‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 36 sur 298 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

qui pouvait encore lui ccliappcr. Que l’on se rappelle de quel abinic de désordres et de misère le premier consul avait tire la France, de quel abaissement il l'avait relevée, de quel point étaient parties les armées prêtes à frapper au cœur de scs Etals l'ennemi même qui, peu de mois auparavant, avait profané le territoire de la république, et l’on SC formera une idée des sentiments d'admiration et de reconnaissance qu’éprouvait la nation tout entière pour son premier magistrat.

Les travaux d'ordre intérieur, auxquels se livrait le premier consul, n'étonnaicnl pas moins la France par la promptitude des améliorations opérées à sa voix. Toutes les vues utiles proposées au gouvernement, comprises et saisies aussitôt par une vaste intelligence , recevaient une immédiate application.

Le ministère de la marine était , comme celui de la guerre , l'objet de l'atlcnlion la plus active. La probabilité du peu de succès des négociations tentées avec l'Angleterre prouvait trop bien qu'insciKsible aux malheurs du continent, celte puis- .sance ne pourrait être ramenée à des conditions raisonnables que le jour où elle aurait à trembler jiour cllc-méme.

Personne alors en France n’était, autant que le premier consul, disposé au pardon envers les émigrés. Le système antérieurement suivi pour l’inscription sur la liste fatale avait été irrégulier, arbitraire, passionné, sans garantie pour l'État comme pour les citoyens. Le premier consul prescrivit des formes propres à introduire, dans l'exécution de ces mesures sévères, toute l'indulgence que la lettre formelle des luis n'interdisait pas. En conséquence de ces dispositions connues, beaucoup d'émigrés revenaient sur le territoire de la république. Le gouvernement les voyait et ne les inquiétait pas; mais il s’en fallait beaucoup que tous justiliassenl celte condescendance de l'autorité. Elle fut obligée de recourir à des moyens rigoureux, et de i

faire reconduire aux frontières ceux des émigrés qui étaient rentrés sans autorisation , ou qui n’en avaient pas obtenu depuis leur rentrée. On accusa de cruauté cet acte de prudence nécessaire, et rien ne constate mieux peut-être combien, en moins d'une année, la modération du gouvernement avait changé l'opinion cl les esprits. Celte cruauté prétendue n'étailqu'unc précaution défensive, et nous verrons bientôt le premier consul près de devenir la victime de sa tolérance.

Dans cet ensemble d'une conduite généralement digne d'éloge , un trait que rien ne peut excuser fut l'arrêté du premier consul , qui défendait au général Foissac la Tour de porter aucun uniforme militaire. On se rappelle qu'en 1799 l’opinion s’était sonlevéc contre la prompte reddition de Manlouc aux Autrichiens. Un peuple qui, après de grands succès, éprouve tout à coup des revers inattendus, ne manque presque jamais de crier à la trahison. Les chefs des États ne doivent pas s’associer à ces préventions populaires. Le premier consul avait fait traduire devant des conseils de guerres plusieurs des commandants de places qui avaient, en Italie, capitulé avec l'ennemi. Cette mesure n’avait rien d'injuste : un brave oITicier ne craint pas de voir sa conduite soumise à un tribunal composé de scs pairs. C’était à un examen de ce genre que F'oissac la Tour eût dù être livré. A'ainemcnl le premier consul allègue que ce général, tout coupable qu’il était, pouvant n'étre pas condamné par un conseil de guerre, son acquittement aurait produit le plus mauvais effet. Ce raisonnement tend à introduire, et introduit à faux la politique dans la justice. L’acquittement même d'un criminel , mais avec la solennité d’une procédure régulière, serait toujours moins funeste qu’un empiétement illégal du pouvoir exécutif sur l’autorité judiciaire. Frapper un citoyen sans jugement, et surtout le frapper dans son honneur, est un acte de despotisme et de tyrannie.

POLITIQUE ÈXTÉIUEURE.

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