délibérations déjà tardives occupaient le générai en chef de rarméc russe cl l’empereur Alexandre lui -même , récemment arrivé, avec le roi de Prusse, de MémcIàOarlcnslcin. Pour délivrer Dantzig, forcera-t-on l’armée française à recevoir la bataille? On s'cITrayc à l’idée d’une bataille sans succès : on s’arrête au projet d’envoyer, par mer, au secours de Dantzig , un corps de dix à douze mille Russes, sous les ordres du général Kamenski le jeune. Ce général , dont le débarquement sera protégé par le fort de Wcichscl-Mundc, devra s’ouvrir un passage jusqu’à la place, tandis que trois ou quatre mille Prussiens, sous les ordres du colonel Ruiow, feront un mouvement semblable par nie de Nchrung. Ces corps, réunis à la garnison, ne pourraient manquer de faire lever le siège. Les deux expéditions échouèrent.
Le 1 1 mai, le général Kamenski avait opéré son débarquement à Wcichsel-Munde et s’élail établi dans le camp de Neufahrwasser. Ce ne fut que le 15 qu’il essaya d’enfoncer la ligne française, elle général Schramm, qui avait soutenu les deux premières
attaques, aurait succombé dans la dernière, sans l’arrivée d’un renfortquc.par unejuste prévoyance. Napoléon venait d’envoyer au maréchal Lefebvre. Ce renfort était la division de grenadiers du général Oudinot, placée sous les ordres du maréchal Lannes, qui, rétabli de sa maladie, avait rejoint le quartier impérial. Le maréchal Lannes et le général Oudinot, paraissant tout à coup sur le terrain avec une partie de la division de grenadiers, changèrent en un instant la face du combat ; les Russes laissèrent le champ de bataille couvert de leurs morts, et se retirèrent, avec une perte de trois mille t hommes, sous le canon de Wcichsel-Munde.
Le général Bulow , qui commandait la colonne prussienne, ne fut pas plus heureux. Après avoir débarqué dans l’Ilc de Nchrung, il s’était avancé jusqu’à Furslcnwcrdcr, lorsqu’il fut arrêté , repoussé, poursuivi dans un espace de huit à dix lieues par les généraux Beaumont et Albert , et obligé de quitter l’Ile, avec une perte de onze cents hommes en tués, blessés ou prisonniers. Vers ce temps, le 21 mai, arrivait aussi devant Dantzig le maréchal Mortier, remplacé dans le terrain qu’il abandonnait , par le maréchal Brune. Les tentatives faites pour secourir la place ayant été infructueuses, les travaux pour rendre l’assaut praticable étant à leur terme, le maréchal Lefebvre, avant de se déterminer à donner l’assaut , crut devoir adresser au maréchal Kalkreuth une dernière sommation. Les conditions proposées parurent humiliantes au maréchal prussien. Il déclara qu’il n’en accepterait jamais de moins honorables que celles qu’il avait, en 1703 , accordées lui-même à la garnison française de Mayence. Le maréchal Lefebvre prit les ordres de rempercur.Tropd’exigencc en un tel moment ciU été un mauvais calcul. La capitulation fut signée le 24 mai, après cinquante et un jours de tranchée ouverte; le 26 , les Français entraient dans la place et la garnison prussienne en sortait sous la condition de ne pas servir d’un an contre la France et ses alliés. Au même instant, le général Kamenski remontait sur les bâtiments qui l’avaient apporté, et le fort de Wcichsel-Munde ouvrait ses portes. On trouva dans la place neuf cent quatre-vingts bouches à feu , des magasins de vivres encore assez considérables; mais il n’y restait plus de munitions de guerre.
L’histoire doit rcgrcllcr de ne pouvoir recueillir une foule de traits d'hérobme qui, durant le cours de ce siège, signalèrent tous les rangs de l'armcc. Là, c'est le lieutenant Lavergne qui, à la lélc d’une poignée d’hommes, arrive le premier sur une barque dans nie de Nchrung , renverse tout ce qu’il
■ M. Schœll.
[ï8or]
ÉVÉNEMENTS MILITAIRES
rencontre, s’établit sor une digue qu'ü importait d'occuper, cl reste maître de ce poste; mais un coup de feu qu'il reçoit à la tête ne lui laisse que le temps de jouir de la certitude de son succès. Ici le capitaine Tardivelle, sans être découragé par l'exemple de plusieurs tentatives malheureuses, s'erni^are d'une maison située au bas du ruisseau de Schell- Mûhl, et s'y maintient sous la milraille d'une batterie de l'tle d'Hulm. Pendant toute la durée du siège, l'armée reconnaissante ne donna à ce poste d'autre nom que celui de maison TardittlU. Ailleurs, un tambour saxon , nommé Zworn, voyant près d'échouer une attaque dirigée contre une redoute prussienne, couverte par des chevaux de frise, bat la charge sans ordre cl se précipite sur la redoute en s'écriant : « A moi, Saxons. » Ses camarades s’élancent sur scs pas, les chevaux de frise sont renversés, la redoute est enlevée et on la conserve malgré les ciïorls redoublés des Prussiens pour la reprendre. Dans l'entreprise nocturne qui livra nie d'Holm aux Français, un simple soldat renouvelle le trait de dévouement du chevalier d' Assas. Emporté par son ardeur, ce soldat, nommé Forlunas. était tombé dans un détachement ennemi qui l'avait fait prisonnier. Un instant après, ce détachement est lui-méme surpris par la compagnie à laquelle Fortunas appartient : « Ne Itrcx pas, » crient des officiers russes, en appliquant la p<iirile de leur épée sur la poitrine de Fortunas, « ne tirex pas, nous sommes Français. » — « Tirex. n mon capitaine, ce sont des Russes; * et il tombe frap|>é en poussant le cri du patriotisme et de l’honneur.
Vingt autres exemples d'une intrépidité non moins remarquable sollicitent en vain une rapide mention. Nous ne pouvons mieux louer toutes les troupes en masse qu'en disant qu’elles étaient dignes des chefs qui les commandaient, Lefebvre, tonnes, Oaüinot, cl notamment aussi le général Schramm , distingué , par une conduite très-brillanle dans les nombreuses aiïaires auxquelles il avait pris part. L'arme du génie avait puissamment contribué au succès. Il suffit de nommer le général Chasseloup-Laubat et, avec lui, son chef d'étatmajor, le général Kirgencr, qu'un 1815 un boulet ennemi enlèvera trop 161 à la France. Jusqu’au 19 avril, ce dernier avait dirige seul les travaux. Le général Chasseloup, si riche d'ailleurs d'illustration, peut, sans perdre de sa gloire, lui céder le principal mérite des opérations de ce siège.
L'importance du service rendu parle maréchal Lefebvre réclamait un éclatant témoignage de la satisfaction impériale. L'empereur commença par lui l'usage d'un nouveau mode de récompense, l'eul-étre, dans son projet de remettre en honneur
des titres abolis, au moment où il encourait le reproche de rompre, par le rétablissement d’une noblesse héréditaire, les principes d’égalité si chers à la France cl i l’armée, n'élait-il pas fâché d'avoir â en faire l'essai dans la personne d'un guerrier brave et loyal, arrivé au premier grade militaire , mais dont le point de départ attesterait â tous les soldats que, si l'on créait des titres nouveaux. H n'y en aurait point, quelque élevés qu’ils fussent, auxquels le dernier d'entre eux ne pdt prétendre. Par un décret du i8 mai, le maréchal Lefebvre fut créé duc de Danlxig.
La prise de cette place fut suivie de près par trois nouvelles capitulations en Silésie. La forteresse de Nciss se rendait le juin, et sa garnison, composée de cinq mille hommes, était prisonnière. La place de Kosel capitulera le 18, celle de Glatx , le 24 du même mois, toutes deux sous la condition de se rendre, la première, le 16, la seconde le 27 juillet, si avant celte époque il n'élail pas arrivé de secours suffisants pour les débloquer.
L'échange de communications, établi entre les quartiers généraux des deux armées, s'était toujours soutenu, quoique avec peu d'activité. L’empereur Napoléon vit, dans la prise de DanUîg , une occasion de le ranimer ou du moins d'en témoigner le désir. Ce fut dans ce moment qu'en réponse A des instances antérieures il consentit à proposer des bases générales, ainsi que nous l'avons précédemment exposé, mais les questions résultant de l’ciat ou la Prusse était réduite olFraienl trop de difficultés pour être résolues autrement que par un nouveau jugement des armes. La solution va être aussi sanglante que rapide. Le général Benigsen, qui avait craint de livrer bataille quand dix-huit à vingt mille Français étaient occupés devant Danlxig, s'etait réservé d'en tenter les hasards, lorsque la capitulation de celle place aurait rendu ces vingt mille hommes disponibles. A peine Je résultat du siège lui était-il connu qu'il choisit ce moment pour sortir de son immobilité. Ce général s'est mis dans le cas d’élre accusé en celte occasion ou de trop de lenteur ou de trop de prumplilude. Moins lent, il n’aurait pas eu à couiballrc toutes les forces françaises réunies; moins prompt, il cûi fait tous ses efforts pour différer un combat décisif, jusqu'à ce que, par suite des conventions conclues avec l'Angleterre et la Suède, un débarquement de Suédois, d'Anglais et de Hanovrieiis, dans la Poméranie, opérant une importante diversion, eût furcé le général français d'y porter une partie de scs troupes entassées sur la Passarge.
t^luoique l’armée russe eût été renforcée par des troupes venues üc rinlcncurel par l'arrivée de la garde impériale que conimandaitle grand-duc CoU'
CIIAPITRE LXX!.
sUnlin >, Oenigscn ne pourail pas mettre en ligne plus de cent vingt à cent trente mille hommes. L’armée française avait reçu des renforts plus considérables. Une masse de plus de cent soixante mille hommes se trouvait réunie sous la main de Napoléon. Cependant celui-ci fut devancé. Le !5 juin, il ordonnait que les différents corps de l’armée se tinssent prêts à effectuer un mouvement le 10. Ce jour, iS, il était lui-méme attaqué sur toute sa ligne. Le plan du général Benigsen était de forcer le passage delà Passarge sur les points de Lomitten et de Spanden , de manière à couper et à détruire le corps du maréchal Ncy, placé entre la Passarge et l’Aile , contre lequel il dirigeait une masse de quarante mille hommes de ses meilleures troupes; mais la force des positions qu’occupait l’armée française rendait l’entreprise difficile et le succès plus que douteux. En effet, les Russes furent vaillamment repoussés, et avec une perte considérable, à Spanden, par le prince de Ponlc-Corvo ; à Lomitten, par le maréchal Soult. A Spanden, le prince de Ponte-Corvo, atteint d’une halle a la tète, avait laissé le commandement du premier corps au général Dupont, qui le lendemain le remit au général Victor.
Cependant Benigsen et le grand-duc Constantin, avec trois divisions de la garde impériale, avaient attaqué le corps du maréchal Ncy à Guttstadt, Wohlfcrsdorf et Âltkirckcn. Le choc fut violent. Le maréchal Ney le soutint avec sa vigueur accoutumée; mais, reconnaissant qu'il avait affaire à des forces plus que doubles des siennes, il dut, conformément aux instructions éventuelles de l'empereur, se retirer sur Deppen où il concentrerait son corps sur la Passarge. Ce mouvement rétrograde ne fut opéré par le maréchal qu’en deux jours et après avoir disputé le terrain pied à pied à l’ennemi. Le tS, il prit position à Anckendorf. Cette journée avait été vive. Celle du 6 fut une vraie bataille. Les Russes, qui croyaient avoir vaincu la veille, vinrent renouveler l'attaque avec l’impétuosité d’une orgueilleuse présomption. Leur témérité fut punie. La fermeté, le sang-froid du maréchal Ncy leur apprirent que son mouvement avait été un calcul et non une défaite. Jamais l'intrépide maréchal ne déploya un courage plus ferme et plus intelligent;
' En raeoniant la mort de Paul I«, résultat fiincaie d'un projet présenté au grand-duc Alexandre, comme tendant uniquement à l'alxlicaiion de son père, réclamée par le salut de l’empire, nous avons dit, page 117, que < le grand-duc Constantin n'nvait été mis dans la » conlidence que le soir même, et presque A l'heure où V l'événement allait se consommer. « D’après les renseignements les plus authentiques qui depuis nous ont été communiqués, il est avéré que le grand-duc Constantin
jamais il ne sut mieux, par de sa vantes manœuvres, suppléer à l’infériorité du nombre. Il se replia lentement et avec méthode, repoussant toutes les charges que tentait la cavalerie russe, et toujours protégé par son artillerie. Arrivé sur la Passarge , il effectua le passage de cette rivière dans le plus grand ordre. Les Russes Grent d’incroyables efforts pour emporter Deppen, qui fut pris et repris six fois à la baïonnette; les Français Gnircnt par en rester maîtres. L’action de ce jour avait été trèsmeurtrière. L’ennemi eut deux mille tués et trois mille blessés. La perte des Français était beaucoup moins grande ; iis ne laissèrent à l’ennemi qu’un détachement de trois cents hommes, qui fut enlevé par un corps nombreux de cosaques, et encore plus de deux cents hommes de ce détachement furentils retrouvés le 9 juin , lorsque le maréchal Ncy marchant à son tour en avant, reprit le terrain qu’il avait quitté. Dans ces combats si disproportionnés, le maréchal n’avait perdu ni un canon ni un drapeau. Plusieurs ofGciers généraux avaient été blessés. Le général Roguet, atteint d’un coup de mitraille et renversé de cheval , était tombé entre les mains des Russes. Le chef de l’état-major français, le général Dutaillis, eut le bras droit emporté au moment où il désignait de la main un emplacement pour y établir une batterie. Par un ordre de ce même jour, 6, l’empereur Napoléon , en applaudissant à l’habileté des opérations du maréchal Ncy, lui indiquait deux nouvelles positions qu’il devait prendre, si l’ennemi eût été assez fort pour le faire reculer. La précaution était superflue.
Dès le 6 juin, le système d’attaque sur lequel Benigsen avait fondé l’espoir de la campagne était complètement évanoui. L’armée russe se trouvait devant la Passarge, mais sans avoir pu s’ouvrir le passage de cette rivière sur aucun point ni entamer le corps du maréchal Ncy, qu’une belle retraite et une héroïque résistance avaient mis en sûreté. L’hésitation avait succédé à la confiance. Benigsen, quittant son armée, retournait à Guttstadt délibérer avec l’empereur Alexandre; mais, dans ce court intervalle, l’empereur Napoléon avait opéré la concentration de son armée, et maintenant c’est lui qui va prendre l’offensive.
fut, jusqu’après l'événement, dans l'ignorance la plus absolue de ce qui se passait, et que, dans la fatale nuit, déjà livré au sommeil, il ne fut réveillé que par la nou- , vclle de l'horrible catastrophe. Par le soin que nous mettons à rectifier une circonstance d'ailleurs sans gr.vvité réelle, on voit combien nous sommes jaloux d'étre toujours non-seulement près de la vérité , mais dans la vérité même.
ÉVÉNtMEMS 3IIL1TAIRES.
Le 7 juin, un mouvement du maréchal SouU, dirige sur le Qanc droit de l'ennemi, et par suite duquel les Français occupèrent Woblfersdorf et Allkirckeii, détermina le général russe à sc retirer à son tour pour regagner son camp retranché d'IIeilsbcrg. Dans sa iiiarrhe sur ^VohI^ersdo^^, le maréchal SouU ayant rencontré le corps de Ka* menski,ccbappéde Weichsel-Munde, qui cherchait â rejoindre benigsen , lui avait mis hors de com* bal cinq â six cents hommes, fait deux cents prisonniers, et l'avait obligé de changer de dircc* tion.
Le 9, l'empereur se portait sur Guttsladt avec les corps des maréchaux Ncy, Davoust et Lannes, avec sa garde et la cavalerie de réserve. Une forte arrière-garde ennemie, commandée par le prince Bagration, tint ferme â Glollau, tandis que le gros de l'armée défilait, par quatre ponts à la fois , sur la rive droite de l'AIIe. Le grand -duc de Berg, par des charges nombreuses et d'babiles manœuvres, débusqua l’ennemi de tous les points qu'il occupait, cl entra le soir, de vive force, à GuUatadt.
Le 10, l'armée russe avait repris sa position d'IIeilsbcrg. Celte position avait été fortiüée par des ouvrages assortis aux accidents du terrain, mais les deux rives de l'AIIe n'oflTraient pas les mêmes moyens de défense. La meilleure défensive était sur la rive droite; c'est sur la rive gauche que l'armée russe va être attaquée.
Le grand-duc de Berg, le maréchal Soult et le maréchal Lannes s'avancent, quoique d'un pas inégal, contre la masse ennemie qui couvre les hauteurs en avant de la ville. I^a cavalerie du grandduc de Berg, engagée plusieurs fois, sc distingua , selon son usage, par une audace voisine de la témérité; mais ce furent les divisions des généraux Legrand, Carra -.Saint-Cyr et Saint - Hilaire , qui eurent principalement à supporter les hasards d’attaques diflicilcs , où elles déployèrent autant d'intrépidité que de persévérance. Plus d’une fois il leur fallut céder une partie du terrain qu'elles venaient de gagner avec beaucoup d'cfTnrls,et de nouveaux efTurls furent nécessaires pour le reprendre. Dans la clialeur du combat, la division Saint- Uilairc, emportée jusque sur les palissades qui couvraient l’ennemi, aurait pu être gravement compromise, si l'empereur n'eùt envoyé, pour la soutenir, le général Savary, son aide de camp, avec deux régiments de fusiliers de la garde. La division Saint-Hilaire s'etant alors replacée en ligne avec les deux autres, cl le jour louchant à sa (in, l'acUon paraissait tinie, lorsque le maréchal Lannes, qui arrivait, lança la division Verdier contre les redoutes russes , dans l'espoir de
les enlever par ce mouvement inattendu, l/attaque coûta cher, les redoutes ne furent point enlevées, et l'issue de tant d'clTurts fut de placer les Français au pied des retranchements de l’ennemi. Par suite de ce.s combats du 10, les deux armées se trouvant, non-seulement en présence, mais cil contact, il semblait que la question de la guerre devait se résoudre sur ce terrain , où l’avantage de |K)silion continuait à être en faveur des Busses. L'empereur Napoléon s'occupa, le 11 , à disposer toutes ses divisions, et, le 12 au malin , il attendait, avec l'intenlion de prendre cette fois l'initiativo, l’instant où les Busses sortiraient de leurs retraiichcmciiLs; mais ce jour -là Benigsen n'cul ni assez de confiance en lui-méme pour se présenter au combat, ni assez de confiance dans scs retranchements pour s'y croire à l'abri de l’impétuosité française. Dans la nuit du 11 au 12, il fit passer son armée sur la rive droite de l'AIIe, abandonnant tout ce qui existait h sa gauche, ses magasins, ses blessés et ses fortifications, ouvrage de quatre mois, qu'il désespéra de défendre. Les Français s'étonnent, le 12, à la vue d'un camp silencieux, d'une ville déserte. Quelques corps de cavalerie se mettent aussilAL à la poursuite des Busses par la route de Bartenstein, tandis que les maréchaux Ney, SouU, Davoust, Lannes et Mortier marchent dans dilTércnles directions pour leur couper la retraite sur Konigsl>crg.Dans le dessein d'enlever à l’armée russe l’appui de celle place cl de diviser ses forces, déjà depuis plusieurs jours le premier corps d'armée, que le general Victor commandait en l'absence du prince de Ponte -Corvo, avait été charge de retenir sur la basse Passarge le corps prussien du général Lestocq. Après la journée du 10, il fut prescrit au maréchal Davoust de s'élever sur la droite de l’ennemi , pour concourir au même résultat. Du moment où ileilsberg eut été abandonné par les Russes, le grand-duc de Berg prit aussi la direction de Konigsberg, avec une partie de la cavalerie; mais en ce moment le premier corps, qui n’était plus nécessaire sur la basse Passarge, reçut ordre de rejoindre l'empereur.
Le 13, le quartier impérial était à Preussiscli- Eylau; le maréchal Soult marchait, à la gauche de cette ville, sur Kreulzbourg , avec ordre de soutenir le maréchal Davoust ; le maréchal Lannes, à la droite, sur Domnau; les maréchaux Ncy et Mortier, en avant, sur Lampasch. En quittant Hcilsbcrg, le projet de Benigsen avait été de se porter sur Weblia par Bartenstein, Scbippenbcil et Friedland, afin de prendre une forte position sur la basse Pregel , en appuyant sa droite à Konigsberg; mais ayant reconnu que les Français allaientle prévenir sur celte