‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 39 sur 298 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

M-GOCIATIO.NS ET GUERRE

Envoi de M. do Col>entzl nu congre* de Lunéville. — Invitation Faite à M. de ColientzI de se rendre & Pari*. — Dénonciation de la reprise des hostilités. — Nouvelle année de réserve. — Opérations de l'armée du Mein. — Opérations du général Moreau. — Plan hardi de l'archiduc Ferdinand. — Bataille de Hohenlinden. — Observation* du prisonnier de Sainto-nélène sur la bataille do Hohenlinden. — Marche du général Moreau sur Salzbourg. — Retraite de l’archiduc Ferdinand sur Lintz et la Stirie. — Remplacement de l’arehiduc Ferdinand par l'arcliiduc Charles. — Envoi d'un parlementaire autrichien. — Signature d'une trêve entre le général Moreau et l’archiduc Charles. — Remarques sur les dispositions personnelles du général Moreau et du premier consul. — Extension de l’armistice de Steyer à l'armée gallo-batavc. — Violation de la neutralité de la Prusse par l'Autriche. — Opérations des armées en Italie. — Corps autrichien du général Laudon, sauvé par un mensonge. — Trêve signée à Trévisc entre les généraux Brune et Bellcgarde. — Consentement donné par M. de CobentzI A l’évacuation de Mantoue.

Si Pon cxccplc la convention de neutralité armée, qui ne fut signée que le 16 décembre, tous les événements que je viens de rapporter avaient eu leur cours et presque leur complément avant la lin de la trêve conclue à Hohenlinden. Pendant la durée de la trêve, une mutation d'un augure paci- Tiquc s'était opérée à Vienne. Le baron de Thugut, partisan zélé de l’Angleterre, avait cédé à M. Lchrbach le département des alTaires étrangères. Ce dernier, dans le courant de septembre, avait reçu de M. de Talleyrand des passe -ports pour se rendre à Lunéville, mais il n’en avait point fait usage. Aussitôt qu'il fut entré en fonction, comme ministre de cabinet, le comte de CobentzI fut désigné pour le remplacer au congres. Ce négociateur écrivit lui -même à M. de Talleyrand , le 14 octobre, pour le prévenir de son départ. On remarqua qu’il ne faisait point mention de la nécessité du concours de l’Angleterre, quoique alors, par les communications de lord Minto, l'Autriche dût avoir connaissance de la situation des choses entre la France et le gouvernement britannique, et on apercevait dans cette réticence la probabilité d'une négociation séparée. A son arrivée à Lunéville, où ne se trouvait pas encore le plénipotentiaire français, M. de CobentzI reçut l’invitation de se rendre à Paris, et il se mit en route pour cette capitale. Le premier consul avait à cœur de juger par lui-même

s'il pouvait compter sur une conclusion prompte avec l’Autriche. M. de Talleyrand étant entré en pourparler avec le ministre autrichien , on eut bientôt la certitude que la paix n'était pas mûre encore. L’Autriche continuant à recevoir les subsides anglais, son intérêt était de gagner du temps ; l’intérêt du premier consul, de n'en pas perdre. Aussi, après quelques jours donnés à la courtoisie, les plénipotentiaires furent invités à se rendre à Lunéville. Le 6 novembre , ils y échangèrent leurs pleins pouvoirs; mais, le cabinet autrichien s’obstinant à faire intervenir l'Angleterre dans la négociation , on n’alla pas plus loin. Le premier consul s'y était attendu, et déjà il avait donné des ordres pour la dénonciation de l'armistice. La reprise des hostilités fut annoncée à l'armée du Mein pour le 24, et à l'armée du Rhin pour le 28 novembre. Elles recommenceront plus lard en Italie.

Malgré les témoignages réciproques d'un vif désir de la paix, les préparatifs n'avaient été suspendus de part ni d'autre. Non -seulement on avait, des deux côtés, renforcé les deux grandes années qui se battaient depuis l'ouverture de la campagne, mais on avait créé des armées nouvelles. Un corps de troupes inayençaises, commandé par le baron d’Albini et soldé par l’Angleterre, formait sur le Mein, avec dix mille Autrichiens commandés par le général Simbschen , une armée de vingt mille

NEGOCIATIONS ET GUERRE

hommes, à laquelle était opposée une force à peu près égale, composée de troupes françaises et ba* taves, sous les ordres du général Augcrcau.

La France, en outre, faisant grand bruit d'une nouvelle armée de réserve. Le premier consul avait trompé l'Autriche, en fascinant ses yeux sur la force réelle d’une armée de ce nom. Il la trompait de nouveau, en la mettant dans le cas de supposer à la seconde armée un degré de consistance qu'elle n'avait pas. Pour mieux propager l’erreur, le premier consul l’avait fait partager même au général qu’il devait mettre à sa tête. Il avait annoncé à Macdonald au moins trente mille hommes, et il lui en donnait à peine quinze mille. Sur les représentations de ce général, il lui faisait répondre : <1 Ce n’est pas sur la force numérique d'une armée, » mais bien sur le but, sur l’importance de l’opé- » ration, que je mesure celle du commandement, n La pensée était juste, et les faits y répondirent. Toute faible qu'elle était, la seconde année de réserve eut aussi sa part d’influence sur les événements de la campagne. Ainsi que la première, elle commença par triompher de la nature, en franchissant les précipices et les cimes escarpées d'un autre Saint-Bernard. Le Splugen offrit peut-être plus de difficultés encore. Toutes furent vaincues par l'habileté opiniâtre du chef et l'infatigable dévouement des soldats. L’objet voulu parle premier consul fut rempli. La menace de cette petite armée, supposée beaucoup plus forte qu’elle n'était, inquiétant à la fois l’aile g.iucbe de l’armée autrichienne d’Allemagne et l’aile droite de l’armée d’Italie, quarante mille hommes furent tenus en échec par moins de quinze mille.

Pour reparaître avec avantage sur le champ de bataille, l’Autriche n’avait pas fait moins d’efforts que la France. L’empereur avait appelé aux armes la nation tout entière, comme s'il s’agissait de décider de son existence. Cependant, selon tous les écrivains allemands et français, on n'avait, en recourant aux armes de nouveau, d’autre but que de gagner, par une courte campagne, le terme des engagements contractés avec l'Angleterre, dans l’espoir que l'issue de la lutte ne changerait pas sensiblement les bases d’une paix séparée, déjà secrètement résolue. Ainsi, lorsque l’Autriche diffère la conclusion d'utie paix séparée, lorsque l’empereur, abusé par son cabinet et abusant son peuple, invoque toute l’ardeur du patriotisme national, l’unique objet de cet appel aux sentiments les plus généreux est d’empêcher que l’Angleterre ne retire les subsides dont elle n’a pas encore complété le payement! C'est à cette considération qu'on sacriGe le sang de quatre-vingt mille hommes de plus.

A partir du moment où la cessation de l’armistice a été notifiée aux Autrichiens, les diverses armées se sont mises en mouvement. Le général Augereau, ayant fait cette notification dès le 9 novembre, attaqua le SI, à Aschaffenhourg, le baron d’A Ibini, comma ndant du corps mayençais, et entra le lendemain dans cette ville. Le baron d’Albini fit sa retraite sur Fuld et cessa de prendre partaux actions de cette campagne. Augereau, sans perdre de temps, marcha sur Schweinfurt, d’où il déposta les Autrichiens, et en même temps fit investir Wurtzbourg par la division hollandaise du général Dumonceau. Le commandant de cette place consentit à en ouvrir les portes, mais en se retirant dans la forteresse de Marienberg, que bloqua la division hollandaise. général Simbschen, ayant rassemblé douze à treize mille hommes, avait pris position à Bourg-Eberach, en avant de Bamberg. Après un premier choc, dans lequel les Français emportèrent le village, il reforma son corps sur une hauteur peu éloignée; mais son centre fut forcé bientôt par le vaillant chef de brigade, Deverinne, qui paya de sa vie cet important avantage. Trompé par l’ardeur des Français, sur leur nombre, et croyant avoir affaire à toute l’armée gallo-batave, le général Simbschen passa la Rednitz, le 4 décembre, et laissa le général Augereau s’établir sur cette rivière. Ce dernier, en s’approchant avec tant de célérité du Danube et de la frontière de la Bohème, avait rempli sa principale tâche, qui était de couvrir le flanc gauche du général Moreau, de manière que celui-ci pût sans inconvénient concentrer ses forces en Bavière.

Indépendamment des deux petites armées du Hein qui se disputaient la Franconic, il existait deux corps détachés, l’un de l’armée autrichienne, l’autre de l’armée française, qui, occupés à s’observer réciproquement, ne prirent qu’une part secondaire au mouvement décisif des grandes opérations. Les deux commandants de ces corps étaient, du côté de l’Autriche, le général Klénau ; du côté de la France, le général Sainte-Suzanne. Le corps français occupait des positions très- rapprochées entre l’Altinülb et le Danube. D’après les intentions du général en chef, Sainte-Suzanne devait laisser sur ce point une seule division , et marcher avec les deux autres pour le rejoindre; mais l’ordre en étant parvenu trop tard, ce corps resta étranger aux principaux succès do la campagne.

Le 28 novembre, le général Moreau fit replier tous les postes autrichiens qui se trouvaient sur la rive gauche de l’inn. Il se porta sur cette rivière par les trois routes de Rosenheim, Wasserburg et HUhIdorf. Sans comprendre le corps du général Sainte -Suzanne, l’armée du général Moreau se

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composait de (rois corps commandes par des lieU' | tenants généraux:chacundccescorpsé(ait de trois divisions; l'ailc gauche, sous les ordres du lieutenant général Grenier; le centre, sous les ordres directs du général en chef; l’aile droite, sous les ordres du lieutenant général Lecourl>e. L'ailc droite ayant à observer le général aulricbieii lliller, qui occupait le Tyrol, ne porta, dans les premiers jours, qu'une forte avant-garde sur la rive droite de l'Iscr, en sorte que c'est avec deux corps d’armée seulement que le général .Moreau va se trouver engagé dans une lutte, dont les brillants résultats lixeront, en peu de jours, le sort de celle seconde campagne.

I.a ligne de l'Inn, appuyée au nord sur Braunau, et au sud sur Kufstein. offrait une barrière des plus formidables; mais le général en chef de l'armée ennemie, l'archiduc Ferdinand, ne Imrnait pas ses espérances à la modeste gloire d'arrêter l'ariiiéc française. Il se crut appelé à une destinée beaucoup plus éclatante, scflattantdc relever l'honneur des armes autrichiennes, par une de ces conceptions gigantesques, dont le général Bonaparte avait déjà donné tant d'exemples qui n'avaient pas été imités encore. D’après le plan du jeune archiduc, dans le moment même où il attaquerait et battrait le général Moreau, l'armcc française serait coupée dans sa retraite, suit sur Munich, par le général Klénau, soit sur Augsbourg, par le générai Hilicr. La pensée était hardie, et le premier mouvement d'exécution fut asscx rapide pour étonner un instant le générai Moreau, qui n'avnil pas supposé à l’ennemi tant de témérité. Dans la nuit du 30 novembre au 1"' décembre, la majeure partie de l'arnice autrichienne passa sur la rive gauche de rinn. par les ponts de Mülildorf et de Kraybourg. Le 1*' décembre, l'archiduc fil attaquer par une masse de près de soixante mille hommes le corps du général Grenier, fort de vingt-deux mille hommes environ, et qui la veille avait occupé les hauteurs d'Ainpfingcn. Fendant cinq heures on combattit avec la plus grande opiniâtreté, sans que la ligne des Français pùlélrc rompue. Mais la prudence commandait une retraite que même il était difücile d'opérer avec orilrc, vu la grande supériorité de rennemi. Le succès de cette journée inspira aux Autrichiens une confiance que l'on peut regarder comme l'une des causes de leur perte. Des historiens qui, pareils aux commentateurs d’Homère, ont, surtout depuis 1813, aperçu dans les o|>éralions<iu général Moreau des finesses de génie dont il ne se doutait guère, racontent de la manière la plus sérieuse que, le 1*' décembre, ce géiiéralavait fait Ihiltrc son aile gauche à Amplingen, uniquement pour qu’elle fût ramenée par les Autrichiens

tout juste sur le terrain où il voulait leur livrer bataille. Ce que tout le monde se plaît à reconnaître, c'cslque le général Moreau sut admirablement tirer parti du terrain où se portèrent les plus grandes forces des Autrichiens. Le S décembre se passa des deux cùlés en dispositions préliminaires.

Le point principal où sc concentre la grande attaque de rennemi est le village de llohenlinden, sur lequel s'appuient et le corps commandé par le général Grenier, et celui qui est sous les ordres immédiats du général Moreau. C’est dans cette direction que s’avance, avec un téméraire orgueil, le gros de l'infanterie autrichienne, le grand parc de rarlilicrie de l'armée, et toute sa cavalerie de réserve. Là se manifestent l’imprudence de l’archiduc et la prévoyance du général Moreau. Les bois de Hohcniiiidcn, que la colonne ennemie doit nécessairement traverser, ne lui prcsenlenl qu'un étroit passage, un véritable défilé, des chemins mauvais en tout temps, et, dans cctlc saison, presque impraticables. Attaquer rennemi en flanc, le prendre à revers, quand il sera engagé dans ces routes dangereuses, telle est l’idée capitale à laquelle Moreau attache l'espoir du succès. La mission est difficile; le corps qui en sera charge peut élrc arrêté, battu, coupé du moins par des corps ennemis. Cette mission, le général Moreau la confie au général Ricbcpanse. Ce général, qui part d'Ëbersberg, doit marcher par Saint-Christophe pour arriver au village de Matenpot, d'où il sc jettera sur le dcfllé de la forêt. 11 sera soutenu par la division du général Decaen, qui reçoit un ordre semblable, mais qui part d’un point plus éloigné. C’est de la scrupuleuse exactitude du général Bichepanse à remplir les intentionsdu général en chef que dépendent les destinées du jour, et peut-être de la campagne. Il ne faut pas que cette |)onclualilé se borne à être courageuse, opiniâtre; il faut qu'elle soit audacieuse et même téméraire. J»eux obstacles sc présentent, et ces deux obstacles sont franchis. A Saint-Christophe, les deux brigades de la division Uiebepanse sc trouvent séparées par un corps autrichien. Sans s'occuper à dégager la brigade du général Drouet, comptant bien qu'elle serait , comme elle le fut en réalité, délivrée par le général Decaen, Bichepanse, à qui il ne reste pas plus de cinq mille hommes, poursuit sa marche et arrive à Malenpol. Nouveau danger cl nouveau triomphe. Dans ce village il rencontre la tête de la cavalerie autrichienne qui, à la suite de rinfantcrie cl du grand parc d’artillerie, allait entrer dans la forêt. Il charge cette ca Valérie, quoique avec peu d'avantage; mais toujours occupé de l’objet essentiel pour lequel îl a été envoyé, laissant au général Wallher le soin de comballre la cavalerie aulricliieunc en arrière-garde,

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