EXAMEN DES TRAITÉS DU TILSITT
d’cnvoy«r des troupes dans le Nord, au lieu de | donner de riches subsides à la Russie et à la Prusse, | prodiguait son argent et ses soldats dans des expé> i dilions étrangères à la cause des alliés, en Égypte, à Buénos-Ayres cl à Monte- Vidéo. C’est ainsi que s'est exprimé rcmpercur Napoléon et ainsi le voulait sa politique; U a confondu à dessein, et tous les historiens ont, comme lui, confondu ce qui ne j devait pas l’étre. En celte circonstance, je ne joins point ma voix à ce concert d’accusalions contre rAngletcrre. Alexandre a pu avoir raison sans que celle-ci eût tort. Du cdté du monarque russe, la plainte est fondée. Il voulait des subsides ou des emprunts garantis par le gouvernement anglais. Le ministère de H. Fox, continué par les lords Uowick etGrenville, n’entendant pas être, comme les ministères précédents, le trésorier des coalitions continentales, refuse les emprunts et les subsides, ou n'y consent qu'à des conditions qui sont rejetées. Faut-il blâmer ses refus? Oui , d’après les principes du ministère de H. Pilt et des ministères Canning ou Castlereagh , c’est-à-dire , d’après les doctrines d'une guerre d'extermination contre la France; non, d'après ceux d'une politique humaine qui veut par la guerre arrivera la paix. F.cs expéditions de r.âmcrique du sud n'appartiennent pas au ministère de M. Fox. On sait comment elles ont commencé mais, commencées une fois , on n'avait pu se dispenser d’y donner suite. Pour l’expédition d’Alexandrie, elle est bien l'ouvrage direct de l’administration Grcnvillc et Howick, car die est l'expression formelle de leur système, c'est-àdire qu'elle avait pour seul but un intérêt spécial de l'Angleterre, au Heu de suivre la fausse politique des ministères précédents qui ne tendaient qu’à écraser la France, sans se mettre en peine si ce ne serait pas transporter à Pélersbourg ou à Vienne cet excès de puissance qu’on ne voulait pas supporter à Paris. Dès que lord Grenville et lord Howick sont tombés , on a repris aussitôt les voies de M. Pilt, on a conclu des traités de subsides avec la Suède, avec la Prusse; et une expédition est partie pour Pile de Rûgen , sous les ordres de lord Callicart. Mais aussi la nouvelle administration est revenue à la déloyauté de celte même politique. A peine voit-on le roi de Suède seul sur le champ de bataille qu’on l'abandonne indignement, et que les troupes anglo hanovriennes , sans avoir tiré un
'Lord Pophaio, qui, sans autorisation préalable, avait eovabi Buénos-Ayres, allégua plus tard, pour sa jiisiiBcaiion , qu'il n’avait fait qii’exéeiiler un projet de M.Pilt.
* Notamment le duc de itovign.
' Sflon te rhonoine espagnol Cscoiquiz. Napniéoo lui
coup de fusil pour sa défense, se rembarquent sur les vaisseaux qui les ont apportées. L'administration des lords Grenville et Howick n'aurait rien promis, rien envoyé. Celle de M. Canning envoie des troupes; mais dès qu’elles ne peuvent plus servir qu’à protéger un allié malheureux, elle les rappelle et nous verrons bientôt pour quel usage. La justice réclamait ces éclaircissements. Nous avons dû d'autant moins les négliger que, dans toute la durée de la guerre de 170S à 1814, celle circonstance est 1a seule où il y ail eu lieu à faire, en faveur d'un ministère anglais , une distinction honorable, par cela seul que, la ruine de la France n'ayant pas été, comme pour les autres ministères, son objet exclusif, la paix avec lui n'était pas impossible.
Esl-il vrai, comme le prétendent quelques auteurs de Mémoires que, dès l'entrevue de Tilsilt, Napoléon se soit assuré la tolérance de l'empereur de Russie pour un changement de dynastie en Espagne? Nous aurons à rechercher plus tard si même, quelques Jours avant les événements de Bayonne , il y avait snr ce point une résolution arrêtée. Coronieul le projet en eût-il existé en 1807 ? Comment surtout l'empereur aurait-il hasardé la conOdence anticipco d'un dessein dont l’exécution devait être subordonnée à des chances nombreuses, et dont toutefois on lui eût fait d'avance acheter l'approbation ’?
Après vingt jours passés ensemble, les deux eiiil>ereurs se séparèrent avec toutes les démonslra- Uonsd'un mutuel attachement. Étaient-ils de bonne foi dans ces démonstrations ainsi que dans les engagements qu'ils avaient pris? Sous le rapport personnel, il y cul, du moins tout autorise à le croire, sincérité de bienveillance réciproque. Napoléon avait trouvé dans Alexandre plus de lumières, de mérite solide et réel qu'il ne lui en supposait peutêtre; et de son cèlé Alexandre, sans cesser de sentir la supériorité de Napoléon, avait pu aimer, dans le personnage historique qu'il admirait, une simplicité vraie et uu abandon séduisant qui lui attachaient toutes les personnes admises à son intimité. (^uanl à leurs engagements politiques, un fait est au moins certain, c'est que l'un et l'autre étaient fermement résolus à tout faire pour éviter d'avoir désormais à se combattre , Alexandre en secondant, autant qu'il le pourrait, Napoléon con-
aurait dit à Bayoaoc qnr aea projets sur l’Espagne avaient Clé approuvés k Tilsitt par l'empereur Alexandre. Ce propos prouve, oon qu'un tel concert ail existé, mais qu'il conveoaii à Napotéon que telle fût la croyance des Espagnols.