‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 33 sur 298 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

réparation de scs perles, il n'aurait pas recule devant l'obligation de courir encore, pendant huit mois, les chances d'une guerre déjà si désastreuse. Ce qui, dans l'une et l'autre de ces hypothèses, est également certain , c'est que , tout en appliquant aux besoins de ses armées les soixante millions payés par l'Angleterre, d’après le nouveau traité, l'Autricbc aurait désiré pouvoir consonuncr, en discussions et sans combat, le temps qui devait s'écouler jusqu’au jour où elle redeviendrait libre de pourvoir à sa propre sûreté, indépendamment du concours de la Grande-Rretagne. Du là l’envoi d’un négociateur à Paris.

Ce négociateur, le comte de Saint-Julien, outre qu'il devait remettre au gouvernement français la ralincalioii de la convention d'Alexandrie, et l'acceptation de l’armislicc proposé pour rAllemagnc, était de plus porteur de lettres de l’empereur et du baron de Thugut, qui le présentaient comme investi de toute la confiance de S. M. Impériale, . particulièrement instruit de scs intentions cl chargé de discuter les bases de la paix. Le gouvernement français crut ou alTccla de croire que l'Autriche était décidée à un prompt dénoûmcnt. Des conférences ouvertes entre M. de Tallcyrand cl le comte de Saint- Julien , amenèrent, au bout de peu de jours, la conclusion de préliminaires qui furent signés le 39 juillet. Le premier consul les ratifia aussitôt, cl fit partir pour Vienne son aide de camp, le colonel Duroc, avec le plénipotentiaire autrichien et le général Zach, prisonnier de Marengo, que l'on relâchait sur parole. On ne permit point au colonel français d'arriver à sa destination. H fut retenu au quartier général autrichien , à Alt- Oetlingcn, depuis le 4 jusqu'au 13 août, sans pouvoir obtenir de passe -ports pour continuer son voyage. M. de Lchrbach, envoyé auprès de lui par le baron de Thugut, lui remit une lettre de ce ministre pour M. de Tallcyrand, et voulut entrer en explication sur le sujet de cette lettre. Le colonel Duroc s’y refusa, en déclarant qu’il avait ordre de ne rien écouter qu’à Vienne. Il se chargea de la lettre de M. de Thugut pour le ministère français.

Les préliminaires, signés le 29 juillet , avaient pour base le traité de Campo - Formio ; ils étaient très -avantageux pour l’Autriche, en raison de la position où elle se trouvait; et on la verra bientôt souscrire à de bien plus onéreuses conditions. Cependant M. de Saint-Julien fut désavoué; et, soit simulation d’une fausse colère, soit punition vraie, il fut relégué dans la forteresse de Clauscnbourg, en Transylvanie. D’autres propositions du gouverncinenl français furent reçues, le 31 août, au quartier général autrichien; elles furent, le 2 septembre, rejetées par l’empereur.

Signer une transaction diplomatique pour la ^ rompre est aussi une manière de gagner du temps,' de faire croire à un désir sincère de la paix ; et il n’est pas impossible que tel ti’eûl été le but véri- ; table de l’envoi de M. de Saint-Julien à l’aris; mais il se peut, d’un autre côté, qu’au moment du départ de ce plénipolcnliaire , le cabinet impérial voulût la paix de très-bonne foi, et qu’il n’en eût été dé- I tourné que par des infiuenccs inattendues. Il était en effet arrivé à Vienne, dans ces entrefaites, une ! caravane très-peu pacifique, renfort puissant pour le parti de la guerre, c'était la reine des Deux-Sicilcs, suivie de Tudieux cortège dont Naples maudira longtemps la mémoire, l’amiral Nelson, et celte fameuse Emma-Liona, qui avait attaché l'opprobre (le scs vices au nom avili de" l’ambassadeur I anglais7liamilton. La lettre du baron de Thugut,

I en date du 1 1 août, remise au colonel Duroc, rcproduisait les premières déclarations du cabinet I autrichien sur l'impossibilité où il était de s'isoler j de scs alliés; mais, en même temps, ce cabinet j communiquait au gouvernement français une note I de l’ambassadeur britannique à Vienne, lord Jlinlo, en date du 9 août , portant que sa cour était prèle I à envoyer un plénipotentiaire pour prendre part à j la négociation définitive. '

I Six mois sont à peine écoulés depuis le jour où le j parlement britannique rclcnlissail non-seulement I d'anathèmes politiques, mais d'insultes privées, de j malédictions individuelles contre Icpremier consul, i Dan$ aucun cas, avait dit ï. Tilt, ne traites avec ! cet homme: et c'est à cet homme que les mêmes' ministres, M. Pillet lord Grenvillc, demandent la faveur d’être admis dans scs négociations avec la cour de Vienne. L’intention de ces deux personnages n'est pas plus aujourd’hui qu’il y a six mois d'arriver à une véritable pacification. Ils n’aspirent, au contraire, à intervenir dans les conférences, que pour en entraver la marche; que pour avoir le loisir de créer à la France des ennemis nouveaux ; de soulever et d'armer le Piémont, la Toscane et Naples ; de regagner la Russie peut-être, et du moins de ranimer l'Autriche, de manière à la jeter encore une fois dans l’arène des combats. Quoiqu'il ! ne fût guère possible de se méprendre sur les in- I tentions du ministère anglais; quoique le premier ’ consul eût pu être blessé du rejet des préliminaires signés par le comte de Saint-Julien , et que la reprise immédiate des hostilités lui offrit les chances les plus heureuses, il voulut prouver que l’amour de la paix l'emportait, à scs yeux, sur un vain sentiment d'orgueil: mais, en se prêtant à recevoir l’Angleterre avec l’Autriche dans la négo- ; dation d'une paix commune aux deux puissances, il y aurait eu trop d'inégalité entre la position des

POLITIQUE EXTÉRIEUllK.

parties, si le gouvernement britannique eût conservé le droit de poursuivre ses succès sur nier, tandis que la France avait renonce à poursuivre le cours des siens s>tr le continent. Comme il y avait armistice sur terre , le premier consul en voulait un semblable • sur mer. L'idée fut traitée d’innovation inouïe par l’Angleterre ; l’équité cependant n’en pouvait être méconnue. On n’osa pas la rejeter. La difliculté devait être de s’entendre sur les conditions de l'armistice naval. La demande du gouvernement français était que, dans l'armistice .à conclure,' on prit h l'égard des « places assiégées » ou bloquées par mer des mesures analogues à X celles qui avaient lieu en .Allemagne, par rap|K»rt •• aux places d’Ulm, Ingolstadt et Philisbourg. n Les places auxquelles la France avait à cœur de faire appliquer les effets de l'armistice naval, étaient Bcllc-lle, Malte et Alexandrie, surtout les deux dernières. F.n les assimilant aux places bloquées en Allemagne, les articles 2 et i du projet présenté par la France avaient pour objet d’assurer, pendant l'armistice, la libre navigation pour les vaisseaux de guerre et les vaisseaux marchands des deux nations, avec la faculté, pour les bâtiments français et neutres, «l'entrer dans les plaees bloquées, sans visite et sans obstacle. Un contreprojet, présenté par lord Grenville -, amena le gouvernement français à faire quelques modilications à scs premières demandes; cl, après un cebange assez actif de notes, un était, â l'aide de concessions réciproques, parvenu à un certain accord de conditions que la France eut pu accepter, si elle eut été engagée seulement dans une guerre particulière avec l’Angleterre ; mais la connexité de deux armistices destinés à se prolonger ensemble exigeait que le gouvernement français trouvât, dans les stipulations de l’armistice maritime , un juste équivalent de l'avantage immense qu’il accordait à l'Autriche par l’armistice continental ; et, dans le mode voulu par l’Angleterre, cette compensation n'existait pas. La parité entre la terre et la mer ne pouvait pas être exacte et absolue, comme le voulait le ministère britannique. En effet, quel était, pour les places bloquées en Allemagne, le grand avantage de l'armistice? C’était leur approvisionnement successif en vivres. Malte exceptée, pour qui un semblable approvisionnement eût été un bienfait, l'avantage était nul pour Belle- lie,

' b'oie (le M. Otto â lonl Grenville, en date «lu 4 »cptembre. M. Ouo , niiisi que nniu) l'nvniiit «lit précédemment, était commissaire du gouvernenient français h Londres, pour réehniigc des prisonniers de guerre.

* Joint â une note du 7 sepirmbre.

* Conférence de M. Otto avec M. tlaniiiioud, lc2S sep

1 BIGVOX.

pour tous les ports français bloqués, et pour .Alexandrie, le blocus anglais ne gênant en aucune manière les approvisionnements que ces diverses places recevaient (le l’intérieur du sol. Afin de rétablir l'équilibre, le gouvernement français demandait que six frégates pussent être expédiées de Toulon â Alexandrie et en revenir sans être visitées. On ne dissimulait pas au gouvernement anglais ^ que l’intention de la France, en proposant cet article, était de faire passer un renfort d’hommes et d’armes à l'armée d’Égypte. C.e renfort, disait-on, serait de douze cents hommes et de dix mille fusils. La vérité était que le premier consul comptait pouvoir envoyer, avec ce nombre de frégates, plus de trois mille hommes. Cet envoi était le seul grand inlértd que la France avait réellement dans l’armistice naval. Aussi en fit-elle une condition absolue, que l’Angleterre rejeta obstinément par la raison inverse. Cette clause, sur laquelle aucune des deux parties ne voulut céder, amena la rupture des conférences. Au moment où il fut reconnu de part et d'autre que, sur la question de l'armistice naval, il ii'y avait pas possibilité de s'entendre, 3f. Otto ava^ dit * que le premier consul était entièrement «lïsposé à recevoir toute ouverture qui pourrait lui être faite, relativement à une paix séparée entre la Grande-Bretagne et la France, et que le mode de ces ouvertures était absolument au choix de Sa Alajesté britannique. .A cette proposition oflicieuse, qui voulait laisser une porte ouverte à un rapprochement direct, le gouvernement anglais ^ opposa la ferme résolution de décliner toute mesure tendant à séparer ses intérêts de ceux des puissances qui persisteraient à faire cause commune avec lui dans la continuation de la guerre.

3Ialgré ce fâcheux déiioüment, le fait seul de la négociation n'était pas un événement sans importance. Il Jamais, avait dit lord Grenville.^, un I) armistice adapté aux opérations navales n'avait » encore, dans aucun cas, été conclu entre la » Grande-Bretagne et la France, dans le cours de » leurs négociations pour la paix ou avant la si- » gnature effective des préliminaires. Cette assertion n'était pas rigoureusement exacte, mais l'armistice actuellement proposé avait, sans contredit, un caractère différent de ceux qui avaient eu lieu dans des temps antérieurs, et cependant l'Angleterre se trouvait conduite à y accéder! Elle y

tembrp, en conséquence «l’une IcUrc reçue «le M. «le Talleyrand.

^ Le 8 octobre.

* Le 9 octobre.

* Note du 29 août.

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