‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 34 sur 298 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

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accédail mémCf comme je l'ai fait observer, à des conditions qui ii'auraicnl pas été inadmissibles, s'il n'avait existé qu'une guerre particulière entre la France et le guuvcrnoincnt anglais. Le conscn> teinent, quoique sans cfTet, mais réel, de lord Grenvillc et de M. Pitt à entrer en négodation avec l'homme qu'ils avaient tant outragé, cl à préluder à la négociation par une trêve d'un genre, suivant eux, tout à fait inusité, n'csl pas une médiocre preuve de l'ascendant qu’un génie extraordinaire peut exercer et sur les hommes cl sur les choses. Il avait fallu la foudre de Marengo pour dessiller leurs yeux et leur faire reconnaître, ü.iiis le premier consul, celle puissance défait > qui, suivant les principes du gouvernement britannique, autorise de la part des puissances étrangères envers le gouvernement nouveau et rend obligatoires envers lui, de la part des sujets, tous les rapports en usage avec les ptiuvoirs consacrés par la légilimilc du temps.

Tandis que les ditTicultés concernant Malte et Alexandrie empêchaient la conclusion d'un armistice naval, le sort de In première de ces places se décidait ^ en faveur de l'Angleterre. La prise, la possession et la perle de celte Ile, dans un espace de deux ans, semblent n'avoir eu lieu que pour laisser à rhistoirc le souvenir de rhahiicté attflaeicusc qui avait conquis ce formidable rocher, et de rhcrotquc obstination qui sut si bien le défendre. I^s annales militaires de tous les pays raconteront la glorieuse résistance du général Vaubois et fie scs bravos compagnons. Elles diront comment la fermeté du cliefct la patience industrieuse des soldats parvinrent à supporters! longtemps les souffrances d’une horrible famine; comment, au milieu de privations de tout genre, l'esprit français cherchait d'utiles ou d’agréables distractions dans des écoles de dessin, de mathcinaliqucs, d'escrime, et mente dans des représentations thcAtraies; comment la culture des végétaux dans les fossés de la place, ressource précieuse, maisiiisulTisante, cumluisil nus soldats à féconder des rocs stériles en y transportant de la terre, dont des machines hydrauliques, inventées et exécutées par eux, assuraient l'iridispensablc arrosement; comment la garnison, prèle à être renforcée et approvisionnée par un convoi expédié de Toulon, eut la douleur de voir, après un combat livre sous scs yeux entre le contre -amiral l'crréc et l'amiral | Nelson, le vaisseau français le Cénérewar tomber \ aux mains de renneini , cl les corvettes ou autres bâtiments, chargés d'hommes et de vivres, disper-

* Hr n as now rfe facio ruler of France. Diteouri rfc inrd (iararn.LK.

I ses on pris par la croisière anglaise ; comment la nécessité ayant oblige le général Vaubois à mettre I hors de la ville deux mille sept cents habitants sur I les(}uels le general anglais, Graham fit faire feu I pour leur interdire le passage, les soldats français,

, plus liumains dans leur détresse que rennemî dans son al)ondanrc de toulc.s choses , rouvrirent, au bout de deux jours, les portes de la place à ces infortunés et partagèrent avec eux le dernier morceau de leur nourriture; comment cniin, de quatre mille hommes réduits à huit ou neuf cents en état de combattre, la garnison, après huit sommations inutiles, ne consentit à capituler que pour être transportée en France. nouvelle de la capitulation de Malle ne fut connue à Paris et à Londres que vers le (emps où la négociation d'une trêve maritime était sur le point de se rrmipre. Arrivée plus tôt, elle n'eût pas contribué soir succès.

A dater surtout de cette é|)oquc, une sorte de compensation semble s'établir entre la France cl l'Angleterre. La mer renri à l’oiic des parties l’équivalent des avantages que l'autre obtient sur le continent. Lorsque le dénoûnicnl de la négociation était encore incertain , le premier consul avait adopté une île ces mesures qui, relatives en apparence à l’ordre intérieur, s'adressent cependant \ aux puissances étrangères. Les départements de la rive gauche du Rhin, acquis par la guerre, avaieul eu jusqu'à ce jour une adminislraliuii provisoire, distincte de celle des autres départements de la république. Un arrêté fit cesser cette distinction, et déclara définitive la réunion de ces départements au territoire français. On a blâmé cette ! mesure; on y a vu un de ces traits de domination envahissante pareils à ceux qu'on aura plus tard à reprocher au premier consul. Ce blâme ne nous j parait pas fondé. Par scs communications de plu- ^ sieurs mois avec {'.Autriche, avec la Prusse, le premier consul avait déjà la cerlilude que la cession de la rive gauche du Rhin ne formerait plus de ditficultc. Le gouvomoment anglais pouvait seul avoir i encore la velléité de soulever celle question aban- ^ donnée par les puissance.s continentales. Il était d'une bonne politique de la trancher d'avance, de I manière qu'elle ne pût pas être reproduite pour entraver le.s négociations réelles, lorsque l'Angleterre voudrait enfin s'y déterminer de bonne foi.

Ce moment de songer sérieusement à la paix est encore fort éloigné aux yeux du gouvernement iirilannique. Les alliés de ce gouYcrnemcnl ont essuyé de terribles échecs, ntais l’Angleterre est

• Le 5 >cpicinbrr.

’ Aiitriir lie mémoires milii.-iires

POLITIQUE EXTÉIUEÜKE.

inUctc'PAnKlcterreagagnc plus que n'ont perdu scs alliés. Aussi lorsque l’opposition proposera une -enquête sur l'état de la nation, Bl. Pitt repoussera-t-il cette demande par renumération des nombreux avantages que la guerre a procurés. « N’cst-cc » donc rien >, dira-t-il, d’avoir détruit complétc- » ment la marine de notre ennemi et d’avoir ruiné » son commerce? N’est-ce rien d’avoir augmenté » nos ressources de scs dépouilles?.... Peut-on ou- I* blicr les conquêtes que nous avons faites sur les « Hollandais et les Espagnols? N'est-cc rien que » d’avoir puni ces puissances vassales de la France?

Il La Martinique, Sainte-Lucie, Tabago, sont-ce là » des objets dignes de mépris? » BI. Pitt rappelle encore la prise de Saint-Pierre et Miquelon, la prise de Minorque et enfin l'acquisition de Malte, acquisition si importante, soit pour chasser les Français de l'Egypte, soit du moins pour rendre la possession de ce pays infructueuse et mal assurée entre leurs mains. » En repassant ainsi, ajoute-t-il, tous n les événements de la guerre, je ne pense pas que » jamais l'bistoire puisse nous en montrer une dont » les conséquences nous soient aussi avantageuses.

Il Je n’en excepte même pas la gloire du duc de Il Marlborough, et remarquez que je n’ai pas encore Il parlé de l’Inde. Sans doute, on ne dira pas que Il la destruction du pouvoir de Tippoo-Saëb soit un Il événement de peu d’importance. N’était-il pas » dans l’Inde ce que la France est en Europe, l’en- II nemi acharné de la puissance anglaise?... •• Tous cc.< résultats, rapportés par BI. Pitt, sont réels. ! Pour la Graiide-nrctagnc, la guerre n’a pas été sté- , rite. Les bénéfices eu sont à Londres, les pertes et | les inquiétudes à Vienne. |

Après l’inutile essai de négociation tenté pour amener un armistice naval, le premier consul, convaincu qu’il n’y avait point d’arrangement possible avec l’Angleterre aussi longtemps qu’elle conserverait un seul allié sur le continent, n'eut d’autre objet que de forcer promptement l’Autriche à titt paix séparée. Attentif à ne pas laisser échappff l’avantage de position que lui avaient fait obtenir les succès de nos armes en Italie et en Allemagne, le premier consul avait ordonné au général Blorcau de dénoncer aux Autrichiens la cessation de l’armistice pour le lOseptembre. De partet d’autre, on renforçait, on réorganisait lesarnices. Pour rendre la confiance à scs troupes, l’empereur François U avait remplacé, par des chefs nouveaux, les commandants de scs armées, qui venaient d’être battus. Non -seulement il avait rappelé les généraux en chefKray et Mêlas, mais même vingt-cinq ou trente autres ofliciers généraux, parmi lesquels on voyait '

' Séance dA 27 novembre.

les généraux Ott, EIsnitz et Nauendorf. C’étaient les vainqueurs de 1799. Leur crime, en 1800, était d'avoir eu affaire à des armées mieux commaudées. Non content de ces mutations, l’empereur avait annoncé l’intention de se mettre lui-même à la tête de l’armée d'Allemagne. Il s'y rendit avec l’archiduc Jean, son frère, la passa en revue, parcourut scs rangs, et ranima tous les courages par sa seule présence.

La lutte paraissait sur le point de recommencer avec un redoublement de violence, lorsque le comte de Lehrbach, chargé de propositions nouvelles pour le gouvernement français, vint demander la prolongation de l'armistice. Moreau accorda un délai de sept jours, temps qui lui était nécessaire pour prendre les ordres du gouvernement. Le délai fut approuvé et la demande de l'Autriche consentie, sous la condition de la remise à l'armée française des trois places d'Ulm, Philisbourg et Ingolstadt. L'empereur d’Allemagne ayant souscrit à cette condition, l’armistice reçut une prolongation de quarante-cinq jours, à dater du 30 septembre. On étendit cette mesure â l’armée d’Italie et à tous les corps qui se trouvaient sur le territoire germanique. La convention en fut signée à Ilohenlindcn, village qui verra bientùt cette illustration pacifique d'un moment disparaître sous l’éclatante célébrité d'un grand événement militaire. Non moins heureux de rapporter à Vienne la nouvelle de trois places cédées â la France que s’il venait de gagner une b<ataille, l'empereur François II fut accueilli, à son retour, par les bruyants témoignages de lu joie publique qui saluait d'avance le nom de la paix, sans dcmmidcr à quel prix il fallait l'acheter.

L’intervalle de repos laissé à l'Autriche n’était perdu nulle part pour le premier consul. Aussitôt quA^s places d’Ingolstadt, Philisbourg cl Ulm

«^t été remises à nos troupes, il en fil raser les 'tiOcations, interprétant le silence de l'armistice sur ce point comme un véritable droit, contre l'application duquel il n’avait pas d’ailleurs d’opposition à craindre; mais c'est en Italie surtout que la nouvelle suspension d'armes fut utilement mise à profit. Par la convention d’Alexandrie, la Toscane étant restée en dehors de la ligne de démarcation, le marquis de Sommariva qui, à la tête d'un corps peu considérable de troupes autrichiennes, gouvernait cet État pour le compte du grand-duc, avait appelé les paysans aux armes, et, les organisant en corps réguliers conduits par les officiers autrichiens, en avait formé une masse de près de vingt mille hommes. Ces paysans fanatisés étaient dilGciles à contenir. Us insultèrent, attaquèrent des postes français stationnés dans leur voisinage, 'et même tombèrent sur des détachements isolés; pro-

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