CHAPITRE 1-.\XIV
terre ne peut reprocher au gouveriieiiicnt danois ni un fait ni inOme une intention hostile, mais seulement la crainte de son adhésion plus ou moins prochaine aux projets de la France. Le crime du Danemark est dans la pensée de Napoléon. Lorsque l'expédition a Tait voile d'Angleterre, dans le mois de juillet, il y avait impossibilité > morale et physique que le cabinet de Londres eût connaissance de ce qui avait été convenu entre les deux empereurs, à plus forte raison impossibilité qu'il eût dès lors des griefs fondes contre le Danemark qui, lui-méme, n'avait encore reçu aucune communication des (leux souverains ; mais on dira que la prévoyance est permise, qu'elle est de bonne guerre, qu'un soupçon plus que probable équivaut à une certitude. Oui , sans doute , j'admets ce raisonnement; j'ai approuvé le soupçon, la prévoyance dans Napoléon en 1803. Je ne les blâmerai pas dans l’Angleterre en 1807. (,)u’a fait , en 1803 , l’empereur Napoléon? Prévoyant qu’il serait bientôt attaqué par l'Autriciic, il est entré en discussion avec elle : il l'a interrogée sur ses intentions, il a répondu à scs armements par des armements, et il s'est disposé à lui faire une loyale guerre. Encore même a-t-il été devancé par clic. Aujourd'hui encore comment procède-t-il avec le Portugal qu'il sait dévoué à rAiigletcrrc et qu'il voudrait détacher de cette puissance? Il parle, il parle de loin, il fait scs oHres, scs sommations, si l'on veut, mais il les fait de Paris à Lisbonne. Le gouvernement portugais est averti, et, si la guerre a lieu, elle ne sera pas surprise : le Portugal aura eu tout loisir de préparer ses armes ; mais la prévoyance , qui porte un cabinet à présumer que tel gouvernement pourra se déclarer contre lui, l'autorise-t-elle à s’élancer à l'improviste sur ce gouvernement, à envahir, à brûler sa capitale dans l'état de paix le plus absolu , lorsqu'il est encore éloigné de toute idée de guerre, lorsqu'il n’a encore pris aucun engagement dont on puisse lui faire un crime? L’autorisc-t-cllc à lui faire la guerre la plus afifreuse , à préluder au combat par la proposition de la plus odieuse alternative : « Livrez-nous votre flotte, ou » nous allons incendier Copenhague. » Ainsi s’exprima le plénipotentiaire anglais Jackson envoyé auprès du prince royal. Cet agent, expédié de I.ondres le l” août, était arrivé à KicI , le 6, et avait sur-le-champ rempli son message. Le lendemain , ayant appris par M. Bcrnstorfque le prince royal était parti pour Copenhague, il se mit en route arm
‘ C'est ce que dêrl.ira formellement lord Sulmoiitb en relevant le choqu.mt anachronisme qui attribuait une expédition faite dans le mois de juillet à des iuforraaiiont qu’on n'aurnit pas pu recevoir avant le
de l'y rejoindre ; mais lorsqu’il y arriva , le prince avait quitté cette capitale. Après avoir donné des ordres, malheureusement trop tardifs, et mis la personne du roi en sûreté, il était retourné dans le Ilolstein, où se trouvait l’armée danoise. Rien à Copenhague n’était préparé pour la défense; il n’y avait pas dans l'ile un seul bataillon; pas dans la ville une seule batterie montée sur les remparts, tant on était loin d'attendre aucune attaque de ce côté. C'était dans les possessions continentales du roi que se trouvait son armée tout entière ; là qu'était portée l'attention de son cabinet ; là qu'on semblait disposé à une vigoureuse résistance , si on avait eu à repousser une injuste agression. C’était la Franccqui, danscette réunion de l'armée danoise sur le continent, pouvait voir une menace éventuelle pour le cas où la fortune eût été plus favorable à scs ennemis.
A Copenhague, M. Jackson s'étant adressé au comte Joachim Bernstorf, frère du ministre principal , et chargé, en son absence, du portefeuille des affaires étrangères, qui lui déclara qu'il ne pouvait que recevoir scs propositions et les transmettre à Kiel , l'injurieuse négociation n’eut pas d’autre suite. Le plénipotentiaire anglais se rendit sur la flotte , et celle-ci commença une guerre digne de la négociation qui l'avait précédée. Le 16 août , le débarquement de l'armée anglaise s'opéra au village de Webeck ; la ville fut bientôt investie par terre et le blocus formé par la flotte du côté de la mer. Une proclamation fut adressée aux Danois par l'amiral Gambier et le commandant de l’armée, lord Catheart. Par une insolente méprisequi prouve la précipitation passionnée du ministère britannique,on n'avait pas même eu pour la nation danoise l'attention de lui parler sa langue. La proclamation publiée au nom de l’Angleterre était en langue allemande. De son côté le prince royal appela les Danois à sauver du moins l’honneur. « Placé entre B le danger et la honte, disait-il, le gouvernement >1 danois n'a pas eu à choisir. La guerre a éclaté, n Le Danemark ne se fait pas illusion sur les mal- » heurs dont il est menacé par cette guerre. Surn pris de la manière la plus insidieuse, attaqué n dans une province isolée et dépouillée de tout » moyen de défense, forcé d'entrer dans la lutte la » plus inégale, il doit s’attendre à des désavantages » des plus sensibles ; mais son premier devoir est » de conserver intacts cl son honneur et l'estime « des puissances européennes qu'il croit avoir mé-
8 aoûl. Il s'indignait qu'on eût mis une telle assertion dans la bouche de S. M. : Inio the tacrtil moulh of hit majestÿ.
POLITIQUE INTÉRIEURE BT POLITIQUE EXTÉRIEURE
>• rilûe par une irréprochable conduite; il croit » qu’il y a plus de gloire dans la résistance de ce- » lui qui succombe sous la force que dans les viei> toires faciles de celui qui en abuse. » I.a voix du prince ne fut point méconnue; les campagnes coururent aux armes; au bout de quelques jours, dix mille hommes de milice se présentèrent pour renforcer la ville, mais ces milices furent arretées et dispersées par la légion hanovriciinc. Après avoir fait quelques sommations inutiles, les Anglais commencèrent le bombardement le 3 septembre ; ils le continuèrent pendant trois jours avec une exécrable activité ; l’effet en fut terrible; le feu fit de rapides progrès. Une grande partie de la ville fut réduite en cendres. Laisser alors la destruction aller plus loin n’eùl pas empêché un funeste dénoùment. Le 7 septembre, le général Peymann consentit à capituler. La base de la capitulation exigée par les Anglais fut la remise de la Qotte danoise entre leurs mains. Un ordre du prince royal avait été expédié pour prévenir ce malheur. U Brûlez plutût la flotte que de la livrer, n avait écrit ce prince, mais l’ordre n’avait pu parvenir dans la place. Le général Peymann n’eùt-il pas dû le deviner? Dix-huit vaisseaux, quinze frégates, six bricks et vingt-cinq chaloupes canonnières tombèrent au pouvoir des Anglais. La capitulation fut exécutée par eux avec une barbarie conforme au caractère de l'expédition. Pour justifier plus tard l’espèce de rage avec laquelle ils avaient détruit les objets de marine qu’ils ne pouvaient emporter, ils alléguèrent que ces munitions navales trouvées dans l’arsenal de Copenhague appartenaient au gouvernement français.
Un cri d’indignation retentit dans toute l'Europe et, pour l’honneur de l’humanité, celte fois l’iniquité d’une politique infâme tournera contre elleinémc. A la vérité la populace anglaise, et, quand il s’agit d’anéantir chez toute autre nation les moindres éléments de puissance maritime , la populace anglaise remonte bien haut, salua par des acclamations l’entrée des vaisseaux danois dans les ports britanniques, comme elle avait applaudi à
■ Dans la discusaion ouverte par le duc de Norfolk, le 8 février, lord Sidmouth demanda que Ica vaiateaiix danois fussent entretenus en bon état pour être restitués ultérieurement. La motion du duc de Norfolk et la proposition de lord Sidmouth furent rejetées par 105 voix contre 5t. Ainsi générosité, loyauté dans le langage de l'opposition, et mépris de tous les droits dans les actes de la majorité. .
’ By the expédition to Copenhague, the means of the enemy had been reduced, and the security of the enuntry augmented.
‘ M. Canning, qui comprenait très-bien toute la por-
l’aspcctdcs frégates espagnoles, enlevées et ensanglantées de même en pleine paix; mais dansl'Ângleterre même il s’élèvera cependant des voix généreuses qui protesteront ‘ contre les écarts de leur gouvernement. Nous devons ici devancer le temps et dire comment celte expédition sera défendue. Tous les principes de morale, de droit des gens, seront foulés aux pieds. M. Canning proclamera hautement quels sont les crimes passés, les crimes présents, les crimes â craindre du gouvernement danois. Les eflbrls qu’a tléjà faits ce gouvcriieniciit en faveur des droits des neutres, il est capable de les faire encore, l’our de tels crimes, point de pardon. L’indulgence, en pareil cas, serait la ruine de l’Angleterre. D’ailleurs à toutes les objections, M. Canning opposera un argument, selon lui, sans réplique; il posera en fait que l’expédition de Co|>enhaguc u a diminué ^ les moyens de l’en- :< nemi et augmenté la sécurité de l’Angleterre. :> L’argument est faux, outre qu’il est immoral, mais il sera reçu comme décisif et victorieux par un parlement entièrement soumis aux volontés ministérielles. Après avoir reproduit celle pensée sous plusieurs formes et l’avoir délayée dans les flots d’une verbeuse éloquence, M. Canning appellera, comme Scipion le peuple anglais au Capitole pour y remercier les dieux.
Cependant, à la fin de septembre, le ministère anglais, qui n’avait point publié de manifeste avant d’attaquer le Danemark , s’était cru obligé de tenter au moins une sorte de justification. Il avait fait paraître une déclaration * de ses motifs, tellement conçue qu’au lieu d’excuser sa conduite , elle en faisait mieux ressortir encore toute l’atrocité. U L’état et les circonstances actuelles du monde, » disait-il, avaient exigé des mesures de propre coneervQtio». » Cet argument, le plus fort qu’ait imaginé M. Canning, prouve seul que l’Aogleterrc elle-même reconnaît qu'il n’y a que la nécessité urgente de propre conservaWon qui puisse, jusqu’à un certain point, excuser de certaines violences. Celle excuse de la nécessité a-t-elle existé pour le gouvernement anglais? Est-ce de la flotte danoise
tée du système coniiocntal, assurait que l’cnipereiir Napulêon échouerait dans ses efforts pour rendre le coininerce européen indépendant de l’Angleterre en forçant toute terre A porter tout produit : ^
Omnis ferct omnia tcllita. ''
M. Canning était faux prophète. En 1830, le continent européen se fournira par lui-roéme la plupart des produits que lui fournissait autrefois l'industrie anglaise. De là et pour longiciiips, la misère de la Grandc-Bret.tgne! ^ «
I En cbtte du 35 septembre.
ClIAl'miK lAXIV.
(|ue pouvait ücpeiulrc la cuiiservalioii de cc gouvernemeiil? Par les inquiétudes qu’il lui plaît de concevoir ou d'alTectcr, pcut-il se croire fondé en droit à détruire, anéantir, ou conduire dans scs ports la marine de toute puissance qu'il aura la faculté d’atteindre ou par surprise ou par force? En vain M. Jackson, dans l'idée que l'alTreux succès de Copenhague ferait craindre au prince royal l'extension des conquêtes anglaises, essaya «le renouer la négociation. Le prince royal, infornié de l’apparition de cc plénipotentiaire à Nyeborg, ordonna d'einpèclier son déharquement. La mission d’un autre agent britannique, .M. Merry, n’eut pas plus de succès. <^)uoi qu’en ait dit M. Canning, l’expédition de Copenhague n’eut pas pour l’Angle- | terre la triste justilication de l’utilité. Elle trouva, , il est vrai, dans la guerre faite au Danemark en- ' corc un autre prétexte de spoliation. Les colonies | danoises de Sainte -Croix et de Saint-Thomas de- . vinrent sa proie, niais en Europe les résultats ne i furent pas .à son avantage. L’Angleterre n’avait | voulu, disait-elle, que préserver son droit mari- \ Urne, et par ces mots de droit maritime on sait cc I qu'elle entend. Elle avait cllc-mémc remis en discussion la durée de ce prétendu droit auquel un incroyable aveuglement lui fait attacher son existence. Elle avait alTernii le gouvernement danois dans les principes de la neutralité maritime de 1780, proclamés de nouveau par Napoléon et Alexandre; elle avait autorisé le Danemark aux mesures les plus rigoureuses, devenues justes à titre de représailles, l’arrestation de tous les Anglais, le séquestre de toutes les sommes ducs à des Anglais, la conliscation de toutes les propriétés anglaises, la peine de mort pour toute correspondance avec l’Angleterre. Auxiliaire imprudent de .Napoléon , elle avait jeté le Danemark dans ses bras, et légitimé, sanctifié le système continental.
Si son but naturel avait dû être d’Oter à scs ennemis la possibilité de lui fermer la Baltique , elle avait au contraire consommé la clôture de la navi-
gation de cette mer pour ses bâtiments. Sa conquête de la /.élandc ne fut et ne pouvait être que la conquête d'un Jour. Les forces qui avaient suffi pour bombarder Copenhague ne suffisaient pas pour conserver la possession de l’Ilc. Cc fut une nécessité pour la flotte et pour les troupes anglaises de s'éloigner avant que le prince royal, secondé par la saison, vint leur faire subir leur juste châtiment.
Non-seulement l’Angleterre a trahi une première fuis Gustave IV, en rappelant, pour les cmiiloyer contre le gouvernement danois, les troupes aiiglohanovriennes qui auraient dù défendre cc prince; elle le trahit encore en mettant le Danemark dans le cas de se déclarer contre la Suède conjointement avec la France et la Russie. Ce fut là en effet une des bases du traité d’alliance, signé à Fontainebleau, le 30 octobre , entre la France et le Danemark.
Ce n’est pas seulement en Europe que les violences anglaises donnent des alliés ou du moins (les amis à la France. Depuis plusieurs années , l’Angleterre causait le plus grand dommage au commerce de rAinériqiie du Nord, tout à la fois par ses propres écarts et par les représailles • de l’empereur Napoléon. Par scs ordres du conseil qui avaient amené le décret de Berlin, le gouvcrnenicnl anglais s’arrogeait le droit de presse sur les bâtiments des États-Unis, prétention absurde, car mettre le pied sur les bâtiments d’un autre État, sous prétexte d'y prendre des déserteurs, est, en fait, violer un territoire étranger pour y faire des arrestations. C’est encore là une de ces différences que l'Angleterre s’attache à maintenir entre lcdroitdes gens sur terre et le droit des gens sur mer, ne se faisant nul scrupule de pratiquer surmcrcequ’clle réprouve sur terre. Au reste, quelle que soit l’absurdité de cette différence, si le principe est admis sur mer, du moins doit-il l’être pour tous les États maritimes et avec réciprocité. 1/ Angleterre ne l’entend pas ainsi. Il lui en faut le monopole Plu-
■ <• En n)ui I80ii, di( un écrivain ainéric.'iin, Rracken-
• bridge, l,v Gr.vnde-Bretagnc mil en vigueur son $y»- •> tème de blocus nominal. Le but de ce système , qui ■> UC portait que sur nous, seuls neutres alors, était de > nous interdire tout eommcrcc avec In France et les " P®y* floi en dépend.iicnt. Le décret de Berlin, que par « tuile le chef du gou cerne ment frauçai» rendu le 0 no- » rembre, fut communiqué à notre ministre à Londres... K La France prétendait que nous nous laissions voler
• avec plus de paticnec par sa rivale que par clic, et » l'Angleterre déclarait hautement qu'à elle seule appar-
• ten.iit le droit de nous piller. « Ainsi, de l'aveu des nations neutres, c’est du coté de l'Angleterre qu'est l’initiative île l'oppression dont elles ont à se plaindre.
’ Loin de permettre que des bâtiments des Etats-Unis puissent venir eux-mémes reprendre leurs déserteurs sur des bâtiments anglais, l'Angleterre se refuse à la remise de ces déserteurs, lorsipie la demande lui en est Elite de la manière In plus aniicnlc. Dix matelots américains ont quitté la frégate la ConttUuUon qui se trouvait à Gibraltar et ont passé à bord d'un vaisseau augl.iis. Le capitaine de la frégate prie leeapitainc anglais de les lui renvoyer. Celui-ci répond qu'il ne les rendra pas, quoiqu’ils soient Américains. Ils sont entrés au service d'Angleterre, et le pavillon britannique saura les protéger. .A merveille; mais le |>avillun américain devrait avoir In même vertu.
[UWr] POLITIQUE INTÉRIKlfRE ET
Heurt esomples «le Mliinenls ainéritafns, prtui» par icf Anglais, jusque dans les eaux el la juridirlionde'i Élats-lTnis; l’horrible agression d*iin hiltment américain à t'enlrêe ito^nie du port de New- Yiirck el le mrurirc du capitaine de ce bâtiment araient soulevé rindi^iiaUun générale; le cri de guerre eontre les Angla^ rcleulissait do (<»utet paru. Cependmt telle élalt la ctrconspeetnrn du jjouverneinrnl américain, telle était sa crainte, peut-éire três-i»HHMinable. d’une première guerre avec les \nglais, qu'il affecta de se montrer salisraîl (ftr une réparation iHitsoire >. Enfin sa palietice fut vaincue par un nouvel attentai, et celte lob ce n'élail plus seutrineni sur les bâtiments de commerce, c'était sur un liâlimenl de l'État, la frégate ta Ctt9$apmk»^^ qoe l'Angleterre avait fait l'application duriiorriMc droit (|u'elle s’attribue et qu'elle ne reconnaît que pour elle-ménie. ■ Une frégate
• üel États-Unis, dit k président Jefferson. (>artic
• pour un scmicc éloigoé et uaviguant sur la fui » des traités, a été surprise et attaquée par un » rabscau anglais d'une force supérieure el faisant
partie de l’escadre qm mauUlaitüans oe moment» n là même $ur no$ rîtage* et rouvrait cet attentat. n No^e frégate a été mise hors de service en se dé- » fendant, et un grand nombre de nos malcIoU tués •• ou blessés... Celte attaque a été faite non-seule- » ment sans provocation, mais avec l’inlciilion » avouée d'enlever de force â ce bâtiment de N guerre une partie de ses équipages. Après cette n horrible exécution, le vaisseau anglais est renu
• tranquiliement te mettre à l’anrre tur not rfra- » get avec Péscadre dont il faisait partie. • Ualgré ce nouvel outrage, c’est toujours une réparation que se borne à demander le président. Les porU américains sont fermés aux liitimciiU de guerre anglais ; on fortillc les c6les, on forme des milices, el partout éclate le désir de la vengeance, mais ce n'est point encore U guerre; on négocie, on négociera longtemps. Toutefois l'irritation du peuple américain est un puissant renfort pour la France. Ainsi dans le même moment, l'Angleterre allume les haines du Nouveau-Monde comme celles de la vieille Euro|>e, et toujours, el uniquement pour consacrer, |)crpétucr, étendre sa tyrannie sur les mers. Nous verrons bientdl l'impression que produisit â Pétersbourg l'incendie de tlopcnbaguc. Mous devons auparavant nous occuper des rapports qui avaient eu lieu entre les deux empereurs depuis leur séparation â Tilsilt.
Cüimne. du côté de Napoléon, la pensée dotni-
' Le meurtrier du eapilaine américain Fui jugé, maia il fut déclaré non rnupable et bicnlél après récompensé par im commandement aupéricitr.
POLITIQirE EXTERlBiRË. 71 f
liante est d'accélérer la rupture de la Russie avec l'Angleterre, l'objet principal du monarque russe est en revancbed'ublenirrassctiliaientde la France é Ui prolmfgiUon du séjour des troupes russes dans les principautés de Moldavie et de Valacbie. En attendant renvoi d’ambassades respectives, un agent français, longtemps employé comme coosul-géiiéml cil Russie. M. Lessepa, y est retourné pour remplir les fonctions déchargé d’affaires. Ile plus, un aide de camp de Napoléon, le général Savary. s'est rendu aussi â Pélersbourg coinmr intermédiaire conlidenliel entre les deux empereurs. Oluf-ci a été mis au courant de l’alliance secréte de Tilsilt, el ses iuttruelioiis font connafire la mission qu'il doit remplir. D'après le traité d'alliance, la France ayant offert sa médiation à la Turquie, et en vertu de celle tiièdiaiion, un armistice ayant été conclu entre les Russes et tes Turcs, les Russes aur<*iient d<i évacuer les |>n>>inces ottomanes. t>lle cvacualioii n’ayanl pas encore eu lieu, le général Savarf doit la demander, mais avec iiKHlération, de manière â ne pas blesser l'empereur Alexandre. Napoléon ne met pas un obstacle abeoiu i la continuation du séjour des Russes dans les principautés; il n’y met qu'un obstacle conditionnel. Il y donnerait son consciilcmenl sous la réserve d’un avantage égal. Par ces indications seules on voit déjà quelles sont les dissidences qui occaperonl bienlèl les cabinets de Paris et de Pélersbourg. La Russie insistera pour l’évacualion de la .Silésie ; la France, pour celle dus provinces turques ; mais d'autres intérêts plus pressants appellent raltcnlion des deux monarques. Le premier de tous consiste dans rcxéculion de l’article f du traité d'alliince, notifications à faire au gouvernement anglais el , |>uur le cas do l'inutilité de CCS noliUralinns, rappel de la légation russe, suivi immédtnleinenl d’une rupture formelle entre les deux puissances. Cet objet est le plus essentiel <le ceux qui qiit été conflés à la surveillance du général Savary.
L’accueil le plus bienveillant attendait cet officier, mais auprès d'Alexandre seul ou presque seul. Si ce prince, soit conviction et calcul, soit séduction el entratnemenl, a embrassé de bonne fui le système français, ce qui l’entoure ae suit ce mouvcment qu'à regret et à conlrc-œur. L'esprit des coalitions est encore l’esprit régnant dans les sociétés de Pélersbourg. Dès Tilsilt, quelques-uns des serviteurs intimes d'Alexandre, notamment M. de Nowosilsof, pour le détourner de l’alliance française, lui avaient représenté le mécuiilcnlcment Inévitable de la cour, de toute la noblesse. On lui
‘ Le juin lfU>7.