‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 277 sur 298 · TRAITÉS DE PAIX ET D'ALLIANCE · texte numérisé non relu

TRAITÉS DE PAIX ET D'ALLIANCE

Négociation directe entre les deux empereurs. — Motifs des deux empereurs pour désirer une enlreTue. — En* trerue sur le Niémen. — Rapprochement amical des deux armées. — Intimité des deux empereurs. — Désavantage de la position du roi de Prusse. — La reine de Prusse i Tilsili. — Conclusion de traités de paix séparés avec la Ruuic et la Prusse. <— Substance du traité de paix avec la Russie. — Substance du traité de paix avec la Prusse. — Article secret avec la Prusse. — Substance de la convention du 13 juillet pour l'exécution du traité de paix avec la Prusse. — Traité d'alliance entre la France et la Russie. — .Stipulations de ralliaoce relatives à l'Aoglelerre. — Stipulations de l'alliance relatives A la Turquie. — Autres stipulations secrètes de Tilsilt. — Rapprochement des condltioiu aouscriles, en 1607, par la Russie avec celles qu'elle avait refuse de raiiHer CO 1606.

Il était dans la destinée de Napoléon de donner anx négociations de la paix, comme à la conduite de la guerre, de nouveaux usages et des formes nouvelles. Austerlitz avait amené i son bivac l'empereur d'Autriche. Friedland le met en contact avec Alexandre. Soldat couronné, il a rompu les habitudes des monarchies; il a fait sortir les rois de leurs palais pour venir à sa rencontre sur le champ de bataille. Après les avoir appelés à combattre, il leur apprend à négocier par cux-mémes. Ce ne sont plus seulement, ainsi qu'au dix*septiémo siècle, deux premiers ministres qui s'abouchent pour ûnir les querelles de la France et de l'Espagne. Ce sont les chefs des deux plus vastes empires de l'Europe qui vont, aux frontières de la Russie, régler les intérêts des puissances continentales, et discuter ceux des nations maritimes. Huiris de formalités précédèrent leur entrevue qu'il n’en fallut, pour réunir dans Plie des Faisans, dom Louis de Haro et le cardinal de Maxarin L

Par qui l'entrevue fut-elle proposée? Napoléon s'y prèla*t'il avec plus ou moins d’empressement ? D'une pari, le prince Labanow se rend auprès de l'empereur des Français; de l'autre, le général Duroc porte au quartier général russe les ratifications de Parmislicc, revient auprès de Napoléon et

' Pour les conférences de ces deux ministres, en 1650, pins d'im mois se passa. A arranger des difficultés sur la préséance, et i régler des cérémonies.

retourne auprès d'Alexandre. De quelle part fut l'initiative? Nous l’ignorons et peu importe. L'entrevue devait être désirée par tous deux. Comme monarque, comme charge du dép6l des intérêts de la France, Napoléon pouvait, sans un excès d'orgueil, croire à l'ascendant de son génie sur celui d'Alexandre. Homme et chef de dynastie, il pouvait lui convenir d'établir en fait, par un grand exemple, qu'il n'y avait nul souverain qui put pré* tendre être plus que son égal. Pour Alexandre deux fois vaincu, sa place auprès de Napoléon dut lui paraître assez belle. Une réunion, où ils régleraient ensemble le sort de tant ü'Élals, lui rendrait, au dcnoùment de la guerre, un éclat que ne lui avaient point donné scs généraux. Jeune, ambitieux, ébloui de la gloire de son vainqueur, mais sentant en lui-mème plus que l'avantage d'une grandeur héréditaire, fier d'entrer en rapport intime avec un grand homme, et assez sùr de ses propres forces pour ne pas craindre de se mesurer avec lui sous un point de vue politique, il prévoyait qu'entre eux il s'agirait d'un partage, et, dans sa position, le partage était une véritable conquête. Au milieu du Niémen, par les soins du général français La Riboissicrc, il a été placé un large radeau sur lequel s’élève un pa>illon destiné à rece* voir les deux empereurs, et, à côté, un autre radeau, aussi avec un {>avilloR, pour leur suite. De chaque c6té du fleuve, des bateaux sont prêts; le Juin, les deux souverains s'embarquent, Napo-

CHv\l’miE hWll.

léun saivi du grand-duc de Berg , du prince de Ncufcbâtel, du maréchal Bessières, du général Duroc el du grand-écuyer Cautaincourl; Alexandre, accompagné du grand-duc Constantin, du général Benigsen, du général Ouwarof, du prince l^banow vl du comte de I jeven. Les deux barques quillcnl la terre au même instant, mais celle qui porte Napoléon, conduite par des marins de sa garde , vole avec plus de rapidité; il s'élance sur le radeau el s’avance à la rencontre d'Alexandre; tous deux s'embrassent à la vue de leurs armées qui bordent les rives du Niémen, et dont les acclamations saluent  l'envî l'augure de la paix. Alexandre, en abordant Napoléon, a caressé d'un seul mol sa passion ta plus vive el son intérêt le plus puissant. U Je hais les Anglais, lui dit-ii, autant » que vous les haïssez : je serai votre second dans » tout ce que vous ferez contre eux. * — «En ce » cas, répondit Napoléon, tout |>eut s'arranger et M la paix est faite, a Le dénoümcnt est prévu. Tout, de la part de Napoléon, va tendre à réaliser ce concours de la Russie contre le gouvernement anglais. Dans cette première conférence, les deux monarques reslcrent deux heures ensemble. Le lendemain, ils se revirent au même lieu, et, à celte nouvelle réunion, le roi de Prusse était avec l'empereur Alexandre.

On était convenu que la moitié de la ville de Tilsitt serait neutralisée. Dans l'après-midi du même jour !éü, l'empereur de Russie passa sur la rive gauche du Niémen où il fui reçu par l'empereur Napoléon.

L'accord qui se manifestait entre les deux empereurs avait opéré un rapprochement semblable entre ces deux armées qui venaient de se combattre avec tant d'acharnement et d'animosilc. I.a paix était même, pour ainsi dire, conclue par les troupes avant de l'être parles souverains. Des fêles furent ofTcrtes par la garde impériale française à la garde de l'empereur de Russie cl à celle du roi de Prusse. L'exemple de cette confraternité militaire fut surtout donné aux deux armées par le grandduc Constantin et par le graml-iiuc de Berg. Tous ces guerriers qui , la veille , se lançaient la mort sans pitié, rivalisent aujourd'hui, vainqueurs ou vaincus, de délicatesse à honorer le courage de leurs adversaires. A la fin d'un banquet où la cordialité a été réciproque, on échange les habits pourexprimer mieux l'échange des affections et des senli-

' M. Jnmini.

* Hieci que de vraisemblable dans cc fiiit. En tout temps les souvenirs du fils dn Philippe pouvaient se présenter à l'esprit de Napoléon, nuis à Finkenslein il s'étaîi particulièrement occupé de la vie de ce prince. 1

ments : le casque ou l’épaulette française décorent runiforme russe ou prussien, tandis que l'unifonne français se parc d'une ceinture prussienne ou russe. Triste el admirable effet de la civilisation moderne! Cependant que demain la volonté supérieure change, qu'un léger dissentiment sur une démarcation de limite rompe l'union naissante des souverains, el ces mains loyales, qui se pressent aujourd'hui en témoignage d’une estime mutuelle, ressaisiront à l'instant le glaive des combats pour immoler de nouvelles victimes aux combinaisons de l’ambition ou de la politique.

Chaque jour les deux empereurs dînaient el passaierildc longues soirées ensemble. Des revues, des manœuvres militaires varient les journées. Même <i côté de sa garde, Napoléon admira colle de t’emperour de Russie. Suivant un écrivain militaire > généralement bien informé, à la vue d'une précision, d'un aplomb où d'autres auraient vu une roideur d'aulomales , Napoléon aurait exprime le regret que les Français, à leur enthousiasme électrique, ne joignissent pas quelques-unes des qualités du soldat russe. ■ Lessuldals français, disait-il, » aiment trop leur pays pour faire les Maeédon niciis n Napoléon, en s’abstenant, celte année, de pénétrer en Russie, était plus sage que ne t'avait été le conquérant macédonien en s'aventurant dans rindc. Four son malheur, le monarque français n'aura pas toujours la meme réserve.

(Quoique l'esprit de l'empereur Alexandre ne fût pas de ta même portée que celui de Napoléon, ce prince était loin d'appartenir au vulgaire des rois. Des qualités aimables el brillantes avaient été développées en lui par une éducation bien dirigée. Tous deux se prirent, sinon d'une véritable amitié, du moins d'une certaine affection l'un pour l'autre, chose assez rare dans une si haute fortune cl dans une telle différence de positions; Nupoicon trouvant du charme i traiter en frère le chef héréditaire d'un empire rival; Alexandre, de son c6té, éprouvant quelque orgueil de se voir, dans ses entretiens privés, au niveau d'un homme dont la gloire avait fasciné ses yeux; l'un et l'autre, dans ces comhals do bienveillance el parfois de gaieté, ne négligeant ni le soin de leur politique ni les intérêts de leur empire. Dans leurs conférences secrètes, ils posaient les bases principales de la négociation que suivaient leurs plénipotentiaires.

Il «Tait même, par une lellre du 9 mai, demandé au minUtre de l'inlcrJeur s'il nVxiitait pas à la bibliollièqiie impériale quelque histoire iTAIexsndre co langue persane qui différSt des histoires connues jusqu'alors.

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