CHAPITRE IX
üunnc ; la ville ouvrit portes : une garnison de dis-sept cents hommes dcrcnüail seulement les deux forts Saint-Félix et Saint-Pierre. Il semblait que reniicnii, qui. après avoir quitté le camp de Saint-Martin, avait occupé les hauteurs de Caldiero, eût dû chercher à se maintenir dans celte importante position. On fut encore trompé. Il continua sa retraite, sans rien opposer qu'une forte arrière-garde pour ralentir l'approche des Français.
La marche du général Monccy sur Ruveredo, où il entra le 6 janvier, se trouvant dans un juste rapport avec celle du général Macdonald, qui arriva ce même jour à Trente, cette heureuse coïncidence mettait dans le plus grand danger le général Laudon, qui était avec douxe mille hommes sous le fort de Pietra, entre Trente et Roveredo. Macdonald crut le corps de I>audon cerné. Il se disposait  l'attaquer le lendemain à dos et par son flanc gauche, dans la persuasion que ce corps serait, en même temps, attaqué de front par le général Moncey, et il comptait Lien l'obliger à mettre bas les armes. Cet espoir était juste. Laudon, en effet, ne pouvait pas échapper par la force. 11 échappa par la ruse, non par une de ces ruses militaires que la guerre autorise, ennoblit et offre à l'admiralion comme on secret de Part, mais par une ruse plus voisine de l’infamie que de la gloire ; par une imposture, par un mensonge. Il annonça au général Monccy qu'il venait d'être conclu en Italie un armistice pareil à celui de Steyer, et proposa une siispeniioD d'armes. Moncey ignorait que Trente fût an pouvoir de l'armée de réserve. Il accepta la proposition qui lui était faite, et, le même jour, signa une convention par laquelle le général autrichien s'engageait à lui remettre Trente et le fort de Pietra. A la faveur de vingt-quatre heures d'inaction, Laudon sc retira ; et, le lendemain, les avantgardes de Monccy et de Macdonald se rencontrant dans le défilé de Caldonazzo, où le corps autrichien eût dû périr ou se rendre, le général Monccy reconnut le piège dans lequel il était tombé. Sans vouloir prononcer sur ces actes d'une fraude utile pour Tune des parties et d'une loyauté préjudiciable pour l'autre, je ferai seulement une remarque dont notre caractère national peut s’honorer. Plus d'une fois nous verrons des stratagèmes de cette nature au moins équivoque employés par l'ennemi envers la France; par la France envers l'ennemi, jamais.
' Victoires et Conquêtes, tome XIII, p. 995; et H. Mathieu thimas, tome V, p. 99C.
S'il est pénible pour Phutorien contemporain d'être trop souvent ramené au seotiineDt des pertes qu'il a Faites, c'est, du moins, pour lui une consolation de pou-
Sur le théâtre principal où opéraient les masses des deux armées, le mouvement était toujours le même. L'armée autrichienne paraissait vouloir couvrir Vicencc. Elle s’était formée à Montechio- Maggiore, occupant Montebcllo en avant de sa ligne. Ce n’étail encore qu'une vaine démonstration. Celle ligne fut abandonnée ; et. en se retirant, l'ennemi coupa un premier pont sur le torrent de l’AIdego. Il en restait un deuxième « qui allait égale- > ment être rompu lorsque le capitaine de dra- » gons, Letorl, chargea les travailleurs et dispersa » les tirailleurs autrichiens qui les protégeaient.
» Les troupes de l'avant-garde, qui suivaient le » brave Letorl, occupèrent alors Monlebello et y » prirent position. » L’attaque de Hontechio-Haggiorc, conduite par le général Sachet, eut un plein succès. Vicencc fut évacuée peiiUaiil la nuit, et les Français y entrèrent le 8 janvier. Quoique renforcé par les corps de Laudon et de Wukassowich, le comte de Bellcgarde. toulen ayant affecté plusieurs fois de choisir un terrain propre pour une bataille, suivait sa course rétrograde, lorsque, le 1 4 janvier, au moment où le colonel de dragons Sébastian! allait reconnaître Trévisc, un chef d'escadron de hussards autrichiens lui annonça l'arrivée d'un parlementaire, chargé de pouvoirs pour conclure un armistice. En effet, ce parlementaire parut un inslanl après, et, le 16 janvier, il fut conclu, à Trévise, une trêve de trente-trois jours, y compris quinze jours d'avertissement pour le cas de sa cessation. Le principal avantage stipulé en faveur de la France était la remise des places et châteaux suivants : les places de Pcschicra cl Sermionc, les châteaux de Vérone et de Legnago, la ville et le fort d'Ancône. Cet avantage était peu important, la plupart de ces places ne pouvant pas tarder à loinl)cr d'elles-mêmcs au pouvoir des Français. En se contentant de clauses semblables, le générai Brune manquait au point le plus essentiel de ses instructions, qui lui prescrivaient d'exiger, comme condition absolue de toute suspension d'armes, la remise de Hantouc. La convention de Trévise ne pouvait donc pas avoir l'approbation du gouvernement.
Dan.s le moment où le premier consul reçut la nouvelle de celte convention, on négociait à Lunéville un armistice général, dont les bases étaient destinées à devenir celles d'un traité déânilif; et la principale de ces bases était l'évacuation, par les Autrichiens, des cinq forteresses qu’ils occu-
voir recommaDder aux regreis de la patrie U mémoire de* amis qu’il a perdus. Nul n'en fut plus digne quecei intrépide, loyal et généreux Ltiorl. Devenu lieutenant général et aide de camp de Napoléon, il sera tué â Fieurus en 1815.
Du jiîiyrx
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NÉGOCIATIONS ET GUERRE
paient encore sur la rive droite de TAdigc, Mantoue, Peschiera,Porto-Legnago, Ferrarc cl Ancône. Mantoue seule était le point contesté. Pour rega* gner à Lunéville ce que le général Brune eût dù obtenir i Trévi<«, le plénipotentiaire français reçut ordre de redoubler scs instances; et, le 25 janvier, l'évacuation de Mantoue fut consentie par SI. de CobenUl. Ce ne fut que quelques jours plus tard que ce négociateur eut connaissance de la convention de Trévise, suivant laquelle Mantoue était
exceptée des cessions faites par le général Bellegarde. Il eut quelque regret d'avoir montré plus de condescendance qu'un commandant militaire; mais le consentement qu'il avait donné, le 25, ne pouvait pas être révoqué. La volonté, exprimée du côté de la France, fût d'ailleurs demeurée inflexible. A Mantoue était, en grande partie, attachée la question de la paix ou de la guerre. Cette cession devait, selon toute apparence, emporter avec elle la signature de la paix.
CfïAPITRE X.