‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 282 sur 298 · TRAITÉS DE PAIX ET D’ALLIANCE · texte numérisé non relu

TRAITÉS DE PAIX ET D’ALLIANCE

des faits résultanl à cet égard de ses coromunications avec son ambassadeur. Comme il y aurait impossibilité de donner à aucune grande puissance européenne la possession de l’Hellespont et du Bosphore , la première condition de rarrangenient à faire devrait être que la pointe de la Thrace, en tirant une ligne de Bourgas, sur la mer Noire, jusqu’au golfe d’Énosdans l’Archipel, continuerait, y compris Andrinople, d’appartenir à la Porte-Ottomane. La Russie obtiendrait la Aloldavie, la Valachie, toute la Bulgarie jusqu'à la rive gauche de l’üëbre, appelée par les Turcs Marizza. La Servie formerait le lot de l’Autriche; la Bosnie, l’Albanie, l’Épire, IcPéloponèsc, l’Attique, la Thessalie, celui de la France. Cette dernière part était sans doute propre à flatter un esprit qui ne connaissait point de bornes, mais la meilleure part, la plus compacte, par conséquent la plus solide et la plus sûre, était celle qui devait échoir à la Russie. En transmettant ces indications an général Sébastian!, l’empereur le chargeait de rédiger un mémoire pour régler, sur ces bases, la délimitation précise des trois puissances.

D’après ces faits et les autres notions que nous avons pu recueillir, nous sommes fondé à croire qu'il n’y eut pas, à Tilsitt, d’autres stipulations, arrêtées par écrit, concernant la Turquie, que celles de l’article 8 du traité d’alliance, dont nous avons donné le texte littéral. Les articles secrets, relatifs à un démembrement de cette puissance, publiés comme authentiques par plusieurs écrivains français et étrangers, articles mis en circulation par l’Angleterre et portés par elle à Constantinople, comme ayant été convenus entre Napoléon et Alexandre, approchent plus ou moins de ce qui avait été ébauché dans les entretiens des deux empereurs, mais rien à cet égard n’avait été signé en leur nom ni par eux-mémes, et les excursions de leurespritsur la possibilité d’un partage n’avaient été qu’une hypothèse essentiellement subordonnée à un événement qui ne se réalisa pas, le refus de la médiation de la France par la Porte-Ottomane. L’empereur Napoléon ne tarda pas à se désenchanter d’un projet dont il jugea que le principal avantage ne serait pas pour lui. Au moment où l’ordre qu’il avait donné au général Sébastian! parvint à Constantinople , cet ambassadeur avait déjà regagné auprès du sultan Mustapha une partie de l’influence dont il avait joui auprès de Sélim. Le nouveau prince, encore mal affermi, avait senti le besoin de se ménager, sinon la faveur, du moins la neutralité de la France; il avait donc, dans la crainte de lui déplaire, repoussé les tentatives faites en faveur de l’Angleterre et de la Russie. L’ alliance française était respectée. L’opinion per-

sonnelle du général Sébastian! était pour le maintien de cette alliance et pour la conservation intégrale de l’empire ottoman. Le mémoire qu’il rédigea fut contraire à toute idée de partage.

S’il n’a pas existé d’articles secrets , signés par des plénipotentiaires français et russes ou même par les deux empereurs , ayant pour objet un démembrement hypothétique de la Turquie, il a cependant été signé à Tilsitt, indépendamment du traité de paix et du traité d’alliance, des articles séparés et secrets d’une haute gravité , mais qui , presque tous, renfermaient des concessions de la Russie au proût de la France.

Le premier de ces articles stipulait la remise aux troupes françaises du pays connu sous le nom de Cattaro.

D’après le deuxième, les Sept-Ilcs devaient être possédées en toute propriété et souveraineté par l’empereur Napoléon qui consentait (art. 3) à ne point rechercher les sujets de la Sublime -Porte prévenus d’avoir pris part à des hostilités contre lui.

Par l’article 14 du traité de paix, l’empereur Alexandre avait reconnu Joseph Napoléon comme roi de Naples. H s’engageait, par le quatrième des articles secrets, à reconnaître ce prince comme roi de Sicile. Cette reconnaissance devait avoir lieu aussitél que Ferdinand IV aurait une indemnité, telle que les lies Baléares ou Vile de Candie ^ ou toute autre de même valeur.

L’alternative des Iles Baléares ou de Pile de Candie est liée évidemment à l’hypothèse d’un partage éventuel de la Turquie d’Europe.

Le cinquième de ces articles secrets portait la fixation de traitements annuels et viagers dont devaient jouir, ainsi que leurs épouses, plusieurs princes souverains dépossédés de leurs États, les chefs des maisons de Hesse Cassel, Brunswick- Wolfenbuttcl et Nassau-Orange.

Ainsi non-seulement l’empereur Alexandre admet, à Tilsitt, les dispositions générales du traite patent et de la convention secrète, signés à Paris par M. d’Oubril le 20 juillet 1806 , traité et convention qu’à cette époque il avait refusé de ratifler, mais il subit en outre des conditions nouvelles auxquelles alors la France n’aurait pas osé prétendre. En 1806, ce prince avait conclu ou du moins on ministre bien inspiré avait conclu en son nom on traité de paix. L’Angleterre eût été obligée de suivre son exemple, et l’Europe aurait pu se reposer dans une paix générale. En 1807, il signe de plus un traité d’alliance, et bientût il va se trouver en guerre avec le gouvernement anglais. En 1806. les deux empereurs reconnaissaient la république des Sept-Iles, mais la Russie pouvait y laisser qua-

CllAPlTaE LXXII.

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trc mille horeroes, ce qoi mettait en réalité cette république sous sa tutelle. En 1807, les Sept 'Iles deviennent un département français. En 1806, les Français s'étaient engagés à évacuer dans un délai de trois mois toute l'Allemagne. En 1807, une ar* méc française reste, pour un temps à peu prés indéterminé, dans un nouvel Etat formé en Pologne, et dans les places prussiennes de l'Oder. Onxe mois sont écoulés à peine cl tels sont les sacriQces par lesquels l'empereur de Russie a expié son fatal re* fus de ratification. Joignez-y encore la destruction de ses plus belles armées et la ruine de la monarchie prussienne; car, c'est un fait incontestable, quel que fdt l'aveuglement de la cour de Berlin, jamais

cette cour n’eàt entrepris la guerre sans la certitude de l'appui de la Russie. En échange de tant de pertes, qu’a obtenu l'empereur Alexandre? Une évenlualilc, qui se trouve détruite aussitôt que posée ; cl cependant, au mépris de toute la sagesse des calcub humains, par suite d'événements nouveaux et de l’incroyable direction de circonstances ultérieures, cette paix de Tilsilt, où tout est réglé à l'avantage de Napoléon , c'est pour l'empereur Alexandre qu'en deûnitive clic aura les plus utiles résultats! Mais il n'est pas dans l'ordre de la justice de l'apprécier d'après ses effets imprévus. C'est en raison de la situation présente du monde politique que nous allons l'examiner.

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