‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 281 sur 298 · TMITÉS DE PAIX ET D’ALLIANCE · texte numérisé non relu

TMITÉS DE PAIX ET D’ALLIANCE

U Si l’Angleterre n’acceptait < pas la médiation » de la Rassie, ou si, l’ayant acceptée, ello-ii'avait M point, l*”’ novembre, consenti à conclure la » paix «O reconnaissant gue les pavillons de toutes » les puissances doivent Jouir d’une égale et par- » faite indipl^idance sur les nurs, cl en rcsliluant » les conqnétQj faites sor la Franco cl «es alliés * n </epu(«480Sf« M la Russie devait, dans le courant de novembre, notiOer au gouvernement anglais que , sur son refus do conclure la paix aux condi; lions susdites, S. M. l’empereur Alexandre feriit cause commune avec la France. Elle demandait poulie 1*' décembre une réponse catégorique, et raiiibnssndeiir de Russie à Londres aurait l’ordre éventuel de quitter l'Angleterre. ^ r

. Dana le cas où le cabioct britanniqoo o’aurail

' pas fait à la notification russe une réponse satisfaisante , la Frauce et la Russie sommeraient les trois cours ^ de Copenhague, de Stockholm et de Lisbonne de fermer leurs ports aux Anglais, de rappeler de Londres leurs ambassadeurs et de déclarer la guerre à l’AngleUfir^.

Lçs alliés ne se perdMotaient pas de stipuler une ' pareille sommation pour la cour' de Vienne, mais ils s’engageaient à insister avec forcsütgtiprcs de cette cour pour qu’elle adoptât leurs. piÎQcipcs et s’associât à leurs mesures, aCn d’cn'assurcr le triomphe. ^

Si l’Angleterre accédait aux conditions qui lui étaient offertes le Hanovre lui serait restitué en compensation des colonies françaises, hollandaises et espagnoles.

' En examinaiil.les conditions auxquelles les alliés sont prêts à faire la paix avec l’Angleterre, on conçoit difficilement les refus que fera celte puissance. Deux bases sont posées , rindépendance des mers ut la restitution par l'Angleterre de ce qu’elle a conquis depuis 1805. Sans doute le principe de l’indépendance des mers répugne beaucoup au cabinet britannique ; mais il était impossible â la France de ne pas chercher à faire prévaloir un principe, vital pour elle et pour toutes les nations maritimes, consacré une seconde fois par la confédération du Nord de 1800; qui, momentanément abandonné par l’empereur Alexandre dans la crise de sou avènement au trône, avaitélé peu après ressaisi par çc prince et stipulé entre lui et la France dans les articles secrets du traité d’octobre 1801. Ce n'est pas là d’ailleurs ce qui probablement aura détourné l’Angleterre d'accéder aux propositions des alliés. La reconnaissance d'un principe dans un traité eût été pour elle comme une lettre morte,

paisque, celte condition étant de sa natore uneédo celles qui n’ont point d’application pendant la paix, ce n’était, en délinitive, qu’un ajournement de la difficulté à une nouvelle guerre.

S’il y avait une exigence dans celte clause, il y avait, à côté, une importante concession. La clause suivante, en restreignant les restitutions de l’Angleterre à celles des conquêtes faites depuis 1805, emportait la conservation des conquêtes d’une date anféHeurc. A la vérité , cette concession semblait réveiquée ou paralysée du moins par l’article 7, portant que le Hanovre serait rendu â l’Angleterre en échange des colonies françaises, espagnoles cl hollandaises; mais, de ces deux articles plus ou moins concordants, il sortait toujours la preuve d’une disposition des deux nouveaux alliés â donner une juste satisfaction au cabinet de Londres. Lorsque ce cabinet fermera toute voie à un rapprochement, il semble que , dans ce cas , il voudra la guerre pour la guerre et rejettera la paix par la haine de la paix , ou, si l’on veut, par la crainte de ne pas trouver dans la paix , telle qu’il pourrait la faire, les avantages que lui offre la guerre.

Après les articles qui concernaient l’Angleterre, un seul exprimait tout ce qui regardait la Turquie, l'article 8. H était ainsi conçu :

<1 Parcillcmont, si, par suite des changements » qui viennent de se faire à Constantinople, la n Porte n’acceptait point la médiation delà France, a ou si, après l’avoir acceptée, il arrivait que, dans a le délai de trob mois après les négociations, elles ' a n’eussent pas conduit à un résultat satisfaisant , ' a la France fera cause commune avec la Russie

» contre la Porte-Ottomane, et les deux hautes a parties contractantes s’entendront pour sousa traire toutes les provinces de l'empire ottoman, a en Europe , la ville de Constantinople et ta pro- » vince de Romélie exceptées, au joug et aux vexa- » lions des Turcs. »

Ainsi l’engagement hypothétique de la France contre les Turcs forme la contre-partie de l’engage- ' ' ment de la Russie contre les Anglais; mais, en ce qui concerne l’Angleterre, il ne s’agit que de l’obliger à des restitutions; il s’agit, à l’égard des Turcs, de leur enlever des provinces dont ils sont, depuis quatre siècles, les légitimes possesseurs.

La stipulation qui les regarde, exprimée dans un seul article, est l’une des plus hardies qui aient jamais trouvé place dans un traité entre deux puissances, et cependant telle est la masse des forces dont ces deux puissances disposent, que ce qu'elles viennent d’admettre comme hypothèse,

* Arliclc 7.

' Article 4.

* Arliclc 5.

1 IIGXOS.

i - -..-gt.fati--.aij.

CIIAl'lTRE LXXII.

il dépendrait d'elles de le réaliser. Cet accord , quoique purement éventuel , était une grande déviation de rancicnne politique de la France. La nouvelle seule des événements survenus à Constantinople avait pu y déterminer l’empereur Napoléon. L'empereur avait conçu de l'estime et une sorte d'afTcction pour le sultan Sélim; il prenait un vir intérêt à sa prospérité cl aux efforts qu'il faisait pour civiliser son empire. Par malheur, le carnclcrc de Sélim n'était pas assez fort pour une telle entreprise. On sait que , dans le dessein de préparer la dissolution de la milice turbulente des janissaires, ce prince avait organisé, sous le nom de Nisani-Gediltcs, plusieurs régiments réguliers suivant la méthode des nations chrétiennes. Le mécontentement des Janissaires ne lui permit pas de pousser plus loin son ouvrage. Cette dernière troupe , qui comptait dans ses rangs la presque totalité de la population turque, communiqua l'esprit de révolte dont elle était animée aux ulémas, qui sont les chefs du clergé et de la magistrature. L'alliance fut prompte, ceux-ci étant eux-mémes irrités de la diminution de leur influence sous le présent règne. La conspiration prit rapidement beaucoup de consistance. L’ambassadeur de France en fut informé et en avertit le sultan Sélim. Le seul moyen de salut pour ce prince eiit été de se rendre à l’armée , et de s'entourer des corps dans lesquels il pouvait mettre une juste confiance. Vainement le général Sébastian! lui en donna le conseil, et s'efforça de lui faire adopter cette résolution décisive. Sélim manquait de ce courage d’esprit sans lequel rien de grand ne peut s’accomplir. Il s’abandonna, sans résistance, au sort que lui préparait une rébellion , forte seulement de sa faiblesse. Une bande de séditieux posa la question suivante : « Tout padischa qui, par sa conduite et >• scs lois, combat les principes consacres par l’AI- <• coran, mérite-t-il de rester sur le trànc? » Le mufti répondit : A'on; et un chef de révoltés proclama le sultan Mustapha comme légitime empereur des Osmanlis. Sélim fut renfermé dans l’intérieur du sérail scs ministres furent presque tous massacrés; scs partisans forcés à la fuite. La position de l’ambassadeur lui-même n’était pas sans danger. On pouvait craindre du moins que le nouveau sultan ne rompit l’alliance de Napoléon pour se joindre i .scs ennemis. Telles étaient les notions parvenues à l'empereur au moment où il négociait encore la paix avec Alexandre. La chute d'un allié

' D.1III le peu de temps qui précéda sa mort, .Sélim cul pour compagnon de sa captivité le siilt.vn Maliiiioiid dont les coiisolations adoucirent son infortune. Nous avons vu ce dernier, monté à son tour sur le i

dévoué, utile, lui inspira un vif ressentiment contre les Turcs, et les traités de Tilsitt se ressentirent de cette impression.

Indépendamment de l’article 8 de l’alliance dont nous avons donné le texte précis, a-t-il existé, comme on l'a prétendu, d’autres articles secrets qui aient déterminé la portion du territoire turc assignée à chacune des parties co-partageantes? des articles formels et revêtus des formes diplomatiques? Non; mais qu'il y ait eu à cet égard un accord conditionnel entre les deux empereurs, nul doute sur ce point. Plus d’une fois nous en retrouverons la preuve, particulièrement dans le langage de l'empereur Alexandre. Nous le verrons plus tard, invoquant les souvenirs de Tilsitt, prétendre que c’est l'empereur Napoléon lui-méme qui a désigné son propre lot , celui de la Russie , celui de l’Autriche : u Quelque chose à l’Autriche, pour » satisfaire son amour-propre plutôt que son am- » bitiun. » Tels sont les termes dans lesquels le fait sera rappelé par l'empereur Alexandre. Dans les actes de Napoléon nous trouverons de même l'indication d'un projet d'arrangement, mais nulle trace d’un arrangement consommé. Ainsi, parexemple, afin d'apprécier ce que vaudrait pour lui cl pour la Russie la possession respective des territoires qui pourraient leur tomber en partage, il charge le général Harmont, qui commande en Dalmatie , « de lui faire connaître -, par des officiers ■> sûrs, géographiquement et administrativement, n ce qu’il pourrait se procurer sur la Bosnie , la » Macédoine, la Thrace, l'Albanie, etc. Quelle poi> piilalion turque? quelle population grecque? » Quelles ressources ces pays offriraient en habil- » lement , vivres , argent; enfin quel revenu on i> pourrait tirer de suite au moment de l’occupan lion, car les améliorations sont sans bases. » Outre ce premier travail de statistique générale, l’empereur veut un mémoire militaire, et il pose les questions qui doivent être Irailées. « Si deux ar- « niées entraient à la fois, l’une parCaltaro cl la » Dalmatie dans la Bosnie, l'autre par Corfou, » quelles devraient être les forces de toute arme , » pour être certain de la réussite? Quelle espèce » d'arme serait la plus avantageuse? Comment » passerait l’artillerie? Comment se recruterait- » on? Quel serait le meilleur temps pour agir? »

Dans sa correspondance avec son ambassadeur à Constantinople , l’empereur Napoléon s’expliquait encore plus clairement. Voici la substance

trône, exécuter rentreprite vainement tentée par Sélim.

’ Lettre du 8 juillet, le lendemain de la signature des traités de paix et d’alliance.

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