‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 284 sur 298 · CHAPITRE LXXUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXUI

ta Turquie, d'avoir poursuivi et ensuite sacriOé la Suède. On blâme de même sa conduite envers la maison régnante de Prusse, qu’il eût fallu, diton, ou détrôner ou ne pas laisser dans une situation qui faisait nécessairement d'elle, et pour longtemps, un ennemi secret de la France.

De tous ces torts, vrais ou faux, le plus généralement reproché à l'empereur, quoique le moins fondé, est d'avoir manque l'occasion de rétablir la Pologne. Ce prétendu grief est mis en avant par divers auteurs de mémoires, par plusieurs histo* riens, et même par des hommes qui ont écrit l'histoire de cette époque dans l'esprit le plus opposé.

•I Si Napoléon, dit Monlgaillard que je cite de pré- M férencc parce qu'il est toujours le plus tranchant,

H avait une politique vraiment grande, il

» profilerait de la conjoncture pour demander â la » Russie et négocier avec rAulrichc la restitution « des territoires polonais échus à ces deux puis- )• sanccs en 1795. » A cette rcHexion se joignent des citations historiques dans lesquelles Ggurenl la Hollande et le Portugal, Richelieu, Uazarin et Henri IV’. Rien de plus inexact que l'application de ces exemples à ce qui concerne la Pologne, mais des esprits peu attentifs peuvent sc laisser prendre à ces déclamations. Ne dirait-on pas que demander à la Jiuitie et négocier arec rMuiriche la restitution des provinces polonaises qui leur sont respcclivcmcnl échues en partage, soit Popcralion la plus simple et la plus facile? Souvent l'Europe a été en feu pour une ville, pour quelques villages, cl on suppose que la Russie dont le territoire est intact, que l'Autriche, qui peut disposer de la plénitude de ses forces, vont, de plein gré et gratuitement, céder plusieurs millions d'âmes incorporées à leur empire ! La cession, en effet, serait nécessairement gratuite ; car il n'existe aucun moyen d'échange. .Mais un objectera que, dans ce cas, Napoléon se serait abstenu de créer un royaume de

' Auuitôt qu'il •'était formé dans la Pologne pniasienne det corps dr troupes snus les ordres de Doiiibrowski, du prince Poniatowski et de Zaionscherk , il était accouru sous leurs drapeaux près de douze raille homnies des provinces polonaises russes de Lithuanie, Wolhynie, Podolie et Ukraine. Ni la distance, ni la dilBcutté du passage, ni ta ernime des persécutions n'avaient arrêté leur généreuse ardeur. Pour contrebalancer ce moiivciueul, rcmpereiir Alexandre eut l'idée de Faire un appel à une espère de Potp<dih> /tu»z*nié (levée eu masse) de Lithuaniens, laquelle il donnerait un Polonais pour cmmaandanl en chef. Le géoèrai Kniaziewiez, qui seUrouvait alors en W'oihynie, et que l'on supposait avoir quitté, par suite d'un raéconlentemem particulier, le service de France, fut appelé au quartier géucral iinpérisi A Taiirogrn. L’empereur '

Wcstphalie. Et serait-ce avec le royaume de Westphaiie, avec les provinces prussiennes de la rive gauche de l’Elbe, qu'on pourrait indemniser la Russie et l'Autriche? Ou bien faudrait-il reléguer le roi de Prusse à la rive gauche de l'Elbe, et, en compensation des provinces polonaises cédées, établir la Russie à Konigsberg et l'Autriche à Berlin? Ces hypothèses absurdes sont cependant l'expédient inévitable auquel il faut recourir, si l'on veut trouver une possibilité quelconque d'accomplir un ouvrage dont l'exécution est présentée comme dépendant de la volonté seule de Napoléon. Mais, d'une part, si la Russie s'y refuse, cl son refus n'est pas douteux il faudra donc l'y contraindre par les armes? Ainsi arrivé au bord du Niémen, Napoléon devrait recommencer une guerre nouvelle, dans un nouveau but, pour un résultat tout à fait étranger jusqu'alors à la lutte de la France avec la Prusse et U Russie. D'un autre côté, il aura aussi à faire violence à la neutralité de l'Autriche qu'il a eu tant de peine â maintenir, et H lui faudra forcer cette puissance â descendre â son tour sur le champ de bataille. I.es écrivains sans nombre, qui ont présenté comme possible une hypothèse impraticable, paraissent avoir oublié ou ignoré que la cour de Vienne, neutre en apparence, a toujours continué scs armements, qu’elle s'est préparée pour la chance d'une guerre, que le seul soupçon de tentatives indirectes sur la fidélité des provinces polonaises qui lui sont soumises, a déjà plus d’une fois excité scs réclamations cl scs plaintes; qu'enfin les envoyés d'Angleterre, de Russie et de Prusse, soutenus à Vienne par une oligarchie ennemie de la France, sont impatients de trouver un prétexte pour décider cette cour à se déclarer contre Napoléon. Telles eussent été les nouvelles épreuves qu'il aurait eu à subir, si, entraîné àTiisitl par le désir imprudent de rétablir la Pologne, H cùl perdu tous les avantages de sa position sans

Alexandre, après des démoosirations bîenveillaates et de flatlpiiscs promrs-srs pour Taveoir des Polunais, lui comroiiniqiia son projet de lever une année lithuanienne et de lui en confier le commandrnu-nt. La réponse de Kniaztewicz ne pouvait pas être douteuse. Il fit entendre A l'empereur qu'il était impossible que .S. M. eût de lui une assez mauvaise opinion pour le croire capable de conduire ses compatriotes contre scs compatriotes. 11 ajouta qu'il ne pourrait «ceepler uii commaudcinent que dans un système qui aurait pour objet rindépcndancc de la Pologne. L'empereur n-otlit justice aux sriitimeois de ce générai et peut-être, après 1rs revers d'ifeils}>erg et de Friedlai>d, sa juste inquiêlitde sur l'esprit des provinces polonaises de sa domination Fut-elle une tics causes qui le décidèrent A la paix.

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