‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 38 sur 298 · CHAPITRE Vm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vm

les liens de ce Irailé ; cl, d’après ce raisoiinciocnt, ils se sont déclarés, par uu acte législatif du 7 juiU letITRH, ejroHérés des charges que ce même Irailé leur imposail. Le fond de l'allégation était faux, et fausse eu était la cunséqueiicc. Le changement de position de la France et des États-Unis n'était point le fait de la France, mais celui du gouvernement américain. Suivant le traité de 1778, la France devait obtenir, dans les États-Unis, tous les avantages qu’Üs accordaient â la puissance la plus fatoritée. Cette stipulation eût clé cnrreiiitc, si, tandis que l’Angleterre était autorisée a saisir les marchandises cl propriétés françaises sur les béliments américains, rexercîce d'un droit analogue eût été interdit à la France. Au reste, quoique ces terribles représailles, justes en réalité, fussent contre l’esprit et les principes du gouvernement français, elles eurent l'heureux effet d'amener à Paris des plénipotentiaires américains, chargés d'entrer en explication pour l’arrangement des démêlés des deux pays. Ces pléiiipolcutiaircs arrivaient en France à peu près vers le temps où la commission consulaire, mieux inspirée que le directoire dans le dessein de reconquérir rafTection des neutres et de se les associer contre F Angleterre, venait de lever l'embargo, et de remettre en vigueur le réglement libéral de navigation de 1778. La marche du nouveau gouvernement de la république, le caractère ferme de sa |>oliliquc, cl bientôt la campagne de Harengo , donnèrent à sa voix une force que n'avaicnl |>as eue les gouvcrncmeiiLs auxquels il succédait. Les Américains répondirent à son appel. La servitude à laquelle ils s’élaicnt soumis, leur devint plus odieuse, du moment qu'ils virent en France un point d'appui pour les aider à en briser les chaînes. Ils revinrent francheinent aux principes professés en 1780; cl une raison éclairée présidant de part et d'autre à la conclusion d’un accord sincère entre les deux Étals, il sortit de celle discussion un acte iiicinorablu ’ qui régla, par des stipuialiims claires et précises, l'cxercicc du droit de visite, la spéciücalion des objets de contrebande, les cuudilions nécessaires pour la réalité du blocus, et tous les autres points auxquels une sage prévoyance put s’étendre.

On était d'accord sur l'avenir; mais il restait, dans le passé, un grave intérêt à résoudre. Le gouvernement américain réclamait la liquidation des prises respectives et le solde de la dilTérencc; mais, d’un autre côté, il refusait de révoquer la décision législative qui avait déclaré les Étals-Unis exoné-

• Traiié du 30 «epipinbrc «Dire la France fl le» Étautoii.

rés des droKs acquis à la France |>ar le traite de 1778. CcUc demande et ce refus impliquaieut contradicliou. S'il y avait eu guerre, les États-Unis avaient raison de se regarder comme affranchis de leurs anciens engagements; mais, dans ce cas, il n'y avait pas lieu à une liquidation des prises respectives. Si l’état de paix n’avait pas cessé, la liquidation était Juste , mais alors les obligations des traités sulisistaient dans toute leur force. Au fond, la France tenait peu à la révocation du bili américain. Elle s’en faisait un prétexte, et ce prétexte était très 'fondé, pour repousser les réclamations pécuniaires auxquelles, dans l'autre hypothèse, clic ciU dû faire droit. Sa position était bonne, car eUe offrait aux États-Unis l'une de ces concessions comme conditions de l’autre, leur laissant le choix de raUcrnalive. Dans l’impossibilité de s'enteitdrc, on prit le parti de renvoyer, par l’article S du traité, la solution de ce point indécis à une convention ultérieure; mais le traité ne fut ratifié parle président des États-Unis, que moyennant la suppression de cet article S. La France admit cette suppression sans diflicullé, et donna au traité une raUûcatioii ’ nouvelle, « bien entendu, portait cette n ratification, que , i>ar le rctranchenicnl do i’ar- I» liclc 3, les deux Étals rciioiiçaienl aux prélenw lions respectives qui étaient l'objet dudit arti- » cIc. »

Malgré ces discussions d'intérêt secondaire entre le premier consul et le gouvernement américain, le vrai but de la France était atteint. La délcrmi- (lalioii à laquelle venaient de se porter les États- Unis, devait seule être une source de nombreux embarras pour l'Angleterre; mais, dans ce même temps, il SC préparait, ailleurs qu'à Paris et en Amérique, des contrariétés pour cette puissance. Une iiitluencc sympathique opérait, chez les gouvernements du Nord, un semblable retour aux principes de 1780, retour provoqué par l'excès des déprédations de la marine anglaise, mais favorisé en outre par une singulière coïncidence de cir constances inaltenduos. Le Danemark cl la Suède, dont le commerce était sans cesse troublé par la marine britannique, n'avaient Jusqu'alors opposé a scs violences que l'énergie de leurs doléances et de leurs plaintes. Pour lui inspirer une résolution hardie, il fallait, nun-seulemeiil l’ascendant d'une puissance de premier ordre, mais la vigueur de passion que Paul I” niellait dans ses entreprises. Parmi les ligures peu prononcées des souverains de celte époque, nous avons déjà remarqué les formes tranchées cl saillantes qui distinguaient, de

• Le 18 février 18l)l .

* .31 juillel 1801.

cette monotone aniformité , la physionomie origiitaledu successeur de Catherine II. Sun caractère, rnUparti de qualités et de défauts, auxquels des circunstanccs particulières avaient donné une grande intensité, portait tout à la fois l’empreinte du climat où ce prince avait reçu le jour, cl celle de la contrainte violente où il avait vécu avant de monter sur le trOnc. On voyait réunis en lui , par un bizarre assemblage, l’enthousiasme d’un illuminé, la sensibilité et l’héroïsme d’un chevalier, le désintéressement d’un Spartiate, l’orgueil d’un roi de Perse, la courtoisie d'un homme du monde et la férocité d’un Tartaro. Ses idées autocratiques lui avaient fait regarder la restauration de la monarchie française, des princes d’Italie, du stathonüérat et même des oligarchies de la Suisse et de Venise , comme indispensable à la sécurité de tous les pouvoirs existants, et c’était dans cette seule vue qu’il s'était mis à la tète de la seconde coalition. Tant que, pour vaincre, on crut avoir besoin de la Russie, le vocabulaire des cabinets de Vienne et de Londres fut le méme«que celui de Pétersbourg, mais la. pureté d’un zèle tout moral ne pouvait pas longtemps, comme nous l’avons va, sympathiser avec des ambitions toutes matérielles.

Aux motifs d’irritation de Paul I" contre l’Autriche, que nous avons précédemment exposes, il s’en était joint un plus récent, qui n’avait pas eu moins d'effet sur Pâme irascible de ce prince. A Ancône, où les troupes des deux empereurs étaient entrées ensemble, le pavillon russe , arboré sur un bâtiment français pris dans ce port, en avait été arraché et remplacé par le pavillon autrichien. (]ette injure , faite à la fierté de Paul , était venue aigrir eucoreses profonds ressentiments. Trop souvent une querelle d’amour-propre produit plus d’éloignement et d'aversion entre les cabinets, qu'une grave dissidence sur les plus hautes questions de la politique.

Pour apaiser la colère de Paul, l’Autriche se montrera , plus tard , empressée à lui offrir tous les genres de satisfaction. Elle fera traduire à un conseil de guerre le général Frcytag, qui commandait à Ancône. Elle proposera d’envoyer à Pétersbourg un ambassadeur extraordinaire, pour porter des excuses et des regrets sur une faute bien étrangère à la volonté du cabinet. L’orgueilleux czar, se laissant fléchir à demi , donnera son consentement à celte démarche , mais sous la condition expresse, que l’ambassadeur extraordinaire ne parlera que de l’objet spécial de sa mission. Lorsque l'Autriche croira le monarque russe près d'être reconquis, le mobile autocrate lui échappera tout à coup, cl ce sera le choix de l’ambassadeur extraordinaire qui en sera cause. Il est des moments

où les cabinets les plus prudents n’ont pas la main heureuse. Le choix de la cour de Vienne tombera sur le prince d’Auersperg, et précisément ce prince a encouru la haine de Paul, comme ayant tenu un langage peu décent sur le compte de la grandeduchesse, fille de ce monarque, épouse de l’archiduc palatin de Hongrie. La tentative de rapprochement aura été regardée comme une injure de plus. La Gazette de Pétersbourg, sous la date du 1K octobre , apprendra au cabinet autrichien que l'empereur Paul ne veut ni de l'ambassadeur ni de l’ambassade.

Le refroidissement de ce prince avec l’Angleterre avait été beaucoup moins prompt. Au moment de la retraite de l’armée russe, lorsque Suwarow était en Bohême , le cabinet britannique jouait encore le rôle de médiateur entre les cours impériales. L’ambassadeur, lord Minto, s'était rendu de Vienne à Prague pour Uchcr d’arrêter la marche des Russes, et flatter l'orgueil de Suwarow, en lui offrant le commandement d’une grande armée en Allemagne; mais le général russe ne s’était pas montré personnellement plus abordable que son maître. Peu de temps après, l'humeur de Paul , qui déjà s’était manifestée à l’occasion de l'expédition de Hollande, éclata tout à fait par le rappel du corps de ses troupes envoyé dans les Iles de Jersey et de Guernesey, et destiné à une descente sur les côtes de France.

J.a même impression qui avait éloigné Paul l'' des cabinets de Londres et de Vienne , l’avait rapproché de la cour de Berlin, contre laquelle il avait naguère montré tant d’emportement, et le disposait aussi à un retour vers le gouvernement français, qui UC lui inspirait plus la même antipathie depuis qu’il voyait à sa tête le général Bonaparte. En peu de temps, à Pétersbourg, la métamorphose fut complète. Comment s’élait-cllc opérée? Les causes générales sont connues. Les détails particuliers ne sont pas sans intérêt.

Par une singularité digne de remarque, l’Angleterre, avant que Paul se détachât entièrement de son alliance, avait été le iMitévole instrument de la réconciliation de la Prusse avec ce prince, service dont la Prusse lui montrera sa gratitude en s’unissant contre elle aux entreprises de la Russie. Dès les derniers mois de 1799, Paul I", sans rétablir encore scs relations diplomatiques avec la cour de Berlin, y avait envoyé comme voyageur un de ses agents, le baron de Krudencr, chargé d'une lettre particulière pour le roi. Les relations officielles ne devaient être rétablies qu’autant que la Prusse aurait reconnu Paul comme grand maître de ^ordr(^ de Saint-Jean de Jérusalem, Le baron de Krudener ne reçut, en effet, des lettres de créance qu’après*^

POLITIQUE EXTÉRIEURE

C1IAP1T1U-: VIH.

cc préalable rempli; mais, dans l'intervalle, ses rapports avec le ministère du roi avaient etc, au fond, ceux d'un ministre accrédite. Le cabinet de Rerlin, lier du hasard qui semblait le destiner à devenir le nœud d’union de Paris et de Petersbourg, mettait enjeu tous les ressorts d'une politique équivoque, pour accroître son importance dans ces deux grandes capitales. A Paris, il se vantait d'avoir amené Paul <: à tomber entre ses mains, » tandis qu’à Pétersbourg il faisait valoir son crédit auprès du premier consul, l-'latté de pouvoir, avec la Russie, exercer le rôle de médiateur entre les parties belligérantes, et peut-être plus jaloux de montrer ses prétentions à ce rOle que de le remplir en effet, il revenait avec la France à ses anciens droits sur les provinces transrhénancs, et s’essayait à tracer les limites auxquelles devraient s’arrêter les prétentions du premier consul. C.cs communications étaient reçues en France de la manière la plus amicale; mais, au moment où clics allaient devenir plus précises, le premier consul répondit que, le canon venant d’e- Irc tiré de nouveau, il fallait ajourner toutes ces questions jusqu’à cc que les événements de la guerre eussent fait naître plus de facilités pour la paix. Dès l’ouverture de la campagne, les vœux de la Prusse et de la Russie étaient prononcés pour le succès des armes françaises. Suivant Al. Alalliieu Dumas, l’Autriche avait invite les cabinets de Berlin et de Pétersbourg « à prendre les armes pour » défendre l’indépendance de rAllcmagnc et l’intéi> rèt commun. Ces insinuations *, dit-il, ne furent » point sans effet. On évaluait à cent cinquante n mille hommes les deux armées russes rassem- » blées sur les frontières de la Lithuanie et de la Il Volhynie, sous les ordres du comte Pahicn et du » général Kutusof. » Le fait de la réunion de ces deux armées est exact. Seulement l’objet en était tout contraire à celui que M. Dumas suppose. C'était dans un but d’observation contre l’Autriche, et non en faveur de l’Autriche, que ces rassemblements avaient lieu. La principale crainte de Paul était que le premier consul n’accordàtà l’Autriche des conditions trop favorables. Cc prince tenait surtout à ccquc la puissance autrichienne reçût une étroite limitation en Italie, dans celle Italie dont elle avait dû la conquête momentanée à l’épée de Suvs-arow, épée qui était sortie du fourreau, non pour asservir les nations italiennes à un maître étranger, mais pour les rendre à leurs anciens maîtres.

Un fait étrange de celte époque est l’incroyable

' Tome I", sons le titre 1801, .appartenant à 1800,

^ ■ Entin Bonaparte, dit AJ. Mntliicn Uiim.at, détermina

concordance des actes de Paul et de ceux du premier consul dans un même sens, dans un meme but, quoique l’état de guerre continuât à exister entre la Russie et la France. Jamais deux alliés ne se prêtèrent plus d’assistance que le faisaient les cabinets de Paris et de Pétersbourg encore cnne- I mis. Tandis que le premier consul servait la haine de Paul I" contre la cour de Vienne, en humiliant 1 l’orgueil de celte cour à .Alarengo, Paul servait les vues du itremicr consul contre l’Angleterre , en proposatil à la Suède, au Danemark et à la Prusse, la formation d’une neutralité maritime, fondée sur les principes que, de leur c6té, les États-Unis et la France se préparaient à soutenir. Cet accord si extraordinaire, cette curieuse conformité de tendance , dans les actes de Paul 1°' et dans ceux du premier consul, ont induit plusieurs écrivains en erreur. L'énergie avec laquelle l’autocrate russe SC prononçait pour le rétablissement des principes maritimes de 1780, était un si précieux renfort pour les vues et les intérêts de la France, qu’on a supposé que c’était le premier consul qui avait dé- Icrininé ^ l’empereur Paul à embrasser si vivement cette noble cause. Nous ne ferons point honneur au premier consul d’un mérite qu’il n’a pas eu. Il dut cet important secours à la fortune, ou, si l’on veut, à la maladresse de scs ennemis. La supposition contraire est démentie par la date seule des faits. Dès le mois de juin et même de mai 1800, Paul 1*"^ avait fait, à cet égard, des communications aux cabinets de Stockholm, de Copenhague et de Rerlin ; cl cc n’csl que dans les derniers mois de cette même année, que s'établirent des rapports directs entre Paris cl Pétersbourg.

La France n'avait pas tardé à s’apercevoir que le cabinet de Berlin, en s’offrant comme intermédiaire entre elle cl la Russie, avait surtout pour but de SC rendre maître des communications des deux puissances, cl, sous l’apparence d’un grand zèle pour leur rapprochement, de renlravcr, le ralentir, et d’en régler les progrès et la nature suivant scs propres intérêts. Avec un tel guide, la marche pouvait être longue. Le caractère de Paul fournissait au premier consul le moyen de l’abréger; c’était d’attaquer le cœur dcce monarque. Il SC trouvait alors en France huit à neuf mille prisonniers russes# de l’expédition de Hollande. La proposition, faite à l'Angleterre cl à l’Autriche, de les échanger contre un égal nombre de prisonniers français, avait été repoussée par un refus non moins impolitique qu’inhumain. L’occa-

» Pniil I<T à 8C prc.senlcr, en 1800, comme te prnvoca- » leur et le chef de la neiilralilé armée. » Tome VI, p. 121. Il y ,a là erreur ei anachronisme.

l'OJ.ITKlUE EXTÉRIF.URE.

sion était naturelle. Les alliés de Paul manquaient envers lui à un devoir de justice. Le premier consul va parler à son âme par un acte de générosité. Ces prisonniers rosses, qu’on dédaigne d'échanger, seront rendus sans échange, lis seront rendus avec des formes de courtoisie, qui ne manqueront pas leur effet à Pétersbourg. Par les ordres du premier consul, on les rassemble, on les réorganise en régiments, on leur donne des armes. Ils reçoivent , en draps français de première qualité , les uniformes des corps auxquels ils appartiennent. Les drapeaux, qui leur avaient été enlevés, flottent de nouveau devant eux. Il reste à en faire parvenir la nouvelle en Ru&sic. Des lettres, adressées par M. de Talleyrand au vice -chancelier, comte de Panin, sont dirigées par Stockholm. Le ministre de l'rance, en cette cour, est chargé de les remettre à l’envoyé russe, M. de Moravief. Ces détails sont bien minutieux pour la dignité de l'histoire , et cependant ils sont caractéristiques. Telle avait été la sévérité de la défense qui interdisait aux agents russes tout contact avec les agents français, que M. de Moravief n’usa recevoir les lettres destinées pour le comte de Panin; mais, l’objet en étant porté à la connaissance de Paul , ce prince ordonna sur-le-champ â son envoyé i Berlin, d’entrer en rapport avec le ministre de France, le général Reurnonvillc. Le baron de Krudencr témoigna , au nom de l’empereur , que les lettres du ministère français seraient reçues avec plaisir ; que la remise des prisonniers était acceptée avec gratitude, soit contre une rançon, soit contre le serment de ne plus servir dans cette guerre; et, pour faciliter une réconciliation prochaine, il exprima l'intérét que l'empereur prenait h plusieurs princes d’Allemagne et d’Italie. D’après ces ouvertures transmises à Paris, un prisonnier rug^, le major Sergisef, fut envoyé à Pétersbourg^cc les lettres de M. de Talleyrand pour le comte de Panin. A l’arrivée de cet oflicier en Russie, M. de Paniri avait cessé d’étro à la tète du département des affaires étrangères. Il avait été remplacé par le comte Rostopsin, qui depuis quelque temps était fort avant dans la faveur de Paul T*'. Le remplacement de M . de Panin ne iit que rendre plus prompt et plus complet le retour de la Russie vers la France. Un général russe, le baron de Sprengtporten , fut nommé pour la réception des prisonniers; et, dans le même temps, en réponse aux lettres du ministère français, le major Sergisef portait à Paris une note datée de Gatschina, le 26 septembre 1800, et signée par le comte Rostopsin, note dont la forme peu diplomatique annon- { çait assez qu’elle sortait du cabinet particulier de i l’empereur Paul. !

« Sa Majesté l’empereur de toutes les Russics, » disait M. de Rostopsin , ayant eu connaissance n des lettres écrites à son vice-chancelier, comte » de Panin, m’a ordonné de faire savoir au pren micr consul que la bonne harmutiie avec mon » maître ne peut être rétablie que par l’accomplis- !< sement de scs désirs, déjà énoncés au générai » Reurnonvillc :

» 1° La reddition de l'Ile de Malte, avec scs dé- » pendanccs, à l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, n dont l’empereur de toutes les Russies est le grand » maître. 2‘> Le rétablissement du roi de Sardaigne » dans ses États, tels qu’ils étaient avant l’entrée n des Français en Italie. 5° L’intégrité des États du » roi des Deux-Siciles. De ceux de l’électeur de n Bavière, et, <5° de ceux du duc de Wurteiii- II berg. >1

Le premier consul était trop au-dessus des petitesses d’un orgueil mal entendu, pour ne pas sacrifier au fond des choses les puérilités de la forme. Il ne parut pas du tout remarquer ce qu’il y avait d’oriental , de tartare même dans cette communication. On reste, ce style singulier, qui n'cùt que médiocrement surpris de la part de Paul D' seul, étonne moins encore quand on considère que le signataire était ce même comte Rostopsin qu’un jour l’incendie de Moscou dévouera au supplice ou à la gloire d’une si prodigieuse célébrité. On voit, par la date de cette note , que la capitulation de Malte, qui avait eu lieu le IS du même mois de septembre, n’était pas encore connue à Pétersbourg. Cet incident, en général si funeste pour la France et si heureux pour l’Angleterre, était, relativement à Paul I” , un malheur pour l’Angleterre et un avantage pour la France. Du côté de la Russie, le char est lancé. Il ne s’arrêtera plus qu’à la chute de son conducteur. Déjà Paul 1"' pèse sur la Prusse. Il veut que la médiation, dont on parle, ne soit point une œuvre stérile. Il demande que la Prusse se dispose, comme lui , à l'appuyer par scs armements. La Prusse porte à Paris une offre de médiation plus caractérisée, mais principalement en son nom, n’y faisant figurer la Russie que d’une manière faible et indirecte. La médiation est éludée par le premier consul, et la Prusse s’en réjouit bien plutôt qu'elle ne s’en afflige , ne sachant pas trop jusqu’où, sous l’impulsion de Paul^ un premier pas eut put la conduire.

Sans la secousse que Paul I" va donner au nord de l’Europe, c'était déjà bien assez, pour le Danemark et la Suède, de leurs contestations directes avec l’Angleterre , contestations qui portaient suides faits appartenant aux années 1798 et 1799. mais que venaient enveaimer encore des incidents pareils, d’une date plus récente.

CH.UMTUK VIII.

En 1798, une flottille suédoise de bâtiments de commerce avait été enlevée tout entière, quoique convoyée par une frégate.

En 1799, des frégates anglaises voulurent visiter un convoi danois escorté par la frégate Haufer- «en. Le capitaine danois opposa la force à la force, mais le convoi fut enlevé et conduit à (jibrallar.

L'année 1800 va offrir également des faits du même genre, et même plus odieux encore.

Le Sü juillet, une escadre anglaise de six bâtiments de guerre, qui croisait dans la Hanche, rencontra un convoi danois sous Pescorte de la frégate La Freya. Le capitaine de celte frégate, refusant de laisser visiter son convoi , fut attaqué et finit par amener son pavillon, mais après l’avoir honoré |)ar une glorieuse défense.

liorsquc ce nouveau sujet tle débat vintà s'élever entre PAnglelcrre et le Danemark, déjà une vive discussion était engagée, relativement au convoi de 1799, entre M. Merry ministre britannique à Copenhague, et le ministre des affaires étrangères, comte de Beriislurf. La reproduction d'un événement semblable â celui qui était en litige ne pouvait qu'aigrir encore la querelle. A peine Pattaqne et la capture de la frégate La Fr^a, ainsi que du convoi danois tous son escorte, fut connue é txmdres, que le ministre de Danemark en celle cour, le comte de Wedel-Jarlsbcrg, 6t entendre es justes réclamations ^ contre cette nouvelle violence. 11 existe, pour l'Angleterre, des moyens de justification qui n'appartiennent qu’i die. Au lieu de se disculper, elle éleva ^ une voix accusatrice contre Pinsolencc danoise et demanda raison des outrages faits k sa dignité, déclarant conflscable et de bonne prise tout bâtiment neutre qui , même sous Pescorte de vaisseaux de guerre, se refuserait a souffrir la visite du dernier des corsaires anglais. La cour de Londres semblait tellement persuadée que l'établissement de ses iniques prétentions était le fondement nécessaire de sa puissance navale, que, bravant toute pudeur, elle envoya tout à la fois un négociateur extraordinaire à Copenhague, pour y renouveler la demande d'une éclatante satisfaction, et une flotte de vingt-cinq bâtiments de guerre dans le Sund, pour appuyer cette demande. Ce plénipotentiaire était lord Withwortb, naguère .imbassadeur à Pétersbourg, d'où il avait été obligé de partir, après avoir été, pendant quelque temps, comme leuucncbartre privée par l'empereur Paul.

* Noie de M. Merry, en dâie du lo'^avril 1800, cl répoDM de M. de Bernstorf.

* Le 91) juillet.

* Réponse de lord Gmt iUe, du 30 juillet.

) Première note de lord Wiihworth dn 91 août; ré-

II serait superflu de rapporter ici les raisonnements réciproquement allégués dans les notes ^ qui furent échangées entre lord Withwortb et le cabinet danois. De |)art cl d'autre, on soutenait, comme incontcslables, les prétentions contradictoires que j'ai précédemment exposées. C’élaiLla raison, la justice et l'humauUé aux prises avec le droit du plus fort. Le négocialcor anglais sc garda bien d'admettre rinlorvenlion de la Russie, invoquée par le cabinet de Copenhague; mais comme, d’un côté, le Nord n'eUit pas encore préparé pour une résistance énergique , et que , d'autre part , l'Angleterre ne voulait pas précipiter un éclat avec la Russie, au lieu de décider la question, on l'ajourna par un arrangement évasif^, qui, pour le moment, paraissait un moindre mal aux yeux des parties intéressées. Il fut convenu que le convoi danois et la frégate La Fre]ra seraient relâchés, mais que le Danemark suspendrait scs convois jusqu'à ce que des explications ultérieures eussent amené une convention définitive sur le point contesté.

Dans l'intervalle de oes négociations des cours de Copenhague et de Londres, Paul H, qui déjà depuis quelque temps pressait les puissances du Nord de sc rallier aux principes de la neutralité maritime de 1780, leur en avait adressé l'invitatioQ positive par une déclaration solennelle du mois d’aoùt. nouvelle de rapparition soudaine d’une escadre anglaise dans le Sund lui étant parvenue peu de jours après, ce prince avait sur-lechamp fait séquestrer ^ tous les capitaux appartenant à des Anglais, comme sûreté du dommage que le commerce russe pourrait avoir à souffrir de la part de la Grandc-Rrelagnc, u dont les véritables n desseins restaient encore inconnus, n Cependant la convention qui stipulait la restitution immédiate du convoi danois, on remettant à un nouvel examen la solution des questions en litige, paraissant être un commencement de modification admis sur les prétentions de l'Angleterre, la colère do Paul sc calma un moment, et son ministre à Dcriin fit connaître, à la légation de celte puissance en Prusse, la levée de l'embargo russe qui avait été mis sur les bâtiments anglais. Celle lueur de paix cul la durée d'un éclair. La prise de Malte vint bientôt la faire évanouir. Aussitôt que Paul D' eut appris la capitulation de la garnison française , il fit réclamer ta remise do l’ilc entre scs mains, en sa qua-

ponte (le H. de Bernstorf, en date du 96, et réplique du négociateur anglais, en date dn 96.

* En date du 99 août.

* Ordre de la ville de Riga, le 99 août.

POLITIQUE EXTÉRIKUIVE.

lilé de grand mailre de l'urdrc. Celte réclamalioii passa pari'inlcmicdiairedes légations naptililaiiics à Pétersbüurg et à Londres. Dès qu'il ne fut plus possible de sc méprendre surlesinlenlioris de l'Anglclcrrc, un nouvel embargo fut mis dans les ports de Russie sur les bàtimeiils anglais, et ta nouvelle en fut donnée à l'Europe par la gazette de Pélers> bourg, du 7 novembre. Le 21 du même mois, une note signée du comte Rostnpsin, président au dc> partement des aiïuires étrangères, annonça aux meiiibrcs du corps dipluiiiatique, résidant en cette même capitale, que Tembargu mis sur les bâtiments anglais ne serait pas levé, «avant que lessti- >» pulalions de la convention de 1708 n'eussciit » sorti pleinement leur effet. » Ce qu’il ya d’étrange, non dans le procédé de Paul, mats dans le motif allégué par ce prince, c'est que la convention de 1798 ne renrerme point la slipuialiuii précise dont il demande l'execution. I.e miriisière briUimique s'est justiiié, en prétendant que la stipulation de la remise de .Malte avait bien fait partie effective d'un projet de traité dchtiltu entre les deux cabinets, mais n'entrait pas dans le projet déütiilivement adopté. Il est évident que la diplomatie <le rAiiglclerre, moins ardente et plus adroite que celle de Paul, s'était jouée de la bonne foi de ce monarque, et que, si la clause dont il invoquait rexis- (eiicc avait été omise dans la convention de 1708, on avait certainement inspiré à ce prince ta persuasion que cet objet n'clail pas de nature à souffrir de diflicuité. Comment, en effet, Paul pouvait-il craindre que le gouvernement anglais refusât de lui remettre Halte, à lui que ce motif avait principalement disposé à Ja guerre, dont la volonté, la passion sur ce point étaient hautement avouées, à lui que le gouvcrncnieiil anglais avait reconnu et s’était intéressé à faire reconnaître par plusieurs autres puissances * comme grand maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérutticm ? Si la lettre des traites était pour l'Angleterre, l'esprit des négociations était en faveur de Paul 1*', et ce prince ne commellait point d'injustice en se plaignant qu'on n'eùl opposé que de la mauvaise foi â sa franchise.

Ce n'était p.is en Russie seulement que les haines s’amassaient contre le gouvernement britannique. Les puissances qui auraient eu le plus à cœur d'éviter toute rupture avec ce gouvernement, la Suède et surtout la Prusse, cUienl condamnées ellcsméines, par des attaques directes et inexcusables, à joindre leur voix au cri d'indignation parti de Pélersbuurg. Le fait que je vais rapporter ti'esl plus une simple usurpation de droits, mais un exécrable brigandage. Deux frégates anglaises ayant, le

' A Berlin, p.ir exemple.

1 eicauv.

4 septembre, rencontré sur les c6t«s de Barcelone la galiutc suédoise ia Uofnunÿ, le commandant eu chef des frégates se saisit de ce bàlimciil, auquel il a soin de laisser sou pavillon ; il oblige au silence le capitaine suédois et son équipage en leur mettant le pistolet sur la gorge, place dans l'intérieur de la galiolc un grand nombre d'ofljcicrs et de marins anglais, la fait remorquer |>ar se.s chaloupes sur la rade de Barcelone jusque sous le canon des batteries, et, à l'aide des couleurs d'une nation neutre, s'approchant de deux frégates espagnuivs qu'aucune possibilité de défiance n'alariitu , il fait tout à coup sortir de sa retraite la bande de ses pirates préparés pour le coiiil)at. la précipite sur brA Espagnols sans défense, et emmène en triomphe les deux frégates, qu’une criminelle surprise a forcées de se rendre. Pour les Anglais, ce n'clait là qu'un siratagéme innocent, qu'une ruse de guerre. Les plaintes de la cour de Madrid rclenüreut avec raison dans toute l'Europe. Elles appelèrent à son secours l'intervention de toutes les puissances neutres, et la Prusse indignée fut 1a première à seconder les réclamations de l'Espagne auprès de la cour de Suède.

Une sorte de fatalité ennemie poursuivait en ce moment l'Angleterre. Tandis que le cabinet prussien s'élevait, à Stockholm, contre la profanation du pavillon suédois, devenu, par les violences anglaises, un instrument de perfidie et de rapine, ce cabinet, attaqué lui-niérae k l'impruviste, eut aussi a venger ses propres injures. Un bâtiment prussien, i» 7'r//o«i, chargé de bois pour la Hollande, avait été capturé dans le Texel par un corsaire anglais. et conduit à Cuxhavcn. Dissimuler cet outrage était impossible dans la situation où était la Prusse â l’égard de Paul D'. La cour de Berlin fut heureuse d'avoir occasion de faire un acte de vigueur par l'occupation de Cuxhaven et du petit district de RilzebuUel, En vain le sénat de Hambourg avait fait acheter, du capitaine anglais, le bâtiment capturé pour le rendre à la Prusse. En vain le ministre d'Angleterre, arrivé depuis peu de temps à Berlin, lord Karysfort, intervint ^ pour arrêter la marche des troupes prussiennes , en annonçant la restitution du navire qui avait été pris : celte concession, que le gouvernement anglais faisait à la Prusse sur ses prétendus droits dont l’application avait tant de rigueur à l'égard d'ÉULs moins puissants, ne put détourner la mesure d'occupation qui était alors d'une si grande importance.

I On remarquait cependant que le cabinet prussien.

, tout en repolissant la réclamation de l'envoyé bri-

I tannique, passait sous silence la question de neutra -

^ * Noies do 10 et du 18 novembre.

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CRAPITAE VIII.

lité marilinef tandis qu*Ü parlait * avec affectation du syslèmede neutralité du nord de rÂlIcmagne, système « dont le roi était raoleur et le défenseur. » La tiédeur réelle et la chaleur factice de la Prusse étaient suspectes à Paul, k Pétersbourg comme à Paris on pensa bientôt qne le cabinet de Berlin cherchait à s'interposer entre ces deux capitales |K>ur les dominer l'une par l'autre : mats Paul et le premier consul étaient deux hommes dont il eût été Uiflictle d'arrêter l'essor. Une lettre de Paul, adressée au premier consul par un officier russe , ouvrit entre eux une correspondance directe, qui prendra une grande activité ; en sorte que le gouvernement prussien, qui avait révé un tont autre rôle , pressé malgré lui entre ces deux colosses, fut obligé de s'associer sans réserve i leur mouveroeiil, pour n'en élrc pas écrasé.

Malgré les procédés intolérables des Anglais, le Danemark et la Suède ne s'engageaient qu'à re* grct, comme la Prusse, dans la ligue dont Paul I**' s'était fait le chef. Le roi de Suède fll un voyage à Pétersbourg, pour tâcher d'obtenir quelques modiHcations dans Pacte qui devait unir les puissances maritimes. Paul fut inflexiblcdans ses volontés. On y céda : la célèbre convention de neutralité ar mcc de 1 800 fut conclue, par des actes séparés, entre la Russie et la Suède, comme entre la Russie et le Danemark le 4 (16) décembre, et, deux jours après, le 6 (18), entre la Russie et la Prusse. C'était celle de 178U, avec quelques dispositions essentielles de plus. Quoi qu'en aient pu dire les cabinets de Berlin, de Copenhague et de Stockholm, quelque distinction qu'ils aient cherché à établir entre la position de la Russie, armée simultanément pour la sécurité des droits maritimes et pour d'autres intérêts, tandis que leur union avec celte puissance, n'ayant que la neutralité maritime pour objet, était une disposition purement défensive, une défensive ainsi combinée avait tous les caractères d'une véritable déclaration de guerre.

On ne saurait s'empêcher de remarquer ici Pélonnanlc mutation qu'une seule année, la première année du consulat du général Bonaparte, avait opérée dans la situation de tous les Étals de l’Europe et d'une partie de ceux du nouveau monde. Pour la puissance anglaise, Péclipse ne sera que temporaire, mais elle aura pendant quelques mois une apparence très-menaçante, et, sans une catastrophe difficile à prévoir, Passassinat de Paul D', qui peut calculer quels eussent clé les résultats de la liaison intime de la Russie et de la France? Quelle différence pour le gouvernement anglais entre Pannéc 1799 cl l'année 1800 ! i

' Réiioiisr «lu comie «THaugwiz, du M novembre 1800.

Autant la première avait été féconde en événements désastreux pour la France, et, par celte raison seule, satisfaisants pour l'Angleterre, autant, dans l'année où nous sommes, la fortune se montre ardente à trahir scs favoris de la veille, et à favoriser les drapeaux qu'elle avait trahis. Le ministère britannique n'avait pas manqué d'activité : il : avait manqué de sagesse dans les plans, et d'habi* j Iclé dans les moyens d’exécution. Quand on considère tout ce qu’il avait médité et préparé contre la France, on u'csl plus surpris que, devant compter sur la réussite de quelques-unes du moins de ses tentatives, il ait rejeté avec tant de dédain les ouvertures pacifiques du premier consul. Les deux expéditions dont le succès imaginaire flattait le plus l'orgueil britannique, étaient celles qu'il dirigeait contre Toulon et contre Brest. Nous avons vu comment, par la brusque irruption de Parméc de réserve en Italie , a échoué le projet d'envahir Toulon une seconde fois, et üc faire insurger nos provinces méridionales. Les rêves sur Brest ne furent pas moins prompts à se dissiper. Outre le puissant appui qu'on attendait des émigrés français qui étaient en Angleterre, ainsi que des Vendéens et des Chouans, on avait placé, parmi les moyens d'exécution, les dix mille Russes qui étaient à Jersey et à Guernesey, mais qui, par un changement imprévu, au lieu de s'embarquer pour conquérir Brest cl détruire nos arsenaux, étaient rentrés paisiblement en Russie. L'attaque dirigée sans succès sur Bclle-lle par lord Saint-Vincent, comme chef de l'cscadrc , et par le général ülaitland , comme chef des troupes de terre; l'incursion très-peu glorieuse d'un détachement de ces troupes auprès de la baie de Quiberon; des essais de même genre sur les côtes de Hollande, où l’enlèvement üc quelques bestiaux, >« de quatre vieilles vaches, » selon l'expression de M. Ticrney, fut tout le butin des vainqueurs; la réunion et le stationnement devant Brest d'une force immense qui disparut sans avoir rien entrepris; rexpédilion non moins malencontreuse de l'amiral Warren cl de sir James Pulteiiey sur le Ferrol, dont on espérait s'emparer par un coup de main, pour y incendier les vaisseaux de guerre espagnols; l'apparllion devant Cadix d'une flotte de vingt-deux vaisseaux de ligne, vingt-sept frégates et autres bâtiments de guerre ou de transport, commandée par l'amiral Keith, avec près de vingt mille hommes de troupes, sous les ordres de sir Ralph Abercrorobie, et les somntalions adressées au gouverneur espagnol , Thomas Horla , qui , malgré répidémie à laquelle la ville et la garnison étaient en proie, brava la flotte cl l'armée britanniques; le long blocus de Gènes par ce même amiral Keith, si insolent dans la courte occupation de cette ville;

POLITIQUE EXTÉRIEURE

l’arrivée trop tardive de ce môme amiral avec des troupes de débarquement sur les côtes de Toscane ; l’envoi d’une escadre dans le Sund pour appuyer les demandes de lord Wiliiwortii ; toutes ces entreprises suceessives ou simultanées constataient, sans contredit, dans le ministère britannique, une grande énergie d'action, et oITraient le déploiement de forces considérables; mais excepté l’expédition contre le Danemark , qui intimida un moment cette puissance , tout le reste n’avait été qu’agitation sans effet et menace sans résultat. Dans ces diverses tentatives militaires et navales, l’Angleterre avait compté sur des secours qui lui avaient manqué au moment du besoin. Parmi scs auxiliaires, elle rangeait les fléaux , surtout le fléau de la guerre civile. Quand ses escadres parurent sur les côtes de firetagne, les Vendéens et les Chouans étaient occupés à porter leurs fusils anglais dans les arsenaux de la république. Elle avait de même compté sur Willot, Pcrcy et leurs aflidés à Toulon et à

Marseille, sur les orangistes en Hollande , sur l’oligarchie à Gènes, sur la fièvre jaune à Cadix. Tous ses alliés l’avaient mal servie; la. peste même lui avait été infidèle.

Un seul grand avantage avait été obtenu, la prise de Malte ; les autres conquêtes de l’année, celles de nie française de Corée, de l’Ile hollandaise de Curaçao, étaient des objets de peu d’importance. Les perfidies de la politique anglaise avaient tourné contre elle; la violation du traité d’EI- Arisch, en forçant Kléber de gagner la bataille d’Héliopolis , avait raffermi les Français en Égypte ; la violation de tons les droits des neutres avait fait naître la neutralité armée des puissances du Nord. Les succès mêmes avaient eu le tort de l’inopportunité : la prise de Malte, de ce poste formidable, qui sera un jour le château fort de la domination anglaise dans la Méditerranée et le Levant, la prise de Malte, au moment où elle eut lieu , fut aussi un malheur en décidant la rupture de Paul P'.

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