‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 287 sur 298 · CHAPITRE LXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXIII

de la Marche de Brandebourg. Cc$ deux dépulalions l rcricnnent de leur mission l'âme navrée de désespoir. Elles ont personnellement reçu un bienveillant accueil, mais Napoléon leur a laissé voir à l'égard du roi une disposition d'esprit qui les a autant affligées que la perte d'une nouvelle ba> taille. U Je ne sais, dit Napoléon, quel homme est N votre roi. Je le détrônais si l’empereur de Russie H avait tardé encore trois jours à faire la paix... Je » vous eusse donné une constitution, et qui sait si ■ vous eussiez été moins heureux?... Plus de dix N fois je lui ai oITert la paix. Cet hiver, je voulais M le ramener dans sa capitale, mais il a préféré se >• faire aide de camp de l'empereur de Russie et se n jeter dans les bras des cosaques... Je n'ai point » voulu la guerre, ji’at aaiea du Hhin,,., Vous ne » m'appartenez plus; vous étiez mon peuple par M droit de conquête, vous avez cessé de l’étre; c’est M à moi d’ùtcr â votre roi tous les moyens de me ' N faire la guerre dans six mois.... Car je ne doute » pas qu'il ne ûnissc par faire de nouvelles fautes.

■> Votre roi a été mal conseillé, jamais il n'eul de U système ferme. Quand je le croyais mon ami, il I* ne m’aidait pas; je préfère l'avoir pour ennemi;

U c'est alors une autre affaire et je sais quel parti <• prendre. » On conçoit combien de loyaux sujets du roi, sincèrement attachés à ce prince malheureux, durent être affligés d'entendre un pareil langage. Quanta l'objet spécial des réclamations concernant les contributions à payer par la Prusse, Napoléon l'avait écarté en déclarant qu'il ne demandait rien â aucune province en particulier, cl que c'était une question directe i traiter entre le roi et lui.

Le malheur de la Prusse était que la quotité de ces contributions ti'avaît point été Gxée par le traité

■ \u soriir de raiidierH-e de i'emperetir, elles contigD^rent dans un procès-verbal tout ce qui s’y était passé. On omit seukenem quelques paroles trop dures pour le roi, à qui sans doute ou se proposait de faire un rapport; mais on les recueillit dans un extrait k part. J'ai entre les maina copie de ccsdvux pièces.

* Lettre du 90 juillet.

* Lettre du 39 juillet.

4 Dans l^istnire de cette époque, écrite par un Prussien, probablement l'introdant général de l'armée cl des pays conquis, M. Dani, et moi-mème qui le aecondais comme administrateur général des domaines et Hnanccs de la Prusse, nous serons représentes comme des agents impiloysbles dont le zèle barbare aura, pour plaire à l'empereur, vulunuimiicnl exercé sur la Prusse les plus rigoureuses exactions. L'accusation serait injuste. Tout en servant l'empereur avec dévouement, M. Daru ne lui soumettait que dea propositions raisonnables et tnodérres. •> Je ne puis admettre, lui écrivait * Napdéon, l'estimation que vous faites des revenus

même. On a'était borné à convenir que cette âxalion serait faite par des commissaires que nommeraient les deux parties, mais on voit d'avance que, dans une telle manière de procéder, la discassion est inégale. L'empereur réclame à la fois et le montant des contributions extraordinaires qu'il a frappées sur le pays et le montant des impôts ordinaires qu'il a entendu faire percevoir dans leur intégralité par l'administration française établie à Berlin. lia Prusse voudrait que les réquisitions faites sur le pays fussent admises en déduction de la contribution extraordinaire, mais l'empereur rejette bien loin de lui celte proposition. On part ainsi de deux points tellement éloignés qu'il n'est guère aisé de s'entendre. liCS commissaires prussiens, le baron de Slein et le conseiller Sack , comme s'ils ignoraient le prix du temps, s'amusent â entasser péniblement des volumes de chiffres qu'on ne lira pas, pour établir que la dctlc de la Prusse, tant en impôts ordinaires qu'en cnntribation extraordinaire, n'est plus que de dix-neuf millions de francs. C'élail un mauvais système que de pousser la réduction à un tel degré. Napoléon s'en irrite et, sans entrer dans un combat de calculs interminables, ü lixe sa demande à cent cinquante millions * Il avait même écrit, quelque temps auparavant ^ : U Si on peut faire monter cette somme 1» k deux cents millions, tant mieux • Pour former les cent cinquante millions, il en veut quinze avant l'évacuation du pays, quatre-vingt-dix en lettres de change, et, pour les quarante-cinq autres millions, il eilt accepté des domaines. Chacune de ses lettres k celle époque renferme des traits blessants pour le gouvernement prussien. « Il me n semble écril-il le âC septembre, que l'on fait » à Hémel de mauvaises plaisanteries.... Le roi de

> d'une année à trente-trois millions. • Cette estimation, pour la portion de territoire k laquelle on l'appliquait , était cependant exacte. Sans avoir égard k ces données qui lui étaient soumises, l'empereur, faisant un compte k sa manière, concluait : ■ Tous ces

• calculs me (-oudiiiteot à penser que le roi de Prusse

• me doit cent cinquante militons, • et il ordonnait de les exiger. C’était une mesiitN? de haute politique, un ordre de cabinet. Que pouvait faire riniendanl général? Pour ce qui me conrernait pcrsonnellrmcot , un soiivcuir heureux de Berlin, où j'avais, en des temps meillaurs, été traité avec beaucoup de bienveillance, me faisait vivement désirer d'alléger les charges du pays. Souvent j’ai réclamé contre leur excès, mais j’avais aussi des devoirs i remplir. Rien de plus franc que ma conduite avec les autorités prussiennes. Je leur comroiiniquais les tkinandes de l'empereur et cherchais avec elles le moyen de le satisfaire, en tâihaol de ne faire au pays que le moins de mal possible.

* Lettre k M. Daru. ,

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