CHAPITRE IX
que plus d'activité dans ses mouvements. Lecuurbe, après arVoir dispersé, chassé devant lui des corps détachés qui flanquaient l’armée autrichienne, précipita tellement sa marche qu’il atteignit et battit à Kremsmunster l’arrière-garde autrichienne commandée par le prince Schwarzenberg. Richepansc et I.ccourbe étaient les deux généraux qui, par leur célérité et leur vigueur, avaient fait le plus de mal à l’ennemi. Dans toutes ces alTaires, on lui enlevait des prisonniers, des canons et des équipages. Le 21 décembre au matin, l’armée s’ébranlait pour se porter sur l’Enns, lorsqu’un parlementaire autrichien, le comte de Meerl'eld , arriva au quartier général français à Wells. Le général Moreau, trop habile pour laisser échapper de scs mains, sans une compensation satisfaisante, la chance infaillible de nouveaux succès, et ne trouvant pas les pouvoirs du comte de Mccrfcld suflisants pour un armistice qu'il pùt accepter, ne consentit qu'à une trêve de quarante-huit heures, et encore trêve de coiiibnls seulement , mais non trêve de mouvements; car il se réservait la faculté de continuer sa marche sur rKnns. Cette marche lut exécutée avec tant de promptitude et d’ensemble que plusieurs corps autrichiens furent faits |)risonnicrs, que vingt-deux pièces de canon, cent caissons, prés de cinq cents voitures, des magasins et des approvisionnements considérables, tombèrent entre les mains des Français sans violation de la trêve, sans combat. L’armée française passa l’Eiins. L’avant-garde franebil les petites rivières d'Ips et d'Erlapb ; elle était à vingt lieues de la capitale de l'ennemi. C'était à Vienne que la paix allait être dictée, si le cabinet autrichien eût hésité davantage. La peur avait enfin dompté sa résistance. Il admettait les intentions exprimées par le général français , et se montrait résolu à faire la paix indépendamment de ses alliés. L’archiduc Charles le déclara au général Moreau, et ne flt point difliculté de consigner cette déclaration politique dans le préambule de la trêve. Sous le rapport des conditions militaires, la convention, arrêtée à Steyer le SS décembre, était, après celle d'Alexandrie, la plus riche en importants résultats, qui eut été conclue dans les guerres des temps modernes. Il fut stipulé que les forts de Kufstein, Scharnilz et autres points de fortification dans le Tyrol, la forteresse de Wurtzbourg en Franconic, la placc^de flraunau dans le cercle de Bavière, seraient remis en dépôt à l’armée française jusqu'à la paix , et que toutes les troupes autrichiennes qui se trouvaient dans les Grisons, le Tyrol et la Carinthie, rejoindraient l'armée impériale d’Allemagne, sans qu'aucune d’elles pùt être dirigée sur rarmécd'ltalie. line campagne de vingt-cinq jours,
ainsi conduite, ainsi terminée, suflit à la plus belle immortalité. Pourquoi faut-il que Moreau ait encore une fois, une seule fois reparu sur un champ de bataille !
Dans ses commentaires sur la victoire de Hohenlindcn, M. Mathieu Dumas, en louant le général Moreau d'avoir, au comble de sa gloire militaire, conservé, par l’égalité constante de ses manières et de ses procédés , le bon vouloir des généraux scs coopérateurs, revient à dire qu’il eût dû prévoir les effets idc la jalousie du premier consul; «car, ajoutct-il , lui-même n’avait pas été I) exempt ^ de ce sentiment et d’injustes préven- » tions envers quelques-uns de ses nobles émules, » tels que Macdonald et Saint-Cyr. n Le général Bonaparte aussi savait apprécier les talents de Saint- Cyr et de Macdonald, mais sans être jaloux d'eux, et il ne l’était pas davantage de Moreau. même historien répète avec vérité, «que l’armée qui com- » battait à Uohcnlinden était certainement la meil- » leurc qui eût été mise en campagne par le goun vernement français depuis le commencement de » la guerre. <> Donne-t-on le commandement de la meilleure, de la plus formidable des armées, à un homme dont on redoute la concurrence. Le premier consul, qui la confiait ainsi au général Moreau sans en prendre d’ombrage, ne l’cùt |>cut-étre pas remise avec la même sécurité aux mains d'un homme d’un autre caractère. C’est que le premier consul, supérieur, ou du moins, ce que personne ne contestera , égal à tous comme capitaine , sentait en lui-même une hauteur de conceptions et une richesse de faculté d’un autre ordre, à l’égard desquelles il n’avait point de rivaux ; et , parmi ces rivaux, s’il en avait eu, le général Moreau n'eùt pas été le plus à craindre.
L’armistice conclu à Steyer s’élcndil aussitôt à l’armée gallo-batavc. Depuis le succès obtenu à Bourg-Eberach, le général Augereau avait eu à soutenir une lutte active, qui , dans les derniers moments, était devenue assez inégale par la réunion des généraux Klénau et Siinbschen. Une suite de combats , que l’on a désignés par le nom collectif de bataille de Nuremberg, avait été pour ses troupes et pour leurs commandants une occasion d'actes d'intrépidité et de manœuvres habiles, mais sans autre résultat que d’avoir empêché l’armée de faire une grande perte de terrain , et même le terrain perdu fut regagné au Imut de quelques jours. En effet, le général Sainte-Suzanne ayant, par l’occupation (le Uatisbonne, rappelé le général Klénau sur le Danube , les Français, qui avaient momentanément évacué Nuremberg, étaient, dès le 22 dé-
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NÉGOCIATIONS ET GUERRE
ccnibre, rentrés dans celle ville. Ce fut là qu'ils reçurent la çpmrounication de l’armistice de Steyer.
Dans le cours de celte guerre en Franconie, les Autrichiens ne se Grent aucun scrupule de violer la neutralité de la Prusse. Us s’emparèrent, sur le territoire de celle puissance, du poste important de Furlh, tandis que le général français, par respect pour celle neutralité, se privait des avantages 'qu’il eût pu trouver dans son infraction. Un jour, uous verrons le cabinet de Berlin faire entendre les plaintes les plus bruyantes contre le passage d'un corps français sur ce meme territoire de Franconie. Aujourd’hui, les violateurs de cette neutralité étant les Autrichiens, ce même cabinet ne semble pas s’en apercevoir.
En Italie, la fortune n’avait pas été non plus contraire aux armes françaises; mais, dans ce pays, le général en chef, quoique secondé par d’habiles coopérateurs, les lieutenants généraux Monccy, Dupont et Suchet, n’avait pas su lui arracher de ces faveurs extraordinaires qui exercent une rapide influence sur la destinée des États. Les généraux en chef des deux armées. Brune et Bcllegarde, séparés par la forte ligne du Mincio, ayant à peu près le même motif pour différer la reprise des hostilités, celui de rallier des renforts qui leur manquaient, étaient restés immobilesjusqu’au 19 décembre, cl presque au même moment ils firent tous deux des démonstrations offensives. Le décembre. Brune engagea une action générale, en attaquant à la fuis les points les plus forts de la ligne, Goilo, Honzaubaiio et la Volta. Celte attaque obtint le résultat désiré. L’aile gauche de l’année française, commandée par le général Monccy, s’empara de Monzanliano. La position de Volta, quoique fortement retranchée, fut emportée par le général Suchet, qui commandait le ceiUre ; et le général Dupont, ayant marché sur Goito avec l’aile droite, avait repoussé sur celte place un corps de huit mille Autrichiens, qu'il força de repasser le Mincio sous le feu de scs tirailleurs. Le projet du général Brune était de passer le fleuve à .Monzanbano; mais il avait cru utile de masquer sa véritable intention par une fausse attaque, dirigée la veille contre Molino délia Voila, en face de Pozzolo, manœuvre dont fut chargé le général Dupont. La fausse attaque prit un caractère trop grave cl devint une véritable bataille. Le passage s’était fait avec une admirable promptitude, et les Français, à mesure qu'ils touchaient la rive gauche, poussant devant eux l’ennemi, qui faisait de vains efforts pour les arrêter, le général autrichien se persuada que ce puintavait été choisi pour le passage général de l’armée franluiise, cl y Gt arriver en grande hâte tous les corps qui étaient à sa portée. Dans cet intervalle. Brune
avait envoyé au général Dupont ordre de reprendre sa première position ; mais cet ordre venait trop tard, et Suchet, reconnaissant qu’un mouvement rétrograde ne pouvait s’exécuter sans le plus grand péril, prit de lui-méme le généreux parti d’appuyer l’action dans laquelle le général Dupont se . trouvait engagé. On se battait à la fuis sur la rive droite et sur la rive gauche du Mincio. Le comte I de Bcllegarde, qui croyait avoir affaire à toute Par- ; méc française, mettant une grande importance à i écraser les trois divisions déjà établies sur la rive gauche, concentra tous ses efforts sur Pozzolo. Ce village, plusieurs fois pris et repris, Gnit par rester au pouvoir des Français. La journée était glo- I rieuse, vingt mille hommes ayant lutté pendant , plusieurs heures contre quarante-cinq mille; mais I cette gloire était trop chèrement payée. Soit que le I général Dupont ait commis une faute en laissant se transformer en bataille ce qui de sa part ne devait être qu’une feinte, soit que l’événement n’ait pu être prévenu, il semble difficile d’excuser le général Brune de n’avoir pas, l’affaire ayant une fois acquis tant de gravité cl d’étendue, renoncé à son premier projet et porté toutes scs forces sur ce nouveau théâtre offert par la fortune pour y obtenir un de ces résultats qui détermine l'issue d’une guerre. Fidèle à son premier plan, le lendemain SG décembre , il porta l’armée tout entière sur la rive gauche du Mincio par le point où il en avait fait les préparatifs, non sans avoir ensuite des combats assez vifs à soutenir sous les redoutes de Salionzo; combats qui, de la part de l’ennemi, n’avaicnl d’autre objet que d’assurer sa retraite sur le camp de Saint-Martin sous Vérone. L’armée autrichienne, qui était de soixante-dix mille hommes au moment de la reprise des hostilités, avait été affaiblie de douze à quinze mille tués, prisonniers ou blessés, par suite de la résistance qu’elle avait opposée au passage du Mincio. En cherchant à se maintenir sur l’Adige, le comte de Bcllegarde avait surtout en vue de pouvoir y être rejoint par Ics généraux Laudon et Wukassowich, que retenait dans le TyrnI italien la menace de l’armée de réserve sous les ordres de Macdonald. Dans l’espoir de retarder les mouvements des Français, il Gt connaître au général Brune l’armistice de Steyer, en lui proposant de même une suspension d’armes. La proposition ne fut point rejetée ; mais les demandes mises en avant de part et d’autre étaient tellement inconciliables, qu'elle ne pouvait avoir aucune suite. Le â janvier, Brune passa l’Adige à Bussolengo, détacha vers Roveredo son aile gauche sous les ordres du général Monccy, cl lui-méine, avec le I reste de son armée, il marcha sur Vérone. Le camp I de Saint-Martin sous celle place avait été aban-