‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 285 sur 298 · EXAMEN DES THAITÉS DE TILSITT · texte numérisé non relu

EXAMEN DES THAITÉS DE TILSITT

conclure une glorieuse paix, et qu'il se fût embar> qué dans un nouveau conflit dont les complications et l'issue eussent été impossibles à prévoir. Que de reproches Tondés n’eussent pas eu à lui faire, dans ce cas, ceux qui lui en ont fait de si injustes pour sa détermination contraire!

Et d’ailleurs n'est>ce donc pas déjà un usage assez étendu de son influence du moment, que d’a* voir fondé, sur la frontière de la Russie, un Étal nouveau , ayant deux millions cent mille âmes de population, qui, créé et protégé par la France, est pour elle un poste avancé tout é la fois contre l'Autriche et contre la Russie ? Le choix même du souverain donné à ce nouvel État, du roi de Saxe, descendant de princes qui avaient régné sur la Pologne, appelé lui -même précédemment au trône par le vceu des Polonais, n’est-il pas une menace vivante, destinée à tenir en respect les cours de Vienne et de Pélersbourg? Si l’on en croit un écrivain russe, M. de Boutourlin, « Alexandre ne pouvait mécon- N naître l'esprit de ces dispositions , mais les cir- » constances malheureuses où se trouvait l'Europe » lui prescrivaient d’éloigner la guerre à tout prix. * Napoléon avait donc déjà beaucoup fait pour les Polonais parla création d’un État qui avait Varsovie pour capitale. De ce qu'un jour ce nouvel État deviendra une occasion de mine pour la France, il n’en avait pas moins été fondé avec raison comme un moyen probable de grands avantages, et il remplira, pendant plusieurs années, cette destination, en servant de point d’appui aux corps français, qui continueront d'occuper Danlxig et les forteresses prussiennes de Stetlin, Custrin et Glogau.

Outre que le cabinet autrichien , inquiet pour scs provinces polonaises, avait plus d'une fois laissé voir le mécontenteroent qu'il éprouvait à la seule idée de réniancipalton de la Pologne prussienne , à peine ce cabinet cùl-ü reçu la nouvelle de la bataille de Friedland , qu’il lit partir l’un de ses généraux, M. de Slullerheim , |>our se rendre au quartier général de l'empereur Napoléon, avec la mission ostensible de donner suite à l'offre de médiation que sa cour avait déjà faite, mais en réalité pour prévenir, de la part des deux empereurs, toute combinaison qui pùL porter le moindre dommage à rôtit exislanl de la monarebieautriebienne. Le général istullcrbeim , accueilli au quartier général français avec la distinction due à uii envoyé de l’empereur d'Autriche, ne fut point initié aux négociations suivies entre Napoléon et Alexandre; mais sa présence n’en était pas moins une protestation anticipée pour le cas où ou eût voulu adopter quelque disposition grave, dont le gouvernement autrichien eût pu avoir à se plaindre. De tous les griefs élevés contre Napoléon, le moins légi-

time est donc celui qui se rapporte à la Pologne. En est-il de même de ceux qui regardent la Turquie et la Suède?

A l'égard de la Turquie, la conduite de l'empereur présente d’abord de moins valables excuses, et cependant, en le jugeant par les faits, on trouve que ses torts, s’il en eut, ne furent que temporaires et forcés. I.orsqne. dans ses communications avec les quartiers généraux russe et prussien , il avait demandé l'admission de la Turquie avec la France au congrès projeté de Copenhague, c'était dans l'hypothèse que l'Angleterre y serait de même admise avec la Russie. Par son alliance récente avec le cabinet ottoman, il n'avait |>a8 voulu s'engager à ne faire la paix que de concert avec ce cabinet. Il avait donc pu traiter seul, mais son devoir était de veiller aux intérêts de son allié. A-t-il ou non rempli ce devoir à Tilsitl? Sans doute il est probable qu'alors, en passant le Niémen, au risque d'avoir à faire une nouvelle guerre sur le territoire russe. Napoléon eût pu contraindre Alexandre à conclure la paix avec les Turcs, en replaçant les deux États dans la position où ils étaient avant l'ouverture des hostilités . mais U ndélilé du divan au système français était -elle assez assurée pour déterminer l'empereur à une si délicate entreprise? Sans la vigueur du générai Sébastian!, Sélim ne se serait-il pas naguère livré lui et tout son empire à la discrétion de la Russie et de l'Angleterre? D'ailleurs ce prince même, personnellement ami des Français, n’existe plus. Qui sait quelle marche va suivre le successeur qu'on lui a donné? Napoléon doit-il renoncera des avantages certains en considération d'on cabinet qui peut-être demain va échapper à son alliance? Cependant il n'a point oublié d'ouvrir aux Turcs les voies d'un arrangement convenable. Par les articles Sit, 93 et 91 de son traité patent avec Alexandre, il a stipulé que les Russes évacueraient les provinces de Moldavie et de Valachie. Seulement la réoccupation de ces provinces par les Turcs est ajournée jusqu'à la conclusion de la paix entre Pètersbourg et Constantinople, cl il accepte la médiation pour la conclusion de celte paix déOnilive. Celte même réserve se trouve aussi comprise dans son traité d'alliance. Une convention provisoire doit être signée pour régler les délais dans lesquels les troupes des deux parties x se retireront des pays qu'elles doivent M quitter. » Si , à cet égard , il ne rencontre pas d’obstacle dans le cabinet ottoman, la disposition menaçante de l'article 8 du traité d'alliance sc trouve sans application, et avec elle s'évanouissent les projets éventuels de partage qui ont fait, à Tilsitt, la matière des entretiens, mi-partis de philanthropie cl de politique, des deux empereurs.

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